EN TÈTE DU NOUVEAU PARALLÈLE
DES PHRASES MORALES DE GERSON AVEC CELLES DE V IMITATION DE JÈSUS-CHRlST.
MoNTBRUN , dans tes quatrains pressants
Tu serres de Gerson le sens :
Mais , lui prêtant de nouveaux charmes
Par des vers brillants et concis ,
Rends-tu ces traits forts et précis
Sur l'homme dans ce val de larmes,
Qu'à peine par ses vives armes
Atteint la Consolatioriy
Son reflet , son expression (1)?
Tu cites la prosopopée (2)
Dont Laharpe eut l'ame frappée (3),
(1) Le texte lalin porte : [Dies) uhi homo multis peccatis inquinatur^ multis passionibus irretitur, multis timoribus stringitur, multis curis distenditur, multis curiositatibus distrahitur, multis vanitatibus implicatur , multis erroribus circumfunditur, multis laboribus atteritur, tentationibus gravatur, deliciis enervatur, egestate cruciatur. El ïlntcrneUe Consolation : Esqueh (jours) l'homme est souillé de plusieurs péchés, empesché de diverses passions, estrainl de diverses paours et craintes, envelopé de diverses cures, distrait par plusieurs cuiiositez, impliqué en vanitez, environné de diverses erreurs, chargé de diverses peines et labeurs, grevé de tentation, énervé et afoibly par délices, tourmenté par povreté. — La Conxo/aaon, représentant le texte latin, quoique appropriée purement aux congrégations laïques plus encore qu'aux religieuses, a dû être attribuée à Gerson, alors que d'après des manuscrits tous les textes latins imprimés dès l'origine étaient expressément désignés sous le nom vulgaire de (ierson.
(2) Je viens à vous, mon fils.
(3) Et que n'a point la Consolation,
Mais sans l'élever par degré Au-dessus de tout ce qu'on aime, De tout ce qui n'est pas Dieu même, Pour jouir du Bien désiré (1).
MoNTFALcoN, à l'hommc malade.
Français , Grec , Allemand , Anglais , Vieil Italien , Portugais, Espagnol , si c'est de Grenade , Rends l'universelle onction Qu'exprime en naïf caractère L'énergique Imitation (2)!
Nauche, pour tous si salutaire, Prolongeant des ans la carrière (5), Et des enfants , par le vaccin , L'ancien et constant médecin (4).
Et toi , du docte Solitaire, BoissoNADE ami, dois-je taire Ta profonde érudition , Rappelant la réflexion Que c'est une grande misère (Par les besoins, l'affliction) Pour nous de vivre sur la terre (5)?
(1) Lib. III, cap. 21, Qu'il faut se reposer en Dieu par-dessus tout, comme le Bien suprême.
(2) Dans V Imitation polyglotte avec le latin en regard, le médecin lettré eût pu donner le vieux français wallon et le vieil italien du quinzième siècle sous le nom de Gerson ou celui d'Henriqueï.
(3) Sauveur et consolateur de nos vieux jours.
(4) Propagateur du meilleur vaccin depuis l'origine.
(5) D.ins un article, je crois, de la Quotidienne, Boissonade citait comme très-philosophique ce passage du liv. I, chap. 22 : Vere magna est miser ia viv ère super terrant. — L'Imifartow avait dit précédemment ; Nemo est sine angustiâ , quamvis Rex sit, vel Papa, ce qui paraît annoncer les malheurs de Charles VI. La Consolation ajoute Empereur, ce qui se rapporterait à l'époque posîériouro à 1120, sous Sigismond, lorsque Gorson fut de retour à Lyon .
ViLLENAVE fils (1), tofl talent Prenant pour Gerson un élan Dans les vers dignes de ton Père (2)?
Héros d'amitié, Feltz-Ferrière (3), Et Lainez, assidus amis?
O'DoNNEL , et Baron vrai frère, Nos bons voisins , de cœur unis (4)?
Par tes discours , par tes écrits , Honneur de la chaire, Dassance (5), De Bossuet trop bien épris Pour ne pas aimer de Constance Le ferme et le sage Orateur, Des Nations l'humain Pasteur, Qui , par l'intime expérience , Instruit l'esprit, touche le cœur.
De son Livre accroît l'excellenct' Lorsque tu joins à sa Candeur La Grâce ornée et l'Éloquence , Plus grave, couronnant l'Auteur :
Quel ami pour notre Docteur !
Ah î quoique doive me suffire Un jeune et studieux Lecteur (6), Que ne puis-je en esprit te lire.
Ainsi que le cher Fortia , Dont la Morale anime, inspire, La consolante Julia !
(1) Théodore Villenave, dans une épître en vers sur le Destin.
(2) Auteur d'un poème sur la Vie future, dont il a publié un fragment plein d'énergie.
(3) Par lequel ont été relevés d'une chute grave le défenseur de Gerson Gence et sa femme.
(4) MM. Edouard O'Donnel et Jacques Baron de Pringy.
(5) Auteur de la A^ouueHe Bibliothèque des Prédicateurs, dont il a joint des maximes à sa version élégante de Y Imitation.
(6) L.-J. Louvel.
Sa Colombe Gersonienne
A réchauffé ma faible veine ;
Son noble époux Agricola
Dans l'ami zélé qu'il m'amène ,
Dans Miller (1) , fait luire à mon front,
L'œil qui découvrit à Ravenne
De Gerson l'œuvre plus ancienne
Que YAdvocate du Piémont,
Ou que la Sœur de Valencienne
Suivant pieusement le fond
Qu'un copiste explique ou ramène.
Autre découverte certaine :
Le grand Parallèle du Mont
De Contemplation répond
A la Presse savoiï>ienne,
Ainsi qu'à la feuille (^ermaine (â).
Comme au Wallon (5) dont le latin.
Quoique frappant un monde vain ,
Serait du texte la copie.
Et le char plus faible en sa fin
Traînant après soi le Génie.
(1) Sous-conservateur aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi , qui avait été chargé d'une mission dans cette partie de l'Italie au midi du Tyrol et du Piémont.
(^) L'une et l'autre favorables à l'opinion gersénienne de M. de Grégory.
(3) De la Flandre Française.
J.B.-M. Gence , d'Amiens.
28 septembre 1837.