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LA LECTURE

LE PAYSAN 9

du soleil, le son des cloches marque les heures du jour; et, jetant, dans le grand silence, les angélus de l'aurore, du midi et du crépuscule, élève son âme simple, par riuind)le prière, au-dessus des dures réalités

terrestres, et des lourdes fatigues du travail. C'est pour tout cela que l'homme trouve, dans le spectacle de la nature et de la vie rustique, tant de bienfaisance, qu'il y retourne sans cesse, certain d'y guérir de ses déceptions et de ses souffrances, d'y puiser de nouvelles espérances, de nouvelles énergies. La seule conteniplation de ce spectacle

lo JULES BRETON

contient plus de science, de philosophie et de religion, que tous les traités des théologiens, des moralistes et des savants. Il apprend à jouir du présent en toute liberté d'esprit, en toute indépendance de cœur, sans regretter le passé, et sans redouter l'avenir. Il apprend le respect et l'amour de tout, de ce qui est le plus humble, comme de ce qui est le plus fier, en montrant qu'il n'y a pas moins de mérite, de vertu et de beauté en ceci qu'en cela, que c'est une chaîne ininterrompue dont les extrémités ne paraissent lointaines que tant qu'on ignore que tout obéit aux mêmes lois, et subit les mêmes phases d'évolution. Les roses qu'on respire n'en appellent pas, pour se faire admirer et sentir, à des roses disparues; elles sont ce qu'elles sont avec leurs parfums et leurs couleurs; elles évoquent les autres roses. Quand un esprit simple et droit a reçu de la nature son enseignement, toutes les choses du passé ne lui paraissent plus que des choses mortes ; il vit et veut vivre désormais dans le présent qui absorbe le passé et l'avenir.

Aussi, la représentation de la nature a-t-elle tenu dans l'art une place immense, a-t-elle attiré les plus hauts esprits et les plus grandes intelligences. Le peintre rustique renouvelle constamment le miracle de Josué : il arrête dans sa course rapide le soleil; il fixe les nuages les plus mouvants; au bout du l)rin d'herl)e, il attache la gouttelette de rosée qui allait s'évaporer; aux fleurs éphémères il donne un éternel épanouissement, aux visages une immortelle jeunesse. Et, par le pouvoir de faire aimer à l'homme ce qu'il ignorait, de lui faire admirer ce qu'il dédaignait, il crée lui-même, pour ainsi dire, à la fois un homme nouveau et une nature nouvelle.

Dans l'Ecole française, cette peinture a été presque toujours en très grand honneur; aucune autre école ne peut s'enorgueillir d'autant de génies, qui l'ont portée aux plus fiers sommets. Au moyen âge, floraison superbe de l'art national, des bases des porches au dernier fleuron des pinacles, les façades de nos cathédrales forment un poème naturahste. Les vignes vierges, les glycines et les herres s'enroulent autour des fûts des colonnes; les chapiteaux sont des corbeilles de feuilles d'érables, de hêtres et de chênes; les simples fleurs des prés.

DESSIN POUR ce LA FIN DE LA R K C O L T K »

LA VIE RUSTIQUE DANS L ÉCOLE FRANÇAISE i3

les lianes rampantes des haies, les plantes vivaces des lialliers, et les herbes fourragères des champs enguirlandent les frises, les plinthes, les corniches et les bandeaux. Aux bas-reliefs des pilastres et des tympans, aux panneaux des chaires et des stalles, sur les vitraux des nefs, îi côté des compositions historiques, tirées de l'Histoire Sainte, des personnilications des vices et des vertus, et des statues de saints, de rois et de prophètes, figurent les représentations des travaux agricoles, les allégories des jours, des mois et des saisons. Dans les missels et dans les psautiers, les enlumineuis traitent aussi souvent des sujets rustiques que des sujets religieux,

L'École française ne perd le sentiment de la nature qu'à partir du moment où les idées ultramontaines, sorties des ruines et des tombeaux, l'envahissent. Il renaît avec Claude Lorrain; mais, sous l'iiifluence de ces idées, sa résurrection n'aura point encore le caractère grandiose de vérité (|ue donnent l'étude immédiate de la terre et du ciel, la communion constante avec la \ie. Kt, Poussin résume son idéal de la vie rustique dans le tal)leau célèbre, où trois bergers et une l)ergère, vêtus de chlamydes et de chitons, découvrent, à l'ombre d'un bosquet, un toml)eau isolé, et lisent sur la pierre l'inscription à demi effacée : « F.t in Arcadia ego! »

IjCs paysagistes du xvif siècle copient, en les dénaturant, les œuvres de ces maîtres. Dans l'esthétique du temps, il n'y aura plus trace d'amour et de respect de la nature. Sébastien Bourdon conseille aux élèves de l'Académie d'être prêts à copier les accidents de lumière tels (ju'ils se montrent, mais non pour les employer sans y rien changer : « La nature n'est pas imitable lorsqu'elle tombe elle-même dans le vide; elle ne doit pas être représentée pour elle, pour sa beauté, mais pour servir de cadre à des compositions. » Et, l'Académie codifie les recettes de métier qu'elle y a trouvées : on doit choisir les ciels couverts et ténébreux pour les martyres, l'auije du jour pour les sujets de chasse, les levers de soleil pour les l)aptêmes de saint Jean, et l'après-midi pour les bamboches, les bacchanales et les sujets bruyants.

Au xvm' siècle, les pastorales à la mode continuèrent, dans les décors d'une vie rusticpie imagiuaire, les rê\es amoureux des mytho-

logies galantes. Les Sylvandres, les Lindamors, les Alexis et les Céladons, vêtus de satin bleu et rose, les Sylvanines, les Philis et les

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