DESSIN POUR « LE SOIR DANS LES HAMEAUX UU FIINISTÈRE
détacheront, en harmonie parfaite de formes et de couleurs, les personnages qui reçoivent de cette harmonie leur expression et leur
caractère. Lignes et effets ne sont ni plus accidentels ni plus rares que les allures et les physionomies. Ou ils décrivent un panorama :
La plaine fuil immense, Se joindre au ciel profond, Au loin tout se confond.
Tout flamboie et tout danse.
Des vapeurs aux remous infinis, mer de brume, Où les coteaux voilés ondulent, larges flots. Les villages, perdus comme de noirs îlots, Emergent, enfonçant leurs pieds bruns dans récume.
Ou ils déterminent un état de la nature, suivant les heures du jour, suivant les saisons :
Le soleil se coucliait et faisait ondoyer .
Le village dans Tor d'une fine poussière
Qui moulait lentement des l)ords de la rivière.
Quand nos ciels argentés et leur douce lumière Ont (ail place à Tazur si sombre de l'été.
Ou ils résument, comme dans « I.a Bénédiction des blés », par l'épanouissement général des êtres et des choses, l'apothéose superbe de la fécondité de la nature :
Quand la terre, longtemps, s'est chaufi'ée au soleil,
Quand, de son lever rose à son coucber vermeil,
Elle a senti ses flancs où la richesse abonde.
Palpiter sous l'ardent fo\ er qui les féconde,
Qu'elle a bu la rosée et l'azur à longs traits,
Que dans les prés, les champs, les jardins, les forêl.s.
Sans épuiser jamais son immense mamelle,
Le flux et le reflux de la rive éternelle
Ont fait jaillir partout l'épanouissement
Des arbres et des fleurs, des foins et du froment —
Jamais, dans ses paysages, n'apparaît quoi que ce soit de tragique, de violent, de douloureux, de triste, et même simplement de mélan-
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L OEUVRE 187
colique; par hasard, peint-il l'Hiver, il s'empresse de lui mettre un sourire par la grâce des figures que contient la composition. La mer ne lui inspire que des visions de sérénité, de calme, de clarté, et de caresses lumineuses pour les y-eux :
Une exquise vapeui' d un lilas lendi'e rôde Dans de vairues remous, soufflant et s'allon<jeant Sur la côte, et la mer prend un reflet changeant D'améthyste, d'opale et de pâle émeraude. Sur le sable irisé par le flot qui l'arrose Où tremble, avec le ciel, le reflet virginal, A temps égaux, la lame aux lèvres de cristal Déferle sur l'enfant et baise son pied rose.
C'est que Jides Breton n est point parti d un idéal artistique de convention, dont il serait allé chercher l'occasion et les éléments dans la vie rustique; c'est, au contraire, le spectacle de cette vie qui l'a conduit à adopter cette forme d'art, comme répondant le mieux à son tempérament, comme étant la plus apte à donner un corps à son idéal.
Jules Breton a passionnément aimé la nature. Le propre de l'amour est de ne rien voir au-dessus de l'être aimé, de l'embellir ingénument de toutes les bienfaisances, de toutes les vertus, de toutes les beautés. L'amour exige la fidélité. L'artiste a vécu toute sa vie au milieu de la nature, cherchant et trouvant toujours en elle de nouvelles raisons de l'admirer et de l'aimer.
La forme n'est pas un simple vêtement, elle est la nattn e vivante elle-même. Quand le milieu varie, la forme varie aussi. Il faut donc que l'artiste connaisse à fond le milieu, pour qu'il puisse pénétrer le mystère même de la vie, et sa\()ii' les nio(niications constantes qu'elle en subit. Jules Breton a vécu, intimement, pendant près de trois quarts de siècle, avec les paysans qu'il a peints.
Pour les artistes, connue jK)ur le ptd)li(', son oeinre doit être la démonstration éloquente que l'étude de la vie est la a raie source
(l'originalité et de graiifleur, que la fréquentation du paysan donne à ceux qui savent le voir et le comprendre, parce qu'ils l'aiment, la révélation de tout ce qu'il y a en lui de beau, de robuste, de sain et de généreux, alors qu'un contact superficiel ne permet d'en apercevoir que l'illusion de grossièreté et de laideur.
Si, d'après une définition contemporaine de la beauté en art, il est exact qu'une peinture est belle, dans la mesure de l'intelligence qu'elle suppose, de l'intensité d'émotion qu'elle exprime, et de la puissance de suggestion qu'elle contient, l'auteur de « La Bénédiction des Blés > , de « La Danse des feux de la Saint-Jean », du « Rappel des Glaneuses )>, de « La Fontaine », des « Lavandières des côtes de Bretagne », de « La Fin de la journée », et du « Grand Pardon breton », etc., etc. a produit un œuvre d'une grande beauté.
MARTUS VAGHON.
T É T li DE M O U S S i;