LES PARDONS
passent, portant la châsse, sanctuaire où tendent les yeux ardents. Puis c'est le flot des pénitents. Ils vont trébuchant, tête basse, cierge expiatoire à la main, pieds et jambes nus, en corps de chemise sur leur poitrine
f E M M E DE D O U A R i\ E ÎV E Z
velue, les yeux hagards et brûlés de fièvre, luisant dans le tas des chevelures fauves, noires ou grises, emmêlées et comme flottantes au vent du remords; têtes parfois si décharnées qu'elles pourraient déjà figurer à l'ossuaire où les ancêtres nous regardent par leurs trous sans yeux, dans leur rictus ébréclié. Leurs maigres profils acérés tranchent sur les pieuses
^ ^l'^^^^^^^^ tendresses de ce champ étoile, où tremblent, pâles comme des mortes, sous les ondes enflammées des cierges, les vierges incorporelles cjui contemplent, du fond de leur extase, „^ l'idéale patrie, et dont plus d'une, pour s'y envoler, n'attend plus que les premières fièvres de l'automne. »
Sur la plage de Poulmarcli, l'artiste a vu les groupes des lavandières « sveltes et longues, toutes coiffées de la blanche ^^fvbt cornette de Douarnenez qui, serrée au crâne, retrousse sur ^^^If^^i^^^^uique en lumière, connue des pointes d'ailes, ses barbes aiguës »; il a écouté la grcle « des battoirs qui précipitent leurs cla(|uements clairs sur la basse continue et sourde de l'océan ». Alors, sous la suggestion de ce spectacle pittorescpie, ^'^^ il commence, avec entrain, les études de « Les Lavandières des ^■^i - rochers du Finistère »; et, ces études rapidement terminées, ainsi ) que l'ébauche, il entreprend sur place la composition définitive. ; Ce tal)leau, qui paraît de la pins belle venue, tant les figures ont /^îi^ r une naturelle simplicité dans les attitudes, les gestes et les ' y;-!*///!'[)hysionomies , sont groupées avec une exquise harmonie de \ y| lignes et de couleurs, fut, au contraire, d'une exécution si laborieuse que l'artiste a tenu à en conserver le souvenir. Il est intéressant de le rappeler à la génération présente, hâtive, impatiente, et facile à se contenter, connue le témoignage des souffrances physiques et morales qu'un peintre, en pleine possession de son métier, dans sa puissance de production, n'hésite pas à supporter, (piand il veut mettre dans un tableau toute la conscience, toute la sincérité, toute l'émotion, qui sont pour lui les conditions essentielles d'une parfaite œuvre d'art.
« Comme toujours, l'ébauche avait marché à merveille et je croyais que le tal)leau allait se faire tout seul. Mon groupe principal se mouvait dans les mille reflets de l'ombre, tandis que le soleil jouait dans les fonds. Oh! ces fonds! c'est là que je révais tout le charme de mon sujet; aussi, laissant les personnages à l'état d'ébauche, je m'épuisais à travailler les lointains, stupidement, puisque leur effet dépendait de la fermeté et du fini des figures. Or, j'étais de la dernière