‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 11 sur 69 · IULES CÉSAR EN GAULE, Comment. II · texte numérisé non relu

IULES CÉSAR EN GAULE, Comment. II

sacrifice d*un grand nombre d'hommes intrépides. Les uns, en s'efforçant de passer la rivière sur les cadavres des leurs, tombent à leur tour; les autres, après avoir réussi à la passer, se trouvent entourés par la cavalerie de César qui les taille en pièces.

« A Tinsuccès de cette tentative vient s'ajouter la fatale nouvelle que Divitiac est en marche avec Tarméeéduenne, et que déjà il touche aux frontières des Bellovaques. Aussitôt le contingent bellovaque prend l'alarme, et veut courir au secours de sa cité en danger. Alors les Belges assemblent leur conseil, et on y décide que le mieux à faire est que chaque contingent regagne sa cité, sauf à tous de vo* 1er au secours de ceux qui seraient les premiers attaqués. »

Voilà donc la ligue défensive des Belges dissoute par l'action de Divitiac ! Voilà ces malheureuses cités de nouveau isolées en présence de l'ennemi commun ! Car comment croire qu'elles aient réellement compté avoir le temps nécessaire pour revenir toutes ensemble au secours de celle qu'un tel ennemi va attaquer ?

« Rien, en réalité, ne pouvait mieux servir les intérêts de César que cette résolution des Belges. Tout d'abord vivement poursuivis dans leur retraite, ils essuient des pertes énormes : d'autant plus que leur arrière-garde entreprend courageusement de tenir ferme contre la cavalerie romaine et trois légions envoyées à la poursuite, sous le commandement de Labienus*.

' L*examen attentif du récit de César à ce sujet montre clairement, une

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chvp. ÎI, § t. W

« Le lendemain César se porte a marches forcées sur le territoire des Suessons\ voisins des Rhèmes ; il arrive devant leur place de Noviodunum^ avant le contingent de cette cité qui faisait partie de Tarmée belge, et immédiatement il y fait donner Tassant, comptant trouver la place dépourvue de défenseurs. Mais les quelques troupes qui y étaient restées suffisent pour la défendre, grâce à la largeur des fossés, à la hauteur des murs, et il faut que César entreprenne un siège en règle. Sur ces entrefaites, le nombreux contingent des Suessons arrive, et pendant la nuit se jette dans la place. A l'extérieur on pousse les vignes^ vers le rempart sans perdre un instant, on établit \a Jetée, on construit les tours.., A la vue de ces gigantesques travaux poussés par les Romains avec tant de célérité, les Gaulois, qui jamais jusque-là n'avaient été témoins ou n'avaient entendu parler de rien de pareil, se troublent et se rendent à discrétion^. César veut bien

fois de plus, que, fnuto d'armes comparables, le courage des Gaulois dans les combats ne servait guère qu*à les faire tuer plus facilement par les Romains. — « De manière que 2e5 nôtres, sans courir aucun danger, dit ici César, tuèrent un aussi grand nombre de Gaulois qu'il fut possible dans l'espace de la journée. » Jta, sine ullo periculo tantam eorum multitudinem nosiri inierfecerunt^ quantum fuit diei spatium. (H, xi.)

' Peuple du pays de Soissons, du Solssonnais,

^ Noviodunum, probablement Soissons.

* Cest-à-dire on pousse la tranchée^ etc.. (Voir à ce sujet ce qui concerne Vaitaguedes places au temps de César, dans notre volume précédent, p. 173 et suivantes.)

* Magniiudineoperum^ quas neque viderant ante Galli nequeaudierant, et eeleritate Romanorum permoti, legatos ad Cxsarem de deditione mittunt, — Ceci montre clairement quel immense avantage la connaissance de Tart des sièges donna à César dans la guerre de Gaule.

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toutefois, à la prière des Rhèmes, à qui il n'a rien à refuser après les services qu'ils lui ont rendus *, faire grâce de la vie aux Suessons, en se contentant de leur enlever toutes leurs armes et d'emmener avec lui comme otages les principaux habitants de leur cité avec les deux fils de Galba, leur roi.

a Puis César conduit l'armée chez les Bellovaques, qui s'étaient retirés dans leur place de Bratuspantium^ , A environ cinq milles de cette place, il rencontre tous les vieillards qui venaient mettre la cité à sa merci, en protestant qu'ils ne voulaient pas faire la guerre aux Romains. Diviliac est là et parle pour eux. Il dit à César — que les Bellovaques occupent une grande place dans l'amitié de la cité éduenne ; que si, dans cette circonstance, ils ont eu le tort de manquer aux Eduens et de prendre les armes contre le peuple romain, les seuls coupables, en réalité, sont quelques-uns de leurs chefs, qui leur avaient fait croire que les Eduens, réduits en esclavage par César, avaient à souffrir des indignités et des injures de toutes sortes; mais que les auteurs de cette pernicieuse méprise, se faisant justice à eux-mêmes, se sont exilés en Bretagne (Angleterre). 11 lui demande de vouloir bien considérer que ce ne sont pas seulement les Bellovaques. mais encore avec eux les Eduens, qui le supplient de se mon-

' Ce fat probablement à cette époque que César lit passer sous le patronage desRhcmes les cités précédemment clientes des Séquanes et les cités irréconciliablement hostiles aux Eduens. De Bello gallico^ VI. xi.

- Prohnblement Beauvais. Ville qui fut appelée ensuite Cfesaromagns, avant qu'on lui eût donné son nom actuel, qui rappelle la cité gauloise.

PRËMIEUË ÉPOQUE, Cuàp. II, § a. 13

Irer doux et clément; et que, s'il acquiesce à cette prière, les Ëduens lui en sauront d'autant plus de gré qu'il en résultera pour eux auprès de tous les Belges un accroissement de crédit d'une utilité extrême, en cas de guerre. — Voilà ce qui est dit dans les Commef itaires {M^xiy). De pareilles raisons ne permettaient pas d'hésiter. César en est touché et consent à accepter la soumission des Bellovaques, et à leur laisser la vie sauve, mais en leur expli* quant bien qu'il ne le fait que par considération pour Divitiac et pour les Ëduens. Du reste, il leur enlève toutes leurs armes et choisit parmi eux six cents otages.

« Cela fait, il passe chez les Ambiens^ qui aussitôt se rendent à lui avec tout ce qu'ils possèdent^ sans conditions et sans coup férir. »

S H. ~ Désastre héroïque des Nerviens, des Véromanduens et des

Atrébates.

« Puis César entre sur le territoire des Nerviens^ ^ qu'il trouve résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Réunis à leurs voisins, les Atrébates^ et les Véromanduens*^ ils attendaient encore les Aduatiçues^j qui étaient

' Peuple du pays d'Amiens.

^ Les Nerviens occupaient, croit-on, le Cambrésis, le Hainault, le pays compris entre la Sambre et la Meuse au nord de Chimay, et encore, au nord de la Sambre, une partie de la Flandre et du Brabant méridional. Bavai et Cambrai se disputent l'honneur d'avoir été ja'lis la ville principale de cette vaillante cité.

^ Peuple du pays d'Arras, de V Artois,

* Peuple du Vermandois,

^ Peuple de la province de Namur.

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en marche pour se joindre à eux ; et après avoir mis en sûreté, au milieu de marais impénétrables à une armée, toute la population incapable de porter les armes, ils s'étaient massés derrière la Sambre, sur une colline couverte de bois^ où ils attendaient avec confiance l'arrivée de l'ennemi. j>

L'armée romaine se montre sur une colline pareille de la rive opposée ^ ; les six premières légions y arrivent en tenue de combat, conduites par César lui-même, qui les range en face des Gaulois, deux légions à chaque aile et deux au centre. Puis il fait établir le camp, sous la protection de la cavalerie et des troupes légères, qui descendent au pied de la colline et passent la rivière en escarmouchant.

<c Tout à coup les Gaulois, qui se sont aussi rangés en trois corps sous le couvert des bois de l'autre rive, s'élancent de là comme un ouragan, renversent ou repoussent dans la rivière tout ce qu'ils rencontrent, la franchissent à leur tour et viennent assaillir les légions sur la colline. César, de la gauche, où il laisse Labienus aux prises avec les Âtrébates, court au centre, qu'il trouve complètement engagé avec les Véromanduens et combattant dans un grand désordre : chaque soldat qui accourait des travaux s'étant placé sous la première enseigne qu'il avait pu apercevoir. Mais bientôt la discipline et l'habitude des

' 11 est très-probable que ces deux collines opposées sur les deux rives de la Sambre, où va se livrer une furieuse bataille, se trouvent au voisinage de Maubeuge.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Cuaf. II, § ii. 15

combats permettent de se reconnaître. Â l'aile gauche, Labienus repousse les Àtrébates, les force, le glaive dans les reins, à repasser la rivière, les suit au-delà, les refoule plus loin et s'empare du camp gaulois. Au centre, les Véromanduens sont repoussés jusqu';"! la rivière^ où le combat se prolonge.

« Mais les deux légions de l'aile droite, qui se trouvent aux prises avec les Nerviens commandés par leur chef, Boduognat, sont gravement en péril et déjà^ trèsaffaiblies. Dans l'une de ces légions, la douzième, outre la perte d'un grand nombre de soldats, tous les centurions et le porte-enseigne de la quatrième cohorte sont tués, et l'enseigne est enlevée ; presque tous les centurions des autres cohortes sont tués ou blessés. Aucun effort ne peut faire reculer les Nerviens ; ce flot d'hommes héroïques monte par- dessus les cadavres dont il couvre le sol, il déborde sur les flancs des légions, il s'élance par derrière celles du centre, il envahit le camp, d'où s'enfuient dans toutes les directions^ avec les valets de l'armée, les troupes légères et la cavalerie romaine. El encore, à l'aspect de ce bouleversement général, les cavaliers trévires, auxiliaires des Romains, croyant que tout est perdu, retournent dans leur cité annoncer au plus tôt ce grand événement. Mais César, qui parvient à son aile droite ainsi accablée et voit les légionnaires faiblir, saisit le bouclier de l'un d'eux, s'avance au premier rang, appelle les centurions par leurs noms, encourage les soldats et dirige lui-même la charge au gladius. De son côtéj

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LabieDUSy du haut de la colline opposée et d'un coup d'œil sûr, a apprécié le péril ; il renvoie à César en toute hâte la dixième légion, qui arrive bien à propos et lui donne enfin la victoire sur des monceaux de cadavres*.

« Dans cette fatale journée, la race et le nom des Nerviens s'éteignent et périssent presque entièrement. De 60,000 qu'ils étaient en armes la veille, il en restait à peine 500 qui fussent en état de combattre ; et de 600 sénateurs, 3 seulement étaient encore en vie. »

$ Ilf . ~ Défaite et extermination des Aduatiqaes.

« En ce moment*là même, les Aduatiques venaient en hâte se joindre aux Nerviens. A la nouvelle du désastre, ils rebroussent chemin, rentrent chez eux, et abandonnent aussitôt leurs diverses places fortes pour se réfugier, avec tous leurs biens, dans un seul oppidum, que la- nature même îivait rendu extraordinairement fort*. Sans perdre de temps, César les suit et les y assiège. Tout d'abord les assiégés inquiètent les travailleurs par de fréquentes sorties et de petits combats ; mais bientôt la place se trouve entourée d'une contrevallation de douze pieds de haut et de nombreuses redoutes, ce qui met un terme aux sorties.

' Oq voit ici UQ exemple remarquable de la puissance du gladius, et il est facile de reconoaitrc, dans le récit même de César, qu'il lui dut le salut de son armée.

^ On su rappelle que le moi oppidum, accepte aujourd'hui dans notre langage scientinque, signifie dans les Commentaires une place forte, ou simplement un refuge, une position naturellement for le, quelle que soit d'ailleurs la nature du lieu ou la cause naturelle de sa force.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. II, § III. H

Cependant les vignes avancent, la jetée s'élève, une tour se construit, sans que les Aciuatiques paraissent s'en émouvoir. Mais, quand ils voient que la tour se meut et approche du rempart, de même que les assiégés de Novio^ duntmij ils sont saisis de terreur, persuadés que les hommes qui font de pareilles choses sont des protégés des dieux, et ils s'empressent d'envoyer une députation à César pour traiter de la paix, et lui dire qu'ils se remettent entre ses mains, eux et tout ce qu'ils possèdent, en le suppliant seulement de leur laisser leurs armes, qui leur sont indispensables pour se faire respecter de leurs voisins. A quoi César répond que : le bélier ayant touché le rempart, il ny a plus de conditions à poser, sans que, avant tout, ils lui aient livré leurs armes. Inimédialement ils lui en livrent environ les deux tiers, et avec le reste (ju'ils cachent, la nuit venue, ils tentent de s'ouvrir un passage dans la contrevallalion. Mais les Romains étaient sur leurs gardes, et, après avoir tué aux assaillants environ quatre mille hommes, ils refoulent les autres dans la place. Le lendemain César les fait tous vendre à l'en can, comme butin de guerre. Ils étaient, d'après le dire des acheteurs, au nombre de 53,000 tètes ^ »

Ainsi échoua la ligue défensive des Belges, autant par la politique captieuse de César et par la connivence de

* Voilà encore un mémorable exemple de Tavanlage que donna à César la connaissance de l'art des sié^: on peut dire qu^ellelui fournit ici le moyen d'exterminer le» Aduattquef, sans éprouver de son côté aucune perte.

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