DESSIN POUR « LA FIN DU TRAVAIL
Galathées, aux chapeaux fleuris, en robes à paniers laissant voir une jambe fine, aux corsages largement écliancrés, mènent, au bord des fontaines, sous les charmilles, la ronde des aristocratiques amours.
A la fin du siècle, s'inspirant des goûts du jour pour la rusticité, goûts nés à Trianon des caprices d'une reine, et consacrés ensuite par
LA VIE RUSTIQUE DANS L'ÉCOLE FRANÇAISE iH
les fêtes civiques de la Révolution, ([uelques petits maîtres se lancent dans le genre champêtre; ils aboutissent à des productions qui n'ont plus rien de la fantaisie spirituelle des idylles antérieures et ne font point pressentir la robuste poésie des naturalistes futurs. Les fermières et les pastoures sont des (Grecques et des Romaines échappées des salons du Directoire, des petites bourgeoises, anémiées, qui se mettent liygiéniquement au vert.
La nature, cependant, n'est pas sans quelques amoureux. On conte que Louis XVI, chassant dans la forêt de Fontainebleau, aperçut avec étonnement un artiste qui peignait en plein air ; au retour, il dit plaisamment à J\[arie-Antoinette : « Nous n'avons rencontré que des sangliers et Bruandet. » Un peu plus tard, Edouard Bertin ira également à Fontainebleau étudier les grands rochers de grès, les mares pittoresques, et les mystérieux sous-bois.
L'Ecole académique de l'Empire et de la Restauration n'en continue pas moins les doctrines du xvii' siècle. Celui qui en fut le chef et le théoricien, Valenciennes, déclare qu'il faut faire des études d'après Homère, Théocrite, Virgile, Le Tasse, La Fontaine et Montesquieu : « Tous ces grands hommes qui ont traité des sujets champêtres, dit-il, s'étaient monté l'imagination à l'aspect de la nature; en lui ôtant ses défjmts pour ajouter à sa perfection, ils lui ont donné une expression sentimentale, douce et simple, ({ui n'est entendue que par l'homme sensible. »
Mais, en Italie, au milieu des sites classiques de Rome, de Sorrente, de Castellamare, de Nemi, etc., travaille un jeune artiste parisien, passionnément épris de la nature, et qui cherche à en exprimer la vraie grandeur, avec toute la sincérité et toute l'énergie de son émotion. Pendant ce même temps, un autre parcourt la Normandie, en pèlerin d'art, plante son chevalet devant les prairies verdoyantes, au bord des rivières bordées de saules et de peupliers, ne se lassant pas d'admirer et de peindre ; et, cliaque semaine, un élève de Lethière, quittant furtivement l'atelier où on lui fait copier des Hectors et des Ajax, s'en va, dans les vallées de Chevreuse et du Loing, se griser de soleil, d'air et de lumière. Ces trois inconnus, Corot, Huet et
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'\ \\. Rousseau, sont les précurseurs d'une religion artistique nouvelle, qu'évangéliseront fièrement, demain, avec eux, par leurs oeuvres et par leur vie, des apôtres aux convictions profondes, à la foi ardente, à l'idéal élevé : Millet, Jules Dupré, Diaz, Danhigny, Cabat, Français, etc.
A ces maîtres paysagistes et rustiques, la constante contemplation, l'amour sincère et naïf de la nature ont révélé sa beauté ignorée, sa poésie méconnue. Ils pénètrent, non seulement l'intérieur, mais l'âme <les êtres et des choses, en les étudiant et en les admirant dans leurs rapports d'harmonie, dans leur logique et dans leur vérité. Remontant ainsi aux sources mêmes, ils ont retrouvé immédiatement la signification originelle des formes, signification ({ui avait été peu à peu adultérée, puis oubliée et remplacée par un symbolisme conventionnel; ils en rétablissent l'expression vivante, dans toute sa clarté, dans toute sa vigueur, et dans tout son éclat. Comme chacun a vu la nature avec ses yeux, l'a mesurée avec son cœur, et l'a traduite avec son tempérament, tous ont fait un œuvre personnel, d'une haute originalité.
De cette brillante époque de l'art rustique, il reste encore un représentant, Jules Breton. Je vais esquisser ici sa vie, et étudier son œuvre, avec la discrétion, l'impartialité et le respect, qui sont le premier devoir de l'écrivain à l'égard de ceux qui se sont consacrés à accroître le patrimoine d'honneur et de gloire du pays.