‹ Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · POUR PEN PRET EE · texte numérisé non relu

POUR PEN PRET EE

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sous, en face du nombre deux, le huron tidi et l’iroquois tekeni à côté du chaldaïque tnayim.

Allons, cher M. Renan, ne dites done plus qu’un abime sépare les races inférieures du nouveau-moïde de cales de l’ancien continent ; car on ne vous croirait pas. Tenez, écoutez bien ceci : Si Son Excellence le Ministre de l’Instruction Publique lève enfin ia suspense qui vous a fait descendre si soudain de votre chaire de philologie comparée, et qu’il vous soit permis d’y remonter, de grâce, au lieu de faire, comme la première fois, votre profession, non Ve de foi, mais d’incrédulité, enseignez, faute de mieux, à vos élèves, ce qu’on vient de vous apprendre ici. Ajoutez-y encore ce qui va suivre.

C’est un exemple qu’on peut considérer comme un argument en faveur de l’homogénéité primordiale du langage, et de plus, qui démontre que les langues sauvages n’ont pas un caractère exclusivement sensilif, dans le sens que M. Renan attache à ce mot; mais qu’elles sont, pour le moins, aussi psychologiques que les langues indo-germaniques. Voyez et jugez vous-même, M. Renan: La racine algonquine ENIM sert à exprimer toutes les opérations intellectuelles, toutes les dispositions de l’âme, tous les mouvements du cœur, tous les actes soit de l’esprit soit de la volonté. Ainsi on dira: ni min8Senindam, je suis content, ni gackenindam, je suis triste, ni min8enimna, je suis satisfait de qlq., ni cingenima, j’en suis mécontent; ni sakenima, je lui suis cordialement attaché, nindapuenima, je l’estime, ni nickenima, je trouble son esprit, Je le fâche, ni pagosenima, je le supplie dans mon cœur, je le prie intérieurement, ni kitcit8a8enima, je le vénère, je le pense digne d’honneur, ni kikenima, je le connais, ni k8aiak8enima, je le connais parfaitement, ni piziskenima, je puis me le rappeler, ni mikaBenima, je me souviens de lui, ni mitonenima, je pense à lui ni nib8aka8enima, je le crois sage, ni {ak8enima, je le comprends, je le conçois, je le saisis par la pensée, nind otiteienima, j'arrive à lui par la pensée, mon esprit atteint jusqu’à lui, ni {anenima, je crois qu’il est présent, ni panenima, il échappe à ma pensée, mon esprit ne peut aller jusqu’à lui, ni 8anenima, je l’oublie, j’en perds le souvenir, ni tangenima, {2) je le touche en esprit, il me semble que je le touche, etc.

(2) Est-ce un simple effet du hasard que la racine TANG soit commune au latin et à l'algonquin? Mais voyez un peu quelle admirable variété de formes suivant l’instrument ou l’organe qui agit: Ni tangenimaA, je le touche de la PENSÉE, ni tangina, je le touche de la MAIN, ni tangicKAB8A, je le touche du piep, ni tangama, je le touche des LÈVRES, ni tangABAMA, je le touche des yeux, etc., etc. En latin, ce sera invariablement {ango, et si on veut préciser, il faudra ajouter au verbe le nom même de l’objet ou du membre mis en usage. En algonquin, il suffit d’une ou deux consonnes intercalées entre la racine verbale et la terminaison temporaire pour exprimer clairement et sans équivoque le jeu de l'esprit, de l'œil, de l’ouïe, de l'odorat, des dents, du pied, de la main, du couteau, de la hache, de la corde, etc.... Ohl oui, n’en déplaise à M. Renan, nous dirons et dirons hardiment que Dieu seul a pu faire les langues sauvages.

N'est-ce pas quelque chose de vraiment digne de remarque que le rôle important de cette racine ENIM, cent fois plus féconde sans contredit que ses congénères anima et animus ?

L’on a rapproché le latin animus du grec anemos. Nous pouvons avec autant et même plus de raison, rapprocher de ce dernier, notre racine enim. En effet elle se retrouve sous la forme anim, avec l’acception grecque, dans les verbes monopersonnels antimat, il y a du vent, pitanimat, le vent souflle par ici, ondanimat, le vent vient de là, etc....

Eh bien ! que dit M. Renan de tout cela ?.... Nous faisions-nous illusion en croyant devoir lui suggérer l’idée d’en tirer parti dans la prochaine édition de son fameux ouvrage, sorti des presses de l'imprimerie impériale ?....

Mais voici encore une particularité qui se présente en ce moment à notre souvenir, et qui ne peut manquer de fixer l’attention d’un orientaliste.

En hébreu, c’est la 3e p. masc. sing. du ler temps de l’indicatif, qui sert à former toutes les autres personnes et tous les autres temps du verbe.

En algonquin, c’est la 3. p. du sing. commun (1) genre, du présent de Pindic. qui sert à former tous les autres temps et personnes du verbe,

Ainsi en hébreu, on dit: Qâthal, il a tué, qâthaltâ, tu as tué, qâthalti, j’ai tué. De même en algonquin on dira: Nicise, il tue, ki nicise, tu tues, ni nicise, ,: tue.

Dans l’une et l’autre langue, la 3e p. ne prend pour elle aucune caractéristique, tandis que les deux autres se font accompagner ou précéder des signes qui les distinguent, td, ti; ki, ni.

Cette 3e p. se trouve donc être la racine du verbe. Aussi est-ce là la raison pour laquelle le dictionnaire algonquin donne tout d’abord cette personne, à l’instar du dictionnaire hébraïque.

- Nous avons dit que la syntaxe de nos deux langues sauvages était assez compliquée. Elle l’est trop pour que nous puissions, daus un travail du genre de celui-ci, entrer dans des détails qui pourtant seraient nécessaires, afin d’en donner une idée juste. our le même motif, nous ne donnerons pas la nomenclature des conjonctions soit iroquoises soit algonquines ; nous nous contenterons de dire qu’elles se divisent en copulatives, disjonctives, sup-

(1) La langue algonquine est du nombre de celles qui n’admettent pas la distinction des genres, laquelle ‘‘ distinction, a dit un savant académicien, ( Duclos, Rem. sur la gramm. gen.) est une chose purement arbitraire, qui n’est nullement fondée en raison, qui ne paraît pas avoir le moindre avantage, et qui a beaucoup d’inconvénieuts.”

Ainsi que dans le basque, les noms se divisent en deux classes, lère et 2de cl., suivant que les êtres qu'ils désignent sont animés ou inanimés.

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