ONQUIÉME ANNÉE DE LA GUERRE
(Av. J.-C M — de R. 700). Coosals : L. Domitius Aheoobarbus et Ap. CUudius
Puklier.
S I. — Préparatifs pour une deuxième expédition en Bretagne.
« Avant de partir pour l'Italie, comme il avait coutume de s'y rendre chaque année au commencement de Thiver, César commanda à ses lieutenants défaire construire pendant son absence le plus grand nombre possible de vaisseaux, et de faire réparer les anciens. Il indiqua les proportions et la forme qu'il fallait donner à ceux que l'on construirait, lesquels devaient tous être munis de rames ; et il prit des mesures pour qu'on fit venir d'Espagne tout
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ce qui était nécessaire à leur armement. Après avoir tenu en Italie l'assemblée de la Gaule citérieure, il se rendit en lUyrie, partie de sa province dont les Pirustes^ ravageaient, disait-on, les frontières. Dès qu'il y parut, les Pirustes s'empressèrent de lui donner toutes les satisfactions qu'il lui plut de leur imposer. Cela fait^ il revint dans la Gaule citérieure, et de là rejoignit bientôt l'armée, dont il visita tous les quartiers d'hiver.
« Grâce au zèle extraordinaire des soldats, qui avait suppléé à un dénûment très-grand de toutes choses, il trouva sur les chantiers environ sis cents vaisseaux du modèle quil avait indiqué, et vingt-huit vaisseaux longs, tous assez avancés en construction pour pouvoir être lancés à l'eau sous peu de jours. Après avoir comblé d'éloges les soldats et les directeurs des travaux, il expliqua son projet, et assigna à tous pour lieu de ralliement le port ItiuSy port d'où il avait reconnu que la traversée en Bretagne était extrêmement facile : la distance de ce point du continent à l'île n'étant que d'environ trente milles^. Il laissa pour l'exécution de cet ordre le nombre de soldats qui lui parut suffisant ; et lui-même, avec quatre légions sans bagages et huit cents cavaliers, il partit pour
' Peuple des frontières d'IIIyrie, mais dont la position précise est inconnue.
^ La position de ce port a donné lieu a beaucoup de recherches et de di«' cussions. On peut dire en général que les opinions à ce sujet se partagent entre Boulogne et WUsan, ancien port situé vers le milieu de la côte qui s'étend de Boulogne à Calais, mais aujourd'hui comblé par des atterrissenients.
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le pays des Trévires, vu que ce peuple ne se rendait point aux conYocatioDS, n'obéissait point aux ordres, et solli^r citait, disait-on, le secours des Germains transrhénans. »
S 0. — Politique de César chez les Trérires.
« La cité des Trévires était la plus puissante de la Gaule par sa cavalerie, et pouvait en outre lever beaucoup d'infanterie. Son territoire touchait au Rhin. Deux chefs, Indutiomare et CingetoriXy s'y disputaient le pouvoir. Ce dernier, dès qu'on fut informé de l'approche de César avec les légions, vint à sa rencontre, lui donna t assurance que hn et tous les siens resteraient fidèles à f amitié du peuple romain, et f instruisit de ce qui se faisait chez les Trévires,
a Au contraire, Indutiomare se mit à rassembler la ca* Valérie et l'infanterie de la cité, et à se préparer à la guerre, après avoir mis tous les non combattants à couvert dans la forêt des Ardennes : forêt qui s'étend sur une largeur immense depuis le Rhin jusqu'au pays desRhèmes. Mais quand il eut vu nombre des princes trévires, entraînés par leur liaison avec Cingetorix et effrayés de V arrivée des légions, se rendre auprès de César, en solliciteurs plus soucieux de leurs intérêts particuliers que des intérêts de la cité, Indutio* mare, craignant d'être abandonné de tous, envoya une députation à César pour lui exposer que, — de son côté, s'il n'avait pas jusque-là jugé à propos d'aller à lui et de se séparer des siens, c'était pour mieux retenir la cité dans le devoir, et pour empêcher que le peuple, abandonné de toute la noblesse et privé de direction, ne se
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laissât entraîner dans quelque fâcheux écart; qu'aussi bien la cité était à ses ordres, et que lui-même, si César le permettait, se rendrait auprès de lui dans son camp, pour remettre entre ses mains, avec son propre sort, ce* lui de tous les Trévires.
« Bien que César ne se méprît point sur la véritable cause d'un tel langage, et qu'il comprît à merveille pour* quoi Indutiomare renonçait à son premier projet, néanmoins, ne voulant pas être forcé de passer l'été chez les Trévires, alors qu'il avait tout préparé pour la guerre de Bretagne, il lui ordonna de venir avec deux cents otages, et avec son filsj et avec tous ses proches parents. Quand ces otages furent tous arrivés dans le camp, César voulut bien rassurer Indutiomare, et en même temps il l'exhorta à persévérer dans le devoir. — Mais il ne laissa pas pour cela d appeler auprès de lui les autres princes des Trévires et de les mettre particulièrement, et un à un, en rapport de con^ fiance avec Cingetorix, non-seulement par considération pour son mérite personnel, mais encore parce quil sentait toute Fimportance d accroître le plus possible parmi les Trévires F autorité d'un homme qu'il voyait animé pour lui de tant de bonne volonté. — (^'était une atteinte profonde portée au crédit d'Indutiomare ; il en fut péniblement affecté, et la douleur qu'il en ressentit ne servit qu'à exaspérer son inimitié secrète contre les Romains. »
Nous avons reproduit en entier ce passage des Commentaires concernant la politique de César chez les Trévires, parce qu'on y voit assez bien, malgré toute l'habileté du
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récit, la nature profondément corruptrice de cette politique, qui se montre la même partout : diviser pour régner; et, pour diviser, s'adresser aux ardeurs les plus viTes ou de l'intérêt personnel, ou de la jalousie politique, ou de la soif des honneurs. Indutiomare était le chef suprême des Trévires, Cingetorix était son gendre et aspirait au pouvoir ; c'est donc dans la famille même du vieux chef gaulois que César a su découvrir ce jeune ambitieux, traître à sa propre famille, aussi bien qu'à sa propre cité, et dès lors tout à fait digne de seconder les projets de César contre la Gaule. Aussi voit-on combien César l'apprécie ; avec quelle complaisance il le loue ; avec quel soin il l'aide à supplanter son beau-père, le grand chef choisi par la cité ; avec quelle bienveillance il accueille tous les amis que le jeune prince lui présente, et il leur accorde tout ce qu'ils demandent pour eux-mêmes^ sans s'inquiéter du salut de la cité.
S UI. — Deuxième expédition de César en Bretagne.
c Cette affaire réglée. César se rendit avec les légions au port Itius. Il y trouva la flotte munie de tout ce qui lui était nécessaire, et prête à partir. Là s'étaient réunis et attendaient, avec des cavaliers de toute la Gaule au nombre de quatre mille, les princes de toutes les cités. — César avait résolu de ne laisser sur le continent que ceux d'entre ces princes, en très-petit nombre, dont il avait constaté la fidélité, et d emmener avec lui tous les autres comme
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Otages; de crainte que pendant son absence il ne sui*TÎnt en Gaule quelque mouvement.
(c DumnoriXj le prince éduen dont il a déjà été question, était, dans la pensée de César, un de ceux qu'il lui importait le plus d'emmener en Bretagne, parce qu'il le savait désireux de changements, ambitieux, d'un grand courage, et d'une grande autorité parmi les Gaulois. Dum* norix, de son côté, ne voulait pas quitter la Gaule ; il avait supplié César de l'y laisser, mais en vain ; et, au moment de l'embarquement, il avait pris le parti de s'échapper du camp avec des cavaliers éduens, à l'insu de César, pour retourner dans sa cité. César, en ayant été informé, fit suspendre l'embarquement et envoya un fort détachement de cavalerie à la poursuite de Dumnorix, avec ordre de le ramener bon gré mal gré, mort ou vif. Bientôt rejoint, Dumnorix refuaa d'obéir, et les cavaliers de César, exécutant la consigne qu'ils avaient reçue, V entourèrent et le tuèrent.
a Cet acte de justice romaine accompli. César chargea Labienus, avec trois légions et deux mille cavaliers^ d'avoir l'œil sur ce qui se passerait en Gaule et de prendre conseil de l'occasion et des événements, de défendre les ports et de pourvoir aux subsistances. Puis lui-même, emmenant titiq légions et autant de cavaliers qu'il en laissait sur le totitinent, il leva l'ancre au coucher du soleil. »
Cette deuxième expédition de Bretagne fut poussée un peii plus avant que la précédente dans l'intérieur de l'île. César passa la Tamise à gué en face des Bretons, et eut
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avec eux plusieurs engagements. Les Bretons, de leur côté, eurent l'habileté de combattre à la légère, par petits corps de troupes, sans s'exposer à tenir ferme et en masses contre le gladius des légionnaires. Os eurent aussi d'abord le bon sens de faire taire leurs dissensions intérieures, et de s'unir sous un chef unique contre l'ennemi commun. De sorte que, au début de cette expédition, César n'obtint que peu de succès, et dut user de beaucoup de circonspection. Mais bientôt, en Bretagne comme en Gaule, il sut trouver les moyens de nouer des intelligences avec les chefs de certaines cités ; on lui fournit des vivres, et plusieurs d'entre elles se laissèrent entraîner à lui envoyer des députations. Ces défections forcèrent le grand chef des Bretons, Cassivellaune, à traiter avec lui. Et César, aux approches de Téquinoxe d'automne, ramena l'armée romaine en Gaule avec les honneurs de la guerre. Ce fut, paraît-il, d'après Tacite (Affricoia)^ tout ce qu'il retira de ses deux expéditions en Bretagne.
j rv. — Soalèvement de plasicure cités da centre et da nord-est de la Gaule i succès d'Ambiorix : tactique politique de César.
Revenu sur le continent, César se rendit à Samarch briva\ où il tint l'assemblée de la Gaule. Le blé étant rare cette année-là, il fut forcé de placer les légions en quartiers d'hiver autrement que les années précédentes et
* Ville principale des Ambiens, aujourdliui AnUens : nom moderne qui rappelle celui de la ci lé gauloise.
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dans un plus grand nombre de cités. Il les répartit de telle manière qu'elles pussent s'approvisionner de blé, et que néanmoins iotis les quartiers, sauf celui de Roscius qui était dans le pays le plus paisible, se reliassent entre eux, à cent milles au plus de distance^. Lui-même se décida à rester en Gaule jusqu'à ce que les légions fussent
arrivées et retranchées dans les positions qu'il venait de leur assigner.
« Il y avait chez les Carnutes un homme de très-haute
naissance, Tasgèce [Tasgetius)^ qui n'était d'abord qu'un
simple particulier, mais dont les ancêtres avaient occupé
le rang suprême dans la cité. César, en considération de sa
valeur, de ses bonnes dispositions à son égard et des services
signalés qu'il lui avait rendus dans toutes les guerres, avait
trouvé bon de le replacer dans la position de ses ancêtres.
Mais, la troisième année du règne de Tasgèce, ses emiemis,
de concert avec un grand nombre de ses concitoyens,
l'avaient mis publiquement à mort^. Cette affaire fut
déférée à César, qui, vu la multitude de ceux qui y avaient
été mêlés et compromis, craignant qu'à leur instigation la
cité entière ne fît défection, ordonna à L. Plancus de se
porter au plus tôt avec sa légion du Belgium ^ chez les
' Nous avons indiqué en détail cette répartition des légions, dans notre i«r volumei p. i54.
' Voici un nouvel exemple d'un chef gaulois qui s'est laissé corrompre comme Cingetorix, et qui, durant trois années, a été de connivence avec l'ennemi de la Gaule. Mais, on le voit, Tasgèce n*a pas tardé k subir le j uste châtiment de son crime.
^ Quelques savants, entre autres d*Anville, ont pensé que le nom de Betgium employé ici par César ne désignait qu'une certaine partie du vaste territoire
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CarnuteS) pour y passer l'hiver, y rechercher ceux qui avaient coopéré à la mort de Tasgèce, et les lui faire amener. En même temps. César apprenait de tous les lieutenants et des questeurs que les légions dont il leur avait confié le commandement étaient parvenues dans les quartiers d'hiver^ et qu'elles s'y étaient retranchées.
« Mais quinze jours s'étaient à peine écoulés que tout à coup, dans le pays des Éburons, dont la plus grande partie est placée entre la Meuse et le fihin^ et chez lesquels hivernaient une légion et cinq cohortes sous les ordres des lieutenants Sabinus et (]otta, éclata une insurrection suscitée par Ambiorix et Cativulce, leurs rois. Entraînés par les messages du Trévire Indutiomare, ces deux chefs gaulois avaient soulevé leur cité et étaient venus attaquer les Romains dans leur camp.
OGcapé par les peuples belges, Beig»; doiu croyoDs que c*est une erreur, et que ee nom de Bdçium désigne tout le territoire des Belges. Les raisous qui nous paraissent jnotiyer notre opitiion seront exposées ci-après, dans notre dernier yolume, où cette question géographique présentera plus d'intérêt, à raison dee dernières mesures prises par César à la fin de la guerre de Gaule, en vue de la guerre civile qui allait survenir à la suite. Ainsi nous traduirons désormais le nom de Belgium par le nom français Belgique^ qui rend bien le sens que nous lui attribuons ici dans la pensée de César, sauf à en exposer nos motifs à l'occasion indiquée ci-dessus.
' Aujourd'hui pays de Liège, Maëstricht et Aix-la-Chapelle réunis : dont la plus grande partie était effectivement, comme le dit César, entre la MeiBe et te JtAin, et dont une moindre partie s'étendait du côté de l'ouest sur la rive gauche de la Meuse, où les Éburons avaient pour limitrophes au sud-ouest XtA Aduatiçues (V, xxvii). Dii cétéde Test, le territoire des Éburons s'étendait jusqu^auRhin. Entre le Rhin et la Meuse, il avait pour limites: au nord, le pays des Ménapiens à la hauteur environ de Dusseldorf ; et au sud, à partir du Rhin, d'abord le pays des Trévires, qui occupait la vallée de la Moselle, puis le pays desâé^neïetdes Condrusesy entre la vallée de la Moselle et les rives de la Meuse.