ACTE I
Et vous croyez signer ce pacte impunément?
Mais^ si vous consentiez à cet abaissement,
Vous seriez^ au seul bruit de ces décrets infâmes,
Maudits par les vieillards et chassés par les femmes I
Nous sommes faibles^ nous^ mais nous savons souffrir;
Nous ne combattons pas, mai3 nous savons mourir !
Oui, nous bravons la mort par crainte de l'outrage,
Une sainte pudeur nous tient lieu de courage...
Terribles, nous saurions, de nos débiles mains.
Transporter sur nos toits les dalles des chemins.
Et laissant Tennemi s'avancer sans refuge.
L'écraser tout à coup sous un pesant déluge !
La victoire est un don qui nous vient du Seigneur 1
Mais lutter sans espoir, voilà, voilà l'honneur !
Il est beau de périr dans sa ville assiégée.
Et de la voir du moins par sa chute vengée ;
Car dans ses murs croulants il ne doit rien rester.
C'est vaincre l'ennemi que le déshériter;
Sur une humble ruine un nom grandit encore;
Le lierre est un linceul dont la misère honore,
Et le Seigneur préfère un glorieux débris
Aux palais qu'ont sauvés la honte et le mépris.
OSIAS
Une noble fierté dans son courroux respire ; Voyez, son front rayonne et le Seigneur l'inspire ! D*un orgueil inconnu son cœur semble oppressé, Et le souffle de Dieu sur sa tête a passé.
(Lu tonnerre gronde, les éclairs sillonnent la montagne.)
Sinaï! Sinaï! je vois briller tes flammes!...
20 JUDITH
Le Seigneur me choisit entre toutes les femmes. Il ouvre devant moi le livre des destins...
Il a jeté mon nom dans les siècles lointains!... H commande... sa voix me parle dans l'orage... Qu'entends-je!... Ah! cet effort surpasse mon com-age. Quoi ! seule. . . dans son camp. . . Seigneur 1 . . .
(Le tonnerre gronde.)
Seigneur, j'irai, Prendre un glaive... et frapper! Seigneur!...
(l'orage redouble.)
Je frapperai.
Je frapperai!... David me prêtera son glaive. Au rang de ses soldats le Tout-Puissant m'élève ; 11 m'a montre celui que mon bras doit punir... Des enfants d'Israël il m'a dit l'avenir...
Tes guerriers tous armés ont parlé de se rendre... Béthulie !... Eh bien ! Judith va te défendre... Judith, pendant trois ans, n'a pas souffert en vain ; Ses cris sont parvenus jusqu'au trône divin... A force de tourments... sa jeune âme aguerrie A mérité l'honneur de sauver sa patrie!...
Mes femmes, ôlez-moi ce vêlement de deuil...
Dieu m'ordonne l'éclat... Dieu me permet l'orgueil. Rendez-moi ces manteaux, ces longs tissus de soie, Que je portais, hélas! au beau temps de ma joie; Ces colliers, ces bandeaux, cette couronne d'or. Chers présents d'un époux, triste et brillant trésor ; Donnez, je vais combattre, et c'est là mon armure ! Puis, quand j'aurai vaincu, jetant celte parure.