AISE
Pour vérifier mes citations, on n’a qu’à consulter:
THE GOSPEL OF OUR Lorp AND SAVIOUR JESUS CHRIST ACCORDING to ST. MATTHEW, TRANSLATED INTO THE MOHAWK LANGUAGE BY À. Hizz, AND CORRECTED BY J. A. WiixEs, JR, GRAND River, U. C.
NEw-YoRK :
PUBLISHED BY THE YOUNG MEN’S BIBLE SocIETY OF NEW-YOoRk, AUXILIARY TO THE BIBLE SOCIETY OF THE Meruopisr EpiscoPAL CHuRrcu.
IV.—Le TOTEM est-il exclusivement propre à certaines nations d'Amérique ?
Avant de répondre à cette question, je dois faire observer que totem est pour la langue algonquine ce que seraient pour le français, des mots du genre de ceux-ci: thomme, toiseau ; c'est-à-dire que trompé par la liaison du mot précédent, on a cru qu'il fallait écrire n2 tolem, ki totem, absolument comme quelqu'un qui se guidant uniquement d’après la prononciation, écrirait: gran thomme, charman toiseau. Il est à regretter que plusieurs écrivains de mérite aient pu commettre une pareille méprise.* Ce n’est ni fofem ni dodem, mais bien OTEM.
*-Je fais ici surtout allusion à l’auteur du Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde. Mais ce n'est pas là malheureusement, son unique erreur en fait de linguistique américaine; il en commet bien d’autres et de plus grossières—par exemple, quand il attribue à l'onomatopée le mot sauteux pepejikokanji, (c'est ainsi qu'il faut lire) mot parfaitement semblable à pepe- Jikokackse dont on a vu ci-dessus l'explication (voy. p. 46); par exemple encore, quand il traduit par père des eaux le mot Mississipi. Qu'il sache donc que
Orex est le possessif de oTE et ne s'emploie jamais qu'avec les personnels: nind otem, kit otem, ot oteman. Ex: ASenen kit otem? quelle est ta marque de famille? —Mak8a nind otem, c’est l'Ours qui est ma marque, je suis de la bande de l'Ours, je porte un ours sur mes armes; ASenen kit otemi8a kina8a? De quelle bande êtes-vous, vous autres ?—Amik nind oteminan, nina8int i nijiâng; 8in dac, Mikinak ot oteman, nous sommes de la bande du Castor, nous deux ; et lui, la Tortue est sa bande; Ondas, kit igom, kina8a, Mikisi, Pimisi, 8ik8as 8eiotemieg, on vous appelle, vous tous qui êtes de la bande de l' Aigle, de l’ Anguille, du Bouleau.
Ce terme de blason se prend aussi quelquefois dans le sens d'individu de la même tribu ou bande: tcinago ningi otisik pejik nind otem, hier je reçus la visite de quelqu'un de ma tribu ; pindiken, nind oteminan, entre, toi qui es de notre tribu.*
Ainsi parlent les Algonquins et les peuples qui leur sont congénères. Les autres nations indiennes de l’ Amérique se servent d’autres termes pour exprimer les mêmes idées. Toutes sont divisées en diverses tribus qui se distinguent entr’elles par un blason particulier. Les Iroquois du Sault St. Louis, principal village de cette nation, se partagent en six bandes commandées chacune, par un Grand-Chef; ce sont les bandes de la Tortue, du Loup, de l’Ours, de l’Allouette, du Calumet, du Rocher.
En iroquois, le mot qui correspond à l’ofem des Algonauins, est OHTARA. Ohni sahtaroten? De quelle bande es-tu ?— Keniahten, akkSaho, akskere8ake, akenesiio, aksennakehte, akenenhiotronon, je suis de la bande de la Tortue, du Loup, de l'Ours, de l’Allouette, du Calumet, du Rocher.
V.—Si les langues d'Amérique sont toutes aussi compliquées que paraissent l'être l’iroquois et l'algonquin, comment expliquez-
cette expression poétique père des eaux qu’il prétend être la traduction littérale du mnt indien, n’est nullement dans le génie des Sauvages nt qu'elle serait même intraduisible dans n'importe quelle langue de l'Amérique du Nord. Le mot en question ne renferme aucun mystère et s'explique aisément: MISI, grand, SIPI, rivière,
* En latin, TRIBULIS; en grec, gvaerrc; en français, un pays pour un homme du même pays.
vous le fait de ces missionnaires qui, avec des talents quelquefois assez médiocres, réussissent pourtant à entendre et à parler Jusqu'à douze, quinze, et même vingt langues sauvages ?
Je nie tout simplement ce prétendu fait, à moins—ce qui serait un véritable abus du langage—que l’on ne voulût soutenir que c’est savoir une langue que d’en connaître quelques mots et de pouvoir baragouiner un instant sur des choses qui se disent tous les jours. De plus, j’affirme, lo qu’il aurait fallu bien des années à un Mezzofanti lui-même pour acquérir une connaissance satisfaisante—je ne dirai pas de vingt, ni même de dix--mais seulement de six ou sept langues, telles, par exemple, que le micmac, l’esquimau, le cheyenne, le calispel, le sioux, l’algonquin et l’iroquois; 20. qu’un missionnaire qui n'a—tant s’en faut—ni le loisir ni le talent de cet illustre Cardinal, bien loin de pouvoir dépasser ce chiffre ne saurait l’atteindre, à moins d’avoir reçu de Dieu le don des langues, comme autrefois les A pôtres, et depuis, le grand St. François-Xavier.
Pour preuve, voici le témoignage irrécusable d’un trèsdigne missionnaire, le P. Mengarini, jésuite. Auteur d’une petite grammaire de la langue des Têtes-Plates, il fait observer dans la préface de son livre, qu’il est le résultat d'environ huit années d’un travail opiniâtre; &t il regrette de n’avoir, nonobstant tous ses soins et toute son application, à offrir à ses confrères et à ses successeurs dans l’apostolat, qu’un ouvrage très-incomplet et très-imparfait, auquel ils devront faire dans la suite de nombreuses additions et corrections. “ Huit ans, ajoute-t-il, ne sauraient suffire à un Européen, ni même dix-huit, pour parvenir à connaître tout le mécanisme d’une seule langue indienne.”*
* Voici les propres termes dont se sert le P. Mengarini, et qui dénotent en lui un latiniste habile non moins qu’un zélé missionnaire: “ Licet pro viribus, octo circiter annis, huic labori operam naverim, atque ex iis quæ mihi necessaria visa sunt, nihil admodum prœtermiserim, plurima tamen certissime desunt, (neque enim octo neque octodecim sufficient anni ut linguam indicam vel unam, Europœus intime noverit) multa etiam lapsu temporis mendosa procul dubio deprehendentur. Verum vel quibus jam datum est, vel si aliis multis, quod in votis est, datum fuerit audire: ITE ET VOS, IN VINEAM MEAM, corum erit
efois arler
> qui ulût quel- 10868 urait uérir rt, ni elles, e, le
misnt de hiffre e don rrand
trèsd'une erver viron avoir, frir à
w’un vront tions.
en, ni nisme
t en lui us, octo cessaria desunt, | unam, 1 dubio s, quod um erit
Ces dernières paroles renferment l’exacte vérité; ailleurs se trouve l’exagération, mêlée parfois, c’est le moins qu’on puisse dire, d’un léger semblant de fanfaronnade. Cette observation regarde, sauf peut-être quelques rares exceptions, les missionnaires des trois derniers siècles aussi bien que ceux de nos jours.*
Le même Père fait encore une remarque qui ne s'applique pas seulement à l’iroquois et à l’algonquin, mais aussi aux autres langues d'Amérique; c’est que ‘les accidents des verbes sont nombreux et jouent dans le discours un si grand rôle, que sans leur connaissance, on ne saurait ni parler comme il convient, ni saisir ce que veulent dire les Indiens, quand ils parlent.”
Et après cela, l’on s’imaginerait qu’il s’est rencontré dans notre Amérique du Nord, des hommes—marchands, missionnaires ou autres—possédant jusqu’à vingt langues sauvages !
Même en l’entendant de simples dialectes, il serait difficile de supposer un Blanc venu parmi les Peaux-Rouges à l’âge de plus de vingt ans, et pouvant à quarante, ou même à
cinquante, parler aisément et correctement vingt dialectes, encore qu'ils n’appartiendraient tous qu’à une seule langue. Mais, je le demande, où trouverait-on hors de France, et
tum quæ desiderautur, addere, tum quæ mendosa sunt corrigere; mihi enim impræsentiarum satis est, si labor hic qualiscumque et ad gloriam Dei propagandam cedat atque animarum profectui aliquo modo benevertat.”
* Pendant que ces pages achevaient de s’imprimer, je recevais un travail tout récent d’un éminent linguiste des Etats-Unis, sur une des langues de la Floride, M. le Docteur Brinton de Philadelphie. Sur ce passage d'une lettre en date du 9 décembre 1570: ‘“ En six mois, je fus en état de converser et de prêcher en maskoki,” l’auteur observe très-judicieusement que, si l'on prend ces paroles au pied de la lettre, il faut en conclure qu'on avait autrefois plus de talent pour les langues qu'on en a aujourd'hui, ‘These early students, to take them at their word, must have had more linguistic talent than our generation is favored with.”
+ “Verborum derivationes et accidentia sunt multa et tanti momenti, ut qui ea ignoraverit, nunquam ad bene loquendum erit idoneus, nec intelliget quid sibi velint Indi cum loquuntur. Hujusmodi sunt : reduplicatio, iteratio, frequentatio, diminutio, reflexio, copulatio, reciprocatio, relatio, simulatio, causatio, localitas, volitio, inchoatio, compositio, etc., unde oriuntur verba reduplicativa, iterativa, C1" ATP E TES
même en France, voire même dans les départements du centre et du midi, un homme—je ne dis pas, qui comprendrait, ceci n’est pas précisément, rare—mais qui s’exprimerait 4 exactement et avec facilité dans vingt patois, pris par exem- KL ple dans la Provence, le Quercy, l’Agénais, le Limousin, #3 l'Auvergne, le Vélay, le Vivarais, le Rouergue et le Gévaufl dan? Et pourtant il est incontestable qu’il y a ordinairement ! | plus de différence entre les dialectes américains qu'entre les pit dialectes grecs et même qu’entre les divers patois de France.
Pour s’en convaincre, on n'aurait qu’à confronter l’outaouais avec l’algonquin pur, et le tsonnontouan avec l’iroquois du Bas-Canada.
VI.—La langue algonquine manquant de la distinction des j genres, et partant, n'ayant point de terminaison féminine, comme Op || en français: chat, chatte; chien, chienne, quel moyen a-t-elle de suppléer à ce défaut ?
Les sexes se distinguent en algonquin :—
lo. Par des termes différents: ININI,* vir; IK8E, mulier. EE | INININS, homuncio, homunculus ; 1K8ENS, muliercula, femella. OcKkiNASE, Juvenis, juvenculus ; KIKANG, juvencula, virgo. KS81S8ISENS, puer, puellus ; IR8ESENS, puella, puellula. 4 IkiSENZI, senex ; MINDIMONIEN, anus. (Sur ces n con tilde revoir ETu». PHis. p. 9.)
20. Par les terminaisons 48e, k8ens tirées des noms cidessus 48e, 148ens, ex :
f * N’était l’attente où je suis de voir expliquer ce mot dans le Dictionnaire que M. Belcourt va faire imprimer à Paris dans le cours de l'été prochain, (1870) j'en donnerais ici l'explication, quelque longue qu’elle puisse être. Mais je dois me contenter pour le moment de satisfaire à une question qui m'a été faite au sujet du mot*ILLiNots. Ce mot ne signifie pas, comme on a pu se l'imaginer: Here are men; mais il est tout simplement le pluriel de ININI, ininiSak, ou comme quelques tribus prononcent, ilinisak, et à l'obviatif: ilinisa; et je soupçonne très-
L fort que c’est ce même mot qui a servi de thème aux noms si célèbres des Ajains
ani et des Hérules. Les langues de ces peuples barbares, si elles fussent parvenues jusqu’à nous, auraient vraisemblablement jeté du jour sur l’origine des nations algiques, tandis que d’un autre côté, celles des Huns et des Avares nous auraient peut-être fait voir dans ces derniers les ancêtres de nos Hurons et de nos Iroquois.
lier. nella.
le re-
8 cCi-
e que D) j'en Dis me jet du re are
quele trèsdlains renués ations
aient.
quois.
Okima, roi; okimak8e, reine; okimak8ens, princesse, fille du Roi.
Aganeca, anglais; aganecak8e, anglaise; aganecak8ens, petite fille anglaise.
PAPIKODJAC, Papikodjacik8e, la femme de Papikodjac ; Papikodjacik8ens, la fille de Papikodjac.
Misakiban, feu Misaki; Misakibanik8e, la femme de feu Misaki; Misakibanik8ens, la fille de feu Misaki.
MENyarti, Menjakins, le fils de Menjaki; Menjakinsik8e, {a femme du jeune Menjaki, la bru de Menjaki.*
30. Par les différents noms de parenté et d’affinité dont quelques-uns, comme #ants, saiens, cinis, sont propres au sexe masculin; d’autres, comme tikik, misens, sikosis, sont propres au sexe féminin; d’autres, comme cimenÿ, ocis, inda8a, s’appliquent indifféremment aux deux sexes; et enfin, les autres, comme a8ema, nim, nimocenj s'appliquent à l’un ou à l’autre sexe, suivant les circonstances.
4, Quant aux animaux, on en marque le sexe au moyen des mots nabe ou aiabe, mâle, nonje ou onidjani, femelle, ex : nabe kajakens, chat, nonje kajakens, chatte ; aïiabe 8a8ackeci, chevreuil mâle, (broquart,) onidjani Sa8ackeci, chevreuil femelle (chevrette).
5o. Souvent nabe et nonje se combinent avec le nom de l'animal, de manière à ne former qu’un seul mot: nabemik,
* Les noms propres de femmes portent presque toujours avec eux la terminai-
son Xge, exemples :
Cipatikokse, la femme au chenal.
Nipaamokse, la femme au chant nocturne.
Mekatemikokse, la femme au castor noir.
Sagasamokse, la femme aux éclairs.
Pitabanokse, la femme du point du jour.
Asasikijikokse, la femme d'au-delà du jour.
Kijisedjisanokse, la femme à l'eau courante et bruyante. Maiasadjisanokse, la femme du milieu du courant. Kijidjisanokse, la femme au courant rapide, etc.
+ Voy. Etud. Phil., p. 138 et suivantes.
nonjemik (amik, castor); nabetik, bœuf, nonjetik, vache (atik, espèce bovine;) nabeK, ours, nonjeK, ourse, (maK8a, ours en général.)*
60. Pour les oiseaux, on dit: nabese, volatile mâle, nonjese, volatile femelle, ex: nabese pakaak8an, cog; nonjese pakaak- 8an, poule ; et pour les poissons, on se sert de “ nabemek, nonjemek”” (AMEK en composition signifie poisson), ex : nabemek name, éturgeon mâle, nonjemek kinonje, brochet femelle.
* En Othomi, quand il s'agit des animaux, on emploie pour indiquer leur sexe, TA et NSU: ta-yo, chien, nsu-yo, chienne. De même en chinois, on fait usage des mots FOU = père, NIU=femme. Quelque chose de semblable a lieu dans les langues du Chili, comme il parait par ce passage du P, Febres: ‘“ Aunque los adjetivos de la lengua chilena sean de diversas terminaciones, con todo no son susceptibles ni de numeros, ni de jeneros, al modo de los adjetivos ingleses. Un tal defecto aparente o sea real es recompensado por la seguridad que se tiene en el hablar y en el escribir sin incurrir en gramaticales discordancias. Pero cuando es necesario distinguir los sexos, se toma para denotar el masculino, la voz ALCA, 3 para el femenino, la voz pomo.” (Gramatica chilena, Santiago, 1846.)