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SCÈNE III

F H A B Q U I T A (sortant de la maison un bouquet à la main).

BERNADILLE

RERNADILLE (se remettant.)

Ah! c’est toi, Frasquita?

FRASQU1TA.

Oui, Sénor ; \oici un bouquet qu'on vient cVapporter pour vous.

BERNADILLE.

Donne. C’est pour Inès, ma fiancée. Je vais le lui porter.

FRASQUITA.

Votre fiancée? Ainsi, seigneur Bernadille, vous ôtes bien décidé à vous remarier ?

BERNADILLE.

Mais certainement.

FRASQUITA.

Et vous avez la conscience tranquille? Eh! bien, pas moi, Sénor. Si Doua Julia vivait encore?

BERNADILLE.

Ma femme? Ma première femme? Ne parlons pas de ça !

FRASQUITA (continuant).

Si elle allait revenir.un jour ou l’autre?

BERNADILLE (ricanant).

Ah ! ah ! revenir ? Elle ? Frasquita, connais-tu la mer? L’Océan grandiose, avec ses orages, ses vagues furieuses!. Ta pauvre maîtresse, hélas!...

FRASQUITA.

Oui. Vous étiez partis ensemble. Vous êtes revenu seul, et vous avez dit à tout le monde.

BERNADILLE.

Que l’infortunée Julia avait misérablement péri dans les flots!

FRASQUITA.

Vous'l'aimiez, cependant, car, Dieu merci, vous lui rendiez la vie assez dure avec votre infernale jalousie.

BERNADILLE (avec dign ité).

Frasquita!... un Espagnol qui ne serait pas jaloux ne serait pas un Espagnol.

FRASQUITA (avec force).

Et vous n’avez pas tout entrepris, tout tenté pour la sauver ou périr avec elle?

BERNADILLE (tranquillement).

Non! (sc reprenant.) C’est-à-dire : Si! Mais pourquoi me rappeler ce pénible souvenir? Je vois encore cette

affreuse tempête. j’entends encore ce craquement

terrible! L’avant du navire se brise.Et Julia est

emportée parles flots! Trois braves matelots s élancent. mais, au moment où ils croient la saisir, elle

disparaît, et ils disparaissent avec elle. C’en était trop...

j’avais perdu le sentiment! Quand je revins à moi, la tempête s’était apaisée, nous étions sauvés 1 Mais, hélas!

ta pauvre maîtresse. (du ton le plus calme.) Tu vois, Fras-

quita, que je puis être bien tranquille et me remarier sans le moindre inconvénient.

FRASQUITA (insistant).

Pourtant, Sénor....

BERNADILLE (l'interrompant).

Ah! assez! Je vais porter mon bouquet. Bonjour!

(Il sort, et entre dans la maison d’Inès).

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