HOR
S I. — Conformité exacte da terrain d'Izernore avec la description des tieax d'Alesia dictée par César lui-même. Combat de cavalerie livré dans la plaine basse située devant Toppidum.
César est arrivé devant roppidum d'Alesia par la voie qui mène du pays des Lingons dans la Province, c'està-dire qu'il est arrivé devant l'oppidum d'izernore par le col de Matafelon ; c'est donc là qu'il convient de se placer pour lire la description topographique qu'il nous a laissée au sujet de l'oppidum d'Alesia. Et en effet, des hauteurs
où l'on voit aujourd'hui le village de Matafelon , on a de^ III. 1
2 JULES CÉSAR EN GAULE, Comiient. VII.
vant les yeux tout le tableau décrit dans les Ck>mmentaires. Voici la description dictée par César :
ff L'oppidum même d'Alesia était sur le haut d'une « colline, dans une position d'un accès difficile, à ce a point qu'il paraissait impossible de s'en emparer sia non à l'aide d'un blocus. Le pied de cette coUine était « baigné de deux côtés par deux cours d'eau.
« Devant cet oppidum s'ouvrait une plaine d'environ « trois mille pas de longueur; de tous les autres côtés, « des collines , à un médiocre intervalle de distance, en- « touraient l'oppidum d'une ligne uniforme de crêtes.
« Sous le rempart , au versant de la colline qni regar- (c dait le soleil levant, les troupes gauloises couvraient le « terrain et s'étaient retranchées derrière un fossé et une (t muraille en pierres sèches de six pieds ( l"',??) de hau- « teur.
a L'investissement qui était entrepris par les Romains « comportait onze mille pas ( 16^,291 ) de développement. « Les camps étaient placés dans des lieux convenables, et « l'on y avait établi vingt-trois redoutes, dans lesquelles « des troupes étaient postées durant le jour, de crainte t( de quelque sortie soudaine des Gaulois ; ces mêmes re- « doutes étaient occupées durant la nuit par des senti- « nelles et de fortes gardes *. »
* Ipsum erat oppidum Àtesia in collé Jimtio, admodum ediià ioeo «/ nui obsidione eacpHgmari nom poste videreiur. Ct^ coilis radices duo, diuM fx pariibus^ ftmmùui sMuebami,^ Ante id oppidum piamUies tireiter mOSâ possuum m in InifilMlijiem jmMoI; nOfUiM et ommlbus partikts toOtê,
DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, § i. ^
Dès ce début, on voit que la situation n'admet pas de choix; et y en effet, César n'hésite point. Il commence par occuper les positions fortes et par s'y retrancher : il établira ensuite les lignes de blocus. Il choisit donc pour la lutte le moyen des fortifications, moyen de guerre dans lequel les Romains avaient tout l'avantage sur les Gaulois, et qui n'exposait pas les légionnaires à monter à l'assaut une seconde fois contre cette armée de Gergovia, commandée ici par le même chef que précédemment. Rien n'indique, en effet, que jamais César ait songé à assaillir l'oppidum d'Alesia par quelque point de son pourtour, comme il avait assailli Gergovia. Ainsi , dès l'abord , ce
rtali
medioeri interjecto spatio^pari altitudinis fàstigio oppidum cingebant. Suà muro, quxpars eollii ad orknUm solem spectabatf hune omnem locum copies Gallorum compleverant; fossamque et tnaeeriam sex in altitudinem pedum prasduxeranL — Eju» munitionis quas ab Romanis instituebatur circuituê XI milUa passuum tenébaU Castra opportunis loeis erant posita, iMque eattella XXillfaeia, in quibus interdiu stationes disponebantur, ne qua subito eruptio fieret; hœe eadem noctu exeubitoribus ac flrmis prœsidiis tenebantur.
Ce dernier texte noas parait impliquer strictement par le mot ibique (et là, dans ces lieui convenables), qu'il s'y trouvait vingt-trois camps, aussi bien que vingt-trois redoutes. — Dans VHistoire de Jules César, on n*a admis que huU camps, dont quatre pour l'infanterie et quatre pour la cavalerie i et les vingt^trois redoutes, — castéUa^ — ont été considérées comme des blockhaus» sans indiqoer leur place. Cependant nous verrons ci-après (lIxxi) les lieutenants de César tirer de ces redoutes d'importants renforts, et César luimême (utzxvii) tirer d'une seule redoute quatre cohortes, plus de deux mille hommes. Ainsi, à nombre égal dans les vingt-trois redoutes, elles eussent contenu plus de cinquante-six mille hommes, c'est-à-dire presque tonte l'armée de César. On voit donc bien qu'il avait établi de son côté autant de camps que de redoutes ; ou, en d'autres termes, qu'il avait établi vingttrois camps flanqués chacun d'une redoute, laquelle était constamment occupée, soit le jour par un poste d^observation, de crainte de quelque sortie subite des Gaulois, soit la nuit par des sentinelles et de fortes gardes;
4 JULES GËSAR EN GAULE, Comment. VII.
parait bien être à Aksia, comme près de Dyrrachiom, ud blocus préservateur.
Portons nos regards sur la carte.
Le lieu de Toppidum même d'Âlesia fut, selon nous, ce plateau très-allongé du nord au sud, terminé en éperon aux deux extrémités, et dont Izernore, avec son monument ruiné, occupe le milieu. C'est bien là, en effet, un oppidum situé sur le haut d'une colline , qui n'a , pour ainsi dire , que deux côtés , deux versants , et dont le pied se trouve baigné, d'une part, à l'ouest, par FOgnin, cours d'eau d'un volume notable, et d'une autre part, à l'est, par fAnconnanSj ruisseau marécageux.
A l'extrémité sud, l'oppidum est fermé obliquement par une colline rocheuse de 70 à 100 mètres de hauteur, laquelle plonge, à son extrémité méridionale, sous l'Ognin, qui saute par-dessus au saut de Béard, et à son extrémité septentrionale, sous l'Anconnans, près duquel on voit sur cette colline les ruines d'un ancien château féodal, du château de Bussy.
A l'extrémité septentrionale de l'oppidum (où les principaux événements du blocus vont avoir lieu), le plateau présente, un peu avant d'aboutir à cette extrémité, quatre monticules ou Molards ' , qui se suivent sur un espace d'environ 1,000 mètres. Leur versant, du côté occidental du plateau, est peu rapide et se poursuit jusqu'au lit de
* Molard est lo nom qu'on donne dans le pays à un reUef de lernio àtconscrit, tel qu'une petite coUine isolée ou un grand tertre : du latin moUt, masse, môle, molard
DEUXIEME ÉPOQUE, CflAP. VI, § i. 5
rOgnin. Leur versant du côté oriental est beaucoup plus rapide et se confond bientôt avec la rive même de VAncormans. Le plus septentrional de ces quatre molards est formé principalement d'une crête rocheuse qui perce le sol. Celui-là, en particulier, nous parait avoir dû être la citadelle d'Alesia, — arx Alesiœ, — dont il va être question dans les Commentaires. Il est désigné dans le pays sous le nom de molard des Evoës.
Après ce molard des Évoës, la longue colline et son plaleau supérieur, qui constitue l'oppidum, se prolongent encore un peu au nord, sans que le plateau s'abaisse aucunement. Enfin, tout à coup le plateau et la colline ensemble se terminent par une extrémité tronquée d'une manière singulièrement sinueuse , presque à vive arête et à 45 degrés de pente : d'où il résulte comme un système de fortifications dominant d'une centaine de mètres le fond d^une plaine basse, qui se présente ensuite par-devant cette extrémité de l'oppidum, et dont il sera fait mention plus d'une fois par César. Dans cette plaine basse, va se faire au loin la jonction des deux cours d'eau qui ont suivi précédemment les deux flancs de la longue colline sur laquelle se trouve l'oppidum, et qui l'abandonnent ici, des deux côtés à la fois, en continuant de couler dans la même direction et sans baigner le pied de son extrémité tronquée.
Cette configuration de terrain, si remarquable, est som* mairement indiquée sur toutes les cartes ; mais il importe de la considérer ici en détail. Chaque sinuosité de l'es-
6 JULES CÉSAR EN GAULE, ComiKNT. VII.
càrpement représente, pour ainsi dire, un bastion (qu'on nous permette le mot pour plus de clarté dans ce que nouB avons à ajouter), et chaque bastion a pour plate-forme une langue du plateau découpée en m6me temps que l'extrémité de la colline. Deux bastions voisins sont séparés par une sinuosité rentrante , sous forme de petit vallon, ascendant vers l'oppidum. Il en résulte autant de couloirs qui mettent Toppidum en communication facile avec la plaine basse, et réciproquement. Car la descente par là se trouvant très-allongée, en est d'autant plus douce et plus commode. Mais, pour user de cette voie, il faut être maître du plateau, attendu que, en passant dans ces couloirs , on est de droite et de gauche à portée de trait sous le coup des bastions latéraux qui les comman* dent ^
Nombre de ces petits vallons, intermédiaires à ces espèces de bastions naturels que présente la colline où est assis Toppidum d'Izemore, sont tout à fait secs, et Ton pourrait croire à des ouvrages de fortification exécutés de main d'homme. Mais, en considérant bien tout avec soio,
* Pour avoir 8ou8 les yeux un objet qui puisse donner une idéeappronmative de ces détails topographiques, il suffit de poser i'avant-bras sur ane table, avec la main à plat, le dos en dessus et les doigts un peu écartés. U main au bout du bras représente Textrémité septentrionale de la longue ed* line qui constitue Toppidom d'Alesia; les doigts représentent les battiom; le dos de la main avec les doigts représentent l'extrémité du plateau de Toppidum et les langues de ce plateau jouent le rôle de plates-formes des bastions; les intervalles des doigts représentent les couloirs intermédiaires aux b»lions ; enfin , la table elle-même représente la plaine basse qui s*étend pirdevant cette extrémité septentrionale de l'oppidum et qui en est dominée dt très-haut.
DEUXIÈME ÉPOQUE, Cbap. YI, § i. 7
et après mûre réflexion, cette configuration locale si sin* gulière nous a paru dépendre, au moins pour le plus gros de la chose , des conditions initiales dans lesquelles s'est formé ce terrain. C'est un dépôt de sable et de galet jurassiques, qui a pu s'ébouler et se configurer ainsi naturellement , à l'époque des eaux , comme , par exemple , il arrive encore de nos jours à la queue des îlots du Rhône.
Quoi qu'il en soit de cette configuration singulière du terrain d'Izernore, que ia position ait été et choisie et fortifiée par Yercingetorix , ou qu'elle ait été fortifiée par la nature , et seulement choisie par l'habile défenseur de la Gaule, il résulte du fait incontestable d'une telle disposition des lieux , que l'oppidum d'Izernore se trouvait, du côté septentrional, où se présentait l'ennemi, en communication parfaite avec la plaine basse, au moyen de couloirs nombreux, faciles à suivre et à défendre pour qui est maître du plateau , mais très-difficiles à forcer de l'extérieur.
Partout ailleurs, il était également très-difficile et trèspérilleux d'assaillir l'oppidum. Au sud, Gaulois et Romains se trouvaient face à face sur des collines opposées. A l'ouest, il fallait passer un cours d'eau assez considérable, au bas d'un versant de colline occupé par l'ennemi : versant escarpé, rapide ou marécageux. Â l'est, il fallait passer un ruisseau très-marécageux. Ces ruisseaux marécageux^ et en général les marais de la Gaule, dont nous ne voyons plus aujourd'hui que des restes, ont joué un rôle important dans la guerre contre César : témoin celui
8 JULES CÉSAR EN GAULE, Coiiment. Vn.
qui existait près de Lutèce (dont probablement il ne reste plus aujourd'hui que le ruisseau de la Bièvre) et qui arrêta Labienus; témoin celui qui, au voisinage d'Avaricura , arrêta César lui-même en face de l'infanterie gauloise, sans même que Vercingetorix fût là présent. On peut s'en rendre compte , nous le répétons, en considérant que dans un marais, il n'est plus possible ni d'avancer à couvert en ouvrant une tranchée {vineas agere)^ ni de marcher en lignes , ni de se tenir en garde le glaive à la main , et qu'il faut, pour choisir la place où l'on posera le pied, écarter de soi le bouclier, ce qui met le corps de rbomme à découvert et l'expose aux traits de l'ennemi ; de sorte que, dans les marais, l'avantage des armes de main et même quelque chose de l'art militaire tend à disparaître.
On peut donc bien dire de l'oppidum d'fzernore ce que César a dit de l'oppidum d'Âlesia : « L'oppidum même c était sur le haut d'une colline, dans une position d'un « accès difficile, à ce point qu'il paraissait impossible de a s'en emparer, sinon à l'aide d'un blocus. Le pied de (( cette colline était de deux côtés baigné par deux cours « d'eau. »
Passons à l'entourage de l'oppidum d'Alesia. « Devant a cet oppidum s'ouvrait une plaine, sur environ trois mille « pas de longueur ; de tous les autres côtés, des collines^ « à un médiocre intervalle de distance, entouraient Top- « pidum d'une ligne uniforme de crêtes. »
César arrivant par la route du nord, la plaine où a lieu le confluent de l'Ognin et de l'Ânconnans se trouve bien
DEUXIÈME ËPOQUE, Chap. YI, § i. 9
exactement devant l'oppidum, par rapport au point d'arrivée. Cette plaine occupe ici d'abord tout l'espace triangulaire compris entre le promontoire septentrional (ou l'éperon à pointes multiples de la colline centrale) et les deux cours d'eau, lesquels, après avoir suivi, de part et d'autre , la base de cette colline , l'abandonnent l'un et l'autre à partir de ce promontoire, pour aller tout droit se réunir beaucoup plus loin au nord. La plaine ensuite s'étend à l'occident, sur la rive gauche de l'Ognin, entre ce cours d'eau et le pied des collines extérieures {finage ou terres à blé de Matafelon), à partir d'un point en amont où cette rive gauche commence à devenir plane (sous le bois de Perrière) j pour s'étendre en aval tout le long de rOgnin, jusqu'à l'extrémité des champs (ou du finage) des hameaux de Charmine et de Mulliat, point où le ravinement du sol commence. Cette étendue de la plaine en longueur est de quatre mille et quelques centaines de mètres, par conséquent, d'environ trois mille pas romains, comme l'indique le texte de César.
11 convient de remarquer que , sur ce terrain , la longueur de la plaine fait suite à la longueur propre de l'oppidum , du sud au nord , en sorte que la plaine , considérée par rapport à cet oppidum, s'ouvre bien devant lui en longueur, et que l'expression du texte: « Devant cet oppi- <c dum, une plaine s'ouvrait sur enviroa trois mille pas de « longueur, » — Ante id oppidum planities cirdter milita passuum tria in longitudinem patebat , — est ici une expression parfaite, comme toutes celles de César.
10 JULES CÉSAR EN GAULE, Comiient. VIL
Plus loin, au lieu du moi planities ^ César emploiera, pour désigner ce même espace de terrain , les expressions : a campus (terre cultivée) , campestria loca (terres labourables), declivia et devexa loca (lieux déclives et profonds, terrain déclive et formant un bas-fond); ce qui montre bien que le terrain de la plaine située devant l'oppidum à'Alesia était, non point partout horizontal, mais en partie incliné et partout assez plan pour avoir pu être cultivé à la charrue. Nous venons de montrer que la plaine d'environ trois mille pas de longueur située devant l'oppidum d'Izeruore se compose de divers finages, c'est-à-dire de champs à céréales, appartenant à certains villages ou hameaux du pays.
Enfin , outre cette plaine basse située du-côté du nord devant l'oppidum à'Alesia, il faut, pour en compléter l'entourage conformément au texte de César , que , « de (c tous les autres côtés , des collines, à un médiocre ina tervalle de distance , entourent l'oppidum d'une h'gne « uniforme de crêtes. » Or , c'est là évidemment le fait orographique d'Izernore. Pour le constater sur le terrain, il n'y a qu'à se placer au milieu de l'oppidum et à porter ses regards autour de soi , de tous les côtés. On s'y voit réellement entouré (sauf du côté nord-nord-est, où se trouve la plaine) de collines médiocrement éloignées et dont la ligne de faîte se poursuit aussi uniformément qu'il est possible dans la réalité des choses naturelles.
Passons aux dispositions prises par Yercingetorix sur la colline centrale : « Sous le rempart, au versant de la col-
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. YI, § i. il
tf Une qui regardait le soleil levant, les troupes gauloises « couvraient le terrain et s'étaient retranchées derrière un c fossé et un mur en pierres sèches de six pieds (1™,77) « de hauteur. »
Comment ce mur en pierres sèches était-il établi? César nous donne, dans le récit du siège de Gergovia, la description d'un mur établi par ce même chef gaulois^ pour couvrir de même un camp placé au versant du mont et sous le rempart de Toppidum des Arvernes. Voici comment César décrit ce mur : « Â peu près à mi-côte y tout a le long de la montagne et en suivant ses contours , les a Gaulois avaient établi devant eux, avec de gros blocs de ff roche, un mur de six pieds, pour arrêter les nôtres (les a Romains), en cas d'assaut; et, laissant libre tout l'esff pace inférieur, ils avaient couvert la partie supérieure a du coteau, jusqu'au rempart de l'oppidum, d'un camp a très-serré *. »
Remarquons une différence dans la matière constitutive des deux murs : à Gergovia , c'était un mur proprement dit, un mur de six pieds composé de gros blocs de roche, — ex grandibus saxis sexpedum murwn — ; à Alesia, le texte indique un fossé et un mur en pierres sèches de six pieds de haut, — fossamque et maceriam sex m aitittuiinem pedum. — On dirait ici un simple remblai de
* A medU) ftre colle in longltudine^ ut natura monlls ferebai, ex grandihui saxis sex pedum murum, qui nostrorum impelum tardaret, prxduxerant . GaiU; aique infeHore omni spaiio vacuo relicto^ superiorem parte/m coUis^ usque ad murum oppidi dentissimis eastris eompleverant. — xlyi.
42 JULES CÉSAR EN GAULE, Gomment. VII.
pierrailles , et il y a , de plus , un fossé complémentaire. Or, au Tcrsant oriental de la colline centrale de Toppidum d'Izernore, le terrain est généralement du galet: la roche y manque , sauf à la colline de l'extrémité sud-est. Si donc le mur de six pieds de haut fut établi sur ce terrain, il dut être exécuté avec la modification indiquée dans le récit de César.
Le camp gaulois établi au versant oriental de la colline centrale d^Aiesia dut nécessairement 6tre d'une grande étendue, bien que le sol fût couvert par les troupes ; car il est dit plus loin que Yercingetorix avait avec lui, outre sa cavalerie, quatre-vingt mille hommes d'infanterie. Or, l'oppidum d'fzernore étant très-allongé dans la direction nord-sud, son côté oriental est d'environ 7 kilomètres; en sorte qu'une zone de terrain se prolongeant tout le long de ce côté oriental, sur 100 à 1 50 mètres de laideur, aurait largement suffi pour recevoir toute cette armée gauloise, conformément au texte de César.
Remarquons de plus que, sur le terrain d'Izernore, c'est précisément du côté oriental que l'accès de l'oppidum est le moins difficile , et que l'entourage est le plus couvert. D'où la nécessité pour Yercingetorix de faire camper l'armée gauloise de ce côté-là , par précaution contre les surprises habituelles de César.
La largeur moyenne de l'oppidum d'Izernore étant de
moins de 1 kilomètre , il en résulte que l'armée gauloise
. pouvait, de son camp placé comme il vient d'être dit, se
porter en quelques minutes sur le côté occidental, oà
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. YI, S i* 13
rentourage est au contraire tout à découvert , l'Ognin entre deux. Elle pouvait encore facilement se masser sur l'un des deux éperons, où d'ailleurs Taccôs était le plus difficile. L'oppidum se serait donc trouvé ainsi complètement gardé de tous les côtés.
Enfin , si César eût voulu faire un détour pour gagner la Province, il eût été forcé de passer à l'orient de l'oppidum , à cause des marécages de la rivière qui sort du lac de Nantua; et, dans ce cas éventuel, Vercingetorix, campé au versant oriental de l'oppidum, se trouvait on ne peut mieux placé pour se porter rapidement sur le défilé qui conduit dans la Province : l'entrée de ce défilé n'étant qu'à moins de 3 kilomètres de l'oppidum d'Izernore. En effet, deux chemins dans cette direction partaient du camp gaulois : l'un, qui était la route même de la Province, partait du camp à son extrémité sud ; l'autre partait du milieu de ce même camp, pour monter directement par Bussy au col de Beauregard , où l'on franchit la colline de l'entourage.
Les lieux d'Izernore s'aiccordent donc parfaitement avec toute cette partie précédente du récit de César ; et, de plus, les dispositions qui furent prises tout d'abord par Yercingetorix sur la colline de l'oppidum d'Alesia sont ici expliquées par la nature même des lieux.
Passons aux dispositions prises par César sur l'entourage de l'oppidum : « L'investissement qui était entrepris « par les Romains comprenait onze mille pas (16^,291) c de développement. Les lieux de campement étaient
14 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
(( convenablement situés, et l'on y avait établi vingt-trois A redoutes, où, durant le jour, des troupes étaient posa tées de crainte de quelque sortie soudaine des Gaulois ; a ces mêmes redoutes étaient occupées durant la nuit par « des sentinelles et de fortes gardes. »
Sur le terrain d'Izemore, il ne se présente qu'une seule ligne naturelle d'enceinte. On 1^ suit, à partir du pied de l'éperon septentrional de la colline centrale, en allant d'abord à l'ouest traverser l'Ognin, pour remonter au sud par sa rive gauche jusqu'au saut de Béard, où Ton tourne l'éperon méridional de la colline centrale; puis, en revenant au nord-est, le long de cet éperon rocheux, par le vallon qui longe son flanc oriental jusqu'à Bussy, où passe l'Anconnans; puis, de là, en descendant directement au nord par la rive droite de ce ruisseau marécageux, jusque visà-vis du point de départ, où il ne reste plus qu'à y traverser le ruisseau pour achever l'enceinte. Or, si l'on mesure le chemin fait ainsi , la coïncidence de sa longueur avec onze mille pas romains, ou 16^,291, est si juste qu'on ne saurait guère assigner la différence. Il est facile de le constater sur la carte de l'état-major, qu'on a sous les yeux, en ouvrant le compas au kilomètre. César a donc pu , en appréciant d'un coup d^œil sûr l'étendue de Tin- Vestissement qu'il entreprenait ^ la formuler ainsi : cinq milles de long, demi-mille de large; en tout onze milles; de même qu'un général elpérimenté dirait aujourd'hui : ^ kilomètres de long, 1 de traversée; en tout 16 kilomètres de tour;
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § i. IS
Quant aux vingt-trois redoutes attenantes à autant de camps, qui étaient convenablement situés, dit César, bien que nous soyons personnellement peu familier avec les connaissances spéciales qui pourraient nous aider à faire un choix très-éclairé de ces vingt- trois positions, parmi tous les divers mamelons , les crêtes ou contre-forts que nous présente le terrain de Tentourage d'Izernore, nous allons dire simplement ce qui nous semblerait le mieux, en attendant les rectifications à faire dont on nous démontrerait l'utilité. Voici donc sur quels points il nous parait nécessaire et suffisant de placer vingt-trois redoutes pour que Tarmée qui ferait le blocus de Toppidum, T se trouve en bonne position de défense, 2^ surveille facilement l'oppidum , 3® garde tous les débouchés de l'extérieur sur ses lignes ; et enfin pour que chaque camp ait à sa portée, autant que possible, l'eau nécessaire.
Qu'on veuille bien jeter un regard sur notre carte, où ces positions, que nous allons mentionner sous leurs noms de lieux dits, sont indiquées dans le même ordre par des numéros correspondants. Trois redoutes à placer devant l'oppidum,* au travers de la plaine basse (1, 3 et 3); puis^ en remontant le long de la rive gauche de l^Ognin pour continuer à faire le tour de Toppidum, une redoute à la pointe nord du bois de Perrière (4) ; une sur Gimoti (5) ; une sur Bozon (6) ; sur le Turle (7) ; sur la crête de la colline qu'on voit entre Sorpiatet le bief deNiboz (8) ; sur Ckala-
ntoni (9) ; sur Côte-Soleil (iO) ; sur le mont de Péri^t (H ) ; sur la crête où se voit F église de Momay (12); sur Crêt-^
16 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
Royatj qui domine le saut de Béard (13); sur la roche de Sénan (14); à Géovreisstat{lb)] sur le mont de Brotme, qui domine le col de Beauregard (16); tout près de Char' billat (17); au sud et près de Tignat (18); sur Foisart{\9)\ au Voërle * (20); à FAllongeon (21); en Pirude (22) ; sur Chougeon (23). De plus , il nous paraît, sinon indispensable , du moins très-important, d'avoir eu des postes avancés ou des détachements de cavalerie, à Géovreisset (TAllongeon ' et à Ijearij pour que les lignes romaines eussent été à couvert de toute surprise provenant de la vallée du Lenge , où passe la route qui arrive du nord par Moirans \
La cavalerie de César dut être répartie dans un certain nombre de ces vingt-trois camps fortifiés. Désignons-en
^ Ce nom est prononcé dans le pays comme s'il était écrit : le Vouarle,
* Tel est le nom explicite de ce hameau , comme on le voit encore sur la carte de Cassini. Aujourd'hui, le plus souvent, on se borne simplement aa nom de Géovreisset, tout court.
> Le nom du lieu où est placée la redoute n* 19, Fossari, appelle ici une petite note:
A Toccasion du compte rendu de la séance de l'Académie des inscription et belles-lettres du 5 avril 1861, où il avait été pris date devant l'illuftie compagnie pour notre propre opinion historique, alors tout à fait nouvellst à savoir: — que le véritable emplacement de l'oppidum d'Àlesia, dont parle César, est le plateau d^lzernore^ en Bugey (opinion remontant par date certaine à 1857); les journaux du département de l'Ain, et en particulier V Abeille du Bugey et du pays de Gex, qui se publie à Nantua, annonçait, dans son numéro du 25 mai 1861, cette nouvelle littéraire comme pouvant intéresser ses lecteurs. Quelques jours plus lard , dans ce même jùvrnùl V Abeille (numéro du i*^ juin 1861), un jeune littérateur du département de Saôoe-et-Loire , M. Gravot, placé comme régent de sixième au collège de Nantua, adoptant notre opinion sans plus de façon que si elle eiit étiskKM^ entreprenait de la publier, eu son propre nom,d'une manière tont à fait curieuse pour nous et dont nous lui concédons très-volontiers riaventioo.
DEUXIÈME ÉPOQUE, Cbap. VI, § i. 17
quatre où il nous parait avoir été opportun qu'elle fût placée : 1® Au nord de Toppidum, dans la plaine basse où arrive l'une des deux routes du nord, le camp (n^ 1) placé au bord de l'Anconnans; 2'' Sur le flanc oriental de l'oppidum, le camp (n* 20) placé au Voërle, d'où il est facile d'aller au pâturage dans la vallée du Lenge ; 3"* Plus haut du même côté, le camp (n^ 21) placé à l'Âllongeon, point supérieur qui commande tous les chemins de communication avec cette vallée du Lenge , où passe l'autre route du nord, et sur laquelle il était important d'avoir sans cesse de la cavalerie en observation. Ces trois camps sont reliés entre eux par trois chemins directs , en sorte qu'il aurait
UaîB, peu après, n*ayant pu sans doute, les commentaires à la main sur le plateau d*Izcraore, parvenir à s*y bien reconnaître, il se ravisait subitement (numéro du 24 août 1861) et plaçait son Alesiasur le monlicule que nous venons de désigner pour remplacement de la redoute n» 19, c'est-à-dire sur Fossart, En sorte que M. Gravot est bien véritablement l'inventeur d*une Alesia du Bugey, mais d'une Aiesia-Fossari du Bugey, qui est apparue certainement après notre AlesiQ'Izemore, et qui, bien qu'il lui ait attribué le même nom, en diffère énormément
Nous rappelons ces faits parce qu*un journal important de Paris, YOpinion nationale (numéro du 30 avril 1865), ayant dit que M. Gravot est le père de FAlesia du Bugey, on pouvait s*y tromper, et que nous avons dû rectifier cette assertion par une lettre insérée dans ce même journal, numéro du 10 juillet suivant, où nous avons rétabli l'ordre de priorité, et démontré positivement que V Alesia- Fossart de M. Gravot, tout au plus pourrait être la fille naturelle de notre Alesia du Bugey ; mais qu'elles ne se ressemblent en rien.
Ceci était d'autant plus nécessaire à noter que, dès l'année 1862, M. Gravot a publié une brochure en faveur de son Alesia-Fossart, qu*il y présente au public sous le nom d'i^/e^ia-Z^zer/iore (Ain), sans dire un seul mot de nous, ni de notre opinion, qui avait pourtant déjà, sous cette même désignation, précède celle de M. Gravot et qui était connue de lui, incontestablement, d'après sa propre lettre insérée dans V Abeille du fjuln 1861, où le fait a été clairement énoncé par lui-même.
18 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.
été facile , au besoin , de masser ces trois corps de car Valérie sur l'un des trois points ; 4* Il était encore opportun de placer un quatrième corps de cavalerie dans le camp (n^ 1 2) situé au sud de l'oppidum , oiï passait la route directe de Noviodunum des Éduens à Geneva des Allobroges (aujourd'hui route nationale n"" 79). Quant au flanc occidental de l'oppidum , il n'y passe aucune route, et le terrain des lignes romaines y était généralement impraticable à la cavalerie. Dans les quatre camps que noas venons de désigner, on avait l'eau et le pâturage ou sur place, ou assez près dans les environs.
Parlons tout de suite du premier combat livré devant Aksia, parce qu'il va nous faire connaître incidemment de nouvelles conditions topographiques, que doit encore présenter le véritable emplacement du célèbre oppidum.
Opère instituto, fit équestre prœlmm... — «Comme on (( entreprenait les ouvrages, dit César, il s'engage un <c combat de cavalerie dans cette plaine que nous avons <( montrée ci-dessus s^ouvrant entre les collifies sur trois « mille pas de longueur. On se charge de part et d* autre ce avec la plus grande vigueur. Les nôtres (les Romains) a faiblissant, César envoie les Germains pour les soutea nir ) et range les légions en avant du camp de crainte a que tout à coup l'infanterie des ennemis ne fasse une a sortie. L'appui des légions augmente le courage des « nôtres. Les ennemis , culbutés péle^mèle , s'embarras' (( sent les uns les autres par leur nombre , en se pressant « aux issues trop étroites qui leur restent. Les Germains
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § i. 19
« les poussent jusqu'aux retranchements. Il se fait un a grand carnage. Quelques cavaliers gaulois, abandonce nant leurs chevaux, tâchent de traverser le fossé et de ff passer par-dessus le mur en pierres sèches. César fait a un peu avancer les légions qu'il avait rangées devant la 'c palissade de son camp. Le trouble n'est pas moindre a parmi les Gaulois campés derrière le mur en pierres (f sèches j croyant que l'on vient à eux au moment même, « ils appellent aux armes; quelques-uns se jettent de et terreur dans l'oppidum ; Vercingetorix en fait fermer a. les portes de crainte qu'il ne reste plus personne dans « le camp. Les Germains, après avoir tué beaucoup cr d'hommes et pris nombre de chevaux , se retirent. »
Le récit de ce premier combat de cavalerie , qui eut lieu dans la plaine située devant l'oppidum d'Âlesia, nous permet de distinguer la place où César campa en arrivant {altero die^ ad Alesiam castra fecit\ jusqu'à ce que les ouvrages pussent recevoir les légionnaires. On vient de voir, en effet, que, pendant ce combat, son camp unique devait être directement en face de l'oppidum et au-delà de la plaine basse; par conséquent, pour nous, sous Matafelon, sur la rive gauche de l'Ognin.
Ce même récit ajoute à la description précédente deux conditions caractéristiques du terrain de la plaine située devant l'oppidum d'Âlésia» Le premier de ces deux caractères complémentaires, c'est que la plaine soit comprise entre des collines^ — intermissam collibus; — le second, c'est que le mur en pierres sèches , avec fossé par devant
20 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL
(qui couvrait le camp des Gaulois situé au versant oriental de la colline centrale et sous le rempart de l'oppidun)), se trouve par quelque point faire face sur la plaine; cela est évident, puisqu'une charge de cavalerie, qui a eu lieu dans la plaine, aboutit à ce mur de pierres sèches eu poursuivant directement les Gaulois : — Germant acriùs usque ad murùtiones sequuntur; nonnulli relictis eqm fossam transire et maceriam transcendere conantur.
Or, ajouter ces deux caractères complémentaires à la plaine située devant notre oppidum d'Alesia, c'est ajouter deux traits de ressemblance de plus avec le terrain d^Izernore. En effet, sur ce terrain, 1® la plaine située devant Foppidum fait suite dans sa longueur à la longueur propre de l'oppidum, du sud au nord, et les collines de l'entoorage de l'oppidum se prolongent des deux côtés directement au nord tout le long de cette plaine basse , qu'elles enveloppent en allant se rapprocher au delà , de sorte que la plaine ici s^ ouvre bien devant l'oppidum et entre des collines ^ sur une longueur de trois mille pas, — m eaplanitie quam intermissam collibus trium millium passuum in /twgitudinem patere supra demonstravimus . — 2* Le mur en pierres sèches qui longeait le versant oriental de la colline centrale de notre Alesia, à mi-côte comme à Gergovia, arrive bien ici jusque sur la plaine située devant f oppidum et où eut lieu ce combat de cavalerie. C'est à Condamine même que dut se terminer du côté du nord , sur le versant oriental de la colline de Toppidum , l'enceinte comprise entre ce mur en pierres sèches et le rempart de l'oppidum,
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § i. 21
— su6 muro — où campaient les troupes gauloises & l'arrivée de César devant la place.
De plus , il est naturel que les Gaulois aient ménagé à Condamine une issue fortifiée pour communiquer avec la plaine, car c'est l'endroit où, pour y descendre, la pente est la moins rapide. Mais cette passe de sortie ne put être, vu le terrain, que très-étroite. On trouve donc ici une explication naturelle de l'encombrement qui survint à la rentrée de la cavalerie gauloise et qui lui fut si fatal.
Du reste y considérons le nom même de Condamine {conditœ minse, avance de muraille, saillie de muraille établie là). Virgile a dit (En. iv), en parlant des murailles de Carthage dont la construction reste en suspens :
... Pendent opéra interrupta^ mimeque Murorum ingénies.
Ce nom de Condamine^ qui est resté là parmi les populations, ne semble-t-il donc pas témoigner que jadis une muraille a joué en ce lieu quelque rôle mémorable? Et même cet endroit, par où la cavalerie gauloise dut sortir et rentrer, porte encore de nos jours le nom de lieu dit Fissue.
Ajoutons en passant, pour n^y pas revenir, une remarque qui a son intérêt dans la comparaison des lieux. Le récit de ce combat de cavalerie , où César nous montre sur la plaine un retranchement qu'il a dit précédemment être établi au versant oriental de la colline sur laquelle était placé l'oppidum d'Âlesia, introduit un élément de critique clair et certain pour la reconnaissance du terrain de l'antique Âlesia, à savoir, t orientation
22 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
des lieux. En effet, de cette condition imposée ici, que la plaine soit adjacente, au moins par quelque point, aa mur en pierres sèches du versant oriental de la colline centrale de l'oppidum d'Alesia, il s'ensuit que cette plaine devait nécessairement se trouver placée ou à Varient^ ou au nord y ou au sud de l'oppidum. Or, sur le terrain d'Alise-Sainte-Reine, et encore de même sur le terrain d'Alaise, la plaine se trouverait placée à f occident de r oppidum, c'est-à-dire précisément du seul côté inadmis^ sible en regard de ce texte des Commentaires.
% IL — Comparaison des lieax d'Izeruore, d^Alise^Saiote-Reine et d*A1aise, par rapport : l*", au texte topograpbique de César concernaDt Alesia, et, 2^, à l'eau qui y fut néceasaîre durant le blocus de cet oppidum.
Ici, avant de passer outre, nous devons examiner avec soin deux questions dont la solution est d'une importance capitale, pour déterminer avec certitude l'emplacement d'Alesia.
Évidemment, pour décider lequel des trois lieux d'Âlise- Sainte-Reine, d'Alaise, ou d'Izernore, est le plus conforme à l'oppidum d'Alesia, il faut, au préalable, bien s'entendre sur le sens du texte de César ou sur la configuration réelle du terrain à'Alesia, et sur les autres conditions fondamentales que doit présenter le célèbre oppidum gaulois. La comparaison des lieux présentés et le choix à faire deviendront ensuite bien faciles, puisque nous avons Alise, Alaise et Izernore comme sous les yeux au moyen de nos bonnes cartes de Gaule, dont on peut du reste
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 23
vérifier la fidélité en allant sur le terrain. Or, ici nous nous trouvons en dissidence avec tous nos honorables devanciers, l^sur le sens du texte topographique de César, ou sur la configuration réelle du terrain de l'oppidum d'Alesia que ce texte doit nous faire connaître ; et 2*" au sujet de l'eau à boire que ce terrain doit présenter et qui y fut nécessaire durant le blocus. Il s'agit donc de savoir : 1^ de quel côté, ou du nôtre ou du leur, on se fait une fausse image du lieu cherché, et 2^ si de part et d'autre, on tient assez compte des conditions particulières où doit s'y trouver cette eau nécessaire.
V Au sujet de la configuration générale de f oppidum
(TAlesia :
Pour mettre ici en lumière deux grands traits caractéristiques du terrain de l'oppidum d'Alesia, sur lesquels porte cette première dissidence, il nous suffira de justifier deux points de notre version précédente du texte de César, où nous sommes en désaccord complet avec les deux opinions qui présentent Âlise-Sainte-Reine et Alaise comme occupant la place de Tantique Alesia, désaccord qui existe non-seulement au sujet du sens exact des mots du texte, mais encore au sujet de la véritable configuration du terrain de l'oppidum que ces mots représentent, et que nous cherchons tous à constater. C'est donc bien ici une question fondamentale pour toutes les opinions. Et l'on nous permettra sans doute quelques développements à
24 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
cet égard, en considération de l'intérêt de la question et de l'autorité des savants avec qui nous ne pouvons nous dispenser d'entrer en contradiction sur ce point.
Il s'agit du sens de l'expression edito loco et de la portée des mots pari altitudinis fastigio , dans le texte de César.
Ipsum erat oppidum Alesia in colle summo, admodum edito loco ut nisi obsidione expugnari non posse mderetur. — Quelle est ici la signification de l'expression edito local C'est :
Suivant M. Rossignol, — « Sur le sommet cTune très- « fiaute colline... sur un mamelon escarpé^ ; »
Suivant F Histoire de Jules Césor^ — « Sur une mon- « tagne complètement isolée, gui s élève ûfe 1 60 rf 1 70 mètres « au-dessus des vallées environnantes * ; »
Suivant M. Quicherat, — « Sur le sommet dune colline a à un endroit de celte colline qui était dune excessive hau* « teur^\ »
Suivant nous : — « L oppidum même d Alesia était sur a le haut dune colline, dans une position dun accès diffi- (( cile à ce point quil paraissait impossible de s'en emparer « sinon à faide dun blocus. »
Et le terrain d'Izernore exige que cette dernière traduction soit admise y pour qu'il ait pu être l'emplacement
^ Alise. Études sur une campagne de Jules César ^ par M. Rossmhol, p. 42, 43. * Histoire de Jules César, Paris, Imprimerie impériale, 1866, t. II, p. 258. ' Conclusion pour Alaise^ par M. Quicubsat, p. 56.
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. W, § n. 2S
de l'oppidum d'Alesia : nous allons donc tâcher de la justifier.
Disons d'abord que le duc d'Aumale, dans un article intéressant sur cette campagne de Jules César, a traduit de même le mot êditus. Voici l'expression qu'il emploie : « La place (fAlesia était située au sommet (Tune colline « (f accès si difficile que. . . * »
D'après le dictionnaire, le mot latin editus provient de edo, faire sortir (^-(/o). Il semble donc indiquer, dans sa signification primitive, la forme d'une plante sortant de terre ; on dit : édita semina^ et par extension : Mxcenas édite regibus : Edita carmina. . . Horace emploie l'expression viribus editior, pour indiquer un taureau plus fort que les autres, qui ne permet pas a ses rivaux d'approcher et qui les tue :
Viribus editior cœdebaty ut in grege taurus.
Notre mot français élevé correspond certainement aux mots latins altus, celsus, excelsus, prxcelsus. Les deux mots editus et altus désignent donc deux caractères qui peuvent exister l'un sans l'autre. Des semences sorties de terre — edi/a semina — ont le premier, n'ont pas le second ; elles sont levées, et ne sont pas élevées ; elles sont édita, et ne sont pas alta. Un arbre élevé, arbor alta, étant à la fois essentiellemenl édita, c'est inutile à dire. Mais, s'il s'agit d'unlieuy le caractère de difficile accès, locusedi-
* Étude sur la septième campagne de César en Gaule. Revue des Deux- Mondes^ l*'mai 1858, p. 101.
26 JULES CÉSAR EN GAULE> Comiient. VU.
tus, peut, selon la forme de ce lieu, manquer ou bien coexister avec le caractère d'élévation , alias; et, dans ce dernier cas, il faut employer les deux mots : locus prœcelsus algue éditas^ dit Cicéron.
C'est ainsi qu'il s'exprime en parlant de l'enlèvement de la Cérès d'Enna. Citons ses propres paroles : — Enna autem, ubi ea, quœ dico^ ges/a esse memoranturj est loco prœcelso atgue edito : guo in summo est œguata agri plant ties, et aquœ perennes. Tota vero, ab omni aditu, drcumdsa atgue diremta est. — Voilà donc un lieu qui présente deux caractères, loco prœcelso atgue édita : le premier, prœcelso, c'est incontestablement que ce lieu est très-élevé; le second, edito, c'est, pensons-nons, que l'accès en est difficile, comme l'explique la dernière pbrase du texte. Nous traduisons donc de cette manière : «c Or, (( Enna, où l'on rapporte que se sont passés les faits « dont je parle, est dans un lieu très-élevé et de difficile (( accès, au sommet duquel se trouve une plaine cultivée, « bien unie, et où l'eau ne manque jamais. Quant à ses « abords, de guelgue côté gue ce soit, ils sont partout à « Fentour taillés à pic et escarpés. »
Voici maintenant Salluste, auteur militaire, écrivain correct, lieutenant et ami de César, qui, à tous ces titres, peut mieux que personne nous guider ici dans l'interprétation du mot editus, et qui, par hasard, en a précisé le sens dans le récit de la guerre contre Jugurtha, de la manière suivante : — Namgue haud longe a flumine Miducha, guod Jugurthœ Bocchigue regnum disjungebat, erai
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 27
inter cœteram planitiem mons saxeus, mediocri castello satis patens, in immensum éditas, uno perangusto aditu relicto : nam omnis natura^ velut opère atque consul fo prœceps *.
— C'est-à-dire: « En effet, non loin du fleuve Mulucha*, <( qui séparait le royaume de Jugurtha de celui de Boc- (( chus, se trouvait, au milieu d'une région du reste en a plaine, un mont rocheux, où il y avait assez déplace « pour un médiocre fort, et dont l'accès était d'une « immense difficulté, une seule voie très-étroite restant « pour y monter : car ce mont était naturellement, de « tous les côtés^ comme s'il eût été taillé de main d'homme H et à dessein, en surplomb » (prœceps, la tête penchée en avant). Si donc on veut bien considérer avec attention renchainement des idées dans ce texte^ où le caractère editusj en topographie militaire, est attribué à l'extrême,
— in immensum editus, — on se convaincra, nous l'espérons, que le sens véritable de ce mot latin, dans le langage militaire, est bien tel que nous venons de le traduire. Du reste, la suite du récit de Salluste donne clairement à entendre que ce même mont rocheux n'était que fort peu élevé; car un soldat de Marins en atteignit un jour le sommet, par hasard et sans s'en douter, en grimpant pour saisir quelques escargots qu'il avait aperçus rampant contre la roche...
Venons à César lui-même. Lorsqu'il veut indiquer un
' Sallubtb, Jugurtha^ XCH.
' Probablement la MatùtOa, à rextrémité occidentale de TAIgérie.
28 JULES CÉSAR EN GAULE , Comment. VIL
Heu élevé, dans les câs où nul doute à cet égard n'est possible, il emploie, sans exception que nous sachions, les mots altus, altitude; ainsi, il dit du mont de la citadelle de Besançon : mons magna altitudine . , . Il dit de Gergovia : positain altissimo monte. Il dit de la petite ville d'Octodurus entourée par les Alpes : Altissimis montions undique continetur. Il dit du Jura : monte altissimo. . . mons autem altissimus impendebat... César attachait du prix au choix de ses expressions : quand il en change, c'est donc qu'il veut indiquer une autre qualité dans l'objet dont il parle.
César écrivait purement : après avoir dit que Toppidum d'Alesia était placé sur le haut dfune colline, ajouter que c'était un lieu très-élevé, c'eût été faire de la colline un mont, ou corriger la première expression : ce que César ne fait jamais, parce que certainement il a soin de choisir ses expressions.
Dans huit passages de l'œuvre de César, où nous avons trouvé le mot editus, le sens naturel et simple du récit comporte la traduction de ce mot par l'expression française de difficile accès ; et même, dans deux de ces textes, la traduction du mot editus par le mot français élevé ne nous paraît point admissible. Citons seulement ces derniers.
Dans les Commentaires de la guerre civile (iii^xxxvii), il est dit, au sujet d'une manœuvre de Scipion contre Domitius, sur les bords du fleuve Baliacmon, qui séparait la Thessalie de la Macédoine : — > Ibique prope fktmen.
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 29
edito natura loco, castra posait, — passage que nous traduisons de cette maDière : « Et là, il campa près du fleuve^ « en un lieu cTun accès naturellement difficile. » César, en effet, pourrait-il avoir dit qu'un certain lieu avait été rendu élevé par la nature {edito natura loco) ? Mais il a fort bien pu dire, et nous disons nous-mêmes en pareille occasion , au sujet d'un lieu de difficile accès, qu'il a été rendu tel par la nature. Car le caractère de difficile accès d'un lieu^ au point de vue stratégique, peut résulter de conditions diverses, qui d'ordinaire sont réalisées par l'art, mais aussi qui peuvent accidentellement se trouver réalisées par la nature.
Pendant le siège d'Âvaricum, Yercingetorix était allé se placer en embuscade avec sa cavalerie dans un lieu éloigné. César , en ayant été informé, part lui-même au milieu de la nuit, pour aller surprendre l'infanterie gauloise restée sans chef dans son camp. Ce camp, d'après un premier passage du récit, était situé à la distance de seize milles (24 kil.) d'Avaricum, et protégé par des marais et des forêts : locum castris deligit paludibus silvisque munitum, ab Avarico longe millia passuum, xvi. — César dit ensuite qu'il trouve l'infanterie gauloise dans un lieu edito atque aperto, c'est-à-dire dans un lieu présentant le caractère que nous cherchons à déterminer (edito) j et outre cela découvert. Or voici la description qu'il en donne (xix) : — Collis erat leniter ab in/imo acclivis... — « C'était une colline s'élevant douce- « ment depuis le bas. Cette colline était entourée presque
« de toutes parts d'un marais difficile et plein de mauvais « pas, n'ayant que cinquante pieds (WJ'b) de laideur. « Les Gaulois, après avoir coupé les moyens de passage, (( se tenaient sur cette colline avec confiance dans la « position ; et, groupés par masses selon leurs cités, ils « gardaient résolument tous les gués et les passages de « ce marais ; bien décidés, si les Romains entreprenaient c( de le passer de force, à profiter des avantages de leur (( position, pour les accabler dans les hésitations du pas- « sage. De sorte que, à voir la proximité des ennemis, on « eût pensé qu'ils étaient prêts à combattre presque sans « avantage; mais, en examinant bien la différence des « conditions respectives, on reconnaissait que ce n'était « de leur part qu'une vaine bravade. Les soldats, s'indi- (( gnant que les ennemis pussent les regarder en face « de si près, et demandant le signal du combat, César « leur fait comprendre quelles pertes, quel sacrifice « de braves soldats coûterait la victoire... Et, après les « avoir ainsi consolés, du même jour il les ramène au « camp. »
Voilà donc un lieu où le caractère stratégique edito est si important qu'il suffit pour arrêter les légions romaines, conduites par César en personne contre l'infanterie gauloise qui l'occupe, sans même que Yercingetorix y soit présent de sa personne. Et néanmoins ce lieu ne peut guère, ce nous semble, être dit élevé: « C'était une colline s'élevant doucement depuis le bas, — Collis erat leniief ab infimo accltvis.*. —D'ailleurs, les Gaulois se tenaient
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 31
sur le bord même du marais : — H œsi tantes premerent... prope sequo Marte... tantulo spatio interjeclo. — La qualité importante du lieu, tout l'avantage de celte position qui arrête César, — edito loco, — provient donc réellement de l'existence du marais, uniquement de là, et consiste évidemment dans la difficulté de V accès auprès de l'ennemi, à travers ce marais.
Nous concluons de tout ce qui précède que, pour offrir les caractères topographiques indiqués dans le texte de César, au sujet d'Alesia, il faut et il suffit que cet oppidum ait été placé sur le haut d'une colline, d'une élévation quelconque — in colle summo, — et que cette position ait été d'un accès difficile, généralement parlant — edito ioco; — quelle qu'ait pu être en chaque point du pourtour de cette position la nature de la difficulté qu'on rencontrait| ou hauteur à gravir, ou roches à escalader, ou cours d'eau à passer, ou marais, ou forêts à traverser, etc. En deux mots, pour qu'un lieu puisse avoir été l'oppidum d'Alesia, il faut et il suffit, en regard du texte discuté^ que ce lieu soit une position forte, occupant le haut et une colline quelconque, et d'un accès notablement difficile.]
D'ailleurs, en stratégie, la grosse question, l'unique question, pour ainsi dire (et à cet égard le duc d'Aumale ne s'y est point mépris), n^est-ce pas l'accès de la position où se trouve l'ennemi^ l'abord facile ou difficile, avanta-^ geux ou désavantageux : la hauteur d'un lieu n'étant qu'un des nombreux éléments de ces conditions relatives? Et César pourrait-il avoir omis d'indiquer que l'accès de
32 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
l'oppidum d'AIesia était difficile? Gary pour l'indiquer, il ne suffirait pas qu'il eût dit (comme on l'a voulu comprendre) que cet oppidum était sur une colline très-élevie, il faudrait encore qu'il eût ajouté que tous les abords de cette colline très-élevée étaient difficiles, comme il l'ajoute au sujet de Gergovia : — Quœ posita in allissimo monte omnes adilus difficiles habebat (xxxi).
Du reste, il est déjà assez clair que la position d'Alesia a bien pu ne pas être naturellement très-forte ; et à ce point de vue, il ne faut pas oublier qu'elle était occupée par une armée de 80,000 hommes que César avait déjà combattue à Gergovia, qu'il n'a point cherché à combattre de nouveau dans les plaines de la Saône; et que, en arrivant devant Alesia, le premier soin du grand guerrier de Rome a été de s'emparer des positions fortes du voisinage et de s'y retrancher; et enfin que le blocus d'Alesia qu'il entreprend s'explique très-bien par les mêmes motifs qui le portèrent plus tard à bloquer Pompée près de Dyrrachium , c'est-à-dire par la nécessité de pourvoir à Talimentation et à la sécurité de sa propre armée.
Passons donc au second texte descriptif d'Alesia, sur le sens duquel nous ne sommes point d'accord avec nos honorables devanciers.
Ante id oppidum planities... patebat; reliquis ex omnibus partibus colles, mediocn inierjecto spatiOf pari altitudinis fastigio oppidum cingebant.
D'après M. Rossignol, « César dit que le mamelon « d Alesia était environné de collines dune égale hauteur.
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. YI, § a. 3â
a Le mont Auxois, ajoute M. Rossignol, a 418 mèlres (c d'élévation. Les collines qui Tentourent en ont 386- « 40 1 - i 02*4 1 8-420. Quand César aurait pris ses mesures (( avec nos instruments modernes, il ne serait pas plus « exact* 9.
D'après Y Histoire de Jules César, « l'ancienne Alesia « occupait le sommet de la montagne appelée aujourd'hui « le mont Àuxois... A F ouest du mont Auxois s'étend la « plaine des Laumes... De tous les autres côtés, à une c< distance variant de 1,100 à 1^600 mètres^ s'élêoe une a ceinture, de collines dont les plateaux ont une même « hauteur^ ».
D'après M. Quicherat : « Excepté du côté où régnait €< la planities^ des collines très-rapprochées du massif « d^ Alesia s'élevaient à la même hauteur de crêtes. »
a Cela est parfaitement vrai, ajoute M. Quicherat, et o pour les deux bordures du Lison, et pour celles de la « Languetine, et pour celles de la gorge de Nans. Il a en est autrement sur la vallée du Todeure que César <c excepte ' ».
Voici notre propre version du même texte : a Devant c< cet oppidum s'ouvrait une plaine... De tous les autres c< côtés, des collines, à un médiocre intervalle de distance, « entouraient t oppidum dune ligne uniforme de crêtes. »
On voit la différence capitale de ces quatre versions.
* Alise,,, p. 44
' Alise.,, p. 44.
' Histoire de Jules César,., t. U, p. 258.
3 CoKCJiffion |Nwr Alaise, p. 62.
34 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vif.
D'après le sens des trois premières, un spectateur placé au centre de l'oppidum d'Alesia devrait apercevoir au loin d niveau tout F horizon, comme s'il se trouvait dans une plaine^ les collines de l'entourage ayant leurs sommets à la mémo hauteur que le lieu où le spectateur luimême serait placé. D'après la quatrième version, tout serait bien différent : un spectateur placé au centre de l'oppidum d'Alesia verrait, sauf du côté de la plaine, s'élever de tous les autres côtés^ à un médiocre intervalle de distance, une ceinture de collines dont tous les sommets seraient pareils. C'est exactement le fait orographique d'Izernore. Voilà donc encore un point capital à mettre en lumière avec certitude.
César emploie ici, pour appeler daus la pensée une fidèle image de l'entourage de l'oppidum d'Alesia, le mot fasiigium. La signification accoutumée du mot fastigium, c'est, par exemple, le fronton d'un temple, ou le couronnement d'un édifice qui de sa nature domine tout le voisinage. On dit, par extension, fastigium montis, collis,.** La racine de fastigium est fastus, qui signifie dédain , action de regarder de haut (du haut de sa grandeur^ comme nous disons familièrement en français).
Remarquons du reste que cet attribut, fastigium, tend^ de sa nature même, à disparaître si tous les objets comparés le reçoivent. Il n'y a plus^ en effet, personne de grand, d'élevé, dès que tous sont grands, élevés. De même orographiquement parlant, il n'y a plus aucun faîte, — fastigium, — pour qui se place au centre du
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 3&
plateau d'Alise; on se croirait dans une plaine indéfinie ^ Examinons le texte. Quel est Tobjet entouré? L'oppidum. Quel est l'entourage? des collines, '^colles. Des collines qui sont essentiellement des lieux élevés peuvent de leur nature même offrir un fasliginm^ un couronnement, une crête: cela est manifeste. Celles-ci ont toutes la crête pareille, — parialtitudinis fastigio. — Voilà un point clair et incontestable. Mais l'objet entouré , Y oppidum, c'est simplement un réceptacle qui est placé ici, non sur une colline très^élevée, mais sur le haut d'une colline quelconque — Ipsum erat oppidum in colle summo. — Or, cet oppidum, ce réceptacle, n'est point cette colline; comme l'oppidum de Gergovia, — posita in altissimo monte, — n'est point la très-haute montagne qui le porte; comme un oppidum situé dans une forêt n'est point la forêt qui le cache. Un oppidum, c'est donc, en réalité, simplement un réceptacle, qui ne peut comporter par luimême ni faîte, ni fastigium, qui n'a point, comme on dit en langage de droit, qualité pour recevoir ce caractère orographique. Voyons, dans notre pensée, non l'oppidum, mais l'armée qui occupe le haut de la colline centrale, — in colle summo, — ce qui ne change rien à l'orographie; cette armée peut aussi bien que l'oppidum être entourée de collines offrant une ligne de faîte uniforme, et tout de suite on voit que cette armée n'a rien de commun avec
' Voir encore, au sujet de la signification absolue du moi fasHgium, des remarques qu'on trouvera plus loin, p. 38 et 67, en note.
36 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
cette ligne de faîte des collines qui l'entourent, sinon qu'elle est au centre de cet entourage.
Ainsi, dans la version du texte de César, faire (par une addition mentale) pBTiiQipeTÏ oppidum (f A lesta au carac^ tère descriptif, — j^ari altitudinis fastigiOy — que l'auteur attribue aux collines de son entourage, c'est supposer que César ait pu attribuer un fdstigium à un oppidum, une crête à un simple réceptacle, ce qui n'est admissible, ni dans la pensée lucide, ni dans le langage correct et toujours suffisamment explicite de César.
Cela est si vrai que, dans les trois versions que nous critiquons, pour exprimer le contre-sens du texte de César qu'on avait dans la pensée, on a été entraîné par l'habitude du bon langage a remplacer le mot oppidum par les mots mamelon^ mont, massif; et que néanmoins, même après la substitution de ces autres mots, qui se prêtent au contre-sens, on n'est point parvenu à Texpriiner d'une manière claire et positive; tant le reste du texte de César résiste encore à cette signification , si l'on n'y ajoute rien. Rappelons, en effet, les trois versions dont il s'agit, sans les explications que les traducteurs y ont ajoutées.
Suivant M. Rossignol, a César dit que le mamelon « d'Alesia était environné de collines dune égale hauteur.^ — Ne peut-on pas se demander ici : Quels sont les objets d'égale hauteur? sont ce les collines entre elles seulement? Ou bien sont-ce, tout à la fois, les collines et le mamelon d'Alesia?
DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 37
Suivant l'auteur de TBistoire de Jules César, a A l'ouest « du mont Auxois s'étend la plaine... De tous les autres « côtés... s'élève une ceinture de collines dont les pla- « teaux ont une même hauteur. » — Ces plateaux, peuton demander, ont*ils seulement une même hauteur les uns que les autres? ou bien : ont-ils tous ensemble une même hauteur que le mont Auxois?
Suivant M. Quicherat « Excepté du côté oti régnait la « planities^ des collines très-rapprochées du massifâ^Ale-u sia s'élevaient à la même hauteur de crête. » — De même ici : sont-ce les collines entre elles seulement qui s'élevaient à la même hauteur de crête? Ou bien sont-ce tout à la fois les collines et le massif d'Alesia?
Du reste, faisons la construction grammaticale du texte: a An te id oppidum planities... patebat; ex omni- « bus partibus reliquis, colles, mediocri spatio interjecto^ « cingebant oppidum fastigio altitudinis pari (ex omnibus c( his partibus reliquis). » Cette construction grammaticale ne peut être contestée en regard d'un autre texte qu'on trouve un peu plus loin : — Nec facile totum opus militum corona cingeretur (lxxii).
Nous traduisons donc conformément à cette construction grammaticale : « Devant cet oppidum une plaine <( s'ouvrait... de tous les côtés restants, des collines, à « une médiocre distance interposée, entouraient l'oppi- « dum d'une ligne de faite pareille (de tous ces côtés « restants). » Les mots ajoutés dans cette version n'ajoutant aucune idée, ne servant qu'à montrer de nouveau
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ce qui vient d'être montré par César lui-même dans cette même phrase du texte, comme il le pratique si souvent pour mieux éclairer le sens de ses phrases : — Erant omnino itinera duo^ quitus iHneribus domo {Helvetii) exire passent, — Diem dicunt, qua die ad ripam Rhodani omnes conveniant. — Nous nous croyons donc autorisé à' répéter de même ces mots ex omnibus partibus reiiquis.
Le sens du texte se trouvant ainsi clairement déterminé, nous le reproduisons fidèlement d'une autre manière, en substituant à la forme latine du langage le tour français, et c'est notre propre version : a Devant cet oppidum « s'ouvrait une plaine d'environ trois mille pas de lona gueur; de tous les autres côtés, des collines, à un « médiocre intervalle de distance, entouraient l'oppidum (( d'une ligne uniforme de crêtes. »
Notre version exprime donc tout ce qui est dans le texte de César et n'y ajoute rien. Elle conserve scrupuleusement le mot oppidum et le sens qui s^y attache. Elle s'accorde avec l'image que le mot fastigium appelle daos la pensée. Elle représente exactement le terrain d'Izernore.
D'ailleurs le récit du blocus qui suit nous indique implicitement par divers détails, d'une part, que la colline centrale de l'oppidum d'Alesia était fort peu élevée en elle-même , comme se trouve être la vaste colline qui porte le plateau d'Izernore; d'autre part, que les collines de son entourage étaient au contraire très-élevées et dominaient tout le terrain, comme c'est encore le fait orogra* pbique de l'entourage dMzernore.
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Voici, en effet, d'abord les expressions que César emploie au sujet de l'oppidum d'Alesia, expressions qui feraient croire^ si Ton avait oublié la topographie précédente, qu'on peut entrer dans cet oppidum et en sortir de plain-pied : — In oppidum irrumpiint... Copias omnes, quaspro oppido coUocaveral, in oppidum recipit... Eruptionem ex oppido pluribus portis facere summa vi cona-baniur. . . Productis copiis, ante oppidum considunt. ,. Ai iiqui ab Alesia processerant . . . Se in oppidum receperunt. . . Atque ex oppido eduxit. . . In oppidum rêver terunt. . . " Vercingetorix ex oppido egredilur. . . Copias a munitionibus reducunt... Tandis que, pour indiquer la rentrée dans l'oppidum de Gergovia, et même peut-être simplement dans l'enceinte située à mi-côte au versant du mont. César dit : — Ab radicibus collis suos inira munitiones reduxit. — Ici, on voit tout de suite qu'il s'agit de remonter à une hauteur notable.
Citons, comparativement aux expressions précédentes,
celles que César emploie au sujet de l'entourage d 'Alesia.
Elles impliquent toutes que les lieux dont il s'agit sont élevés et dominants, sans reslriction aucune. — Eratex omnibus castris, quœ summum undique jugum tenebant, despecius. . . Veriti ne ab latere aperto ex superionbus castris eruptione circumvenirenlur . . . Superiorum castrofMm situs munitionesque cognoscuni . . . Erat a septentrionibus collis, quem quia propier magnitudinem circuitus opère complecti non potuerant nostri, necessario pêne miquo loco et leniter declivi castra fecerant... Post montem se occulta-
vit (Voilà un mont)... Maxime ad superiores munitiones laboratur... Locaprœrupta ex adscensu tentant...
Nous trouvons bien l'expression suivante, que César a employée au sujet de l'oppidum et qui indique un point dominant : — Erat ex oppido Aksia despectus in campum... et De l'oppidum d'Alesia la vue dominait sur la plaine... » Mais nous prions de remarquer qu'ici la vue dominante est restreinte à la plaine basse, tandis que, pour les divers lieux de l'entourage, la vue dominante a été indiquée sans aucune restriction.
De plus, nous savons qu'en général les collines de l'entourage étaient entre elles de hauteur égale : — pari altitudinis fastigio. — Or, parmi elles se trouvait un mont (que nous venons de faire remarquer ci-dessus); ainsi les collines de l'entourage devaient être partout hautes comme des monts.
Ajoutons encore que tout cela s'accorde avec un passage de la géographie de Strabon, auteur presque contemporain, qui a pu être renseigné oralement sur la conGgnralion de ces lieux mémorables. Voici comment il s'exprime (d'après la version de Coray) : « I^s combats des Arvernes contre <( César eurent lieu, l'un aux environs de leur ville de Ger- « govia^ patrie de Vercingetorix, située sur une haute mon- <( tagne; l'autre, aux environs d'A/e^ia^ ville des Mandu- <x biens leurs voisins ^ située également ^i^r une haute colline^ c< environnée de montagnes, et au milieu de deux fleuves K»
* Staabon, IV, II. Le texte comporte même, croyons-nous, qu'on substitue
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Du reste, un manuscrit de Carrare que TéditioD Aldine des Commentaires (imprimée à Venise en 1616) signale comme étant très-ancien, et écrit tout entier de la même main, présente une variante plus explicite dans le même sens, à savoir : — Reliquis ex omnibus partibus, colles majores, interjecto spatio, pari altitudinis fasiigio oppidum dngebanL — C'est-à-dire : a De tous les autres côtés des « collines plus élevées, à quelque intervalle de distance, « entouraient l'oppidum d'une ligne uniforme de crêtes. »
En résumé, nous croyons pouvoir tirer de tout ce qui précède trois conclusions. L'une serait positive, à savoir : l" Que les lieux cTlzemore s'accordent parfaitement avec la description topographique d'Alesia, telle que César l'a diclée lui-même. Nos deux autres conclusions seraient négatives, à savoir : 2** que t égalité de hauteur entre la col-- Une centrale et les collines de r entourage, constatée sur le terrain (f AliseSainte-Reine et sur le terrain (f Alaise, loin d*être une raison de croire que là ou là fut jadis VAlesia de Yercingetorix, tout au contraire, est en désaccord tranché avec la description topographique de cet oppidum dictée par César lui-même, et encore avec nombre d'expressions qu'il a employées dans son récit du blocus de cet oppidum, lui qui choisissait toujours si parfaitement ses expressions; S"", que f orientation de la plaine basse située au soleil couchant devant Toppidum d'Alise-
à cette version de Ck)ray, sur une haute coUine, celle-ci : wr le haut d'une eoUine.
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Sainte-Heine, ou devant l'oppidum d'Alaise, ne permet pas, ainsi que l'exige le récit de César, qu'une charge de cavalerie poussée de son camp tout droit à travers cette plaine, aille aboutir au versant oriental gui regardait le soleil levant dans la colline centrale sur laquelle aurait été placé Toppi* dum. D'où il résulte, en somme, que ni Alise-Sainte-Reine ni Alaise ne présentent, en général, les conditions topographiques que doit présenter l'emplacement de l'antique Alesia.
Et encore au point de vue topographique, si l'on admet que le mur en pierres sèches de siœ pieds de hauteur aii été disposé à Alesia comme à Gergovia (ce qui est très« probable], il nous paraît bien difficile, soit à Alaise, où le versant oriental de la colline centrale est un précipice, soit à Âlise-Sainte-Reine, où ce versant oriental est trèsrestreint, d'y placer convenablement un camp pour plus de quatre-vingt mille hommes, ainsi qu'il est dit dans les Commentaires \ Mais c'est ici une question d'appréciation, et nous n'insistons pas.
T Comparaison des lieux au èujet de F eau qui fut nécessaire dans r oppidum d Alesia :
Une dernière condition fondamentale et indispensable à constater dans l'emplacement d'Alesia, c'est Veau qui y fut nécessaire pour abreuver les hommes et les bêtes qui s' y trouvèrent enfermés. César étant à tentour. Et celte
* Sub ifiuro, qux pars collis ad orieniem spectabat, hune omnem locum copiée Gallorum compleverani ; fossamque et tnaceriam sex in aUitudinem pedum prmduxerant — lux.
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condition obligatoire ne paraît pas devoir être facile à rencontrer sur le terrain dans des conditions convenables, si l'on tient compte et de la métbode de guerre du con* quérant de la Gaule, et du fait que rien dans son récit ne donne à penser que jamais on ait manqué d eau à Alesia^
César, par manière de plaisanterie, en parlant des hommes qu'il avait fait mourir de faim dans ses guerres, disait « imiter, contre les ennemis, la méthode de la plu- « part des médecins contre les maladies, et employer la faim « préférablement au fer *. »
César faisait agir à son service non-seulement la faim, mais surtout la soif, qui est plus puissante et plus promp* tement efficace. 11 en est de nombreux et remarquables exemples dans les Commentaires. On sait que ce fut uni* quement par la soif qu'il .parvint à se rendre maître di Uxellodunum, et à se saisir des deux mille défenseurs de la place pour leur couper à tous les mains qui avaient porté les armes contre lui. — Atque omnibus qui arma tulerant manus prœcidit. — On voit donc qu'en action César allait encore plus loin qu'en parole, et qu'il imitait aussi
1 Une copie de cette partie de notre travail , au sujet de i'eau nécessaire dans Voppidum d'Alesia, a été déposée à l'Académie des inscriptions, en 1862» le jour même où M. Léon Fallue faisait di^tribuer aux membres de l'Académie une lettre sur ce même svjH. On peut aussi constater que les conclusions de M. Léon Faliue étaient très-diffcrentes des nôtres, que nous fîmes nousmême connaître à cette occasion et dans la même séance, telles qu'on va les trouver ici.
' Cxsar dicebat : idem esse sibi consilium adversus hostem, quodplefisque medicis contra vitia corporum, famé potius quam/erro superandi, ^Froii- TiN, Strettegematum^ IV, yii.)
U JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
les chirurgiens, à sa manière : — Quatre mille mains cou^ pées^ ! Quelle idée affreuse! Quelle effroyable conséquence du manque d'eau!
Au siège de Gergovia, César débute en attaquant une colline très«Yoisine de la place, par le motif, dit-il, « que a les siens établis là devaient pouvoir écarter Tennemi « du lieu où il prenait Teau en grande partie, et lui ôter « la liberté d'envoyer les bètes au pâturage ^ »
Durant la première campagne d'Espagne^ qui ressemble à une expérience démonstrative du jeu et de la puissance de la stratégie, expérience poursuivie sans relâche jusqu'au succès. César ne manquait jamais l'occasion de s'emparer de toute l'eau, et ainsi, par le moyen de la soif, il chassa Afranius et Petreius de position en position, jusqu'à ce qu'ils, fussent réduits à demander grâce et à lui livrer leurs légions.
Citons quelques traits de cette stratégie remarquable.
Dans une occasion, les soldats de César lui demandaient d'en finir avec Afranius, en l'attaquant sur une colline où il s'était retiré d'urgence, se trouvant surpris entre les légions de César par devant, et sa cavalerie par derrière. Les soldats de César ajoutaient : a Que s'il crai-
' De bello Gall,, VUI, zxxiv et xliy. — Comment les Romains, qui dounaient à tout propos des surnoms caractéristiques à leurs personnage remarquables, n'ont-ils pas surnommé celui-ci, à l'occasion de tant de mains coupées, CéBsar Cxsor, César le coupeur? Un tel acte leur aurait-il paru à eux-mêmes trop grave, pour en perpétuer ainsi le souvenir?
' Collis.,, quem ii tenerent nostri^ et aqux magna parte et paMatktii libéra prohibUuri hostes videbantur. (Vil, xxxvi.)
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« gnait là le désavantage du terrain , on allait sans doute c trouver quelque part l'occasion de combattre, puisque Cl certainement il fallait bien qu'Afranius sortit de là, a et qu'il ne pouvait pas y rester toujours sans eau '.
« L'armée de César les serrait de près (Afranius et « Petreius), et les forçait à tout exécuter d'urgence. Alors a donc, ne pouvant plus ni chercher un lieu convenable « pour camper, ni pousser en avant, ils sont obligés de (c s'arrêter pour camper et loin de l'eau, et dans une poc( sition naturellement désavantageuse *. . . .
a Mais, plus ils étendent les ouvrages pour porter le et camp en avant, plus ils s'éloignent de l'eau : en sorte a qu'ils remédient au mal présent par d'autres maux. La ce première nuit, personne ne sort du camp pour aller à a l'eau. Le jour suivant, ils laissent une garde au camp « et conduisent toutes les troupes à l'eau; personne n'est « envoyé mener les bêtes au pâturage ^....
ce Enfin, bloqués pour toutes choses, les bêtes étant réa tenues depuis quatre jours déjà sans être allées au pâtu-
■ Quod si inlguitatem loci llmeat, dalum irliamen ûliquo locopugnandï facultaiem; quod cerie inde decedetidum essei Afranio^ nec sine aqua per^ manere passe, {De Bell, cio.t I, lxxi.)
' Inslahat agmen Cxsaris atque universum imminebat, Tum verot neque ad explorandum idoneum locum castris, neque ad progredlendum data facullalCy consislunt nccessario et prociil ab aqua, et natura iniquo loco castra ponunt, {Ibid.y I, lwx et lxxxi.)
' Sed quantum opère processerant et castra proluleranl, tanto obérant ab aqua longius : et prœsenti malo aliis malis remédia dabantur. Prima nocte, aquandi causa nemo egreditur ex castris. Proximo die, prxsidio in castris relicto^ universas ad aquam copias educunt; pabulatum emittitur nemo, (fbid.f I, Lxxxi.)
46 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vtl.
« rage, eux-mêmes n'ayant plus ni eau, ni bois, ni blé, ils a demandent à parlementer ^.. »
Voici la conclusion, de la bouche d'Afranius lui-même : c Mais que maintenant^ presque séquestrés comme des tf femmes, on les empêche d'approcher de l'eau, on les ff empêche de changer de place; que c'est là pour le « corps plus de douleur et pour l'esprit plus d'ignominie « qu'ils n'en peuvent supporter : qu'ainsi donc ils s'afc vouent vaincus^....»
Près de Dyrrachium, dans cette position rapprochée où se trouvent les deux rivaux, quand la fortune va prononcer, lequel aura l'empire du monde, lequel aura la tête tranchée :
. • superbas
Vertere funeribus triumphos,.,