‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 10 sur 69 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

DEUXIÈME ANNÉE DE L\ GUERRE (Av. J.*C. 57 — de R. 607) ^ Consuls : Cornélius Lentulus et Q. Cecilius Metellus.

§ I. — Ligue défensive des Belges : César vient les attaquer r Divitiac dissout

la ligue : conséquences funestes.

De proche en proche, le bruit de ces événements s'était répandu au loin, et la Belgique, plus prudente que le reste de la Gaule, s'en était alarmée. Les différentes cités dont elle se compose, craignant que l'orage qui s'était formé et s'étendait sur le midi ne montât jusqu'à elles, se concertent et organisent entre elles une ligue pour s'en préserver. Et à en juger par les faits, ce n'était nullement

I De Bello gallico, I, xl ; et II, ii. — Les Leuces, leitci^ étaient le peuple du pays de Toul, TuUum.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. Il, § i. 7

une menace d'attaque, c'était une simple mesure de prévoyance et de défense dans le cas où il leur serait nécessaire de pourvoir à leur salut. Aux yeux de César, ce fut un crime qui exigeait une prompte et sanglante répression.

a II était alors en Italie ; il y leva en toute hâte deux nouvelles légions qu il envoya au plus tôt en Gaule, et le moment venu d'entrer de nouveau en campagne, le voila lui-même d la tête de plus de huit légions sur les fron« tières de la Belgique^ accompagné de son ami Divitiac, ou y ce qui est plus probable, précédé et attendu là par cet ami politique.

« Les Bhèmes \ peuple belge, limitrophe de la Gaule celtique, séduits sans doute par Divitiac, et non poussés par la crainte (car le courage ne leur fera nullement défaut quand ils combattront avec les Romains contre leurs frères), s'empressent de députer à César les princes de leur cité, pour lui faire connaître qu'ils sont restés étrangers à la ligue des autres Belges, et qu'ils se mettent, eux et tout ce qu ils possèdent, sous la foi, la puissance et à la discrétion du peuple romain. Le bienveillant accueil qu'il leur fait les charme, et, sans hésiter, ils lui donnent les renseignements les plus complets, les plus circonstanciés sur le nombre, sur les forces et sur la position des peuples belges qui se proposent de répondre à la guerre par la guerre. Mais César ne se contente pas de si

' Peuple du pays de Rheims, ancienne province de Champagne.

8 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. IL

peu, il lui faut des otages; on lui amène et on lui livre les enfants des princes de la cité.

« D'un autre côté, Thabile Romain était parvenu à nouer des intelligences avec les Trévires\ qui avaient un renom particulier de bravoure parmi tous les Belges, et il avait obtenu d'eux qu'ils missent à sa disposition un corps de cavalerie. Ce n'est pas tout encore : il faut que la Gaule celtique s'arme avec lui contre la Gaule belgique. Les Bellovaques^ étaient la cité la plus influente de la ligue belge; César, s'adressant à Divitiac avec les plus vives instances, lui fait comprendre quel immense intérêt il y aurait pour la République et pour le salut commun à dissoudre la ligue des ennemis, afin de n'avoir pas à combattre à la fois contre une si grande multitude, et qu'on y peut réussir en conduisant l'armée des Éduens dans le pays des Bellovaques, et en ravageant leurs terres. 11 lui confie cette mission et le congédie. (11, v.)

ce Après quoi, ayant appris par ses éclaireurs et par les Rhèmes que l'armée belge en masse s'avance vers lui et n'est déjà plus qu'à une petite distance, il se hâte de passer l'Aisne [Axona)^ rivière qui coule à la frontière des Rhèmes, et il établit son camp sur l'autre rive , de telle manière qu'il soit flanqué d'un côté par ce cours d'eau, et que les Rhèmes et les autres cités puissent sans aucun danger lui apporter des vivres par derrière.

' Peuple dii pays de Trêves.

* Peuple du pays de Beauvais.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. II, Si. 9

« I^s Belges, irrités de la défection des Rhèmes, avaient tenté d'enlever une de leurs places fortes, située à hait milles de là, Bibrax\ et lui avaient donné l'assaut pendant toute une journée avec une telle vigueur que la place n'avait pu que très-difficilement résister. César, informé de l'attaque de Bibrax, y envoie la nuit suivante un renfort d'archers crétois et numides et de frondeurs baléares. Les Belges, perdant alors Tespoir de s'en emparer, s'avancent contre lui avec toutes leurs forces, et viennent prendre position à deux mille pas de son camp, dont ils ne sont plus séparés que par un marais de peu d'étendue. Fendant quelque temps on s'observe de part et d'autre, on se borne à se tâter par des escarmouches de cavalerie. Fuis César couvre ses flancs de retranchements formidables, et présente la bataille sur un terrain où il a de son côté tous les avantages. Les Belges la refusent, avec juste raison, et se portent à des gués du voisinage pour tenter de passer l'Aisne et de couper les communications des Romains avec les Rhèmes, qui leur sont d'un si grand secours. Aussitôt César se porte à la hâte par l'autre rive (rive gauche) sur les mêmes points, avec toute la cavalerie et les troupes légères, pour s'opposer au passage. Le combat devient acharné et les Belges montrent un grand courage, mais c'est en pure perte qu'ils font le

' Place doDt la position n'est pas encore détcrmince avec certitude, et qui était située approximativement, romme on le voit ici» au nord de Rheinis {Diirocorlorum), surla rive droite et n huit milles romains (environ 12 kilomètres) de l'Aisne.

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