Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages [microforme]
Voici en quels termes s’exprime cet écrivain sitristement fameux, dans un de ses trop nombreux ouvrages, lequel w’a pourtant pas laissé d’être couronné par l’Académie :
6 On n’a pas un setil exemple d’une peuplade sauvage qui se sait élevée à la civilisation. Il faut donc supposer que Îles races civilisées n’ont pas traversé l’état sauvage, et ont porté en eilesmêmes dès le commencement le germe des progrès futurs. Leur langue n’était-elle pas, à elle seule, un signe de noblesse et comme une première philosophie ? Imaginer une race sauvage parlant une langue sémitique ou indo-européenne, est une fiction contradictoire à laquelle refusera de se prêter toute personne initiée aux lois de la philologie comparée et à la théorie générale de l'esprit humain.”’—(Renan. Hist. générale et système comparé des langues sémiliques.)
On est peiné en lisant ces lignes, surtout quand on a connu particulièrement celui qui les a écrites. A un ton aussi tranchant, à un style aussi prétentieux, certes on ne reconnaîtrait pas cette douce et timide réserve qui distinguait M. Renan encore jeune, encore ecclésiastique. On voit au changement de ses allures, que l’ancien séminariste a tout à fait changé de maîtres. Ce ne sont, en effet, dans l’une et l’autre partie de l’ouvrage cité, presque à chaque page, que des assertions plus ou moins hardies, des affirmations sans preuves, des propositions contraires à la Révélation ou opposées à la croyance générale, le plus souvent beaucoup de grands mots dans des phrases alambiquées ; en un mot, le style nébuleux des modernes critiques d'Allemagne. Telle est la source où M. Renan
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est allé puiser ses inspirations. La philosophie allemande a remplacé pour lui les leçons trop modestes, il faut croire, de M. Gotofrey, (1) et son professeur d’Hébreu, M. Lehir, en grande estime pourtant parmi les savants, a dû céder la place aux rationalistes et aux Exégètes de l’Allemagne moderne.
Ainsi, entre autres exemp'es, M. Renan a embrassé l’opinion erronée de quelques philologues d’outre-Rhin, relativement à ce qu’ils sont convenus d’appeler les races sauvages. ‘ Chez les nations sauvages, dit l’un de ces philolognes, (2) l& langue se morcelle en une multitude 4’idiomes aussi vagues et aussi mobiles qu’ils sont bizarres et incohiérents : chez les nations civilisées au contraire, la langue se perfectionne. C’est ainsi que les idiomes de l’Europe ont tons une physionomie commune, tandis que ceux des naturels de l’Amérique différent presque dans chaque bourgade ...” Un peu plus loin, ce même auteur avance tout simplement que les langues sauvages ne sont autre chose que des ‘cris discordants.”” A ces citations, on pourrait en ajouter bien d’autres ; mais celles-ci suffisent pour montrer combien c’est nne chose triste que des hommes de talent, es hommes pleins de science, non contents de parler de tout ce qu’ils savent, veuillent encore parler et parler pertinemment de choses dont ils n’ont pas la moindre idée.
Car c’est n’avoir pas la moindre idée des langues d’Amérique que de s’imaginer qu’elles ne sont que des cris discordants, qu’elles diffèrent presque dans chaque bourgade, qu’elles sont vagues, mobiles, bizarres, incohérentes. Dites plutôt le contraire de cela, et vous serez dans le vrai.
Et que dirait M. Renan, si on lui montrait, non pas seulement une race sauvage, mais plusieurs racer sauvages parlant une langue au moins aussi belle, pour ne pas dire plus belle que n’importe quelle langue sémitique ou indo-européenne ? En présence d’un tel phénomène, changerait-il de sentiment, ou bien, parcequ’il est initié aux lois de la philologie comparée et à lu théorie générale de l’esprit humain, persisterait-il à ne voir là qu’une fiction contradictoire ?
Qu’il prit ce dernier parti, nous n’en serions pas très-étonnés.
Car, hélas ! on peut. s’attendre à tout d’un homme pour qui les vérités les plus saintes et les plus incontestables, ne sont que des imaginations et des mythes; d’un homme qui, entiché d’un système, s’efforce de faire passer pour autant de réalités les vaines inventions de son esprit, et ne voudrait rien moins que substituer son propre enseignement aux enseignements que Dieu lui-même a daigné nous donner dans ses Saintes Ecritures.
(1) Feu M. Gotofrey, mort dans l'exercice du St. Ministère, durant le terrible typhus de 1847/et dont la perte fut vivement sentie de toute la population catholique de Muntréal, avait été le professeur de philosophie de M. Renan, au Séminaire d'Issy. ;
(2) Eichkoff,
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