‹ Judith, tragédie en trois actesChapitre 12 sur 49 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Je reprendrai ce deuil que je vais abjurer, Israël sera libre... et je pouiTai pleurer.

(les servantes du Juililli, descendant Tcscalier do sa marson, appnrtcn^ dans des oorbeiUes d'or de riches vêtements, des voiles, des manteaux brodés, et sur des coussins de pourpre, des bijoux et des couionucs do pierreries. Judith contemple ces parures avec douleur.)

OSIAS

Mais povrquoi tout à coup quitter un deuil austère?

ACHIOR.

Elle obéit h Dieu, respectons ce mystère.

OSIAS

Sans oser soupçonner sa vertu ni sa foi.

Du péril qui l'attend je frémis malgré moi.

Et qui va là conduire à travers la montagne?

ACHIOR.

Moi, je serai son guide et Zelpha l'accompagne. Nous nous séparerons au détour des rochers.

Et de là j'irai seul rejoindre mes archers,

ZELPHA, à Judith.

Voici la robe d'or et la tunique sainte.

Les longs manteaux d'azur, de pourpre et d'hyacinthe.

JUDITH

Oh ! comme une parure est triste dans les pleurs î Que mes yeux sont blessés de ces riches couleurs ! Pourquoi de tant d'éclat environner ma tête? Moi, quitter un tombeau pour une indigne fête! Pour charmer des i*egards dont il serait jaloux. Me parer, sans pudeur, des dons de mon époux !

22 JUDITH

Moi/ faire à sa mémoire une cruelle injure!

Flétrir si lâchement une douleur si pure !

El démentir ainsi, par rpubli d'un seul jour,

Trois ans de désespoir, de misère et d'amour!

Mais que dis-je... Israël ! c'est toi seul qu'on offense.

Je veux briller un jour... mais c'est pour ta défense.

Oui, je veux me parer d*un éclat empninté.

Dieu puissant ! donnez-moi l'arme de la beauté;

Donnez à ces bijoux l'éclat de vos étoiles.

De parfums enivrants baignez ces chastes voiles.

Chargez d'anneaux la main qui doit tenir le fer.

Livrez-moi Jes secrets du ciel et de l'enfer;

Faites-moi posséder, par un affreux mélange.

L'astuce du démon et la candeur de l'ange.

Donnez-moi cci attrait, ce prestige du mal,

Que vous avez donné à tout être fatal,

A la gloire, à Tabîme, aux fantômes deç songes,

À tous les gi*ands dangei*s, à tous les beaux mensonges.

Ce funeste pouvoir, hélas! toujours vainqueur.

Qui charme la pensée en torturant le cœur.

Un seul jour, prêtez-moi la couronne étemelle.

Pour plaire par la haine il faut être si belle !...

Et vous, peuple, soldats, secondez mon espoir.

Accomplissez enfin un sublime devoir.

Défendez avec moi celte cité chérie...

Oh ! je vous apprendrai l'amour de la patrie î

Le plus saint des amours... La pati*ie est le lieu

Où l'on aima sa mère, oîi l'on connut son Dieu;

Où naissent les enfants dans la chaste demeure ;

Où sont tous les tombeaux des êtres que l'on pleure.

En vain l'on nous condamne à n'y plus revenir,

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