‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 38 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

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dépasser les bornes de la toiéraDce en matière d'explication. Peut-on, en effet, laisser disparaître par ce moyen un jour de marche j qui est ici toute la question, et qui est dans rhistoire de cette guerre un élément de premier ordre pour la détermination du lieu d'Alesia? Et n'est-ce pas un devoir qui s'impose à tout le monde que de maintenir intacts tous les documents de notre histoire nationale ? Or, outre la supposition gratuite « que les Gaulois aient fui sur un espace de 15 kilomètres, si bien que les Romains, en les poursuivant, auraient fait 1 5 kilomètres de chemin (une demi-étape) dans la direction d'Alesia, sans s'en apercevoir, paraît-il, et sans que cela doive compter au nombre des jours de marche, on ne tient non plus aucun compte de ce que César lui-même dit très-positivement. Il dit, en effet, que^ « à partir du champ de bataille, Yercingetorix se mit en marche pour Alesiai faisant route comme à l'ordinaire {Verdngetorix Aiesiam iter facere cospit) , et que César le suivit tant que ia durée du jour le permit {Cœsar... sequutus quantum diei tempus est passum *). César s est donc mis en marche lui-même ce jour-là, le jour de la bataille. Et l'armée gauloise marchait en bon ordre, et César la suivait de près, car il harcelait son arrière-garde, à laquelle il tua

' Ce deniicr trait du texte — Cxsar. . . sequutus, •*- paraîtrait indiquer ooe route dont on ne pouvait 8*écarter, ni à droite, ni à gauche. Telle est effectivement la vieille route d*0rgelet à Arinthod, qui chemine entre deux ligoes de montagnes, parfois assez rapprochées, et formant çà et là des goiges étroites, difficiles à franchir.

DEUXIÈME ÉPOgUE, Cuap. V, § v. 419

environ trois mille hommes, sans pouvoir la devancer ou entamer la colonne de marche {circiter tribus millibus hasthim ex novissimo agmine interfectis). Et de cette manière, il arriva dès le deuxième jour de marche, — altero die, — dès le lendemain du départ j devant Alesia, où il campa {altero die adAIesiam castra fecit).

Ainsi, en somme, dans les deux notes que nous venons de critiquer, après avoir pris pour thèse que l'expression de César altero die signifie le surlendemain, c'est-à-dire le troisième jour, on prouve clairement qu'elle signifie le second jour; puis on aboutit à ne point compter le premier jour de marche dans la durée dune marche, et encore à supprimer 15 kilomètres dans la distance parcourue? Ne serait-ce pas là, comme on dit en logique, aboutir à t absurde? Ce sera notre dernier argument contre ces deux notes^ qu'il était si important de réfuter.

Oublions tout cela. Voici une preuve claire et directe que, dans les Commentaires, l'expression altero die équivaut à postero die^ ou qu'elle désigne le lendemain. Et ce n'est pas un autre que César lui-même qui va nous fournir cette preuve excellente.

« Les deux camps de Pompée ef de César, dit-il, n'étaient séparés que par le fleuve Apsus, et fréquemment les soldats liaient la conversation d'une rive à l'autre ; et dans ces moments-là, d'un commun accord^ aucuns traits n'étaient lancés. César envoie le lieutenant P. Yatinius sur le bord du fleuve pour parler le mieux qu'il pourra de conciliation..* On l'écoute en silence des deux côtés,

et on répond de l'autre rive que Q. Varron s'engage à venir se prêter au colloque altéra die, — Q. Varronm profiteri se altéra die ad colloquium veniurum; — (ici, altéra die^ indique-t-il le lendemain ou le surlendemain ? Suivons :) et qu'aussi en même temps, de part et d'autre, des délégués pourront venir en toute sûreté exposer toot ce qu'ils jugeront convenable, et on prend rendez-vous pmir cela à heure fixe. — Lorsqu'on vint au rendez-vous le four suivant {postero die)^ il s'y rassembla de part et d'autre beaucoup de monde, — Certumque ei rei tempus constituitur. Quo quum esset postero die ventum^ magna lUrinque multitudo convenit... etc. » {de Bello civ., III, xix). — 11 est donc démontré par cette preuve irrécusable, que l'expression altero die équivaut à postero die, dans le langage de César aussi bien que dans celui de tous les autres auteurs latins.

Ainsi il est incontestable que César est arrivé devant Alesia dès le lendemain du jour où il était parti du champ de bataille où Vercingetorix tenta une première fois de lui barrer le chemin de la Province. Par conséquent, il est géographique ment impossible d'admettre tout à la fois, comme on l'a' fait dans V Histoire de Jules César, et que le lieu de Sacqueney, sur les bords de la Vingeanne, ait été le champ de bataille où fut défaite la cavalerie de Vercingetorix, et qu*Alise-Sainte-Reine ait été V Alesia dont parle César. Il faut nécessairement opter, et trouver ou un autre champ de bataille ou une autre Alesia.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. V, § vi. 421

S YI. — Résumé comparatif.

Résumons à grands traits cette critique comparative des trois opinions contradictoires, que nous venons de considérer en regard de la marche de César, depuis le passage de TAllier jusqu'à l'arrivée des armées à Alesia, où Yercingetorix se trouve actuellement de nouveau en position avec la sienne.

Nous disons : Alise-Sainte-Beine ne saurait être Aksia, attendu que, dans cette supposition :

1"* La Loire étant grossie par la fonte des neiges, au moment où l'armée romaine fat forcée de la passer, cette armée, pour s'être dirigée du côté d'Alise-Sainte-Reine, eût dû passer le fleuve en un point de son cours trop inférieur pour qu'elle eût pu y trouver un gué praticable ; et au-delà du fleuve, elle se fût trouvée en plein foyer de Tinsurrection gauloise, où elle n'eût pu se refaire paisiblementy comme l'indique le texte de César;

2"" Ensuite, le chemin qu'on fait prendre à l'armée romaine pour se rapprocher de la Province, et où Yercingetorix lui aurait barré le passage, ne serait point chez les Séquanes, comme le dit Plutarque, et ne mènerait point chez les AUobroges, comme l'indique Dion Cassius; ce chemin mènerait à Vesontio (Besançon), qui ne saurait avoir été le but de la marche de César ;

3* A l'endroit où Vercingetorix aurait barré le passage à l'armée romaine, le chef gaulois n^aurait pas pu pro-

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noncer, avec quelque apparence de raison, cette parole que César met dans sa bouche à l'approche de l'armée romaine : Les Romains s'enfuient dans la Promice et sortent de la Gaule l

4^ On ne saurait trouver du côté d'Alise-Sainte-Reine un lieu tel que, en y occupant trois positions rapprochées, tout passage ait été barré à une armée venant du nord et se dirigeant du côté de la Province ; et de plus, que l'une de ces trois positions, située sur la route par laquelle arrivaient les Romains, soit naturellement assez forte pour que quinze ou vingt mille cavaliers gaulois, postés là, aient pu y arrêter au passage et y tenir en échec pendant de longues heures dix légions romaines qui s'y présentaient pour passer, conduites par César en personne ; *

S*" L'oppidum du mont Auxois ne commandant point en réalité le chemin de la Province, n'étant qu'un simple oppidum, un refuge, il n'y aurait aucune raison pour que Vercingetorix, en voyant sa cavalerie mise en fuite dans la bataille, se soit aussitôt porté là avec son infanterie, sans même attendre ses bagages ; à moins que ce ne fût pour y chercher un refuge, ce que le texte de César ne permet point de supposer ;

&" Enfin, lors même que le mont Auxois pourrait avoir été l'oppidum d'Alesia, il serait encore impossible d'admettre en même temps que le lieu de Sacquenay sur les bords de la Vingeanne, vu la distance qui le sépare du mont Auxois, ait pu être le théâtre de la bataille livrée la veille de l'arrivée de César devant Alesia.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. V, § vi. 423

Des six objections qui précèdent , et qui empêchent d'admettre qu'Alise-Sainte-Reine soit sur remplacement d'Âlesia, trois ou quatre s'appliquent, plus ou moins complètement chacune, à la position A' Alaise en Franche-Comté.

De plus, le chemin d'Alaise n'eût point mené César au secours des Âllobroges, comme l'indique Dion Cassius, ni à la porte delà Gaule ^ comme le dit Plutarque.

Et encore, si l'on se rappelle ce que César lui-même a dit d'une manière très-claire, au sujet de l'émigration des Helvètes, à savoir^ qu'un corps d'émigrants (et sans doute de même une armée en retraite , dans l'embarras de ses équipages et sous les yeux de l'ennemi), ne pouvait à cette époque franchir le Jura oriental S on voit que le chemin par Alaise était véritablement une impasse.

Au contraire, on a pu constater en détail qu'aucune de ces objections n'est applicable à la position à'Izemore. Et même, avec un peu de réflexion, on voit bien vite qae c'est de ce côté-là, du côté de la Province, qu'il faut chercher Alesia. En effet, César se dirige vers la Province : on ne le conteste pas; mais, entre la Province et lui, il y a Yercingetorix campé sur trois points ; si donc Yercingetorix est refoulé de ses positions et obligé de lâcher pied^ le soin de sa sûreté, non moins que la raison stratégique, exige qu'il recule et qu'il aille chercher, par-derrière lui, une nouvelle position ou un nouveau point d'attaque vers

* Voir, dans notre précédent yolame, ce qui est dit à ce sujet, page 3)1 et suivantes.

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le sud, plus près de la Province. C'est donc bien là, aa sud, que doit se trouver Toppidum d'Âlesia.

Ainsi, en définitive, dans l'insurrection générale des cités gauloises contre];les Romains, à l'appel de Vercinge* torix, si l'on suit pas à pas avec attention la marche des armées depuis Gergovia jusqu'à Alesia, en regard de la carte de Gaule, et du récit de César, et de celui de Plu* tarque, et encore de celui de Dion Cassius, on arrive à reconnaître avec certitude le parfait accord de toutes les indications et de tous les points de repère de ces do* cuments divers pour déterminer exactement de même la situation géographique de V oppidum d Alesia ^ où nous venons de voir arriver les deux armées, et dont César se décida immédiatement à faire le blocus. Tous les éléments de cette détermination géographique (qui est un point capital pour l'appréciation de cette guerre), coïncident manifestement pour placer le célèbre oppidum de la Gaule dans la position même où l'on voit de nos jours X oppidum et le village antique dizemore, actuellement chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantua, département de l'Ain.

11 nous reste néanmoins à constater d'une manière directe l'identité de Voppidum dizemore et de Voppidim d Alesia dont parle César, en examinant avec beaucoup d'attention, dans le volume qui va suivre, le blocus mémorable où succomba la Gaule en même temps que son noble et héroïque défenseur.

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