LA BRETAGNE
LES PARDONS — « LES LAVANDIÈRES « — <c LA FONTAINE », ETC.
EN i8()j, (lit Jules lîretou, dans les souvenirs de « l^a Vie d'un artiste », I<)rs([ue j'eus terminé « T^a Fin de la journée », je fus repris du désir de \<)\ai^er et je partis pour la Bretagne. Je me sentis profondément touché à l'apparition de la vie agreste, maritime et religieuse du Finistère.
« La tristesse des landes, la li uste ferveur des calvaires de granit qui se dressent, rongés de mousses, au coin solitaire des carrefours; les chemins creux et sombi^es dont ni les lueui's bleues du ciel, ni les rayons tamisés à travers l'éjiaisse voûte de verdure ne peuvent dissiper l'éternelle nuit, oii semble se tordre, en nœuds de serpents, l'enchevêtrement de mille racines; la lumière blême des temps couverts et
iio JULES BRETON
des crépuscules plombant, comme d'un haie gris, les maigres visages des paysans, aux yeux farouches, qui balancent leurs hautes statures, le dos courbé sous leurs longs cheveux épars ; les femmes qui ressemblent à des saintes Vierges avec leurs coiffes dressées en mitres, leurs fraises d'où émergent leurs cols frêles et penchants, leurs jupes de futaine galonnées d'or et d'argent; toute cette rusticité monastique, toute cette sauvagerie niNsticjue semblaient évoquer en moi je ne sais quels confus et lointains souvenirs plus anciens que ceux de mon Artois. Et je sentis cjue je devais descendre des Bretons. »
Le peintre passa, avec sa femme et sa fille, trois mois en Bretagne. Il séjourna à Douarnenez; il lit des excursions aux environs, à la Pointe du Raz, au cap de la Chèvre, à Crozon, à Locronan, « dont l'admirable église se découpe assise à mi-côte de sa belle montagne > ; à Pouldahut, « oii toml)a la fille du roi (iradlon » ; à Penmarch, « on l'on voit de très loin, au-dessus des blés, parmi les solitaires églises en ruines, jaillir les paquets d'eau de l'Océan qui, plus bas, se brise à sa barre d'écueils ». Il alla aux Pardons : au Jug, à Sainte-Anne, à Kergoat « ori, dans le \aste enclos, les femmes se pressent innombrables, leurs coiffes blanches faisant comme un champ de neige, les étoiles et les lueurs des cierges, allumant de tremblantes rougeurs sur les visages pâles aux yeux ardents et extati([ues; groupes tendres que traverse le cortège sombre des hommes chevelus et frémissants dans les vibrations des tambours ». En 1878, il y retourna. De ces deux voyages, il a rapporté les motifs de six grands tableaux, de nombreuses pièces de vers, et un poème qui a été publié dans « Les Champs et la Mer » .
Les tableaux constituent une série, pour ainsi dire, parallèle, d'inspirations, à la série de l'Artois. Ici, également, il a entrepris de peindre les physionomies caractéristiques que l'exaltation des idées religieuses, la foi naïve, mettent aux visages des paysans; l'inaltérable harmonie de formes et d'aspects qui existe, à ce point de vue, entre les choses et les êtres. Ensuite, il représentera ces paysans avec la noblesse, la gravité, dans les allures, dans les attitudes et dans les gestes, qu'ont données à la race, énergique, vigoureuse, fermement trempée