ÉTUDE DE PETITE FILLE
les manifestations de la vie rustique, choisies par le peintre comme motifs de ses compositions, pour la représentation de la nature, suivant son principe que la figure humaine doit toujours avoir la prééminence, sa noblesse défendant de l'y introduire purement et simplement comme un élément pittoresque, comme un prétexte à elFets de crépuscule ou de soleil. Cette division, sans préjudice du catalogue définitif de l'œuvre
du maître, permettra d'en analyser les divers caractères par la description des principaux tableaux, à l'exclusion de ceux qui ne se rapportent qu'indirectement aux quatre séries, qui ne sont pour ainsi dire que des productions incidentes, et souvent d'une contestable originalité. La première composition dans laquelle Jules Breton a peint une
scène des cbanq^s, en Artois, est la « Petite Glaneuse », exposée à Bruxelles, en i853. Le jeune artiste était rentré à Courrières, pour se reposer des fatigues pliysiques et morales, que lui avait occasionnées une année entière d'études acbarnées. Rétabli rapidement, il avait entrepris le « Campement de Bobémiens dans les ruines de l'abbaye de Saint- Bavon »; mais, il travaillait sans suite, sans entrain, distrait par
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tout ee qui l'entourait, al)sorl)é par les beautés de la nature, qui réveillaient les souvenirs de son enfance.
« Je fis un jour poser une petite glaneuse sur une crête fleurie près d'un champ de blé, conte le maître; elle inclinait sa face dans l'ombre, le bonnet et l'épaule au soleil, .le la peignis avec une secrète joie. Je ne saurais dire comme j'étais raw de l'harmonie de ce brun profil, vigoureux, sur la paille fauve où couraient des liserons lilas; de ces reflets chauds du terrain, de ceux violatres du ciel bleu; de ces fleurettes et de ces r)rin(hlles; tout cela m'enchantait.
« J'avais envoyé mes « Bohémiens » à l'Exposition de Bruxelles, lorsque mon frère liouis, remettant au jour cette « Petite Glaneuse » oubliée dans un coin, me dit : « Pourquoi ne l'envoies-tu pas aussi à « l'Exposition? — Ça? répon(hs-je, est-ce la peine? » D'ailleurs je n'avais pas de cadre. Mon frère tint bon et finit par découvrir au grenier un vieux cadre sali, qui avait servi k un mauvais portrait. Il était juste de mesure. C'était la fin du délai des envois. Je l'expédiai tout de suite. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque, quelques jours après, arrivant à Bruxelles, je trouvai mes « Bohémiens » mal placés, et ma « Petite Glaneuse » à la cymaise, dans un beau milieu de panneau, où elle attirait tous les suffrages.
« TjC succès de ma « Petite (rlaneuse » m'avait nus en train. Je rêvai une composition exprimant une scène plus complète de ces pauvres femmes, fillettes et gamins (jui s'abattent sur les éteules comme des essaims de moineaux. Par la plaine embrasée de soleil, j'admirais leurs mouvantes silhouettes faites de groupes plus ou moins prosternés vers le champ, au hasard des épis qu'ils recherchent. Rien de plus biblique que ce troupeau humain. Ees rayons, s'accrocliant aux haillons flottants, mordent les nuques, allument les glanes, dessinent d'un trait lumineux de sombres profils, tracent la clarté fauve du sol de fuyantes ombres où les reflets bleus du zénith semblent frémir. Devant tant d'ampleur et de simplicité je croyais revivre au temps des patriarches. Et, en vérité, n'est-ce pas toujours aussi grand, aussi beau! J'en sortais comme d'un bain de lumière dont le resplendissement me poursuivait encore, la nuit, en éblouissantes visions.