SCÈNE V
JUDITH, ZELPHA, HOLOPHERNE, NASSAR.
(Les esclaves apportent la table du festin,) HOLOPHERNE, à part.
Je vais donc la revoir ! hélas !
(Apercevant Jadilh.)
Dieux, qu'elle est belle !
Les plus affreux soupçons tombent à son aspect, La colère se change en timide respect...
JUDITH, à part.
Il me trompait... j'éprouve une rage inconnue... Enfin! Dieu soit loué... ma haine est revenue !
HOLOPHERNE, à part.
Mais elle semble fuir un pénible entretien.
Son regard courroucé semble éviter le mien.
(a Judith.)
Pourquoi viens-tu si tard ?
JUDITH, avec amertame.
Demandez à Phédyme.
HOLOPHERNE
Oh! de ses longs adieux ne me fais pas un crime.
(a part.)
Eh quoi ! je l'accusais, prompt à me défier.
Et c'est moi qu'elle force à se justifier !
63 JUDITH
Mais l'instant est venu de l'épreuve mortelle : Présentons-lui la coupe... Oh ! dieux ! la prendra-t-cUc ? Si, trouvant im prétexte, elle allait refuser?... Si, par sa propre crainte, elle allait s'accuser?... J'ai vu bien des combats, j'ai vécu de carnage. Jamais pareil effroi n'a glacé mon courage.
(Condaisant Jadilh ven la table.)
Voulez-vous présider aux plaisirs du festin.
Et par les mêmes vœux mêlant notre destin.
Souffrir que pour tous deux la coupe soit remplie?
JUDITB.
Oui, seigneur : au succès de ma tâcbe accomplie, J'ose boire avec vous, cai* mon cœur est joyeux. Et je sens que ce jour est un jour glorieux.
(jadith prend un des flacons d'or et verse le vin dans la coupe que lui prcsente Holopherne; puis elle porte la coupe a ses lèvres.)
HOLOPHERNE, h part.
Ah ! je respire enfin !... rien n'a trahi son trouble. Oh I ma foi se réveille, et mon amour redouble...
JUDITH
Un courrier de Ninive est arrivé ce soir?
HOLOPHERNE
Oui; par un envoyé le roi me fait savoir Qu'il presse mon retour à la cq}JX 4' Assyrie. Vous y viendrez, Judith?
JUDITH
Pour ma pauvre patrie.
J'irai de votre maître implorer les bontés.