‹ Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages [microforme]Chapitre 54 sur 55 · Particules verbales de la langue algonquine · texte numérisé non relu

Particules verbales de la langue algonquine

La matière du chapitre X des Etudes philologiques a été fort goutée des connaisseurs, et on m'a demandé s’il existe dans la langue algonquine d’autres particules verbales, outre celles signalées déja dans le susdit chapitre.

Je réponds affirmativement, et voici ces nouvelles particules, du moins les principales :

lo. Mar8e.—Cette particule sert à exprimer qu’on entend se faire l’action du verbe, ou que l’ou apprend l'événement énoncé par le verbe:

Mat8e piisan, on entend pleuvoir.

Mat8e kikandi8ak, on les entend se disputer.

Mat8e nikamo, ma8i, papi, on l'entend chanter, pleurer, rire.

Mat8e akosi, nipo, on entend dire qu'il est malade, qu'il est mort.

20. Prrci.—On emploie cette particule pour marquer que c’est par méprise que se fait l’action du verbe:

Pitci pindike, ÿ entre où il ne voulait pas entrer, il se trompe de porte.

Pitci ikito, à conunet un lapsus linguce.

Pitci posi, W s’embarque sans y faire attention dans le canot d'un autre,

30. PATA.—Placé devant un verbe, ce mot exprime qu’on a tort de faire l’action du verbe :

Ki pata iji8ebis, {uw as tort d'agir de la sorte. Ki pata ikit, tu fais mal de parler ainei. :

Ki pata pindike, tu entres mal à propos.

40. Manaps.—Cette particule sert à exprimer qu'on prend garde, qu’on se garde de faire l’action du verbe.

Manadj pangicinin, prends garde de tomber.

Manadj pikositon, prends garde de le casser.

Manadj minik8en, 8aniken, donne-toi garde de boire, d'oublier. Manadj amadjim, aie soin de ne pas l’éveiller en parlant.

5o. P84ATAS8I.—IL marque qu’on tarde à faire l’action du verbe :

Pâata8i tagocin, ÿ tarde bien à arriver, (par terre.) Pêata8i mijake, 47 tarde bien à arriver, (par eau.)

60. 8AnI.—On s’en sert pour exprimer qu’on se trompe en faisant l’action du verbe :

8ani tipaige, +7 se trompe en mesurant.

8ani tipapadjige, à se trompe en pesant..

70. NANDA.—On l’emploie pour exprimer qu’on cherche à faire l’action du verbe:

Nanda 8abam, cherche à le voir.

Nanda kikenim, cherche à le connaître.

80. MAmanpa—Ce mot indique qu’on excelle à faire l’action exprimée par le verbe:

Mamanda kakik8e, ojipiike, à excelle à précher, à écrire. Mamanda ikito, à parle admirablement, il dit des choses merveilleuses.

Mamanda gackito, à! a une puissance, une capacité mer veilleuse, U fait des prodiges.

nd

1er.

en

n ire

IT. — Etymologie des mots CANADA, IROQUOIS, ALGONQUIN.

lo. D'où vient ce mot: Canada?* L'étymologie la plus probable est celle qu’a donné l’auteur de l'Histoire de la Colonie française en Canada, voyez tome ler de cet ouvrage, p. 14. Cette opinion se trouve encore confirmée par le nom de Canadaquois que se donnaient à eux-mêmes, d’après cet écrivain, les Sauvages de Gaspé et de la Baie des Chuleurs, non moins que ceux des deux rives du fleuve Saint Laurent. Il ne faut voir en effet dans le mot Cunadaquois qu’une simple altération du locatif iroquois KANATAKON, au village, dans le village, beaucoup plus fréquemment employé que son primitif KANATA, village. Ma pensée est donc que Canada vient de KANATA.f

20. Zroquois? Ce n’est qu’en hésitant que je me hasarde à donner ici une explication de ce mot, lequel, non plus que le suivant, n’a point été encore expliqué, au moins à ma connaissance. Admettra-t-on l’étymologie que je vais proposer ? Je l’ignore; dans tous les cas, la voici:

Je décompose le mot en question et j’y trouve deux parties : Ro et K8E. Ces deux mots fréquemment entendus par les premiers colons français, furent remarqués sans doute de ceux-ci, et puis réunis par eux en un seul mot, ü'oquois, pour désigner celle des nations sauvages qui avait coutume de dire souvent: IRO, et K8E.

Tâchons maintenant d'expliquer ces deux termes, je commence par K8E. C’est un des plus usuels de la langue iroquoise ; et même de cette langue il a passé à la langue des

* Il s’est rencontré, de nos jours, un philologue d’un nouveau genre, un ethnographe sui generis, qui a pu, le croirait-on ? s’imaginer que Jacques Cartier n’a pas le moins du monde découvert le CANADA, et que ce pays n’est autre que l'antique terre de CANAAN. Voici ses propres paroles: ‘ CANAAN, now altered, since its pretended discovery by Jacques Cartier, into the appellation of CANADA.” Vraiment, c'est bien le cas de dire avec Horace :

‘ Kpectatum admissi risum teneatis, amici!! !”

Le Daily Witness a produit en lumière le morceau tout entier dans son No, du 22 février 1870.

+ Voyez l'article de linguistique et d'ethnographie inséré dans les ANNALES DE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE, No. 117, Septembre 1869.

Algonquins lesquels s’en servent tous les jours aussi bien que les Iroquois pour se saluer quand ils se rencontrent. Il équivaut au haïl des Anglais, à l’ave et au salve des Latins.

Iro peut s’expliquer de deux manières: lo. on peut y voir une corruption de ERo, espèce de terme sacramentel employé dans les harangues, à la fin des principales périodes, comme pour demander l’approbation des auditeurs. Sa signification se rapproche beaucoup du mot ETrHo, avec lequel il a du reste une grande ressemblance. 20. Sans qu'il soit besoin de recourir à aucune altération, 1Ro est un mot parfaitement iroquois et qui se dit tous les jours ; il signifie: 4l est venu, dl \ est arrivé. Les premiers colons ont dû entendre souvent les capitaines iroquois faire l’appel de leurs guerriers en cette forme: tro-ken Atiron? est-il arrivé le Chat sauvage ? iro-ken Ratakhes?=est-il arrivé le Coureur?* Egalement ils ont entendu la réponse : IRo=4 est arrivé, c'est-à-dire dans le génie de notre langue: présent. Cette dernière interprétation me parait préférable; elle a, entr’autres avantages, celui de me faciliter l’intelligence du mot suivant.

30. Algonquin? I1 me semble qu'il y a ici du Huron, et qu’il faut lire: IAKO-KEN? est-on arrivé? Les Algonquins s'étaient alliés aux Hurons afin de résister aux Iroquois, leurs ennemis communs. C’est l’illustre Champlain qui ménagea cette alliance que fortifièrent ensuite de Montmagny et surtout le fondateur de Montréal, l’héroïque Chomedey de Maisonneuve. La langue huronne n’est qu'un simple dialecte de l’iroquois, et il se trouvait dans l’un et l’autre idiome des mots parfaitement identiques, par exemple, les mots cités tako-ken? C'est encore ici une sorte d'appel militaire: nos alliés, les Algonquins sont-ils arrivés? 1AKo-KEN ? Qu'on remarque encore une particularité importante, c’est le nom donné aux Hurons par les Algonquins: NIINA NATOSEK = les Iroquois nôtres, qui sont des nôtres, qui font cause commune avec nous, qui font comme corps de nation avec nous, en latin: nostrates Jroquæi

* Atiron est le raccoon des traiteurs anglais, le Procyon lotor des Naturalistes, c’est non moins que Æatakhes, un nom impérissable chez les tribus iroquoises. Ne rappelleraient-ils pas l’un et l’autre les noms d'ATTILA et de RADAGAISE ? Pour Atiron on dit Ati/a dans le dialecte onenhiot.

jen III.—Que penser de certaines traductions des Stes. Ecritures ?

Il Ceux qui ont tant soit peu étudié les différentes portions ne de la Bible traduites dans les langues indiennes de l’Améri- Sue que par les soins de certaines Sociétés Bibliques, en trouvent la oyé traduction—il m’est pénible de le dire—vraiment pitoyable. Lo Ce n’est rien moins qu’une profanation de la parole de Dieu; on et Je suis assuré pour ma part que les membres eux-mêmes este de ces sociétés seraient les premiers à répudier leurs pauvres de publications et à les condamner aux flammes, s’ils connaissaient ent les incorrections, les inexactitudes, les solécismes, les baru, Ù barismes, et les contre-sens dont elles fourmillent. rent Je ne citerai qu’un seul exemple, mais qui suffira pour Ré : faire juger du reste. Je choisirai cet exemple ineffable dans ge ? le Nouveau Testament iroquois, traduction revue pourtant nent et corrigée par divers Révérends. Ouvrez l'Evangile de St. dans Mathieu, et vous verrez dès le premier chapitre, aux versets rpré- 8 et 5, que Thamar, Rahab et Ruth sont tout autant de noms 156 géographiques. Voici le texte que je transcris scrupuleuse-

ment :

, et

uins V.3. Neoni Judas yeshoien-ah Phares oni Zara ne Thaeurs mar-haga.

ai V. 5. Neoni Salmon yeshoien-ah Booz ne Rachab-haga; ve oni Booz yeshoien-ah Obed ne Ruth-haga.

ecte Ainsi Pharès et Zara sont natifs de Thamar, Thamaréens = iome Thamar-haga ; Booz est natif de Rahab, Rahabéen=: Rachabcités haga ; Obed est natif de Ruth, Ruthéen=Ruth-haga, absolu-

nos ment comme au v. 23 du ch. ii. de ce même Evangile, Notre

re- Seigneur est appelé Nazaréen= Nazarene-haga ; comme au v. 4

nom = les avec n tin ,

du ch. x., l’apôtre Saint Simon est dit Cananéen = Canaanhaga, comme aux v. 32 et 57 du ch. xxvii, on trouve Simon le Cyrénéen=Cyrene-haga, et Joseph d’Arimathie= Arimatheahaga.*

* Mon silence sur les deux neoni, sur les deux oni, et sur les trois yeshoien-ah, notamment sur le premier, ne doit pas être pris pour un signe d'approbation.

à listes, oises.

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