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Mais quant à ceux d’entre les philologues qui ne mettent pas leur propre esprit au-dessus de l’esprit de Dieu et de son Eglise, nous sommes assurés d’avance qu’i:s ne manqueront pas de trouver dans les langues sauvages d'Amérique ce que M. Renan admire si fort dans celles des races civilisées, et qu’il appelle un signe de noblesse, et comme une première philosophie. Frappés de la prodigieuse fécondité dé ces langues, ils rendront gloire à Dieu qui seul a pu en être l’auteur, et ils se demanderont à eux-mêmes, si les diverses nations qui les parlent ne porteraient pas, elles aussi, en elles-mêmes le germe des progrès futurs ; s’il est bien certain qu’un peuple sauvage l’a toujours été et le sera toujours, s’il est nécessairement sauvage et ne peut cesser de l’être, et si une nation civilisée ne pourrait pas tomber dans la barbarie et dans l’état sauvage.
Un membre de l’Institut de France, honoré par le gouvernement de plusieurs missions scientifiques, auteur de plusieurs ouvrages, ayant à son service les presses de l’imprimerie impériale, entretenant une correspondance active avec les savants du monde entier, et pour tout dire, en un mot, M. Renan! pourra, sans grande témérité, s’aventurer à énoncer certaines propositions du genre de celles-ci:—Les langues des races sauvages ne auraient entrer en parallèle avec celles des races civilisées.—Imaginer une race sauvage parlant une langue sémitique ou indo-européenne, est une fiction contradictoire.—Chez les nations sauvages, la langue se morcelle en une multitude d’idiomes aussi vagues et aussi mobiles qu’ils sont bizarres et incohérents.— Les langues américaînes ne mérilent pas de fixver l'attention des linguistes, attendu qu’elles ne sont qu’un composé de cris discordants.
M. Renan est 4 peu près assuré de ne pas trouver un seul contradicteur parmi ses confrères de l’Institut, dont, quelqwes-uns peuvent, comme lui, posséder un certain nombre de langues sémiiques ou indo-européennes, mais dont aucun, probablement, ne connaît guère les langues du nouveau monde. A plus forte raison n’a-t-il rien à redouter du commun des lecteurs, et peut-il espérer qu’en matière de linguistique sauvage, ses assertions les plus gratuites passeront sous les yeux du public sans soulever la moindre difliculté et sans exciter le plus léger soupçon sur leur exactitude. Qui en effet, connaît en Europe, les langues, par exemple des naturels de l’Amérique Septentrionale, le Sioux, le Potawatomis, le Huron, lPfroquois, l’Algonquin, l’Abénaquis, le Micmac, le Neskopi ? Tout ce que nos savants transatlantiques peuvent en savoir, ils l’ont puisé malheureusement d’ordinaire, dans des sources bien peu sûres, c’esi-à-dire aux renseignements nécessairement très-inexacts des voyageurs et des touristes, (1)
(1) L'amour de la vérité nous impose un pénib'e devoir en nous obligeant à prémunir ici les linguistes d'Europe contre certains documents qui leur viennent de l’autre côté de l’atlantique. Nous ne voulons nommer personne ; mais combien n’en pourrions-nous pas nommer, de ces prétendus savants de notre nouvelle hémisphère qui s'avisent de
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Cela étant, M. Renan croit pouvoir, tout à son aise, déverser son arrogant mépris et sur les races sauvages et sur leurs idiomes.
Si la chose ne tirait pas à conséquence, c’est-à-dire, si la religion elle-même ne se trouvait pas attaquée, nous aurions continué à garder le silence et à contenir l’envie que nous avons depuis longtemps de causer un peu de confusion, s’il est poseible, à cet inqualifiable présomptueux, dont l’orgueil s’accroit d’heure en heure, et qui, tout récemment, vient d’épouvanter le monde chrétien par ses blasphèmes contre la personne adorable de notre divin Rédempteur, dans une nouvelle élucubration malheureusement devenue trop fameuse./” Car, ilne faut pas s’y tromper, dans cette question assez futile, en apparence, des langues sauvages, la religion, la foi elle-même est en jeu. En effet, la foi repose sur la parole de Dieu comme sur son fondement ; mais, si ce fondement est ébranlé, tout l’édifice s’écroule. Or tel est le but des efforts de nos modernes rationalistes; ils veulent à tout prix renverser de fond en comble la religion révélée; et, pour réussir dans leur dessein criminel, ils emploient toutes les ressources de leur esprit et mettent à contribution toutes les sciences et découvertes modernes, dans le chimérique espoir de trouver en défaut la véracité de nos Saintes Ecritures et de saper ainsi l’édifice par sa base. Ainsi, pour nous borner à un seul exemple, afin de ne pas sortir de notre sujet, c’est un fait incontestable, puisqu’il estappuyé sur le témoignage exprès de l’Ecriture, que tous 1e hommes répandus sur la surface du globe, descendent de Noé, et, par Noé, remontent jusqu’à Adam. Mais voici le philologue Renan qui, enflé de son érudition germanique, traite ce fait divin de fiction ; pour mieux séduire ses lecteurs, il s’élève à de nébuleuses considérations philosophiques sur la différence essentielle qui existe, prétend-il, entre les races sauvages et les races civilisées, entre le langage des unes et le langage des autres. C’est alors que ses adeptes l’applaudissent à l’envi. ‘ Voilà, s’écrie l’un d’eux, (Francisque Sarcey,) avec une sorte d’enthousiasme mêlé d’attendrissement ; voilà un homme vraiment admirable ; où trouvera-t-on un savoir si étendu, un esprit si large, une intégrité si parfaite ? Que de longs travaux, que de patientes recherches faites avec un amour infini de la vérité ! !?? Tel est le ton d’un des nombreux panégyristes de notre héros ; par cet échantillon, on peut juger du reste.
parler de choses qu’ils ignorent, et qui, partant, tombent dans les fautes les plus grossières? Ce qu’il y a de plus déplorable, c'est que, souvent, leurs bévues font le tour du monde, passant partout pour autant de vérités. Les hommes les plus éminents accepten‘ non-seulement sans défiance, mais avec enthousiasme, ce qu'ils #’imaginent être de précieuses découvertes pour la science, et ils se donnent une peine infinie pour tirer le meilleur parti possible du faux trésor qui leur arrive de l'autre côté de l'océan. Et de là, que de systèmes ruineux construits à grands frais et au prix de sueurs et de veilles qui auraient pu être mieux employées! C’est de la sorte, apparemment qu’aura été induit en erreur un très-estimable écrivain, dans un article intitulé : Parenté du Juponais
avec les langues tartares et américaines, et publié dans les Annales de Philosophie Chrétienne.
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Les seules sources où l’on puisse puiser en sûreté, des renseignements exacts sur nos langues américaines, ce sont les écrits des missionnaires. Outre les missionnaires, il y a encore des auteurs dont on peut consulter les ouvrages avec fruit. Tels sont,entre autres, les PP. Lafitau et Charlevoix qui vinrent passer au Canada plusieurs années dans le but d’étudier, à l’aide des missionnaires, leurs confrères, l’histoire, les mœurs, et la langue des diflérentes tribus sauvages. Qu’on lise ces deux derniers, par exemple, et on remarquera qu’ils sont loin d’être aussi dédaigneux que nos modernes critiques ; l’un et l’autre trouvent même l’occasion de distribuer
a et là des éloges, soit à des individus isolés, soit même quelqueois à des tribus entières, et cerès leurs appréciations valent bien celles des Ethnographes d’aujourd’hui, tout comme aussi, n’en déplaise à M. Renan, quoique leur ton soit plus modeste, ils n’en sont pas moins bons linguistes et moins bons philologues.
Nous appuyant donc sur l’illustre auteut de l’histoire de la Nouvelle France, sur l’auteur non moins illusi.2 des Mœurs des sauvages d'Amérique et sur plusieurs autres écrivains estimables, dont quelques-uns ne sont malheusement pas assez connus, nous espérons réhabiliter les peuples sauvages dans l’estime de ceux que la lecture des philoloques modernes auraient égarés. Dans ce dessein, nous tâcherons de réhabiliter les langues sauvages elles-mêmes dans l’esprit de ces philologues.
Si l’on jette les yeux sur la carte de l’Amérique du Nord, on y remarquera dans toutes les directions et presque sur tous les points, des noms géographiques de langue iroquoise ou algonquine, preuve évidente de l’extension prodigieuse de ces deux langues et de Pimpcrtance des nations qui les ont parlées. Quand Jacques- Cartier fit la découverte du Canada, les deux rives du St. Laurent étaient habitées par des tribus de langue iroquoise. On retrouva plus tard cet idiome dans les pays que vinrent occuper les colonies
arties de Suède et de Hollande ; il s’étendait sur tous les bords du ac Erié, du lac Ontario, et allait même bien loin au delà du lac Huron. C’est déjà un préjugé favorable pour une langue qu’elle ait une grande diffusion et soit entendue d’un grand nombre de peuples. A cet égard, la palme peut être revendiquée par les sauvages de race algonquine. Car, à l’époque de Christophe Colomb, il n’existait peut-être pas de langue vivante soit sémitique soit indo-germanique qui fût aussi répandue que l’était alors et l’a été longtemps depuis, la langue de cette nation. (1)
Revenons maintenant à M. Renan; voici ce qu’il dit à la page 484 de son ouvrage déjà cité : “Quant aux races inférieures de l’Afrique, de l’Océanie, du Nouveau-Monde, et à celles qui précédèrent presque partout sur le sol, l’arrivée des races de l’Asie centrale, un abîme les sépare des grandes familles dont nous venons de parler.”
Ces grandes familles” dont M. Renan a parlé, sont, non pas
(1) Voyez Châteaubriand, Voyage en Amérique.
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seulement les Sémites et les Ariens, mais encore ce qu’il appelle ler races civilisées dans le sens matériel, savoir: les Chamites, les Courchites et les Chinois. (Loc. cit. p. 496 et seq.)
À la page 18, l’auteur dépeint le caractère propre des langues sémitiques. “ L’abstraction leur es! inconnue, dit-il, la métaphysique impossible.” (1) Il faudra donc déjà su les langues sémitique: baissent pavillon devant les langues sauvages d'Amérique, et que “{. Renan se 1étracte dès le début; car, ce qui, d’après lui, manque aux langues sémitiques, il est incontestable que les deux principales langues de l’Amérique du Nord n’en sont pas dépourvues. En effet, ces deux langues possèdent une syntare assez compliquée, peuvent varier leur construction, ont presque toutes ces conjonctions qui établissent entre les membres de la pensée des relations si délicates. Si cela est, comme nous le démontrerons dans un prochain article, M. Renan devra avouer que les idiomes d'Amérique ne sont pas impropres aux sujets philosophiques.
Il ajoute : “ Les langues sémitiques sont peu précises, et ne disent les choses qu’à peu près. Leurs formules n’ont pas cette exactitude, qui chez nous, ne laisse paint de place à l’équivoque. Quand on cherche à traduire dans nos iangues européennes, où chaque mot n’a qu’un sens, (est-ce bien vrai?) les plus anciens monuments de la poésie hébraïque, on éprouve le besoin de s’adresser des questions, et de faire ‘ne foule de distinctions auxquelles l’auteur ne pensait point, mais auxquelles le mécanisme de nos idiomes nous force de songer.” Si M. Renan s’était adonné à l’étude des langues d’Amérique, il pourrait remarquer lui-même qu’il en est tout autrement de ces langues ; 1eurs termes ont ordinairement un sens tellement précis que l’amphibologie y est beaucoup plus rare que dans nos langues d’Europe, les plus claires et les moins sujettes à l’équivoque.
Poursuivons notre parallèie : La conjugaison qui se prête avec une merveilleuse flexibilité à prendre les relations extérieures des idees, est tout à fait incapable d’en exprimer les relations métaphysiques, faute de temps et de modes bien caractérisés. Par les formes diverses d’une même racine verbale à laquelle sera, je suppose, atiachée l’idée de GRANDEUR, l’hébreu pourra exprimer tontes ces nuances : étre grand, se faire grand, s’agrandir, rendre grand, déclarer grand, être rendu grand, etc., et il ne saura dire avec exactitude s’il s’agit du présent ou de l’avenir, d’une vérité conditionnelle ou subordonnée”?
L’Américain le saura dire avec exactitude. Il y a abondance et surabondance de temps et de modes dans les langues d'Amérique. Des modes ariens, il ne leur manque que le mode vague et indéterminé de l’infinitif, et elles y suppléent avantageusement par d’au-
(1) Cette proposition pourra paraître vraie à ceux qui, comme M. Renan, n’admettent pour bonne philosophie que la philosophie allemande : mais elle sera rejeiés comme fausse par tous Ceux qui voient dans le livre de la Sagesse un excellent traité de philosophie,
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langues \étaphysémitinérique, d’après que les pas dére assez 1e toutes nsée des ntrerons idiomes es.
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tres, inconnus aux langues ariennes et sémitiques. Quand aux relations extérieures des idées, la conjugaison AMÉRICAINE se vrête à les peindre avec une flexibilité plus merveilleuse encore que ne fait la conjugaison sémitique. Nous allons en appeler tout à l’heure au jugement de M. Renan lui-même.
Continuons : 4 Le nom n’a que peu de flexions.”?
Le nom américain en a un très-grand nombre, beaucoup p'us que n’importe quelle langue indo-européenne. Et 1l ne faudrait pas se figurer que ces flexioris ne sont autre chose que des monosyllabes parasites. s'agglutinant soit au commencement, soit à la fin des mots, Ce sont de véritables flexions comme dans le latin, le grec, le basque et l'allemand.
M. Renan ajoute : ‘ Les autres particules constituent moins une classe de mots à part qu’un certain emploi du substantif privé de toute signification déterminée et réduit à un rôle purement abstrait.” 1i n’en est pas ainsi des langues parlées par les races inférieures du Nouveau-Monde. Les pronoms, les adjectifs, les adveibes, les conjonctions, les interjections forment autant de classes à part, ainsi que dans les langues indo-européennes. Avouons pourtant, ce qui du reste a lieu, plus ou moins, dans toutes les langues même les plus perfectionnées, avouons que certains adverbes, dans les langues américaines, sont empruntés à une autre classe de mots soit substantifs, soit verbes. Avouons aussi que ces langues ont, en général, peu de prépositions. Nous dirons plus tard la manière admirable dont on y supplée.
Afin de n’être pas trop long, passons vite à la page 22: On ‘ peut dire que les langues ariennes, comparées auxlangues sémiti- 6 ques, sont les langues de l’abstraction et de la métaphysique, com- 6 parées à celles du réalisme et de la sensualité.’ Nous ne croyons pas qu’on puisse le dire ; nous pensons, au contraire, qu’il y a similitude parfaite, entre les unes et les auties de ces langues. Mais M. Renan qui croit pouvoir le dire, devra dire aussi que les langues américaines tiennent à la fois des langues ariennes et des langues sémitiques, mais beaucoup plus des premières que des secondes. Car, d’un côté, elles se font remarquer par leur souplesse merveilleuse, leurs flexions variées, leurs particules délicates, leurs mots composés. A tous ces égards, l’algonquin et Piroquois laissent bien loin derrière eux le grec et l’allemant euxmêmes. C’est à peine s’ils leur sont inférieurs pour ce qui regarde cet admirable secret de l’inversion qui permet de conserver l’ordre naturel des idées sans nuire à la détermination des rapports grammaticaur. D'où il résulte que nos idiomes sauvages peuvent tout aussi bien que les langues ariennes, NOUS TRANSPORTER TOUT D’ABORD EN PLEIN IDEALISME, ET NOUS FAIRE ENVISAGER LA CRÉA- TION DE LA PAROLE COMME UN FAIT ESSENTIELLEMENT TRANSCEN- DENTAL.
D'un autre côté, en parcourant la série des racines américaines, nous en trouvons un certain nombre qui sont empruntées à l’imitation de la nature, avec cette énorme différence, toute à l’avantage
des idiomes d'Amérique, que les racines sémitiques offrent toujours, d’après M. Renan, un premier sens matériel, appliqué, par des transitions plus ou moins immédiates, aux choses intellecluelles, tandis que les racines américaines, désignant des objets de l'ordre métaphysique, n’ont actuellement qu’une seule acception, qu’un seul sens, l’acception intellectuelle, le sens psychologique. Ainsi quand il s’agira d'exprimer un sentiment de l’âme, les Américains ne seront pas obligés comme les Sémites, d’avoir recours au mouvement organique qui d'ordinaire en est le signe. S’ils peuvent exprimer comme en hébreu, l’idée par exemple de coLÈRE, de plusieurs manières également pittoresques et toutes emyruntées à des faits physiologiques, ils peuvent aussi exprimer cette idée, et plus communément ils l’expriment par un terme auquel il serait difficile d’assigner actuellement un premier sens matériel.
Nous disons, actuellement, car nous sommes entièrement persuadé que dans toutes les langues sans exception, les termes métaphysiques originent d’ordinaire de quelque fait physiologique, du sont empruntés à l’imitation de la nature, et, conséquemment, n’ont été appliqués aux choses intellectuelles que par des transilions plus ou moins immédiates. Ici s’applique dans toute sa force le fameux axiome de l’Ecole d’Aristote : NIHIL EST IN INTELLECTU QUOD PRIUS NON FU&RIT IN SENSU. Eh! l’exemple lui-même que cite M. Renan, le mot colère n’a-t-il pas une origine sensuelle, ne tient-il pas sa raison d’être d’un fait physiologique ?
. Voici maintenant de quelle ingénieuse manière notre habile critique explique la richesse des langues sauvages. ‘ Les linguistes ‘ont été surpris, dit-il, (1) de trouver, dans les langues réputées ‘ barbares, une richesse de formes à laquelle atteignent à peine les “langues cultivées (dites plutôt : À LAQUELLE SONT LOIN D’ATTEIN- DRE...) Rien de plus vrai, dès que l’on accorde que cette variété ‘c’est l’indétermination même. Les langues qu’on peut appeler ‘primitives sont riches parce qu’elles sont sans limites. Chaque “individu a eu le pouvoir de lestraiter presque à sa fantaisie ; mille “formes superflies se sont produites, et elles coexistert jusqu’à ‘“ ce que le discernement grammatical vienne à s’exercer. C’est un ‘arbre d’une végétation puissante, auquel la culture n’a rien re- ‘tranché, et qui étend ses rameaux capricieusement et au hasard. ‘“ L’œuvre de ia réflexion, loin d’ajouter à cette surabondance, sera ‘toute négative ; elle ne fera que retrancher et fixer. L’élimination ‘s’exercera sur les formes irutiles; les superfétations seront bannies; ‘la langues sera déterminée, réglée, et, en un sens, appauvrie.??
Voilà certes de belles phrases, des termes sonores et à effet ; on ne peut s’empêcher d’admirer la brillante imagination de l’écrivain, son style est magique. Hélas! quel dommage que la vérité y fasse défaut ! M. Renan a manqué sa vocation, il était né poète. Au lieu de faire de la philologie, nous regrettons qu’il n’ait pas mis a vers français les métamorphoses d’Ovide ou le Ta!mnd de Baby-
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(1) Loc. cit. p. 100.
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} tou , par ellects de ption, rique.
Amécours S'ils LÈRE, intées idée, ael il iel.
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Un peu plus loin (p. 136) il ajoute : Toutes les langues sont “riches dans l’ordre d’idées qui leur est familier ; seulement cet ‘ ordre d’idées est plus ou moins étendu ou restreint.... Dans le ‘ cercle d’idées où se mouvait l’esprit des Juifs, leur langue était ‘aussi riche qu’aucune autre ; car, si les racines hébraïques sont en ‘petit nombre, elles ont l’avantage d’être d’une extrême fécondité... Il semble que les Sémites aient visé à l’économie des radicaux, ‘et aspiré à tirer de chacun d’eux, au moyen de la dérivation, tout ‘ce qu’il pouvait contenir.” (Loc. cit. passim.)
Quant à nous, nous ferons observer que les langues américaines sont plus riches en radicaux que les langues sémitiques, et leurs radicaux plus féconds. Outre ces deux immenses avantages, les langues d’Amériqne possèdent au plus haut degré la faculté de produire des mots composés. Aussi est-il bien rare qu’elles aient recours à des emprunts comme ont fait et font encore tous les jours nos langues académiques : elles trouvent abondamment dans leur propre fonds tout ce qui est nécessaire à la pensée ; elles ne sont pas mendiantes comme les nôtres.
Enfin, en terminant la première partie de son livre, M. Renan compare encore les langues sémitiques avec les langues indo-européennes. En dépit de toutes les analogies qu’il constate lui-même, en dépit de l’autorité du très-grand nombre des philologues, il veut absolument qu’il y ait une différence radicale entre le système grammatical des unes et celui des autres. Quant à la partie lexicographique, il est bien forcé d’admettre que plusieurs racines sont communes à ces deux classes de langues ; mais il trouve la raison de cette identité soit dans le hasard, soit dans l’onomatopée, soit enfin, remarquez bien, dans l’UNITÉ PSYCHOLOGIQUE DE L’ESPÈCE HUMAINE !!!
Il nie positivement qu’on puisse trouver cette identité dans l'unité primordiale du langage qu’il traite de ridicule chimère, et dont i! attribue la croyance légendaire au mythe le plus bizarre. Au reste, cela est tout naturel. Comment, en effet, admettrait-il cette unité primitive du langage, lui qui refuse même d’admettre unité de l’espèce humaine. Ecoutons sa profession de foi: “Il ‘ne peut entrer (1) dans la pensée de personne de combattre un “dogme que les peuples modernes ont embrassé avec tant d’empres- ‘sement, qui est presque le seul article bien arrêté de leur symbole ‘éreligieux et politique, et qui semble de plus en plus devenir la base ‘des relations humaines sur la surface du monde entier ; mais il est ‘“ évident que cette foi à l’unité religieuse et morale de l’espèce ‘humaine, cette croyance que tous les hommes sont enfants de Dieu ‘et frères, n’a rien à faire avec la question scientifique qui nous ‘occupe ici. Aux époques de symbolisme, on ne pouvait concevoir ‘la fraternité humaine sans supposer un seul couple faisant rayonner ‘ d’un seul point le genre humain sur toute la terre ; mais avec le ‘sens élevé que ce dogme a pris de nos jours, une telle hypothèse ‘n’est plus requise. Toutes les religions et toutes les philosophies
(1) Loc. cit, p. 464.
‘ complètes ont attribué à l’humanité une double origine, l’une ter- “ restre, l’autre divine. L'origine divine est évidemment unique, en “ce sens que toute l’humanité participe, dans des degrés divers, à ‘une même raison et à un même idéal religieux. Quant à l’orisine “ terrestre, c’est un problème de physiologie et d’histoire qu’il faut 66 laisser au géologue, au physiologiste, au linguiste, le soin d’exa- ‘ miner, et dont la solution n’intéresse que médiocrement le dogme “religieux. La science, pour être indépendante, a besoin de n’être ‘6 gênée par aucun dogme, comme il est essentiel que les croyances 4 morales et religieuses se sentent à l’abri des résultats auxquels ‘ Ja science peut être conduite par ses déductions.??
Nous n’avons pas à relever ici tous les paradoxes et toutes les contradictions dont fourmille le livre de M. Renan. Un si vaste dessein ne pouvait entrer duns notre pensée. Nous nous sommes proposé uniquement de montrer qu’il a jugé les langues sauvages sans connaissai.ce de cause, qu’il a parlé de choses dont il n’avait pas la moindre notion. On a pu remarquer, par plusieurs passages cités, que l’auteur abonde surtout en assertions purement gratuites. Comment pouvait-il en être autrement ? Est-ce qu’il est possible de trouver des preuves à ce qui est faux et inconnu ? Jusqu’ici nous nous sommes borné à combattre ses prétendus principes de linguistique et ses règles de philologie comparée, par le célèbre axiome : Quod gratis asseritur, gratis negatur. Nous avons nié purement et simplement ce qu’il affirmait, affirmé ce qu’il niait. Quelquefois aussi, nous lui avons rétorqué ses arguments ou plutôt ses sophismes. Mais, comme Retorquere, non est respondere, et que, d’ailleurs, nous ne voudrions pas tomber dans le défaut si justement reproché à M. Renan d’affirmer ou de nier sans dire pourquoi, voici les preuves de nos propres affirmations, et les raisons que nous avons eu de donner si souvent le démenti à notre adversaire. Nous avons à venger l’honneur des deux mères-langues de l’Amérique du Nord, comme les appelle Châteaubriand. Mais auparavant, nous devons faire une remarque qui s’applique en général à toutes les langues sauvages.
Plusieurs personnes et parmi elles, M. R2nan, comparent aux enfants les peuples aborigènes de l’Amérique. A leur avis, ‘ les ‘ uns et les autres n’ont pas la force de s’écarter de la simplicité de “la nature, et ce défaut de capacité ou d’expérience les oblige à “réduire leur largage à un petit nombre de icrmes qui peuvent pré- “ senter des idées différentes, selon l’objet dont on parle.” Ces termes, ajoute-t-on, sont pour la plupart monosyllabiques, bien ‘6 rarement emploient-ils des dissyllabes, jamais ils ne vont au delà. € C’est précisément ce qui a lieu chez les enfants : leurs premiers ‘ sons articulés ne sont que des monosyllabes ; dès que la parole ‘leur devient familière, ils s’attachent aux dissyllabes ; mais ce n’est ‘qu’à la longue et peu à peu qu’ils apprennent à prononcer les mots composés de plusieurs syllabes”? (1)
(1) Coutumes religieuses des peuples, tom. VII. Dissert. sur les peuples de l'Amérique.
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Tout cela pourra paraître ingénieux, naturel, vraisemblable ; mais néanmoins tout cela offre l’inconvénient très-grave d’être faux, en ce qui regarde les sauvages, voire même les enfants sauvages, lesquels prononcent dès l’âge de quatre ans, et sans difficulté aucune, des polysyllabes qu’auraient peine à égaler les plus longs mots de notre langue française. Il est également faux que les racines américaines soient en petit nombre ; four preuve, nous renvoyons au dictionnaire iroquois et au dictionnaire algonquin ; qu’on confronte l’un et l’autre avec le lexique hébraïque, et on verra de quel côté penchera la balance. Quant au prétendu monosyilabisme des idiomes d’Amérique, nous croyons devoir entrer dans quelques développements. Cette erreur a été malheureusement propagée en Europe par les renseignements on ne peut plus inexacts de certains soi-disant savants des Etats, maintenant désunis d’Amérique. Quelques-uns dans des romans, d’autres dans des livres sérieux, citent tantôt &es échantillons de littérature indienne, comme chansons, contes, récits de chasse ou de guerre, etc., tantôt des fragments de traduction de nos Saints Livres, ou bien encore de simples phrases détachées, ou même seulement des listes de mots. Or, ces auteurs, n’ayant pas même la première teinture des langues dont ils se mêlent de parler, et par conséquent, ignorant le plus souvent où commence et où finit le mot qu’ils ont à transcrire, ont adopté assez communément une méthode bien commode et bien facile, celie de séparer toutes les syllabes sans exception, laissant à de plus instruits qu’eux, le soin de rejoindre ensuite les syllabes qui n’auraient pas dû être séparées. Ajoutons pourtant que parmi eux, quelques-uns ont pu agir de bonne foi, et croire que chaque syllabe formait réellement un mot; car c’est ainsi qu’écrivent ceux d’entre les indiens qui n’ont pas reçu d’insiruction, Mais il est une autre erreur à laquelle n’ont nullement donné lieu les sauvages, mais bien encore les prétendus linguistes d'Amérique, et aussi certains touristes et voyageurs européens. C’es: l’erreur de ceux qui ont cru que les langues américaines étaient des lang :s d’agglutination (1) D’abord ils ont été frappés de s:prise à la vue «le certains mots surtout, d’une longueur démesurée. Dans de précédents documents, les mots étaient tous divisés en syliabes : croyant d’après cela zu monosyllabisme de la langue, ils ne voient dans ces grands et longs mots qu’on leur présente maintenant, que de simples aggrégations de monosyllabes, et sont loin de s’imaginer que plusieurs sont absolument indivisibles, et même irréductibles à l’oligosyllabisme ; qu’ils ne sont nul-
(1) Le manière inexacte dont trop souvent on a écrit les mots sauvages, a occasionné, au moins dans une certaine mesure, cette dénomination de langues nt eg inventée tout exprès,si je ne me trompe, pour distinguer les langues du nouveau continent. Les ministres protestants ont contribué, pour leur bonne part, à accréditer ce faux système, en écrivant par exemple, dans leurs traductions de l'Evangile : Peterdush, Jewsdush, accolant ridiculement la particule dac au mot qu’elle accompagne, mais avec lequel il est tout aussi absurde de la confondre, qu’il le serait de dire en latin d’un seul mot: Petrusvero, Judæiautem.
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Jement le résultat d’une simple juxtaposition, et qu’en aucun sens on ne peut dire qu’ils ont été construits par voie d’agglutinatin.
Témoin d’une telle divergence d’opinions sur la manière d’écrire les langues ae quelques savants, Eichhoff à leur tête, ont trouvé plus commode de les caractériser sous le nom d’idiomes vagues, mobiles, bizarres, incohérents. Ils ont eu grand tort de précipiter leur jugement ; mieux eût valu, pour l’honneur de leur réputation, le suspendre prudemment, et se renfermer, jusqu’à plus ample information, dans un silence modeste.
Un écrivain du jour regrette, avec raison, que les philologues aient reculé lâchement devant les difficultés que présente la linguistique, au lieu d’essayer à les vaincre ; qu’il s’en soit trouvé même qui, ne réussissant pas dans leur recherches trop hâtives et trop supeificielles, aient imité le renard de LaFontaine, jetant le mépris et l’injure à l’objet qu’ils n’ont pu atteindre ; ou bien, plus souvent encore, qu’ils aient bâti des systèmes plus ou moins ingénieux qui ne servent qu’à découvrir leur profonde ignorance sur le sujet même de leurs travaux. 4 Rien pourtant, dit cet écrivain, de « plus important pour l’histoire de l’homme que l’étude des langues ‘ du nouveau continent. Malheureusement, rien de plus incertain ‘“ que les données générales sur lesquelles cette étude a reposé jus- “qu'ici. Les causes de cette incertitude sont le nombre et la diffi- ‘6 culté de ces langues. ., le mauvais vouloir des Indigènes, l’incurie « des observateurs, l’imperfection des méthodes de transcription, «e l’esprit de système.” (1) Parmi les causes énoncées, il en est de véritables, notamment l’esprit de système et l’incurie des observateurs. D’autres ne le sont pas, comme le nombre et la difficulté des langues. Elles étaient bien plus nombreuses il y a deux siècles, et la difficu!té qu’elles offraient était bien autrement considérable au temps des Biard, des Brébeuf et des Lejeurie. (2) Ces illustres missionnaires et tant d’autres n’étaient pas dans des conditions aussi avantageuses que le sont ceux qui veulent aujourd’hui étudier les langues d'Amérique. Ce furent eux qui tracerent la route, et qui dirait tout ce qu’il leur en coûta d’efforts et de sacrifices? Le mauvais vouloir des indigènes ! oh ! oui, ils eurent souvent occasion de l’éprouver ; mais aidés du secours de Dieu, dont ils étaient les fidèles ministres et dont ils cherchaient uniquement la gloire, ils triomphèrent de cet obstacle aussi bien que de tous les autres.
Quant aux méthodes de transcription, nous ne voyons pas de quel avantage peuvent être les signes nouveaux qu’introduisit, il y a quelques années, M. Hale pour les langues de l’Amérique du Nord ; au contraire, nous concevons très-bien que son innovation n’ait pas été goûtée, et que la Société ethnographique américaine ait publié le vocabulaire de ce philologue en y transcrivant en lettres latines des sons que ces caractères déjà connus peuvent
(1) Encycl. du XIXe siècle, t. 26, p. 500.
(2) Voy. les Relations des Jésuites, missionnaires dans la Nouvelle- France.
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tout aussi bien représenter que le pouvaient faire d’autres caractères également arbitraires et de fraîche invention. Dira-t-on que les Polonais ont eu tort d’adopter pour leur langue l’alphabet latin ? Cet alphabet ne leur suffit-il pas, et même, dirons-nous, ne vaut-il pas mieux que l’alphabet si bizarrement hétérogène que se sont fabriqué les Russes? A quoi bon encore vouloir faire usage des lettres hébraïques, comme en a eu l’idée, dans ces derniers temps, un nouveau venu d'Italie? Singulier moyen pour simplifier la lecture et l’écriture, faciliter la prononciation et diminuer les difficultés ! Un autre a inventé, à la Baie d’Hudson, un système d'écriture qui est capable, à lui seul, de faire des livres Cris ou Mackegons antant de livres à jamais scellés pour les philologues, et ces langues de l’extrême Nord pourront périr avant que les linguistes d’Europe en sachent le premier mot.
Pourquoi donc ne pas se servir de nos caractères ? Ils suffisent abondamment à bien représenter tous les sons américains, si Lien qu’il n’est même pas besoin du secours d’un maître, ce qui, certes, n’a pas lieu pour nos langues d'Europe ; témoins, entre autres, le ch des Allemands, la jota et la zeta des Espagnols, le {h des Anglais, et, à l’égard des étrangers, notre w et notre 7,français. Il serait facile, par des expériences, de démontrer que ce que nous venons d’avancer n’est point un paradoxe. Mais, sans avoir besoin de recourir à ce moyen, on aura garde de nous accuser d’exagération et de charlatanisme, quand on aura jeté les yeux sur les règles gi simples de la prononciation des deux langues dont nous parlons.
Il faut 18, ni plus ni moins, de nos caractères pour peindre tous les sons algonquins ; 12 suffisent pour représent:r ceux de la langue jroquoise.
lère R. gén. Dans l’une et i’autre langue, toutes les lettres se font sentir dans la prononciation, c’est-à-dire qu’il n°y a jamais de lettres quiescentes, chose si fréquente dans d’autres langues.
2de R. gén. Les lettres conservent la même valeur dans tous les cas ; leur prononciation n’est pas flottante et indécise comme il arrive si souvent en anglais, par exeraple, et en français.
Voici l’alphabet algonquin: abcdeghijkmnopstwz.
On prononce comme en français, sauf les exceptions suivantes : C se prononce à l’italienne, c’est-à-di'e comme ch français ou sh anglais. N, à la fin d’un mot, n’est pas nasal comme en français ; mais se prononce comme en latin; äu contraire, il est nasal à la fin d’une syllabe qui ne termine pas le mot.
G, 8,t, d’après la 2de règle générale, gardent toujours leur son propre, comme en grec et en hébreu, et jamais ne s’adoucissent comre en français.
La langue algonquine n’a pas les sons de f, /, r, v. Voilà, avec l’u français, tout ce qu’il lui manque. Elle a toutes nos chuintantes, notamment, ce redoutable j français, l’écueil de nos voisins soit d’outre-Manche, soit d’outre-Rhin, d’au delà des Alpes comme
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d’au delà des Pyrénées. Le w a la même valeur qu’en anglais ; comme dans cette langue, il est tantôt voyelle, et tantôt consonne. On ne fait aucun usage du g et de l’x, lettres complètement inutiles et que l’académie espagnole a eu, ce nous semble, grandement raison de retrancher de l’alphabet castillan. Pour la même raison, nous avons supprimé l’i grec.
Les 12 lettres de l’alphabet iroquois sont:aefhiknorstuw.
En Iroquois aussi bien qu’en Algonquin, e a toujours le son de l’e fermé. L’n, à la fin soit d’un mot soit d’une syllabe est toujours nasal ; pour l’empêcher de l’être, on le double.
Avec ces seules explications, M. Renar sera en état delire et de prononcer l’iroquois et l’algonquin de manière à être parfaitement compris des Sauvages. Seulement nous aurons soin de marquer les longues et les brèves, comme on l’a fait dans l’Epitome de Lhomond en faveur des enfants qui commencent à étudier le latin. Dans le même but, nous indiquerons la séparation des syllabes, ainsi qu'on le voit pratiqué communément dans les abécédaires.
Pour premier exercice de lecture à offrir à M. Renan, nous ne pouvons choisir rien de mieux, à tous les points de vue, que l’admirable prière enseignée à tous les hommes par CELUI qui est venu les sauver tous. M. Renan connaît très-certainement cette prière ; peut-être même l’a-t-il mentionnée, hélas ! pour la profaner, dans son roman sacrilége, Quoiqu’il en soit, la voici sous deux formes qui lui sont également inconnues. Qu’il veuille bien faire attention à la quantité; les syllabes non marquées sont communes, c’est-à-dire ni longues ni brèves ; les diphtongues sont indiquées
par ce trait: —