‹ Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · ET NEO PTS OUEN TE · texte numérisé non relu

ET NEO PTS OUEN TE

positives, concessives, causatives, temporelles, adversatives, optatives, explétives.

Nous avons affirmé que ces deux langues étaient très-claires, très-précises, exprimant avec facilité non-seulement les relations extérieures des idées, mais encore leurs relations métaphysiques. Et en effet, l’algonquin, pour sa part, n’a pas moins de huit modes, dont voici les noms : indicatif, conditionnel, impératif, subjoncetif, simultané, participe, éventuel, gérondif. A l’exception au dernier, chacun de ces modes a plusieurs temps. En les réunissant, ils donnent un total de 29. Les verbes iroquois comptent 21 temps distribués dans trois modes, l’indicatif. l’impératif et le subjonctif, En voilà bien assez sans doute pour exprimer les relations métaphysiques des idées, comme parle M. Renan. Quant aux relations extérieures, que sont les sept formes hébraïques auprès des quatre grandes classifications des verbes algorquins et de leurs quinze accidents ? Que sont ces sept formes en présence des conjugaisons iroquoises qui offrent tant de richesse et de variété qu’on ne sait vraiment auquel des deux idiomes américains on doit donner la palme ?

Les noms n’offrent guère moins de merveilles ; ils se conjuguent plutôt qu’ils se déclinent. On dira en iroquois: Kasitake, à mes pieds, sasitake, à tes pieds, rasitake, à ses pieds (à lui), et en algonquin : nisit, (1) mon pied, kisit, ton pied, osit, son pied, comme on dit: Katkahtos, ni 8ab, je vois; satkahtos, ki 8ab, tu vois; ratkahtos, Sabi, il voit. Les préfixes des noms sont, à peu de chose

rès, les mêmes que ceux des verbes. Il y a en iroquois, tant dans es conjugaisons nominales que dans celles des verbes, 15 perxonnes, dont 4 au sing., 5 au duel, 5 au pluriel, et 1 à l’indéterminé. Les Algonquins n’ont que 7 personnes, mais néanmoins leurs noms possèdent un nombre prodigieux de flexions, à canse des accidents auxquels ils sont sujets, et dont voici la liste : le diminutif, le détérioratif, l’ultra-détérioratif, l’investigatif, le dubitatif, le prétéritif prochain, le prétéritif éloigné, le locatif, Pobviatif, le surobviatif, le possessif, le sociatif et le modificatif,

Il s'agirait maintenant de faire admirer à M. Renan la souplesse merveilleuse tant de l’Algonquin que de l’Iroquois, leurs particules délicutes, leurs mots composés ; mais un travail sur cette matière, pour être exact, demanderait des développements que ne comportent pas les étroites limites dans lesquelles nous voulons nous renfermer: car nous n’avons pas le loisir de composer un volume. Nous nous contenterons donc de faire observer qu’en iroquo-aluonquin, presque tous les mots sont verbes ou peuvent le devenir, et

(1) La racine SIT est peut-être la seule qui soit commune à nos deux langues américaines, lesquelles, eomme jadis les deux jumeaux de Rebecca, semblent ne 8e tenir que par le pied. Chose singulière | ces deux langues ont entre elles moins d'affinité qu’avec les langues d'Europe et d'Asie. Sur les cartes de géographie de l’ancien continent on trouve çà et là des mots sauvages, et en particulier des mots iroquois.

que c’est là une des principales sources de la souplesse merveilleuse de ces langues ; elles possèdent des particules délicates en grand nombre, et d’une délicatesse telle que, le plus souvent, il est impossible de les rendre dans aucune langue indo-germanique. Quelques-unes donnent de l’énergie au discours, d’autres lui donnent de la clarté, plusieurs ne sont eniployées que pour l’ornement. Les interjections sont, les unes propres aux hommes, (1) les autres aux femmes et enfin d’autres sont communes aux deux sexes.

Enfin nous ferons remarquer, et ce sera notre dernière remarque, que les mots peuvent se composer, pour ainsi dire, à Pinfini ; qne deux ou trois mots, purs ou accidentés, peuvent se réunir en un seul, tantôt au moyen de voyelles unitives ou de consonnes transitives, tantôt sans ançcun ciment ni trait-d’union ; que cette composition des mots n’est pas toujours une simple juxta-position, comme cela a lieu d’ordinaire dans les langues généralement connues, mais qu’elle se fait assez souvent par manière d’intro-susception. Deux exemples vont expliquer la chose. Cette phrase:

j'ai de l’ARGENT, peut se rendre littéralement en iroquois par celle-

ci: 8akien o8ista; mais il sera plus élégant de joindre les deux mots ensemble de cette manière: 8ak8israîen. Le verbe 8akien joue ici le rôle d’une bourse qui s’ouvre pour recevoir et garder l’argent qu on lui confie. On dira en algonquin ni sakiraA8akena mahingan, je tiens le loup PAR LES OREILLES ; le v. ni sakina a l'air de s’ouvrir ici comme un étau ou comme un piége pour saisir et retenir sa proie.

De cette prodigieuse aptitude à la composition résultent quelquefois des mots dont l’excessive étendue étonne et, pour ainsi dire, va jusqu’à mystifier ceux qui ne connaissent point le mécanisme et le génie des langues d'Amérique. Ainsi, par exemple, d’un seul mot algonquin :

Aiamie-oza8iconia-8asakorenindamaganabikonsitokenak,

on pourra traduire toute cette phrase : Ce sont sans doute de petits chandeliers d’or d’église. Cette autre phrase : “ on vient d’arriver encore ici exprès pour lui acheter de nouveau avec cela toute sorte d’habillements ” se traduira très-intelligiblement et sans forcer la langue, par ce seul mot iroquois :

Tethon8atiata8itserahninonseronniontonhaties. (2)

(1) De même, dans le langage de l’ancienne Rome, les hommes juraient par Hercule, Mehercle, les femmes par Castor, Mecastor, et les uns et les autres par Pollux, Po? ou Edepol.

(2) On pourrait encore allonger ces deux mots de plusieurs syllabes, par exemple

Alialmile-lmilkil8almenlsing'datjel-olzal8ilco!nila-8alsalkolnelnin! Ce sont sans doute les petits chandeliers dalmalgalnalbilkon!silto!'kelnak. (32 sy1.)

d’or de la chapelle.

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