DE L ÉDITEUR -INTERPRÈTE DE L'IMITATION
Paris, 1er mai 1837.
Au printemps de mes jours , dès son premier rayon ,
J'ai, du Pasteur Macé, (i) goûtant la version,
Grâce à vous , chers Parents, eu mon a me nourrie
De la Manne cachée en Y Imitation. (2)
Quand la Raison plus tard l'eut doucement mûrie ,
J'osai tenter moi-même une traduction.
Mais de textes bien purs je reconnus l'absence.
Dans les sources je dus puiser l'expression ,
Et , loin de tout parti , suivant ma conscience,
Sur de vrais documents fonder l'édition.
J'étudiai le Livre ; et c'est l'inscription,
La doctrine, le sens , le style et l'idiome
Qui, sur l'œuvre et l'auteur fixant l'attention.
M'ont fait approfondir et l'écrivain et l'homme.
L'Exil du Pèlerin (5), de l'œuvre le foyer; (4)
La Consolation y des titres le premier ; (5)
Sous un cachet français un Reconfort semblable ,
(1) Curé de Sainte-Opportune , vers 1700. Sa version, vive et concise, me disait l'abbé d' Astros , est la même dont il s'est nourri dans un temps d'épreuves.
(2) Manna absconditum. Imit., lib. I, cap. 1.
(3) Exulel Peregrinus super terram. Imit. , 1, 17. Procul et de ultitnis finibus pretium ejus. Imit., II, II.
CO II s'est trouvé vingt-deux manuscrits de \ Imitation à labbaye de Mœick, en Autriche, où se retira Gerson en l'dS.
(5) De consolatione interna, titre d'anciens manusoits d'Avignon que les Bénédictins n ont pas renvoyés.
Scellant la Passion du chancelier Gerson , [i)
Comme aussi sous les traits du docteur vénérable ,
Son Neveu, signalant du latin la leçon;
Et les textes nombreux éclatant sous son nom (2)
Nous font, en consacrant sa glorieuse histoire,
D'un vote solennel honorer sa mémoire.
Ah! pour vous déjà brille au sein des grands Élus
La Perle des docteurs les plus humbles connus. (5)
Puissiez- vous, rappelant l'onctueuse lecture
Dont vos cœurs, de Gerson, faisaient ma nourriture, (4)
M'attirer un reflet de ses vives vertus !
Vous êtes, comme lui , les fils du divin Père.
Leur Ami, qui du Christ a pour patron un frère,
Nauche depuis trente ans fait tous les jours du bien.
Pour les enfants, pour tous médecin salutaire,
Hélène , tu lui dois de ma vie un soutien î
Trois fois il a sauvé la moitié de moi-même. (5)
Son collyre excellent, vrai baume pour mes yeux.
Que ne rend-il aux tiens le jour si précieux !
Fasse par vous le Ciel, que jusqu'en l'âgé extrême,
L'éditeur de Gerson en soit l'imitateur,
Et Nauche , docte ami , notre conservateur ! !
J.-B.-M. GENCE
(1) Voyez ci-après, page 12, noie 3.
(2) Environ trenle manuscrits connus maintenant sous le nom de Gerson ou sous le titre de Chancelier.
(3) Margarita à multis ahscondita. Imit., III, 32. Le paragraphe dont ces mots font partie, et qui commence par Dixi, peut-être pour intellexi, comme je l'ai observé, manque dans Ylntemelle Consolation, dont le latin des anciens manuscrits semblerait une explication.
(4) J'ai conservé l'exemplaire in-8o de mon père.
(5) Le docteur Jacques Nauche a sauvé ma femme de trois chutes graves.
INOUVELLES STANCES
SUR LE PRÉTENDU LIVRE DU Xlll^ SIÈCLE,
ET
de L'IMITATION DE JÉSUS -CHRIST.
Quoi! V Imitation, si morale, si sage,
Aurait pour père un moine, obscur, (1) au treizième âge,
D'un esprit éloquent, fin, profond, mesuré? —
Ah î dit Chateaubriand , c'est un livre inspiré. (2)
Mais , comment rapporter au siècle scolastique Un livre, par le sens, la raison, tout classique, Lorsque, même au début, les choses et les mots Sont, du pieux Gerson , de fidèles échos? (5)
(1) Préface de l'abbé de Lamennais, en tète d'une traduction dite nouvelle de Y Imitation, publiée en 1820 par M. Genoude, en concurrence avec celle de M. Gence, et rajeunie du jésuite Lallcmant.
(2) Edition du Génie du Christianisme, publiée par M. le marquis do Forlia d'Urban (Partie III, livre IV, (indu chapitre 2). Annotation relative au passage de l'auteur, et réponse de M. Gence aux assertions exprimées dans la note.
(;<) y 0}çz\c Jean Gerson restitué et expliqué par lui-même, page 21. (Parallèle d'un passage d'une épîlre de Gerson à son frère avec un passage semblable de limitation par W sens et les motifs.)
La lumière du cœur , le goiu de l'Évangile (1) Sentent-ils d'IwNocENT l'humeur âpre et subtile? (2) Quels débats vont chercher , soufflés par Grégory , Un style Piémontais chez le Belge Henri ! (5)
Mais Philippe-le-Bon, dans un Titre révèle D'un vrai Français, Gerson , la Consolation , (4) Dont le texte naïf à son tour nous décèle Le même esprit français dans l'Imitation.
Était-ce un homme obscur ^ lui qui veut qu'on l'ignore? (5) D'un Livre fait pour tous se cache l'humble auteur. Mais , en signant l'Ecrit dont tout chrétien s'honore , Kempis, flamand, s'avoue un simple transcripteur.
(1) Gerson a fait sapidè de sapidus , comme il fait souvent de Tadjeclif un didyeThe.—Âppassionatus, cité au journal désigné plus bas, n'est point dans Y Imitation, ni même appassionato dans l'ancien italien du XV® siècle.
(2) Rien dans Vlmitation ne ressemble, dit M.Daunou {Journal des Sa-^ vants d'octobre 1827), aux réprimandes violentes d'Innocent III. Le XIII« siècle n'est pas non plus l'époque de la naissance du français vulgaire qui est antérieur à cet âge ; et l'on y compte beaucoup de gallicismes, dont X Index grammaticus de l'édition latine revue sur d'anciens manuscrits offrç la preuve.
(3) Voyez le Journal des Débats du 30 mars 1837, dans lequel on nomme un Henri de Valenciennes, et où de prétendus italianismes attribués à l'/mifation sont ou des mots de l'Ecriture, ou des expressions du latin ecclésiastique du XV^ siècle, usité en France et en Allemagne.
(4) Voyez ci-après la note 3, page 12.
(5) NouveUos Considérations sur l'auteur de ï Imitation, page 65, 66.
Ses plus beaux jours voués à ce travail paisible Ont reproduit des Fleurs, (1) un Missel, une Bible. Assidu soixante ans à sa cellule, au chœur, Fut-il instruit par Tâge aux leçons du malheur? (2)
Gerson , errant, connut ces vifs idiotismes, L'ame du Livre entier, semé de gallicismes. Homme d'un siècle mûr et gros d'adversité, Il consola le monde après l'avoir quitté.
En vain d'un Gersen semble apparaître une manne : (3)
Onésime a trouvé la Consolation
Sur les pas de Gerson prêchant la Passion.
Fortia nous l'apprend par son céleste organe. (4)
(1) Flores operum sancti Bernardi. J'avais fait don du manuscrit h M. Petit-Radel pour la bibliothèque Mazarine.
(2) Voyez l'article Kempis dans la Biographie universelle.
(3) Un prétendu manuscrit du XIIF siècle, comme tombé des nues, mais disparaissant devant la Consolation attachée à Gerson préchant la Passion.
(4) C'est par madame la marquise de Fortia, née Sainte-Colombe, que nous avons appris l'existence à Valenciennes d'un ancien manuscrit de ce genre, où est représenté Gerson, en tète d'un sermon sur la Passion, suivi des trois livres de Vlnternellc Consolation.
Quelaiiire que Gerson, en consolant ses sœurs, Eût rendu les Flamands ses amis possesseurs Du type primitif de son oeuvre ascétique Ou d'un pendant pour tous en langage gothique ? (i)
Qui sut plus dignement de ses frères pieux , Et de ses tendres sœurs ami religieux , D'Augustin dans son livre , accorder la doctrine Sur l'homme et sur la grâce avec la foi divine? (2)
Plus tard, frère Kempis , puis Gersen à son tour, Veulent que leur nom sonne au Livre qu'on retrace. Mais au Louvre est Armand : son silence les glace. Vingt Titres pour Gerson n'avaient point vu le jour. (5)
(1) Voyez les Nouvelles Considérations sur l'auteur de Vlrjnitatio^, pages 15, 43, 79, 82. — Voyez aussi le Journal des Curés des 13 et 14 sep-. lembre 1810, et les prolégomènes de l'Edition latine publiée en 1826 chez Treuttel et Wiirtz, page Ixiij et suivantes.
(2) Voyez les chap. 9 et 10 du livre II, les chap. 54 et 55 du livre III de V Imitation, et les Nouvelles Considérations sur l'auteur, pages 77-79.
(3) Voyez ihid., page 19, note 1. L'édition du Louvre in-folio, 1640, donnée sous les auspices du cardinal de Richelieu, est anonyme. — Deux ou trois manuscrits seulement étaient connus sous le nom de Gerson. On en connaît Vingt à trente aujourd'hui.
Du iranscriplcur Kempis, à moins qu'on ne sommeille, Comparer les écrits à l'œuvre de l'Auteur , C'est vouloir qu'à la rose odorante et vermeille Ressemble le pavot et pâle et sans odeur. (1)
Traduit par Marillac , l'ouvrage offrit en tête , De Rosweyde le nom comme d'un interprète. Au translateur naïf, par Gence enfin rendu Le litre à son auteur était doublement dû. (i2)
Sacy de Port-Royal , dont la plume si belle Semble au moins l'excuser d'être au texte infidèle, Par Girard le jésuite à peine balancé , Croit-on que Gonnelieu l'ait vraiment remplacé. (3)
(1) Des réminiscences de copies ont pu produire quelque similitude dans des sujets analogues, et faire dire à Rosweyde que les œuvres de Kempis étaient autant de roses, quoiqu'il ait avoué que V Imitation était comme un nectar en comparaison de ces opuscules, qui en effet sont froids et verbeux.
(2) La traduction remaniée de Marillac par les Génovéfins, et donnée en 1652 à l'Imprimerie royale avec le nom du jésuite Rosweyde, auteur seulement d'une Vie de Kempis, avait trompé tous les bibliographes. Voyez le premier éloge de la version de Marillac, rétabli dans ses droits, Journal des Curés, déjà cité, des 19 et 20 septembre 1810.
(3) Voyez le même journal. On a nommé la Belle infidèle la version do Sacy, dont à peine l'abbé de Lalïogue a pu réduire la paraphrase, qui repro-^ duil du moins une partie de l'onction ùcYIntcrnelle Consolation.
Genoudc suit, préfère aux Pratiques vieilles, Comme au trop vif Macé , le grave Lallemant , Qu'il brode : Lamennais y coud des Homélies, Le répare; et tous deux brillent diversement. (1)
La version que Gence a dès-lors opposée, Offre un travail soigné tout entier et concis. (2) Labouderie au moins a redonné Beauzée, Purgé de ses défauts par Lambinet grossis. (3)
Dans le temple où Gerson brillait au frontispice, LeKempisien Beauzée a reparu tout net; Mais frère Jean Gersen partout n'offre au sommet Du Panthéon nouveau qu'un nom vain et factice. (4)
(1) La traduction prétendue nouvelle de M. Genoude dans la Bibliothèque des Dames, et qui a paru en même temps que la nôtre , en 1820 ( mais qui s'est vraiment renouvelée depuis avec un luxe nouveau), a d'abord été une retouche de celle du Père Lallemant; ce qu'on cherche à justifier d'après ce Père même, et qui ne peut s'excuser que pour les passages sentencieux.— M. Lamennais depuis a donné ou renforcé la version du texte. — Dans leurs éditions, l'une de 1822, et reproduite depuis, l'autre de 1827, sans nommer notre traduction, l'on s'approprie a^sez souvent ses tours et ses expressions.
(2) Traduction vraiment nouvelle et stéréotypée comme faite d'après le texte revu sur les plus anciens manuscrits des diverses contrées, et que nous avons publié en 1826, texte exempt des additions et des vices introduits par les copistes postérieurs, et dont fourmille le Codex dit de Advocatis, mis au jour par M. de Grégory , ce qui devient manifeste dans sa version française signalée plus loin.
(3) Lambinet induit en erreur, comme il l'a reconnu, avait attribué à Beauzée les défauts de Valart, dont des exemplaires de l'édition de Barbou portaient un frontispice de Beauzée.
(4) Jean Charlier de Gerson avait été annoncé comme auteur de l'Imita-
Quoi qu'ail aussi redit avec Gence Barbier , Sans cesse mis au jour le pieux fils d'Ignace Sur le laie Cusson usurpe encor la place. Peuple crédule et simple est toujours routinier. (1)
Mais quelle oeuvre imposante offre l'abbé Dassance! Par quels tons précieux Genoude et Lamennais (2) Y disputent les tours et les leçons à Gence, Lorsqu'un texte épuré lui fournit d'heureux traits?
Pourtant , malgré ces bigarrures , Perce et luit de l'auteur l'habile version. L'élégance du cadre et Tattrait des figures Valent-ils des Docteurs la noble adjonction?
fîon dans le XY® siècle au prospectus du' PanMeon littéraire. Mais, suivant une notice qui proclame un Joannes de Canahaco, qu'on change en Cahanaco, d'où l'on fait Cahagliaca, et enfin Cavaglia, supposé le lieu de naissance d'un Jean Gcrsen, nommé ainsi en tête d'un manuscrit de Mantoue, portant néanmoins l'épitaphe du chancelier, le prétendu personnage se trouve inscrit au haut de toutes les pages de la traduction renouvelée de Beauzée, qui avait ramené le texte gerseniste de Yalarlau texte kempisien de Rosweyde.
(1) Malgré les remarques du Journal des Curés de 1810, celi*?s de Barbier publiées en 1812, et l'article de la Biographie universelle sur Gonnelieu, on a encore réimprimé en 1833, sous son nom, la traduction de Cusson.
(2) C'est ce qu'il est facile de montrer en remarquant les versets non sentencieux exprimés de même par eux sans être littéralement rendus, ainsi que la similitude d'expressions des leçons particulières au traducteur de l'édition latine revue sur les manuscrits.
Montbrun , du Livre seul exprimant la richesse , Le renferme en quatrains , vifs , serrés , éloquenis. Corneille a-t-il trop peu d'énergiques accents , Desmarets trop de sécheresse ? (1)
Eh î quelle version , nous jetant sans pitié
D'un grand nom travesti l'auteur estropié,
A , pour mieux le marquer , signalé d'une étoile
Les défauts d'un Codex que le grand jour dévoile ! (2)
Mais , scrutant les beautés de V Imitation , Onésime a percé plus d'un secret mystère. (5) Par lui , le Livre saint , riche et vrai reliquaire , Resplendit dans sa sœur la Consolation.
(1) La paraphrase en vers dans des quatrains concis et poétiques pouvai t être nécessaire, afin d'éviter la concision souvent sèche de Desmarets et la déclamation quelquefois pompeuse de Corneille, qui au surplus a rarement des quatrains en grands vers auxquels il mêle des mesures plus courtes, pour être moins monotone.
(2) Non seulement sa version française , mais l'italienne, reproduit et marque par un astérisque les passages du texte latin mutilé comme le nom de l'auteur par M. de Grégory. On y trouve à la fin une nouvelle attestation de la donation d'un manuscrit de Y Imitation au frère du possesseur; mais la date de l'acte manque, et dès-lors la date du X1V« siècle s'éclipse et tombe.
(3) Il vient de mettre au jour et fait connaître d'anciens mystères du moyen âge et des manuscrits français inédits de Gcrson, entre autres un manuscrit célèbre de la Passion, déjà cité et trouvé à Valcnciennes, dont le frère de M. Onésime Le Rov est le bibliothécaire.
Loué par Onésime, et défendu par Gence, Des Pères, des Docteurs abrité par Dassance, Bernard, Bonaventure, ont enfante Gerson, Qui leur doit dés vertus la féconde leçon, (i)
Le bon maître nourrit les enfants qu'il éclaire. L'onction d^un traité qui les attire à Dieu , Transportée en français par notre ami Tardied , De l'auteur consolant nous donne un tendre frère. (^)
Ah ! d'un Livre bien cher aux sensibles humains. Que le texte correct, la \ersion fidèle , Par l'Université mis dans les jeunes mains ^ Deviennent de nos fils la lecture usuelle. (5)
(1) Gerson ne cessait de renvoyer à plusieurs des Docteurs, dont l'abbc? Dassance couronne sa traduction, ceux qui lui demandaient des œuvres spirituelles, et il ne nommait point les siennes.
(2) Le petit Traité de Parvulis ad Christum trahendis , traduit par M. Tardieu l'ainé, de iS'ancy.
(3) D'après une dernière décision rendue le 22 mai 1835, par le Conseil royal sous M. Guizot, ministre de V Instruction publique, les éditions, l'une latine, l'autre française, de l'Imitation de Jésus-Christ, publiées par M. Genco. offrant un texte latin très-correct, revu avec soin sur plusieurs manuscrits, et une traduction fidèle, peuvent être utilement placées dans les bibliothèques des collèges et mises à la portée des élèves. — Il a été fait part de cette décî* Monaux recteurs des Académies. —Voir ci-après.
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