LES SOURCES D'INSPIRATION LA YIE DES CHAMPS — L'AMOUR DE LA NATURE
POUR être un bon peintre de la vie rustique, il faut avoir beaucoup d ame, beaucoup de cœur. C'est le cœur qui établit entre les êtres et les choses cette mystérieuse correspondance qui lait leur poésie; c'est l'Ame qui décide de leur beauté. L'homme se cherche et se contemple dans la nature, miroir de ses sentiments et de ses émotions. « Faites-moi aimer, a écrit Chateaubriand, et vous verrez qu'un pommier isolé, battu du vent, jeté au milieu des froments delà Beauce, une fleur de sagette dans un marais, un cours d'eau dans un chemin... toutes ces petites choses, rattachées à quelques souvenirs, s'enchanteront des mystères de mon bonhcui' ou de la tristesse de mes regrets. » L'amour est le rayon de lumière (|ui lait une perle d'une
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simple goutte d'eau, tremblant au bout d'un brin d'herbe, dans un pré, ou sur le talus d'une route poudreuse.-
La nature se donne tout entière à l'artiste qui l'aime et l'admire avec tendresse, avec simplicité, avec naïveté, c'est-à-dire avec toute son âme, avec tout son cœur. Comme la Sulamite du Cantique des Cantiques, elle lui dit : « Venez, mon bien-aimé, sortons dans les champs, demeurons dans les villages. Levons-nous dès le matin pour aller aux vignes, et voir si elles ont fleuri, si les fleurs produisent des fruits.... C'est là que je vous offrirai mes seins. »
Aimer, admirer est la force de la vie; c'est la vie elle-même.
Jules Breton est né au milieu des champs, dans un petit village ; il y a toujours vécu; et il espère y mourir. Dans « Savarette », un roman composé en partie de souvenirs intimes et de confidences, il analyse ainsi l'àme du petit paysan qu'il fut :
« Jean a eu une chance de naître dans l'aisance et dans un pays simple, le plus propre à l'éclosion des germes précieux dont la nature l'a doué. C'est de la bonne terre où il a été planté.
« Ses yeux s'ouvrirent aux rêves confus de la vie, tels que ceux des petits oiseaux extasiés d'aurore, au milieu des choses primitives : grand ciel, larges horizons, toits de chaume, murs blanchis des granges ; ils s'ouvrirent, tels les bluets dans les blés, parmi la paille et les fumiers ardents comme sa chevelure au soleil. Leurs premiers éveils, au bourdonnement des mouches têtues qui voletaient dans un rythme monotone et sans fin autour du bouquet de thym suspendu au plafond de sa chambre, avaient vu trembler sur le mur les premiers rayons roses de l'aube.
« Ils s'étaient endormis au son traînard des rondes de la Saint- Jean, dont les ombres tourbillonnaient au carrefour. Il pouvait les suivre de son lit, ces ombres, dans les lueurs indécises de la nuit, tandis que plus haut tournaient aussi les chauves-souris, vilaines bêtes qui lui feront peur le jour où, plongeant sa main dans un trou du grenier, il sentira le froid de leurs ailes de caoutchouc armées de grilles. Ses premiers amis ont été les bêtes, le chien de garde, les
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bestiaux, les volailles, toutes l'eus, comme dirait La Fontaiue, incapables de lui donner un mauvais conseil. Il les aimait, celles de la
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cour, celles du jardin, tous les insectes dont il fit peu à peu connaissance, les oiseaux dont il ^mettait les nids, la cii^ale dont la crécelle, le soir, criait d;ins l'arbre.
« Sa rêverie, lorsque s'éteignaient les dernières braises du couchant, s'accompagnait volontiers des coassements lointains des innom-
brahles grenouilles dont le touilu murmure, par ondes battantes, expirait là-bas, tout là-bas, dans les herbes mouillées du marais.
« Les idées ne tardèrent pas à lui venir, les sentiments aussi. » Un jour, des puisatiers creusent un grand trou pour installer une pompe; il s'y trouve de l'eau toute blaïu'he. L'enfant crut que c'était (lu lait, le lait de la terre; et, il en voulut boire. Pour lui, les aibres vivent et chantent; et, dans les nuages d'or du soleil couchant, il voit des hommes et des animaux.
Sa sensibilité naturelle s'exalte et s'affine par l'éducation enfantine
(pi il reçoit dans le milieu familial, oii tout lui est caresses, sourires et baisers :
légendes historiques que lui dit sa mère, dont, vieillard , il voit encore le chàle jaune et rouge, le chapeau de paille, oi'ué de fleurs des champs, qu'elle poitait dans ses lentespromenades au jardin, où elle semblait adresser un dernier adieu aux fleurs qui