ACTE II a
Je révoque avec joie un ordre rigoureux,
Et je ne voudrais voii* ici que des heureux !
De mon araour^ Judith, vous pouvez tout attendre.
JUDITH, à part.
Quel langage ! Seigneur, est-ce à moi de Tentendre?
(Haut.)
De si beaux sentiments sont dignes d'un vainqueur. La gloire est confiante, elle ennoblit le cœui*.
HOLOPHERNE
La gloire ! dites-vous? Oh î non, ce n'est pas elle;
Son bonheur est amer, son ivresse est cruelle ;
Par ses vaines grandeurs on n'est point corrigé...
Mais j'aime... et par l'amour tout mon cœur est changé.
Comme un crime orgueilleux je maudis cette gloire;
Je hais le sang versé qui donne la victoire;
Aux lois de la pitié dans mes rêves soumis,
Je voudrais pai'donner à tous mes ennemis.
Un règne bienfaisant dans mon destin commence.
Oui, j'aime, et par l'amour j'ai compris la clémence.^
Ah ! pour moi, cet amour est un songe si beau !
JUDITH, à pan.
profane bonheur rêvé sur un tombeau !
HOLOPHERNE
Que de fois, pénétrant dans la funèbre enceinte. Je vous vis à genoux près d'une tombe sainte ! Tremblant^ je vous suivais dans l'ombre des sentiers. Et seul je restais là des jours, des jours entiers.
36 JUDITH
A nourrir mes regards de votre douce image^ A vous rendre en secret un inutile hommage.
Triste des vains désirs qu'il fallait réprimer, Mais heureux de vous voir, et fier de vous aimer.
JUDITH, ù part.
Écouter ces aveux, c*est s'abaisser au crime. Mais il faut qu'elle parte... Ah ! Phédyme !...
(Haut.)
Eh quoi! de votre absence on ne s'alarmait pas? Nul regard inquiet ne surveillait vos pas?...
HOLOPHERNE
Je suis libre, Judith, aucim nœud ne m'enchaîne.
JUDITH
Mais une femme ici commande en souveraine !
Elle est belle, seigneur?
HOLOPHERNE, tivement.
Oh! moins belle que toi.
JUDITH
C'est votre esclave?
HOLOPHERNE
Oui; c'est la fille d*un roi Que nous avons vaincu.
JUDITH
C'est votre prisonnière !
L'esclavage est cruel pour une âme si ûère.