‹ Juge et partieChapitre 6 sur 34 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FRASQUITA (seule), puis J U LIA FRASQUITA

C’est égal, le sénor Bernadille s’est vite consolé. Deux ans de veuvage, à peine! Ah! tous les hommes sont des ingrats! J’en sais quelque chose, moi.

(Une femme voilée, entre et s’approche doucement de Frasquita.C.’est Julia). J U LIA (à demi-voix).

Frasquita?

FRASQUITA (troublée).

Hein!.Cette voix?...

JULIA (levant son voile).

Me reconnais-tu?

FRASQUITA (avec un cri).

Ah ! Doiia Julia!

J U L IA

Chut!... plus bas! Mais qu’as-tu donc? On dirait que tu as peur? Ne crains rien, tu n’as pas affaire à une ombre et quoique mes traits soient un peu changés, je t’assure que c’est moi, que c’est bien moi!

FRASQUITA (lui prenant les mains).

Ah’ ma chère maîtresse, quelle joie de vous revoir! DUO

FRASQUITA.

Par quel heureux bienfait de votre destinée Etes-vous échappée aux flots ?

J U LIA (étonnée).

Quels flots ?

FRASQUITA.

Les flots qui vous ont entraînée ,

Avec vos trois sauveurs les braves matelots.

J U LIA (de même).

Quels matelots ? Que veux-tu dire ?

FRASQUITA.

On m'avait assuré que vous aviez péri Par un orage affreux qui brisa le navire.

JULIA

Qui t'a conté cela?

FRASQUITA.

Mon maître .

Mon mari ?

Tu vas savoir sa perfidie

Et tu verras, sous son vrai jour ,

La trame qu'il avait ourdie

Pour mieux me perdre, sans retour!

It ne s est pas vanté, si j'en crois cette fable,

De certain tour de sa façon ?

FR ASQUITA.

Quel tour?

JULIA

Le tour, à grand peine croyable Qu'il m'a joué pourtant : son cruel abandon !

FRASQUITA.

Quel abandon? Que faut il croire*

JULIA

Promets-moi le silence?

FRASQUITA.

Oh! je vous le promets

JULIA

Eh ! bien , apprends alors l'action la plus noire Qu'un homme ait commise jamais!

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