‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 52 sur 69 · HOR · texte numérisé non relu

HOR

César, qui sait bien que l'inconstante déesse aime qu'on l'aide dans ses caprices, n'oublie point d'attaquer son rival par le puissant moyen de la soif. Citons ce qu'il dit de l'emploi de ce moyen et du résultat obtenu à Petra. « Frète quemment aussi Ton apprenait par des transfuges que c( les Pompéiens pouvaient à peine conserver leurs checc vaux en vie, et que le reste des bêtes avait péri; que

^ Tandem omnibtu rébus obsessi, quartum jam diem sine pabulo reientis Jumentis; aqux^ Ugnorum, /rumenti inopia; coUoguium petunt, (/M.,

I, LXXXIT.)

' Nunc vero pxne ut fxminas circummunïtos^ prohiberi aqua, prohiberi ingressu; neque corpore dolorem, neque anima ignomàniam ferre poste: Haque se vietos confiteri. (Ibid, I, lxxxit.)

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, § il. 4t

c parmi les hommes l'état sanitaire n'était pas bon, parce c qu'ils avaient à souffrir, non-seulement de l'encomc brement local, de l'odeur infecte de nombreux cada- « vres, et d'un travail quotidien (eux qui n'avaient pas « l'habitude des ouvrages), mais encore du manque <K d'eau presque absolu. Car, tous les cours d'eau, jusce qu'aux moindres ruisseaux qui se rendaient à la mer, <K César les avait détournés, ou en avait fermé les abords « par de grands ouvrages *. >

Enfin, pour compléter sa victoire de Pharsale, César eut encore recours à la soif. Pompée s'étant enfui dès qu'il avait vu assaillir son camp, ses légions, conduites par les tribuns et les centurions, se retirèrent sur une montagne voisine, au pied de laquelle coulait un ruisseau (on voit que c'est ici une position analogue à celle d'Alesia). César survint et coupa l'eau aux Pompéiens par un retranchement élevé entre le ruisseau et la montagne. Dès que ce fut fait, ils se décidèrent à se rendre \

Ces gpands exemples que nous venons de citer (et il en est d'autres) nous autorisent à conclure que la privation

* Fréquenter etiam ex perfugis tognoscébant equos eorum vix tolerari, reliqua verojumenta interisse; uti autem ipsos valetudine non bona, quum angtuiils loci, et odore tetro et mtUtitudine cadaverum^ et quotidianis la" boribus , insuetos operum, tum aquœ summa inopia affectos, Omnia enim fluminat atque omnes rivos qui ad mare pertinebant, Cœsar aut averterat, oui magnii operibus obstrtixerat, {De Bell, civ.^ III, xux.)

' Pompeiani in quodam monte constiterunt. Hune montemftumen sublue-bat. Cxsar milites eohortatus... munitione flumen a monte seclusit, ne noctu Pompeiani aquari passent, Quo jam per/ecto opere^ illi de deditione missis legatU agere cœperunt. (Ibid., III, zcyii.).

48 JULES CÉSAR EN GAULE. Gomuent. Vil.

d'eau était une arme puissante au service du génie mili* taire de César, et qu'il ne manquait jamais de l'employer quand cela était possible.

Par conséquent, pour qu'un lieu quelconque ait pu être jadis l'emplacement d'Àlesia, il faut nécessairement que ce même lieu, aujourd'hui encore, présente sur place, hors delà portée d'une contrevallation, et à l'abri de toute entreprise analogue à celles de César à Lxellodunum, à Dyrrachium, à Pharsale, l'eau nécessaire pour avoir pu abreuver 80,000 hommes de troupes gauloises qui y auraient été strictement enfermés, à l'époque environ du mois d'août, avec la population Mandubienne circonvoisine, et ses nombreux troupeaux [magna vis pecorum)y comme la suite du récit va nous en fournir le témoignage.

Il convient que tout d'abord, nous examinions nousmême si nous n'aurions point la poutre dans VœU.

A l'endroit où se trouve aujourd'hui le village dlzernore, on voit sourdre plusieurs sources de belle «au, assez abondantes pour constituer un petit ruisseau servant à l'irrigation d'un vallon (lieu dit les Prés de Sylan) qui se prolonge en descendant au nord-est jusqu'à l'Anconnans. Cette eau courante, qui sort ainsi au milieu de l'oppidum d'izernore, est indiquée sur la carte de Cassini et sur la carte hydrographique de la France, édition officielle de 1849.

En regardant sur ces mêmes cartes un peu plus au nord, entre Izernore et Condamine, on voit un second

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § n. 49

petit vallon, parallèle au précédent, avec un second petit cours d'eau qui provient du bord du plateau (lieu dit en la Dày^ la source)^ et qui va aussi se jeter dans l'Âncon* nans. Cette seconde source est moins importante que la première, et le ruisseau qu'elle forme ne présente un certain volume d'eau que près de l'Anconnans.

Nous ne parlerons pas en détail de nombreux filets d'eau qu'on voit sortir en divers points du versant de la colline de l'oppidum d'Izemore. Car, sur ce terrain, même sans recourir aux sources qui apparaissent à la surface du sol, ce qui eût empêché l'armée, la population et les troupeaux dont il s'agit de jamais manquer d'eau à boire, c'est un fait géologique, bien facile à vérifier, et que nous allons indiquer très-brièvement.

Le plateau d'Jzernore est composé en partie de galet et de sable jurassiques. Ces matériaux constitutifs y sont étendus par couches presque horizontales, et dont l'inclinaison n'est que d'un centième, dans le même sens que la pente des deux cours d'eau qui baignent latéralement le pied de la colline, c'est-à-dire du sud au nord. La couche superficielle du plateau est déjà composée principalement de galet; mais, à la profondeur de deux ou trois mètres, règne une puissante couche de sable aquifère. On en voit des affleurements latéraux sur divers points des versants où le sol s'est éboulé^ particulièrement vis-à-vis de Péri'* gnat^ et auprès de Condamine, et encore sur beaucoup d'autres points. Une culture suivie parait avoir, en général, recouvert partout ailleurs les affleurements laté-

lu. 4

50 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

raux de cette couche de sable aquifère, mais elle est facile à reconnaître par Teau, en quantité variable, qui sort à son niveau sur le versant cultivé de la colline,- dans plus de la moitié septentrionale de tout son pourtour. Les deux grosses sources d'Izernore et de la Doy ne seraient, selon nous, que les deux plus grosses de ces sources nombreuses qui proviennent de la couche de sable aquifëre.

A Izernore même, d'après nos souvenirs d'enfance, il existe une source dans la cave de la dernière maison située à droite en allant à Tignat. Il en existe une autre à la surface du sol dans le jardin de la même propriété, où elle formait une pièce d'eau. Partout où l'on creuse le so), à deux ou trois mètres de profondeur, on rencontre l'eau : témoin les divers puits qu'on voit sur les bords de la route et dans les jardins contigus aux habitations : puits où Ton prend l'eau au moyen d'un vase emmanché d'un simple bâton. Dans le jardin d'une maison située sur la grande route, la seconde à main gauche pour qui arrive du nord, existe un puits à section ovale et garni de pierres sèches. On l'a découvert récem* ment en travaillant la terre ; on l'a vidé, et on s'en sert aujourd'hui. Qui l'a fait jadis?

En résumé, l'on peut dire que partout sur le plateau d^Izernore on a l'eau sous les pieds à très-peu de profondeur, et que, dans le village même^ chacun peut trouveif son eau chez soi, à la profondeur ordinaire d'une cave. Tel est le fait capital de ce terrain, au point de vue qui nous occupe.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § ii. 51

D'où provient l'eau de cette couche de sable aquifère? Évidemment, d'après les cotes d'altitude qu'on trouve sur la carte de Tétat-major pour le lac de Nantua, pour les rives de TOgnin, en amont du Saut de Béard, et pour le plateau d'Izernore, cette eau d'infiltration peut provenir du bassin supérieur au Saut de Béard ; mais, par quelJe voie souterraine, si l'on considère le barrage rocheux qui existe au Saut de Béard"!

Cependant, un fait qui tendrait à prouver que cette eau provient réellement de là, et qui nous intéresse particulièrement, c'est que les eaux du plateau et des versants de la colline d'Izernore n'ont point tari comme tant d'autres, par les sécheresses excessives de ces années dernières. Nous avons nous-mème constaté ce fait, et tous les habitants du pays en doivent avoir gardé le souvenir.

Ainsi, en définitive, on doit considérer comme un fait certain (la vérification en étant facile), V que, même à l'époque du mois d'août, l'oppidum d'Izernore eût été pourvu de toute l'eau nécessaire pour abreuver les 80,000 hommes d'infanterie et toute la cavalerie de Vercingetorix établis à Âlesia, avec toute la population Mandubienne réfugiée dans la place et ses nombreux trou^^ peaux; 2"" que l'eau s'y fût trouvée absolument à l'abri des atteintes de César et qu'il lui eût été impossible de la couper ou de la détourner comme il l'a su faire avec un si terrible sucés devant Uxellodunum, devant Dyrrachium et près det^harsale.

Quant à Alise-Sain te-Reine et à Alaise, c'est aux

52 JULES CÉSAR EN GAULE, Commene. VIL

opinions directement intéressées qu*il incombe d'établir par une démonstration claire el positive que ces lieox pouvaient fournir teau nécessaire; ce qui est une condition fondamentale de l'emplacement d'Alesia : c'est leur propre affaire. Cependant, comme cela intéresse aussi un peu tout le monde, nous allons dire simplement ce que nous y avons vu nous-mème, sans garantir toutefois que rien ne nous ait échappé faute de temps et d'assez de facilité pour nos recherches, en un mot, sans rien garantir que notre sincérité.

A Alaise, deux petits cours d'eau qui existent dans l'enceinte de l'oppidum et qui sont indiqués sur la carte de Cassini, nous ont paru insuffisants; car celui qui va au Todeure était à sec (novembre 1858), et celui qui se dirige au sud-ouest, et qui va se perdre dans un bas-fond où Ton passe pour rejoindre la route de Salins à Ornans (lieu appelé Pré de toie par notre conducteur), nous a paru bien faible, presque nul.

A Alise-Sainte-Reine, la source indiquée sur les plans des lieux, à l'extrémité orientale du plateau, est tenue close par une porte, comme une cave : nous n'avons donc pu en apercevoir l'eau intérieure; mais à l'extérieur nous n'avons pu constater sur le sol aucune trace indiquant que jamais le moindre cours d'eau ait existé là. Qu'est-ce que cette source? Qu'est-ce que la source de Sainte-Heine qu'on voit au pied du mont, au point de vue du volume d'eau qu'on y peut trouver quotidiennement? D'après la configuration du terrain, elles ne paraissent pouvoir être

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, § m. 53

alimentées que par l'eau tombée sur le plateau supérieur du mont Auxois, ce qui n'est rien pour un tel besoin que celui dont il s'agit.

Ainsi, pour résumer comparativement la question de Teau nécessaire dans les trois lieux présentés comme étant l'emplacement où se trouvait Toppidum d'Alesia, disons : à Alise-Sainte-Reine ^ à Alaise et à Izemore^ César eût pu, soit comme à Uxellodunum, en disposant des archers, des frondeurs, des machines à portée de ces cours d'eau qui baignent la base de la colline centrale; soit^ comme à Pharsale, en interceptant les abords de ces cours d'eau par un retranchement; soit par quelque autre moyen analogue, empêcher les hommes et les bêtes enfermés dans l'oppidum d'aller à l'eau au pied de la colline.

Où donc les Gaulois eussent-ils trouvé F eau nécessaire!

Nous avons répondu pour le terrain d'Izernore. Et outre ce qui a été dit plus haut à ce sujet, le fait que jadis bien des milliers de bouches ont, toutes à la fois, trouvé de Teau à boire au centre de cet oppidum , sera constaté en son lieu par des documents irrécusables.

Reprenons donc maintenant la suite du récit de César.

S in. — AUitude militaire de Vercingelorix à Alesia, et appel aux armes fait dans toute la Gaule, pour accourir autour des Romains, et leur couper les TÎTres. Attitude militaire de César, et investissement complet de Toppidum d'Alesia. La situation historique est que Vercingelorix y barre de nouveau à César la sortie de la Gaule. Indications géographiques fournies incidemment par le texte des Commentaires,

Vercingetorix priusquam munitiones ab Romanis per^ fidantur... « Vercingetorix, avant que la contrevalla-

54 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VH.

« lion des Romains soit achevée, prend le parti de rencc voyer pendant la nuit toute sa cavalerie. Il prescrit à « cetiœ qui parient daller, chacun dans sa cité, faire « prendre les armes à tous les hommes qui sont en état « de les porter — // leur expose quels sont ses mérites à « leur égard, et il les conjure de veiller à son salut, de ne « pas le livrer au supplice par la main de t ennemi, lui « qui a tant fait pour la liberté commune; et il ajoute « que s'ils y mettent de la négligence, les quatre-vingt « mille hommes délite qu^ils ont sous les yeux vont périr c( avec lui; que, de compte fait, il aurait du blé à peine a pour trente jours, mais qu'il pourra le faire durer c même un peu plus longtemps, à force d'épargne. — ce Après les avoir chargés de ce mandat, profitant dune « lacune dans nos lignes, il renvoie sa cavalerie en silence, tf dès la seconde veille (9 heures du soir). 11 donne l'ordre fi qu'on lui apporte tout le blé et prononce la peine de ft mort contre ceux qui n'auraient pas obéi. II distribue, « par homme, tout le bétail dont les Mandubicns avaient a amené avec eux une grande quantité. Il fait délivrer « le blé à petites rations et peu à peu. Il fait rentrer dans « la place toutes ses troupes qt/il avait établies d abord par « devant. C'est ainsi qu'il se dispose à attendre les secours « de la Gaule et à soutenir la guerre. »

Vercingetorix ou Cé»ar, lequel des deux avait Voffensite à Âlesia, et lequel des deux s'y tenait sur la défensive? Tel est le point historique fondamental qu'il s'agit ici de déterminer. On a admis jusqu'à ce jour que César y avait

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § m. 55

l'offensive : nous croyons que c'est là une erreur historique.

César donne à comprendre qu'il prend lui-même l'offensive, en disant que Yercingetorix fait appel à tous les Gaulois en âge de porter les armes , pour qu'ils viennent le tirer du danger qu'il court, lui et les siens ; mais on ne . voit point clairement que César attaque Yercingetorix : l'attitude militaire des deux ennemis est donc douteuse. Or, il importe doublement de résoudre cette question , et à cause de son intérêt historique , et afin de mieux discerner la concordance du terrain d'AIesia avec les événements qui vont s'y accomplir. Nous allons donc examiner et rapprocher les textes, les comparer des deux côtés.

Nous avons vu César faisant retraite sur la province. Yercingetorix, posté sur trois points , lui a barré le passage une première fois , mais les Germains sont venus donner la victoire à César. Si Yercingetorix se fût enfui de cette première position, tout le monde l'eût vu et César l'eût dit; Yercingetorix s'est donc simplement porté, sans perdre un instant, à Alesia, comme du reste César lui-même Ta dit. La cause de ce mouvement si empressé de Yercingetorix n'était donc pas derrière lui, mais (levant lui, et ce ne peut être cpLune position meilleure pour réussir dans son projet de barrer la retraite à César. C'est ici l'inverse de ce que nous avons vu entre l'Allier et la Loire, quand César marchait aussi, rapidement que possible , sans que rien devant lui pût motiver cette vi tesse ; nous en avons conclu que ce qui la motivait était

56 JULES CESAR EN GAULE, Comment. YII.

derrière lui; car les faits doivent toujours l'emporter sur les paroles dans son récit. Enfin, d'après l'orographie de la région d'Izernore , Vercingetorix y barre en réalité la retraite à l'ennemi de la Gaule, comme déjà il a tenté de le faire dans sa triple position à l'entrée des monts Jura; mais ici le terrain choisi lui offre cet avantage qu'il n'y a plus qu'une seule issue à garder, et que César ne peut s'y engager en la présence de Vercingetorix, sans exposer les légions à un péril imminent et extrême. Ces lieux-ci sont donc bien en parfait accord avec les événements. Tels sont, suivant nous, l'attitude militaire et le plan stratégique de Vercingetorix à Âlesia.

Nous osons même dire qu'on en trouve la preuve positive dans le récit de César, malgré l'aspect sous lequel il présente les événements. En effet, que Vercingetorix soit dans l'attitude offensive à Âlesia, nous venons d'en avoir une preuve de fait dans ce combat de cavalerie qui nous est apparu, dans le récit de César, comme un accident tout fortuit, — Opère instituto, fit équestre prœlium. — Nous n'en devons pas moins tenir pour certain que l'attaque est venue de la part de Vercingetorix. Car, si la cavalerie romaine eût voulu attaquer, comment s'y fût-elle prise ? Comment eût-elle pu franchir le fossé et escalader la muraille en pierres sèches de six pieds de hauteur, pour aller attaquer la cavalerie gauloise dans son camp? Ne voyons-nous pas que mêipe les cavaliers gaulois, qui n'ont pu passer aux portes de ce camp, n'ont pu y rentrer avec leurs chevaux? — Jtelictis equis, fassam

DEUXIÈME ÉPOQUE, Cbap. VI, § m. 57

iransire et maceriam iramcendere conantur. — C'est donc bien la cavalerie gauloise qui a fait une sortie , qui a attaqué les Romains ; il ne peut rester aucun doute à cet égard.

Que Yercingetorix , malgré ce nouvel échec .de sa cavalerie, persiste à garder Toffensive, à barrer le passage aux Romains, nous en avons la preuve de fait, en ce que les travaux d'investissement sont à peine commencés, — opère instituto, fit équestre prœlium — , et qu'en ce moment il serait, sans doute, très-facile au chef gaulois de quitter la position d'Alesia, s'il songeait à s'éloigner des Romains. Aussi la cavalerie gauloise en part-elle sans être inquiétée. César nous dit bien que Yercingetorix profite d'une lacune dans les ouvrages pour renvoyer sa cavalerie, à neuf heures du soir, en silence, — qna erat opus nostrum intèrmissum , secundo vigilia, silentio equitatum dimittit. — Mais allons-nous croire qu'une multitude de dix ou douze mille hommes de cavalerie puisse faire silence eu marchant de nuit sur un terrain de montagnes? La nuit, sur un tel terrain et par un temps ordinaire, on entend marcher un cheval tout seul à plus d'un kilomètre de distance. Il faut donc admettre que la lacune dont parle César soit telle qu'on puisse considérer la sortie de l'oppidum comme tout à fait libre. T^'infanterie de Yercingetorix eût donc pu s'écouler la nuit hors de l'oppidum encore plus facilement que sa cavalerie ; et d'ailleurs, n'eût-elle pas déjà pu, auparavant, ne pas s'y arrêter? Donc, loin de faire appel à toute la Gaule pour

58 JULES CÉSAR EN GAULE, Gomment. VIL

qu'on vienne le délivrer , en lui ouvrant une porte qui n'est point fermée, Yercingetorix veut rester là, à Alesia, y tenir tête avec son infanterie seule à cette terrible armée de César, et il fait appel à toute la Gaule pour venir entourer ,et affamer les Romains sur place , conformément à sa tactique déclarée et déjà éprouvée.

Que cet acte intrépide, de barrer une seconde fois le passage aux légions, soit un coup prémédité par Yercingetorix et préparé longtemps d'avance sur ce même point déjà choisi dan» cette intention (peut-être même dès qu'il vit César , après sa défaite de Gergovia , remonter au Nord pour aller faire sa jonction avec Labienus) , que le vaillant défenseur de la Gaule ait dit alors dans sa pensée : « Il sera forcé de revenir de ce côté, et il s'engagera là dans les monts Jura , par ce chemin , et je lui barrerai le passage à ce ravin ; et s'il force notre cavalerie à ce ravin , il faudra encore qu'il passe là-bas , et j'y serai avant lui avec toute notre armée, et il ne pourra pas aller plus loin , et il y périra de faim avec ses légions^ si les cités font leur devoir. » Nous avons de tout cela une preuve de fait dans toute cette quantité de blé qui se trouvait réunie à Alesia , du blé pour plus de quatre-vingt mille hommes durant trente Jours. Est-ce en deux ou trois jours, peut-être même en un mois que tant de blé a pu être amené et amoncelé sur ce seul point, à cette époque de l'histoire ? Oh I ici , nous ne craignons pas de le dire, nous sommes frappé d'admiration. Un jeune homme avoir prévu, un mois peut-être à l'avance,

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI. § m. S»

ce que ferait bientôt César harcelé par la cavalerie gauloise, et sur quel point il serait forcé d'aller s'engager dans les monts Jura avec ses dix légions : voilà, si jamais il en fût, un trait de génie dans la guerre ! Voilà un grand homme de guerre parmi les plus illustres, bien qu'il ne soit ni Grec ni Romain : et quel que puisse avoir été le grand Jules César!

Que Yercingetorix lui barre le chemin résolument, plein de confiance dans sa position d'Âlesia , dans l'infanterie qu'il a amenée avec lui de Gergovia et dans la levée en masse qu'il vient d'ordonner dans toute la Gaule ; que, loin d'être en proie à ces terreurs dont parle César, il soit très-calme , nous en avons la preuve de fait , en ce que ce camp retranché qui constituait , sous le rempart de l'oppidum, sa première ligne de défense (et qui, en cas d'attaque , eût pu le préserver , comme l'avait préservé un mur tout pareil à Gergovia), Yercingetorix néglige de le garder. Il en retire bien tranquillement son armée , et l'installe dans l'oppidum même, où elle se trouvera mieux placée pour les distributions économiques de vivres , et pour attendre l'arrivée d'une autre armée gauloise autour des Romains.

Yercingetorix avait donc réellement V offensive à Alesia, et la suite du récit ne permettra plus, quand nous l'aurons bien examiné, d'élever le moindre doute à cet égard.

Selon nous, le chef gaulois aurait livré ce combat de cavalerie afin de savoir tout d'abord positivement sur quelles forces il pouvait compter pour tenir tête à César,

60 JULES CÉSAR EN GAULE, Commrnt. VII.

c'est-à*dire si la cavalerie gauloise , depuis sa défaite précédente, pouvait encore, oui ou non, sortir en présence des Germains, battre la campagne autour de Tarmée romaine et lui couper les vivres, selon la tactique adoptée. Mais la cavalerie gauloise ayant eu une seconde fois le dessous contre les Germains, dès ce moment , Yercingetorix ne peut plus songer à la faire sortir de nouveau en face d'eux, ni à réduire les Romains à la famine avec son infanterie seule.

Par conséquent, la cavalerie gauloise, dont les chevaux périraient immédiatement de faim dans Alesia, et dont les hommes y consommeraient des vivres sans y être un renfort nécessaire , cette cavalerie qui ne peut plus désormais qu'embarrasser Yercingetorix dans sa position, il l'envoie dans toute la Gaule, faire appel aux armes dans chaque cité, pour que tous accourent d'urgence l'aider a affamer les Romains. qu'il tient arrêtés, et qu'il promet de ne pas laisser sortir de la Gaule, tant que les siens auront de quoi ne pas mourir de faim.

En cela, Yercingetorix se montre, selon nous, plus habile et plus prévoyant à Alesia que Pompée à Petra; plus habile en ce qu'il tire de sa cavalerie un service important : l'appel aux armes fait immédiatement partout à la fois; plus prévoyant en ce qu'il évite que les chevaux ne périssent du manque de tout dans l'oppidum à' Alesia f et n'y deviennent un foyer de pestilence, comme nous avons vu précédemment qu'il advint dans le camp de Pompée à Petra, bien que Pompée y pût

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. YI, § m. 61

recevoir par mer des approvisionnements de toutes sortes amenés de Dyrrachium.

Vercingetorix , en renvoyant sa cavalerie d'Alesia, n'a-t-il voulu en tirer qu*un seul service, celui de faire appel aux armes dans toute la Gaule?

Le chef gaulois avait sous son commandement, après le passage de TAllier, sa cavalerie arveme, avec celle des Nitiobriges et celle des Aquitains , et celle des Éduens ; il a depuis lors demandé au reste de la Gaule 1 5,000 cavaliers, dont un grand nombre s'est rassemblé à Bibracte,

— magno horum coacto numéro. — De toute cette cavalerie, Yercingetorix en a perdu une partie dans la grande bataille où il tenta précédemment de barrer le chemin à César et dans les engagements qui suivirent ; mais on ne peut guère, ce nous semble, estimer ce qui lui en est resté, et qu'il renvoie actuellement d'Alesia, à moins de dix ou douze mille cavaliers. Soit donc ce nombre approximatif, puisque César ne nous a jamais fait connaître le nombre précis de ces cavaliers gaulois , et qu'il s'est contenté de dire simplement que Yercingetorix avait une cavalerie supérieure à la sienne, ou qu'il avait une cavalerie très-nombreuse et que , par ce moyen , il lui était très-facile de couper les vivres et le pâturage à l'armée romaine '. Or ces dix ou douze mille cavaliers que

Yercingetorix renvoie, avait-il besoin de les envoyer tous

' Hosles equUalu superiores esse (lxv).— Sed, qiu>nkim abundet equilaiu, per/acUe esse factu frumentationibus pabulationibusque Romanos prohibere

(unr).

62 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VtL

pour faire appel aux armes parmi les cités? Évidemmeai cinq cents cavaliers suffisaient bien pour cela : mettons-en raille, il en restait donc dix mille dont Vercingetorix pouvait disposer autrement. Est-il possible d'admettre qu'on tel homme de guerre, que nous avons vu jusqu'ici conduire les Gaulois avec tant d'habileté et de prudence, disons le mot, avec tant de génie, soit actuellement assez insensé pour ne pas songer à employer utilement au dehors ces dix mille cavaliers disponibles^ Évidemment non, et il ne serait pas raisonnable de le penser.

Par conséquent , Vercingetorix a dû ordonner à ces dix mille cavaliers gaulois , qui restaient disponibles, de se porter immédiatement au dehors sur les derrières de l'ennemi et de lui disputer les vivres en attendant que toute la Gaule , se levant en masse, vînt leur prêter main-forte pour affamer tout à fait ce Farouche ennemi. Et quand on y réfléchit, on ne peut mettre en doute que tels n'aient été, en effet, les ordres donnés par Vercingetorix, conformément à sa tactique dans cette terrible guerre : tactique proclamée par lui en conseil des Gaulois, tactique qu'il a suivie jusqu'à ce moment et avec un plein succès : tactique signalée dans les commentaires , et manifestement redoutable aux Romains ^

Que tels aient été réellement les ordres donnés par Vercingetorix à la cavalerie qu'il renvoyait , et qu'il ait compté sur une levée en masse exécutée aussitôt dans toute la Gaule, comme il devait y compter ; nous en acquerrons, pour ainsi dire, la certitude, si nous considérons que

deuxième; époque, Chap. VI, § m. ss

l'héroïque défenseur de la Gaule , tout en estimant pour combien peu de jours il a de vivres , fait sortir de l'oppidum tant de milliers de chevaux, qui eussent pu fournir immédiatement un supplément de vivres précieux, s'il eût cru devoir craindre la famine.

Ainsi , en admettant que mille cavaliers seulement fussent nécessaires pour aller faire appel aux armes dans toute la Gaule, il resterait à connaître les ordres donnés par Vercingetorix à tout le reste des cavaliers qui furent renvoyés d'Âlesia, et surtout comment ces ordres furent exécutés. Nous devons donc conclure, tout au moins, que César n'a pas voulu éclairer dans son récit le fait important du renvoi de la cavalerie gauloise , au début du blocus d'Alesia, fait qui peut se rattacher très-naturellement, comme on vient de le voir, à ce que Vercingetorix aurait pris manifestement une attitude offensive dans cette position.

Selon nous, la cavalerie renvoyée par Vercingetorix a suivi ce même chemin , de Geneça des Allobroges à Bibrade des Éduens, par lequel César a envahi la Gaule, chemin qui passe tout près de Textrémité méridionale de ^oppidum d'Izernore, et qui est aujourd'hui notre route nationale (n"* 79) de Genève à Autun, grandes villes (contemporaines d'Alesia. Cette cavalerie a pu gagner ainsi la vallée de la Saône, où les cavaliers ont dû, conformément aux ordres de Vercingetorix, se séparer et se disperser dans toutes les directions.

Mais, un fait capital à signaler^ c'est que^ à dater de

64 JULES CÉSâA en GAULE, CoUMSiNT. VU.

ce moment et par le fait du secours de la cavalerie germaine, César devient libre de se mouvoir tout autour de lui-même, pour s'approvisionner de vivres, et tout autour de Yercingetorix , pour l'empêcher de se ravitailler. L'arrivée de la cavalerie germaine au secours des Ro** mains a donc eu pour effet d'intervertir tout à fait les rôles de César et de Yercingetorix , dès le début de la lutte à Âlesia.

Quant à la terreur pusillanime que César impute ici à Yercingetorix , que pourrions-nous en dire , sinon ceci : au point de vue personnel^ c'est une calomnie césarienne que les actes précédents du guerrier gaulois réfutent absolumenty et que ceux qui vont suivre repousseront avec encore plus d'éclat. Mais , au point de vue général des lecteurs des Commentaires, cela paraît être une habileté destinée à donner le change sur la situation respective des deux armées et sur la réalité des choses , comme on en va pouvoir juger d'après plusieurs indices.

En dissimulant dans le récit que l'agression vient de Yercingetorix, et en ajoutant que le chef gaulois est frappé de terreur. César éloigne de l'esprit du lecteur l'idée que Yercingetorix le tienne arrêté à Âlesia. Par cette réticence et par cette assertion, le lecteur est amené à croire au contraire que c'est César lui-même qui poursuit Yercingetorix et le lient déjà renfermé à Alesia. L'effroi chez Yercingetorix est donc un élément important de l'aspect que César veul donner à cette lutte historique. Aussi nous répète-t-il cela plusieurs fois^ pour nous le bien in-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. YI, § m. 65

culquer dans Tesprit (comme il a répété trois fois qu'il ne se dirigeait pas du côté de la province quand il a passé la Loire). « Les ennemis sont terrifiés, — perterritisque hostibuSj » — nous a-t-il dit tout de suite à son arrivée devant Âlesia. Ici , il fait répéter cela par Yercingetorix lui-même, pour que nous le croyions d'autant mieux. Et sans doute il le fera répéter encore plus loin, car il s'agit d'un point historique capital et qui touche vivement le fier narrateur, à en juger d'après ce qu'il a dit lui-même, comme on l'a vu précédemment, des motifs qui le portèrent à bloquer Pompée dans sa position de Petra.

Examinons donc maintenant avec soin la signification des faits qui se sont passés du côté de César. Quibus rébus cognitis eœ perfugis et cap tivis... o Ayant eu con- « naissance de ces choses par les transfuges et les prisonce niers, César établit le genre de fortifications que a voici * : Il fit creuser un fossé de vingt pieds (S'^QO) « à parois verticales , de manière que le fond fût aussi « large que l'écart des bords ^. Il ramena toutes les au-

* Avec les savants modernes nous prendrons, pour la valeur du pitd romain, en centimèlres, le chiffre 29,5 ; et pour la valeur du pas romain, en mètres, le chifi[re 1,481. (Le pas romain est un pas complet, composé de deux de nos pas simples ou de deux enjambées,)

' Telle fut la première ligne de la contrevallation , qui présentait un développement de 11,000 pas ou de 16 kilomètres 291 mètres. Nous sommes porté à croire, d'après les expressions que César a employées, soit ici, pour indiquer le tracé de ce fossé, soSt plus loin, pour indiquer le tracé d'autres fossés, que ce premier fossé de vingt pieds ne fut creusé que là où les cours d'eau ne constituaient point an premier obstacle équivalent.

66 JULES GËSAR EN GAULE, Comiient. VIL

« très défenses à quatre cents pieds (llS"") en arrière

a de ce fossé ; il fit cela dans l'intention que , malgré un

« si grand espace qu'il fallait embrasser et la difficulté

a de garnir tous les ouvrages d'une couronne de soldais,

n les ennemis ne pussent à Timproviste, soit pendant la

cr nuit, accourir en masse aux retranchements, soit pen-

« dant le jour lancer des traits contre les nôtres occupés

V au travail. À cet intervalle de distance , il mena tout « du long deux fossés larges de quinze pieds (4*42), c( profonds d'autant ; et celui des deux qui était du c6té

V de l'intérieur» fut inondé dans les endroits plans et bas « (dans la plaine basse)^ au moyen d'une dérivation d'un « des cours d'eau (de { Ânconnans). Derrière ces fossés, « il éleva un terre-plein et une palissade de douze pieds « (35''4); il y ajouta un parapet et des créneaux, et R encore de grands pieux en forme de bois de cerf, qui (( sortaient à la jonction des abris et du terre-plein, a pour empêcher les ennemis d'y monter. Enfin , il ré- « partit sur toute la contrevallation des tours espacées ff entre elles de quatre-vingts pieds (23"60).

« Il fallait en même temps se pourvoir de bois de cons- H traction , aller à la provision de blé , et exécuter ces (( immenses ouvrages avec une armée qui avait éprouvé a des pertes et qui était forcée d^envoyer des détachecc ments au loin ; et parfois les Gaulois attaquaient les « ouvrages et faisaient, par plusieurs portes de F oppidum, K des sorties poussées avec la plus grande vigueur. En a raison de quoi, César pensa devoir encore ajouter

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § m. 67

a d'autres ouvrages à cette eontrevallation , afin qu'elle pût (( èlre défendue par un moindre nombre de soldats.

<K Ainsi, après avoir coupé des arbres ou de très-fortes a branches, et en avoir taillé les extrémités en pointes, oc on creusa sur toute la ligne des fossés profonds de a cinq pieds (1M7), on y planta ces pièces de bois, et, (c après qu'on les eut fixées au fond pour qu'il fût im- <« possible de les arracher, leurs cimes s'élevaient à « une certaine hauteur au-dessus de terre. Il y en avait « cinq rangées, reliées ensemble et enchevêtrées de ma- (c nière qu'on ne pût y pénétrer sans se percer à des « pals très-aigus. On appelait cela les Ceps, — Ctppos. a — Par-devant ces ceps on creusa, dans un aligne- <c ment oblique en quinconce^ des trous de trois pieds a (O'^SS) de profondeur, dont le fond se rétrécissait peu c( à peu et de plus en plus jusqu'à se terminer en « pointe ^ On y planta des pieux tout ronds, de la a grosseur de la cuisse, pointus au sommet et durcis au a feu , qu'on ne laissait sortir de terre que de quatre a doigts; en même temps, pour les fixer en place et les

' Scrobes trium in aliUudinem pedum fbdiebantur^ paulaiim angustiore ad summum fastigio. — Ce texte a été l'objet de beaucoup de controverses. Juste Lipse a adopté le même sens que nous; mais, pour cela, il a voulu changer la leçon, et lire ad infimum^ au lieu de ad summum. Or, ce changement de la leçon ne nous parait point nécessaire pour qu'on puisse accepter cette version simple et naturelle du texte.

Constatons d*aborcl que le mot fasdgium, qui d'ordinaire sert à indiquer une hauteur, telle que sont la crête d'une colline ou le faite d'un édiQce, peut aussi être employé dans un sens tout à fait opposé (dans le sens négatifs comme disent les géomètres} , c'est-à-dire que le mot fastigium peut avoir été employé ici par César pour indiquer la profondeur ^ le fond même des trous

68 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

« maintenir debout, sur chaque pieu on foulait delà « lerre au fond du trou avec les pieds ; le reste du trou a était recouvert de brindilles et de menues branches a d'arbres, afin de cacher le piège. On en avait disposé a de cette sorte huit rangées^ écartées enlre elles de a trois pieds (0"88). On appelait cela les Lis, —

dont il 8*agtt. Voici, en effet, comment s'exprime Virgile, au sujet des troiu que Ton creuse pour y planter la vigne :

Forsitan et scrobibus qtm sint faatigia qweras. Ausim vel tenui vitem committere suleo; Altitu ac penitua terrg defigitur arbos...

(Gborq. II.)

On voit clairement que Virgile prend ici le moi foatigium dans le sens de la profondeur des trous où Ton plante la vigne. D'ailleurs, qui ne sait que ce n*est pas le seul exemple de l'emploi d'un même mot latin dans deuxseos directement opposés.' Ne voyons-nous pas souvent, et ici même dans ces commentaires de César, le mot altitudo pris dans le sens de profondeur? Césxr n*a-t-il pas dit dans une même phrase : Helvetii continentur^ una exporte fiumine Bheno latistïmo atque allissimo,,, altéra ex parle ^ monte Jura altissimo..,? — Ainsi Ton ne peut douter que le mot fasligium ne désigne ici le fond des trous dont parle César.

Dès lors, l'expression conjointe, ad summum, doit pareillement, sans aucun doute, être prise dans ce même sens, dans le sens de la profondeur, et par conséquent elle doit indiquer le sommet inférieur, le sommet du côoe creux que représentent chacun de ces trous.

Une seconde conclusion à tirer de ce rapprochement des textes de César et de Virgile (conclusion qui se rattache à la discussion comparative des divers lieux présentés comme étant l'emplacement d'Alesia), c^est qu'un lieu qui joue le rôle de fasligium par rapport à uu autre lieu, ne peut absolument pas être au même niveau. Il peut être plus élevé ou moins élevé, suivan que le mot fasligium est pris dans le sens positif ou négatif; mats il faut toujours absolument qu'il existe, entre le lieu auquel on applique ce caractère, et tout autre lieu par rapport auquel on rapplique, une notable diffé' rence de niveau. Par conséquent, la colline centrale d'Alise Sainte-Reine, ou celle d'Alaise, ne peut, relativement à celles de leur entourage (qui se trouvent, affirmo't-on, au même niveau), jouer le rôle indiqué par le mot fasligium, que César a employé dans la topographie d'Alesia.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § m. 69

ff (Lilià)j — à causo de la ressemblance avec cette fleur. « Par-devant ces lis, on enfouit à fleur de terre des pi- « quets longs d'un pied (0'"29), armés de pointes de a fer. On en répartit çà et là de tQus les côtés, à une « médiocre distance les uns des autres. On appelait cela « les Aiguillons, — (Stimulos).

« Ces choses terminées , Césrir établit, en suivant au- (i tant que possible le tracé le moins désavantageux eu cr égard à la configuration du terrain, et en formant oc une enceinte de quatorze mille pas (20^''734), des rec tranchements du même genre et de pareille force , « tournés à I*opposé contre l'ennemi extérieur (circan- « vallation)^ afin que même une grande multitude, si elle « survenait sans qu'il fût présent sur les lieux, ne pût ce se répandre tout autour des postes qui gardaient les a lignes de blocus. »

Constatons d'abord que le développement indiqué ici pour la circonvallation d'Alesia, çuatorze mille pas romains (presque vingt et un kilomètres), est justement convenable pour embrasser les vingt-trois positions indiquées par nous à cet effet sur le terrain d'Izernore. La vérification est facile : on a la carte de Tétat-major sous les yeux.

Ne semble-t-il pas dans ce récit qu'effectivement César n'entreprit tous ces immenses travaux que lorsqu'il connut le plan de Vercingetorix , et qu'il le vit bien déterminé à demeurer là et à barrer de nouveau le passage aux Romains, en attendant la levée en masse appelée par lui pour leur couper les vivres ? — Quitus rébus cognitis

70 JULES CÉSAR EN GALLE, Comment. VÎI.

ex perfugis et captivis^ Cœsar hœc gênera munitiam instituiL

Mais surtout^ représentons-nous bien toutes ces défenses sur défenses, accumulées devant les Romains, soit du côté de l'intérieur , soit du côté de Textérieur. Ainsi, pour parvenir jusqu'à eux , de quelque côté qu'on se présente, on rencontre d'abord un premier fossé en forme de saut de loup^ mais de saut de loup tel qu'on n'en voit guère, large et profond de presque six mètres. Si on le franchit , on met le pied sur un sol semé de pointes de fer ; puis, au-delà on marche parmi huit rangées de pièges cachés dans des trous, où l'on tombe sur des pieux aigus recouverts de brindilles; puis, au-delà on arrive devant cinq rangées de pals enchevêtrés, inextricables, qu'aucun effort ne saurait arracher du sol où ils sont scellés, et déjà l'on se trouve à petite portée des machines du terreplein. Si l'on traverse cette terrible défense sous une grêle d'autres pieux ou de traits puissants lancés par les machines romaines, on rencontre un deuxième fossé j large et profond de plus de quatre mètres. Si on le passe^ on rencontre immédiatement un troisième fossé de dimensions pareilles, plein d'eau en certains endroits, et l'on a dès lors les Romains sur sa tête. Si l'on passe encore celui-ci, on pourra, au moyen d'une échelle, tenter d'escalader le retranchement ; mais, avant d'en atteindre le haut, les assaillants seront encore arrêtés par des pieux semblables à des bois de cerf qui sortent horizontalement du bord supérieur de ce retranchement de quatre

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § m. 7i

mètres d'élévation , et là-haut il les leur faudra briser sous une grêle de projectiles de toutes sortes^ lancés de très-près des tours voisines . Alors enfin les Gaulois pourront mettre le pied sur le terre-plein de César et voir les légions , du moins ils pourront voir leurs boucliers, leurs casques et attaquer ces autres remparts vivants, hérissés de glaives, lançant des pila meurtriers, et flanqués de hautes tours chargées de machines , qui tirent à dix pas de distance sur les deux flancs des assaillants. 7

Considérons , en face de ces retranchements inabordables ^ Vercingetorix retiré sur le plateau de l'oppidum, n'ayant par-devant lui, pour toute défense , qu'un simple mur gaulois, pareil, selon toute probabilité, à celui de Gergovia, sur lequel on pouvait faire monter un homme en le tirant à soi du haut par la main (XLVII) ; pareil à celui d'Avaricum, où les légions ont pu, par surprise, monter en masse au pas de course (XX VII) . Vercingetorix se contente de ce petit rempart; il néglige tout le reste et se tient là tranquillement enfermé , en attendant l'effet de ses ordres.

César nous dit , il est vrai , qu'avant qu'il eût élevé le supplément de fortifications ajouté à ses lignes , <( para fois les Gaulois attaquaient les ouvrages et faisaient « par plusieurs portes de l'oppidum des sorties pous- « sées avec la plus grande vigueur ^ ». Mais cette phrase

* Et nonnunquam opéra nostra Galli tentare^ aique eruptUmem ex oppidopluhhtt partis facere summa vi conabaniur (lxxiii).

72 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

nous paraît être un nouvel artifice du narrateur, et voici pourquoi nous avons cette pensée :

D'une part, on comprend fort bien que, en voyant les Romains travailler aux lignes, les Gaulois, inoccupés dans l'oppidum, soient descendus vers les travailleurs pour les attaquer, leur lancer des flèches, des pierres; car le tempérament gaulois en rend suffisamment compte. Mais que ces engagements aient été « poussés avec la plus grande vigueur » , — opéra nostra Galli tentare summa vi conabantur; — que Vercingetorix ait médité et dirigé, dès le commencement du blocus, des attaques vigoureusement suivies contre les lignes romaines^ nous ne saurions le comprendre. En effet, ou son but en cela aurait été de sortir de l'oppidum , et alors (que sa grande ombre nous pardonne le mot) il se serait mis dans cette ridicule situation , d'avoir attendu que la porte fût tout à fait fermée pour tâcher de sortir; ou bien, de propos délibéré, il aurait tenté d'assaillir les Romains dans leurs retranchements y et alors il aurait été en opposition flagrante avec sa propre tactique, lui qui a déclaré ne vouloir en aucune circonstance, et même à égalité de terrain, livrer bataille aux légions ; à plus forte raison ici où il aurait eu un très-grand désavantage du terrain. On ne saurait donc assigner un but raisonnable à des sorties poussées par les Gaulois avec la plus grande vigueur, comme le dit César dans la phrase que nous signalons.

Mais, d'une autre part , on comprend très-clairement et la facilité qu'avait le narrateur d'introduire dans l'éco-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § in. 73

nomie du récit Tidée de violentes sorties tentées par les Gaulois (en exagérant quelques tentatives passagères et sans importance contre les travaux) — tentare — , et Tintérèt politique de César à y introduire cette idée. En effet, Timage de ces sorties violentes était nécessaire et suffisante pour ?oiIer son altitude militaire à Alesia. Elle était nécessaire, sans quoi son récit eût offert là un singulier contraste que voici en deux mots : « C'était presque impossible à l'armée romaine affaiblie... d'exécuter de si immenses travaux ; et cependant César ordonna d'en exécuter bien davantage. » L'idée en question était donc indispensable, et elle était suffisante pour motiver cet accroissement excessif de travaux. Car elle insinue dans l'esprit du lecteur que les Gaulois font des tentatives désespérées pour se dégager de f étreinte des lignes romaines; et cela suffit pour qu'aussitôt le lecteur se dise à lui-même : donc César a l'offensive à Alesia; donc néanmoins, et bien qu'il soit le plus fort, César a raison de se retrancher encore plus fortement dans ses lignes; car, avec des ennemis désespérés, il est toujours bon, si fort qu'on soit, de préserver plus sûrement ses propres troupes. Mais il est assez clair que déjà le fossé en saut de loupj de vingt pieds de largeur et d'autant de profondeur, suffisait parfaitement pour arrêter les Gaulois de l'oppidum, puisque nous les verrons ci-après tenter vainement de le franchir. Ainsi, en réalité, César exécute ce supplément excessif de défenses afin de se rendre absolument inabordable de toutes parts; et (s'il peut lui-

74 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

même nourrir son armée) , d'attendre ainsi l'effet de la famine sur les troupes qui lui barrent le chemin à Alesia,

Maintenant que nous croyons avoir écarté ne petit voile qui était placé là, considérons uniquement les faite indiqués 9 comparons librement l'attitude militaire des deux ennemis établis là face à face, et demandons-nous lequel des deux a l'offensive ? Lequel se tient sur la défensive? La réponse ne nous paraît pas pouvoir être douteuse.

Dira-t-on que César exécute un blocus et qu'il ne veut point exposer ses soldats? Il faut convenir au moins que ce blocus fait exception par la prudence inouïe que César y apporte ; car, jamais il n'a rien exécuté de comparable, même contre les légions de Pompée près de Dyrrachium, même contre celles de Scipion et de Labienus qui le serraient de si près à Ruspina, au début de la guerre d'Afrique ; et cependant le récit de cette dernière guerre ne permet pas de douter que César ne s'y tînt, en ce moment-là , complètement sur la défensive '.

Dans une autre circonstance de la guerre de Gaule, César avait pareillement jugé et prononcé que la place de Gergovia ne pouvait non plus être prise qu'à Taide d'un blocus : ce qui ne Ta cependant point empêché d'y attaquer Vercingetorix , alors que, se croyant le plus fort , il avait réellementl'offensive. Tandis que, au sujet du blocus d'AIesia, le récit ne dit nulle part que César ait jamais

^ De belio AfHcano, xxx et xni*

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § m. 75

songé à attaquer Vercingetorix dans cet oppidum, ni que Yercingetorix ait fait aucuns travaux de défense , sauf ce mur en pierres sèches du versant oriental de la colline de Toppidum, défense incomplète et qu'il négligea immédiatement, comme on l'a vu^ dès que les armées se trouvèrent établies la en opposition face à face.

La conclusion à tirer de tout cet ensemble de faits est donc : que Vercingetorix veut rester en position dans Toppidum d'Alesia et y reste sans paraître s'inquiéter d'être attaqué; par conséquent il a ses raisons pour se tenir là , et il compte sur son armée pour y demeurer à son gré. Tandis que César, tout au contraire, ne trouve jamais sa position assez pru:]ente, assez inabordable. Tel est le double fait fondamental, constaté dans le récit même de César. Tout dans les Commentaires continue donc bien de s'accorder avec ce qui a été dit précédemment au sujet de la situation historique, à savoir que : Vercingetorix, établi dans i oppidum dAlesia, y barre de nouveau à César le chemin de la Province,

Nous avons d'ailleurs des textes accessoires qui le démontrent assez clairement.

Eutrope (ou Paul Orose), dans son abrégé de la guerre de Gaule, tiré d'oeuvres de Suétone aujourd'hui perdues, s'exprime ainsi : a Ensuite les Romains et les Gaulois « occupèrent deux collines opposées Tune à l'autre, où, c( après s'être attaqués un grand nombre de fois avec des a résultats divers, enfin les Romains furent vainqueurs, « grâce à la bravoure singulière des cavaliers germains.

76 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

« leurs amis depuis longtemps, qu'ils avaient fait venir à « leur secours dans cette occasion ^ » Celte lutte des deux armées dans deux positions opposées , face à face, — duo colles sibi invicem obversos^ — s'accorde bien , on le voit, avec l'idée d'une retraite barrée.

Tacite, de son côté, a parlé d'Âlesia au sujet de queU ques nominations à des places vacantes dans le Sénat de Rome, sous l'empereur Claude (l'an de Rome, 801, c'est-à-dire moins d'un siècle après le blocus d'Alesia). Des personnages de la Gaule chevelue aspiraient à cet honneur. Des compétiteurs italiens, pour les en écarter, insistaient auprès de l'empereur sur l'inconvénient d'introduire de tels personnages dans le Sénat romain...

Or, parmi les raisons qu'ils faisaient valoir se trouve celle-ci : « Ils vont s'emparer de toutes les places, ces bi- « CHEs, dont les aïeux et les bisaïeux, à la tête de nations « ennemies, ont fait périr nos armées par le fer et sous « leurs coups , et ont barré le chemin au divin Jules auprès te d'Alesia. Ceci est récent : que serait-ce donc si l'on (( rappelait les anciens souvenirs, et que ces mêmes <i hommes ont renversé de leurs propres mains le Capitole « et l'autel protecteur de Rome?... » V

' Dehinc, duo colles sibi invicem obversos Romani Gallique ceperunt; unde muUis sxpe eruptionibus et variis eventilms prœliantes , tandem RO' manif prœcipua Germanorum eguitum, guos sibijamdudum amieos mnic i» auxilium adsciverant^ virtute vïcerunt, — Voir, au sujet de cet abrégé de la guerre de Gaule, la note placée dans notre tome I*"'. Introduction, p. li.

' Oppleturos omnia divites illosy quorum avi proavigue^ hostUium noté»num duces, exercitus nostros ferro vigue ceciderint, divum JuUum afU

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § in. 77

Or, ces choses-là étaient dites deyant le cinquième César; elles touchaient à Tétoile du chef de la dynastie ; et cependant Tempereur Claude^ qui entendait ces paroles, ne mit nullement en doute le fait historique. Car, au contraire , il convoqua le Sénat pour faire lui*mème à la séance qui s'ensuivit l'exposé de la politique traditionnelle du peuple romain, et dans son discours à ce sujet on trouve le passage suivant : « Mais (disent les opposants) oc nous avons été en guerre avec les Sérions. Est-ce donc « que les Volsques et les Ëques n'ont jamais rangé une « armée en bataille contre nous ? Nous avons été sous la a main des Gaulois? Mais n'avons-nous pas aussi livré des r< otages aux Étrusques? et n'avons-nous pas subi le « joug des Samnites * ? »

L'autorité de Tacite suffirait bien pour qu'on ne pût pas révoquer en doute que cette discussion politique et ce discours de l'empereur Claude aient réellement eu lieu dans le Sénat romain ; mais nous en avons une seconde preuve, très-positive, dans un document archéologique bien connu, qui existe à Lyon. Nous voulons parler des tables claudiennes, tables de bronze où est inscrit ce discours de l'empereur Claude, et qui ont été découvertes dans la ville de Lyon en un point de la rue appelée

Aluiam obsiderint. Recentta hxc : quid si memoria veierum inoriretur, gui CapUolio et ara romana manibus eorumdem prostratis,,. (Tacitb, Anna" les, XI, xuii.)

^ Àt cum Senonibus pugnavimus. Scilicel Volsci et Egui nunguam adversum nobis aciem struxere? CapU a Gallis sumus : sed ei Tuscis obsides dedimus, et Samnilum juçum subivimus» (Ibkl,)

78 JULKS CÉSAR EN GAULE, Comment. Vil.

depuis lors rue des Tables-Claudiennes. On sait que cet empereur romain était né dans la métropole gauloise, et sans doute son discours y fut exposé aux regards de tous par le zèle intéressé de ces Éduens qu'il avait fait nommer sénateurs romains dans cette occasion. Or cette rue des Tables- Claudiefines étant située au promontoire qui termine la colline de la Crois-Rousse, colline qui peut être considérée comme un promontoire extrême de la chaîne des monts Jura , interposée entre la vallée de la Saône et celle du Rhône , on peut dire, à la rigueur, que cette inscription des Tabks-Claudiennes a été trouvée à l'extrémité même de la chaîne des monts Jura où Vercingelorix barra le chemin à César.

11 n'est donc point de fait historique mieux constaté que celui-ci : Vercingetorix posté à Alesia barrait à Jules César la porte de sortie de la Gaule Celtique. Par conséquent, s'il est un précédent historique auquel od puisse comparer un tel acte de la part de Vercingetorix, c'est assurément le dévouement héroïque de Léonidas aux Thermopyles.

Nous ne voyons en Gaule que la région à'Izemore qui puisse avoir été le théâtre de ce grand acte. Qu'on veuille bien considérer, a la grande cassure des monts Jura, Véivoii passage de la Cluse, entre les roches escarpées de la montagne de Don qui dominent ce passage et les eaux profondes du lac de Nantua qui baignent le pied de ces roches : c'est par là qu'il fallait absolument qUe César s'engageât sous l'œil de Vercingetorix pour regagner la

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 79

province romaine. C'était par cette même voie qu'il en était venu, en sens inverse sept ans auparavant, porter le ravage et la désolation dans notre malheureuse patrie.

Voilà donc les Thermopyles de la Gaule : voilà ces lieux si intéressants pour notre histoire nationale, le point même où jadis nos ancêtres ont barré le chemin à Jules César auprès ctAlesia, comme l'ont rappelé les sénateurs romains, l'empereur Claude, l'historien Tacite, et comme du reste on aurait déjà pu le voir assez clairement d'après les commentaires, en examinant avec soin les divers passages que présente la chaîne des monts Jura.

Et maintenant c'est à chacune des opinions intéressées qu'il appartient de répondre à son tour sur ce même point.

Reprenons de notre côté l'examen de la suite du texte des commentaires.

S IV. — Retards fuDestes mU par les Gaulois de l'extérieur à venir envelopper Farinée romaine. — Lignes du blocus rendues inabordables du côté de l'extérieur aussi bien que du côté de Tintérieur, et César approvisionné de tout. — Famine dans Âlesia, et situation de Vercingetorix désormais sans espoir» — Indications géographiques fournies incidemment par le texte de César.

a Neu cum periculo ex casttis egredi cogerentur.., a Pour éviter aux soldats de César le danger d'être obligés a à sortir des retranchements, il prescrivit que tous et a chacun en particulier eussent à se pourvoir dé blé et de a fourrage pour trente jours*

tt Pendant que ces choses se passent devant Âlesia,

80 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

« les Gaulois de l'extérieur, le conseil des princes couyo- « que, arrêtent: qu' on n* appellera pas aux armes^ comme « fa ordonné Vercingeiorix, tous ceux qui sont en état de « les porter, mais que seulement on commandera un cer- « tain contingent à chaque cité, de crainte que, avec une « trop grande multitude confuse, il ne soit possible ni oc de la conduire convenablement, ni d^y reconnaître ce chacun les siens, ni d'avoir du blé en proportion. Ils <c commandent aux Éduens et à leurs clients, les Sébusiens, « les Ambivarètes, les Aulerces-Brannovices, les Bran- « nometis, 35^000 hommes ; pareil nombre aux Arvemes, « y compris les libres Cadurces, avec les Gabales et les « Vélaves, qui avaient l'habitude d'être sous le comman- « dément des Arvernes; 12,000 aux Sénons, aux Séqua- « nes^ aux Bituriges, aux Santons^ aux Ruthènes, et aux « Carnutes; 10,000 aux Bellovaques; autant aux Xré- « movices; 8,000 aux Pictons, aux TuronSj aux Pari- « siens et aux MhreB Suessons ; 5,000 auxAmbiens, aux « Médiomatrices ^ aux Pétrocoriens^ aux Nerviens, aux « Morins et aux Nitiobriges; autant aux Aulerces-Céno^ « mans; 4,000 aux Atrébates; 3,000 aux VellocasseSj « aux Lexomens, aux Aulerces-Éburovices; 3,000 * aux

' Le texte indique ici 30,000; mais on voit, au chapitre xxix du premier livre, que la population entière des Rattragues n*étdit que de 23,000 têtes et celle des Boîens de 32.000, quands ils se joignirent les uns et les autres à rémigration des Helvètes. Évidemment donc il y a ici une erreur de leçon. Et en tenant compte à la fois des chiffres de la population et des pertes éprouvées par ces deux petits peupK-s, nous avons présomé qu*U fallait ici lire 3,000, au lieu de 30,000

DEUXIËBfE ÉPOQUE, Chap. Vl, § iv. 8i

« Bauraçues et aux Boïens; 6,000 à toutes les cités des a côtes de l'Océan qu'on a coutume en Gaule d'appeler « Armoricaines, au nombre desquelles sont les Curiosor fit lites, les JRhédons, les Ambibares ^, les Calètes, les Osis" « miens, les Lémovices \ les Vénètes et les Unelliens.

a Du nombre de ces cités appelées, les Bellovaques « n'amenèrent pas leur contingent : attendu, dirent-ils, « qu'ils voulaient faire la guerre aux Romains en leur pro- « pre nom et à leur convenance, et quHls ne voulaient point <x se soumettre axix ordres de qui que ce fût. Néanmoins, « à la prière de Commius et en considération de ses « rapports d'hospitalité, ils envoyèrent 2,000 hommes. « César pour ses expéditions en Bretagne les années pré- CE cédentes avait usé, comme nous l'avons dit ci-dessus, a des fidèles et utiles services de ce Commius; en con- « sidération de quoi il avait exempté sa cité de tout « impôt en lui rendant ses droits et ses lois, et il avait « attribué à Commius lui-même le pouvoir sur les Morins. Œ Si grand néanmoins fut dans toute la Gaule P entraînea ment à reconquérir la liberté et à recouvrer Cantique « gloire militaire^ que ni les bienfaits, ni les souvenirs « (Tamitié n^en purent détourner, et que chacun apporta et « son dévouement et ses moyens à cette guerre, pour la-

* Amb^ri : nom probablemeDt altéré dans la Jeçon. On a cru devoir entendre sous ce même nom les Abriucatui» peuple du diocèse d'AvranchesP

* Lémovices : autre nom probat^lement aussi altéré dans la leçon. On a pensé qu'il faUait lire Leonenses ou LeoniceSy et quUl s'agissait de la population du pays de Sainl-Pol de Léon, dans le département du Finistère.

sa JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

« quelle on rassembla 8,000 hommes de cavalerie et ce environ 240,000 hommes d'infanterie.

« Ces troupes étaient passées en revue dans le pays des « Éduens. On en vérifiait le nombre ; on faisait reconcr naître les chefs. L'autorité suprême fut déléguée à tt l'Âtrébate Commius, aux Éduens Yiridomare etEporea dorix, etàTArverne Vergasillaune, cousin de Yercioge- « torix. On leur adjoignit des hommes choisis parmi les a cités, pour former un conseil chargé de diriger la «t guerre. Tous avec enthousiasme et pleins de confiance a partent pour Alesia. Et il n'était aucun d'eux qui ne <c considérât comme impossible de soutenir seulement tas- , a pect dune si nombreuse armée, surtout dans une double a attaque où, du côté de F oppidum on ferait des sorties, et « du côté de [extérieur il se présenterait tant de troupes (i à la fois, cavalerie et infanterie* »

Évidemment cet appel fait par Vercingetorix aux cités de la Gaule était de la plus grande urgence, puisque son armée n'avait à Alesia que pour trente Jours de vivres. César, mieux que tout autre, connaissait l'importance d'arriver à temps dans l'action militaire. Aussi, a-t-^n pu remarquer, dans son récit, avec quelle habileté il s'empresse de détourner l'attention de son lecteur de ce point capital, de la question de Vurgence, en expliquant que les princes de la Gaule, réunis en conseil, avaient décidé qu'il ne fallait pas prendre à la rigueur des mots l'ordre émané de Vercingetorix. Est-il possible, en vérité, que, dans de telles conjonctures, on ait discuté la question

DEUXIÈBIE ÉPOQUE, Ghap. VI, § iv. tô

de savoir si I'od devait faire marcher absolument tous les Gaulois en état de porter les armes, ou seulement des contingents de chaque cité? Qui ne voit qu'il s'agissait d'une levée en masse instantanément exécutée? qu'il fallait que tout le monde accourût, les plus voisins tout de suite sans attendre les autres, et les autres successivement de proche en proche^ et tous le plus vite possible? Il n'y avait, certes, point de Gaulois quelconque, assez peu clairvoyant pour commettre une telle méprise sur ce point capital; il n'y avait que des princes, traîtres à la Gaule et gagnés à César, qui pussent discuter sur ia ma^ nière la plus convenable d'exécuter l'ordre du chef suprême; mais surtout qui pussent s'accorder sur un mode d'exécution tel que celui qui a été adopté^ dit César, dans le conseil des princes. Et il n'y avait qu'une population trop facile dans la main des princes et peutêtre aussi trop peu animée des sentiments de race, pour se prêter à de tels retards dans de telles conjonctures.

Quoi donc I l'ennemi qui depuis sept ans dévastait la Gaule se trouve en ce moment dans une impasse : Ver-* cingetorix, ne pouvant à la fois l'arrêter par devant et lui couper les vivres par derrière, a fait choix du poste le plus périlleux; chef suprême de toute la Gaule, il appelle directement tous les Gaulois à son aide pour un coup de main (qu'on nous permette l'expression); le succès tient à la promptitude dans l'exécution de cet ordre : tout dépend de la célérité, comme dit quelquefois César {res in celeritate posita esl)\ et, dans une nécessité

g4 JULES CÉSAR £N GÂULË, Comment. VII.

aussi manifeste, aussi pressante, tout le monde n'accourt point; on n'obéit point immédiatement à Tordre du chef £(tipréme ! On convoque le conseil des princes à jour fixe, — concHio principum indicto ; — on fait des observations sur tous les inconvénients d'une armée trop nombreuse, — moderari, — discernere suos, — frumentum; — on passe des revues, — recensebantur\ — on vérifie si le nombre des hommes amenés est bien complet, — numerus iniba^ tiir; — on a fait connaître aux cités des côtes de l'Océan, aux. cités de la Belgique, le contingent que chacune d'elles doit fournir, et on l'attend; on fait reconnaître les chefs particuliers de chacun des contingents ; on nomme quatre chefs supérieurs ; on leur adjoint un conseil, et voilà enfin tous les préparatifs terminés, et l'armée auxiliaire part pour Alesia.

Or, pendant tout ce temps perdu, l'armée de Vercingetorix et la population Mandubienne, maintenant enfermées depuis plus de trente jours dans Alesia, y meurent de faim. Telle est la simple et triste vérité, comme nous allons le voir, tel est le fait grave, le résultat lamentable de toutes ces lenteurs des Gaulois auxiliaires. Ce résultat si important , César nous le cache sous leur enthousiasme illusoire, qu'il fait briller à nos yeux avec tant de complaisance et d'astuce , en insistant sur leur confiance absolue dans le succès, pour que le lecteur ne se demande point à lui-même si le succès est encore possible.

En effet, qu'est-ce que cette armée auxiliaire? Elle se compose de huit mille cavaliers (mais Vercingetorix en a

DEUXIÈME ÉPOQUE, CH4P. VI, § iv. 85

renvoyé d'Alesia un plus grand nombre) et de deux cent quarante mille fantassins : pourquoi faire ceux-ci? Est-ce que Vercingetorix a pu demander de l'infanterie auxiliaire? Serait-ce pour assaillir les Romains dans leurs formidables retranchements? Mais il a dit et répété que^ fût-ce à égalité de terrain, il ne mettrait pas lui-même son armée de Gergovia en face des légions. Et Ton voit bien vite la sagesse de cette pensée arrêtée dans son esprit, quand on compare les armes des Gaulois avec celles des légionnaires. Et ici ne serait-ce pas un acte insensé que d'aller assaillir ces légionnaires derrière des retranchements tels que sont actuellement ceux de César à Âlesia?

Vercingetorix, dans son appel d'urgence adressé à toute la Gaule, n'a donc pu demander et n'a certainement demandé que des cavaliers, des cavaliers aussi nombreux que possible. Quel autre concours efficace pouvait-il demander, sinon celui de nombreux cavaliers accourant s'unir à ceux qu*il avait renvoyés d'Alesia, pour harceler sans cesse avec eux l'armée romaine, et lui disputer partout les vivres et le pâturage, pendant que lui-même, posté par-devant elle à Alesia et établi là dans une bonne position, il tenait résolument cette armée arrêtée à la porte de sortie de la Gaule, pour l'y voir succomber à la faim : faute de posséder dans les mains de ses propres troupes des armes comparables à celles des légions?

Mais, en face de Vercingetorix et à la faveur de ces mêmes retards de la part des Gaulois de l'extérieur, César, de son côté, s'ingénie à perfectionner tout à loisir.

86 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vn.

de la manière qu'il a expliquée, ses immenses travaux de défense, la circonvallation aussi bien que la contrevallation d'Alesia, jusqu'à les rendre absolument inabordables pour des Gaulois dénués de tout engin de guerre qui pût en faciliter Tattaque.

César aussi parait ne manquer de rien, a 11 prescrit à (( tous les siens d'avoir sous la main , chacun par-devers « soi, du blé et du fourrage pour trente jours, — rfi>- « rum XXX pabulum frumentumque habere omnes convecc( tum fubeL » — Mais prescrire ne suffit pas, il faut se procurer ces vivres ; et César sait bien que c'est là une des grandes difficultés de la guerre ; il signale souvent cette difficulté : pourquoi donc n'en parle-t-il point ici comme d'ordinaire ? De quelle manière a-t-il réussi, dans les conditions où il se trouvait, à pourvoir aux vivres de chaque jour, et de plus à un approvisionnement de trente jours de vivres, fait d'avance pour chaque soldat romain ? pour dix légions et les accessoires? Tant de blé qu'il a fallu pour tant de Romains devant Âlesia (pour soixante à quatre-vingt mille hommes), d'où est-il provenu? Est-ce donc de deux ou trois cités gauloises, assez aveuglées parleurs princes pour n'avoir pas vu que l'union de toute la race gauloise était le seul moyen de salut contre cet ennemi commun ?

Quoi qu'il en soit, nous pouvons déjà d'ici apercevoir la catastrophe finale.

At H çui A lestas obsidebaniur . . . « Quant à ceux qui se « trouvaient bloqués dans Alesia, le jour où devait leur

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 87

« arriver le secours des leurs étant passé j tout le blé étant (c consommé, n'ayant aucune nouvelle de ce qui se passait a chez les Éduens, ils s'étaient assemblés en conseil, et « délibéraient sur le parti qu'il leur restait à prendre.

tf Après qu'eurent été exposées les diverses opinions (c dont les unes concluaient de se rendre, et les autres de a faire une dernière sortie pendant que les hommes avaient « encore assez de forces pour la tenter, un discours de « Critognat nous paraît ne pouvoir être passé sous silence, « à cause de sa cruauté sans pareille et abominable. Cet « homme, né en haut lieu chez les Arvernes, exerçait une (C grande influence. — Je ne veux, dit-il, nullement disa cuter l'opinion de ceux qui, sous le nom de reddition^ ce appellent la plus honteuse servitude; je ne les recona nais dignes ni d'être de nos cités, ni d'être admis au c( conseil. Je désire m'entendre avec ceux qui approuvent « la sortie, et qui, personne n'en saurait disconvenir, a témoignent ainsi qu'en eux persiste le souvenir de H notre ancien courage. Mais ce n'est point là du coufc rage, c'est de la faiblesse d'âme que de ne pouvoir « supporter un peu de temps la disette. Des hommes qui c( bravent la mort, on en trouve plus facilement que des (C hommes qui supportent la douleur avec fermeté. Moi « aussi, j'approuverais cette opinion de faire une sortie, c( car il m'est toujours difficile de ne pas céder à un senf« timent honorable, je l'approuverais si le sacrifice de a notre vie était à mes yeux la seule perte qui en dût « résulter. Mais, pour prendre une résolution, portons

88 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

(( DOS regards derrière nous sur toute la Gaule soulevée « par nous pour venir à notre secours. Quel courage « pensez-YOus qu'il puisse rester à nos proches et à dos « frères, si, après que 80,000 hommes auront tous été « tués en ce lieu, ils sont forcés de combattre presque a sur nos cadavres? N'allez pas priver de votre secours a ces hommes qui, pour nous sauver, n'auront tenu (( aucun compte de leur propre péril; n'allez pas , par « votre irréflexion et votre imprudence ou faute de a fermeté d'âme, faire succomber ici toute la Gaule et la « faire condamner à une servitude perpétuelle. Est-ce « parce qu'ils ne sont pas arrivés au jour fixé que vous « doutez de leur foi et de leur constance? Quoi donc! « Pensez-vous que ce soit pour leur plaisir que chaque ce jour on fait travailler les Romains à ces fortifications a qu'ils élèvent par-derrière eux? Si votre courage ne peut <K être soutenu par des messages de ceux qui sont au delà, ce tout chemin étant fermé, sachez comprendre, d'après ce ce que vous voyez faire à ceux qui sont en deçà, que a les autres sont près d'arriver ; voilà ce qui jette ceux-ci cr dans une terreur telle qu'ils ne cessent de travailler ni a de jour, ni de nuit. Quel est donc mon avis? C'est de u faire ce que firent nos pères dans la guerre des Cimbres fc et des Teutons, bien différente pourtant de celle-ci : forcés a de se réfugier alors dans les oppida et réduits à une disette a semblable à la nôtre, ils se conservèrent la vie au moyen ft des corps de ceux qui par leur âge paraissaient inutiles ce à la guerre, et ils ne se Uvrèrent point aux ennemis. Lors

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, g iv. 89

« même que nous n'aurions pas cet exemple à suivre, « néanmoins, ayant à défendre notre liberté, il me semcc blerait très-beau de le donner nous-mêmes et de le 9 transmettre à nos descendants. Car, quelle guerre fut ff jamais comparable à celle-ci? La Gaule ravagée, les a Cimbres, après avoir été pour nous une grande cala* ce mité, sortirent un jour de notre territoire et gagnèrent cr d'autres contrées; nos droits, nos lois, nos champs, ils ff nous les laissèrent. Mais les Romains, que prétendent- <% ils ou que veulent-ils, si ce n'est que, poussés par la «c jalousie de voir des hommes illustres dans la renommée ce et puissants dans la guerre, ils cherchent à s'établir ti dans leurs champs, dans leurs cités, et à leur imposer ff pour toujours la servitude? EU ^ ^ff^t^ jamais ils « nont eu pour but dans leurs guerres un autre résultat \ cr Que si voys ignorez ce qui se passe chez les nations a lointaines, regardez derrière vous cette Gaule limitro- « phe, qui, réduite en province romaine, son droit et ses ce lois changés, les haches levées sur elle, se trouve déa sormais sous le poids de la servitude à perpétuité ! »

a Les opinions discutées, les Gaulois arrêtent d'un a commun accord : que ceux qui par leur constitution ou a leur âge sont inutiles à la guerre, sortiront de l'oppi- « dum; qu'on endurera tout avant que d'en venir à (c suivre l'avis de Critognat; mais que, si le retard des

> Voilà l'histoire romaine résumée en une seule phrase par César, dont on ne peut contester l'autorité à ce sujet ; et il confirme ici notre épigraphe générale, tirée de la lettre de Mithridate à Arsaoe, citée aussi par Salluste.

tf auxiliaires y force , on prendra ce parti , plutôt que de « consentir à se rendre et à parler de paix.

a Les Mandubiens, qui les avaient reçus dans leur oppitf dum, sont forcés d'en sortir avec leurs femmes et leurs « enfants. Ces gens-là j après s'être approchés desretran-^ a chements des Romains, en pleurant et suppliant de toutes « manières^ demandaient au prix de f esclavage quelque a secours d aliment. César plaça des gardes sur F enceinte « pour empêcher que ces hommes ne fussent reçus. »

Recherchons d'abord dans cette partie du récit ce qui est le plus important à connaître, la cause première de la famine dans Alesia, c'est-à-dire la cause du retard de l'armée auxiliaire, d'où sont résultés et la famine dans l'oppidum et le perfectionnement des défenses établies tout à l'entour par l'armée romaine : double résultat dont la cause commune est la cause même de toute la catastrophe d'Alesia , désormais imminente et fatale. Or , la cause du retard des Gaulois auxiliaires , cette cause de tout le désastre d'Alesia , qui en fut une conséquence inévitable, César n'en dit rien dans son récit : il l'y passe sous silence, absolument.

En effet, suivons bien Tordre de ce récit. Au début du blocus y César nous a montré Yercingetorix posté dans l'oppidum avec une provision de vivres pour trente jours. Voilà le point de départ, la mesure des vivres et la date du temps, lequel écoulé, la famine sera 'dans l'oppidum. Yercingetorix fait appel à l'extérieur : c'est d'un coup de main qu'il s'agit, c'est d'accourir d'urgence pour couper

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 91

les vivres à l'ennemi avant qu'ils ne manquent dans l'oppidum, et tout dépend évidemment de la célérité à obéir à cet apppel ; mais on perd du temps , on ne vient pas ; et César peut se pourvoir de vivres en abondance, et il a le loisir d'exécuter des travaux de défense tels qu'il a dû y employer bien plus d'un mois. Il est incontestable que les cités appelées par le chef suprême de la Gaule perdent ainsi un temps précieux s'il en fut jamais; qu'on tue Vercingetorix et son armée; qu'on sauve César; qu'on lui livre la Gaule. Mais quels sont les auteurs de ce retard? De combien de jours est ce retard par rapport à ce terme fatal, trente jours? A toutes ces questions, historiquement capitales, le récit de César répond : « Ils partent pour Alesia, — ad Alesiam profimcuntur^ — » et rien de plus : point d'explication; pas un seul mot n'est dit de la cause d'un tel malheur, s'il n'y eut en cela que malheur et force de choses : pas un seul mot n'est dit des auteurs de ces retards funestes, si des hommes en furent coupables. Et cependant tout est là incontestablement pour l'histoire de la catastrophe d'Alesia.

Nous reviendrons à part sur ce sujet important, à l'histoire duquel nous avons réuni plus loin un certain nombre d'indices, qui nous ont paru assez significatifs et assez concordants pour mériter une attention particulière à ce point de vue. '

Sous cette réserve, pour ne pas interrompre la liaison naturelle des choses, considérons ici le fait même de la famine dans l'oppidum d'Alesia, tel qu'il est rapporté par

César. Si, en réalité, le fléau avait exercé ses ravages dans Toppiduni d'AIesia, les lé-gionnaires connaissaient infailliblement ce fait grave, eux qui, pendant le blocus, avaient vu expulser les bouches inutiles, et qui, en pénétrant dans l'oppidum, avaient dû être témoins des résul* tats affreux de cette famine; il n'était donc pas possible de passer un tel événement sous silence dans les Commentaires. Mais, s'y trouve-t-il présenté à découvert, s*y trouve-t-il exposé avec la fidélité et la clarté qu'exige l'histoire? Certainement non. Le récit d'abord nous indique ce fait si grave de la manière la plus brève et la plus vague; puis, il substitue à sa description historique un roman historique. Et de plus la cause de cette famine ayant été ainsi absolument passée sous silence, tout ce qui va s'ensuivre : la reddition de l'armée gauloise, sans conditions, la captivité et la mort de Vercingetorix, l'asservissement définitif de la Gaule, et par suite encore l'avènement de l'empire des Césars qui va s'étendre sur tant de peuples, tous ces résultats plus ou moins immédiats de la catastrophe d'Alesia, bien qu'ils soient les conséquences nécessaires de la famine même, vont être attribués au génie militaire de César, à la plus grande gloire de César et des armées romaines; et il ne s'y joindra ni corruption, ni trahison, ni rien qui vienne atténuer l'éclat de toute cette glorification romaine. •

Considérons bien tout l'art de ce récit important, qui est la dernière page des commentaires dictés par l'illustré écrivain lui-même sur cette guerre de Gaule; car le reste

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 93

de son septième livre n'est plus qu'un exposé topographique et la mise en scène de toute celte accumulation de défenses dans ses lignes de blocus, contre lesquelles les Gaulois vont venir maintenant se heurter en vain.

Pour rapporter ce fait capital de la famine dans Alesia, César s'y est pris d'avance (comme dans tant d'autres questions délicates) : dès le premier jour où il commençait le blocus d'Alesia, il nous a fait apercevoir d'avance la famine, en nous montrant Vercingetorix comme déjà enfermé dans l'oppidum, sans avoir des vivres pour plus de trente et quelques jours, et en ajoutant alors quelques détails, à savoir : que Vercingetorix ordonne, sous peine de mort, la mise en commun de tout le blé ; puis, qu'il fait distribuer ce blé à très-petites rations, peu à peu, et qu'il attribue également à chacun sa part du bétail que les Mandubiens ont amené avec eux en se réfugiant dans l'oppidum. Tout cela étant placé en cet endroit du récit, où il ne s'agit encore que d'une famine éventuelle, simplement en perspective, le lecteur, ignorant les détails réels, n'en est point ému, et les légionnaires, eux qui connaissaient le gros des faits , les voyant indiqués dans le récit, ont pu s'y reconnaître et juger que ce récit était réellement conforme à la vérité.

Ensuite, lorsque la succession des événements nous amène sur le fait même dans toute sa gravité, à sa date fatale, lorsqu'il s'agirait de montrer ce fait de famine tel qu'il s'est accompli, de l'expliquer, et surtout, à raison de son importance capitale, d'en faire connaître autant que

94 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vit.

possible, la cause et les auteurs. César se contente de nous dire : « Le jour étant passé, » — prxterita die, « Tout le (c blé étant consommé, » — consumpto omni frumento, — c'est-à-dire en somme la date fatale est passée, on n'a plus de blé dans Alesîa; puis, il ajoute : « Ayant assem- « blé le conseil, » — consilio coacto, — et la transition est faite : nous voilà en plein roman historique : Critognat prononce un beau discours de César ^

Réservons ce discours imaginaire de Critognat pour Texaminer à part, et allons y prendre à la fin la transition de sortie : c'est le vote même du conseil imaginaire.

Le récit des faits reprend à ces mots : a Les Mandua biens, gui les avaient reçus dans leur oppidum, sont a forcés d'en sortir avec leurs enfants et leurs femmes '...» Négligeons le trait perfide dirigé là contre les Gaulois de Yercingetorix, de manquer aux devoirs sacrés de l'hospitalité en expulsant les bouches inutiles; voici, par-derrière cela, un fait très-grave, à peine visible : « Ces gens- « Id, après s'être approchés des retranchements des Romains, a pleuraient et suppliaient de toutes manières, pour qu'on « leur accordât j même au prix de t esclavage romain, quel* « que secours d'aliment . César plaça des gardes sur F enceinte « pour empêcher que ces hommes ne fussent reçus *. » Ne

* Mandubii gui eos oppïdo receperant cum liberis a^ue uxarilms tskrt coguntur (lxxyiii).

^ Ni, quum ad munitiones Romanorum aecessissentfJUntei, omMm pre^ tUmt orabant tU se in servUutem receptos dbojuvarent... Hos Cvêar^ dU' posîtis in taUo cuslodiis, recipiprohibebat. (lzxviii:)

DEUXIÈBfE ÉPOQUE, Ghap. VI, § iv. 9S

discutons ni l'art, ni la singularité de ce récit, où à une demande d aliment dans les angoisses de la faim, il est répondu par une barrière; la force de la situation vraie est telle que chaque lecteur a en soi la certitude que ces malheureux Mandubiens demandaient, par leurs supplica* tiens et leurs larmes, à obtenir, même au prix de t esclavage romain,*de deux choses Tune, ou un peu d'aliment, ou la permission de traverser les lignes romaines. 11 n'est pas moins évident, par le récit même, que César leur refusa l'un et l'autre, et Taliment et le passage à travers ses lignes : voulant qu'ils mourussent de faim là, tous. Tel est incontestablement la vérité sans voile.

Le voile funèbre, cet euphémisme si simple : « il em- « péchait qu'ils fussent reçus, » — recipi prohibebat, — nous en rappelle un autre tout pareil, à savoir, cette autre expression : a Quand on les lui eut ramenés, il les « tint pour ennemis, d — reductos in hostium numéro habuit \ — » expression aussi simple que celle qu'on vient de lire ici , et que César jeta de même comme un voile funèbre sur six mille Helvètes fugitifs et désarmés^ qu'on lui ramena chez les Lingons et qu'il fit froidement mettre à mort. Mais ici^ où le voile funèbre recouvre une population tout entière, hommes invalides^ femmes, en-^ fants, mis à mort par la faim, au milieu de cette zone d'aiguillons de fër, de pieux aigus, durcis au feu^ et de pals enchevêtrés, où ces malheureux se perçaient le corps de

^ L»R béU. Gall.f h xxtiii;

96 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

tous les côtés en tâchant d'approcher des Romains, et en les suppliant de toutes manières , pour obtenir un peu d'aliment... c'est là, sous celte expression simple, — recipi prohibebai , — une scène réelle , affreuse à imaginer, quelque chose d'inouï !

Et même un mot frappant semblerait impliquer que César, seul peut-èlre , eut la force d'en ^supporter le spectacle. En effet, lorsqu'il s'agit de s'opposer à un acte par une loi ou par un ordre, le mot propre est en latin le mot veto (vetita legibus aléa, Hor)\ ou en français le mot défendre : le mot bien différent qui est employé dans le récit de César , — prohibebai, — ou en français : il empêchait, paraissant être le mot propre pour indiquer qu'il est fait opposition à un acte physiquement , comme avec la main. Or, César emploie toujours le mot propre. Si donc le vrai sens du récit est tel qu'il paraît, ce mot prohibebat impliquerait l'idée qu'un commencement d'exécution pour laisser passer les malheureux Mandubiens expulsés de l'oppidum avait lieu actuellement , ou tout au moins, qu'une tendance à les laisser passer se manifestait par des signes extérieurs parmi les légionnaires, puisque César fait empêcher cela^ que les Manda* biens soient reçus, — recipi prohibebat .

La force de constitution morale et physique dont César aurait ainsi fait preuve, dépasserait donc tout ce qu'ont pu ses propres légionnaires, lesquels cependant avaient bien pu, à Âvaricum, poignarder de suite, jusqu'à la fia, plus de trente*neuf mille hommes réunis de même dans

DEUXIÈME ÉPOQUE, Gbap. VI, § iv. 97

une enceinte fermée : hommes, femmes, vieillards, en* fants, tous jusqu'au dernier enfant à la mamelle I Eh bienl ces mêmes légionnaires, si féroces dans l'action, n'auraient pu, ce semble d'après le récit de César, supporter le spectacle des malheureux Mandubieos mourant de faim parmi les pièges de ses lignes de blocus; ils n'avaient pas la constitution nécessaire pour cela, ils faiblissaient : César Ta pu et voulu jusqu'au dernier mouYement du dernier homme, — recipi prohibebat.

11 faut donc , pour qu'il ait été si cruel , que César ait couru un bien grand danger à Alesia, qu'il y ait été véritablement acculé en détresse dans une impasse. Ce qui s'accorde manifestement avec le terrain où son propre récit nous a guidés, et où nous allons constater tous les détails de cette lutte, si importante à apprécier pour notre histoire nationale.

Examinons maintenant le roman historique substitué par César à tout ce qui manque ici. Le discours placé dans la bouche de Critognat est d'une forme grandiose; on y sent une chaleur qui anime ; c'est une belle page littéraire, un des plus beaux discours de Jules César, et il est bien placé dans la bouche de ce Gaulois de la grande race des Arvernes; il est, sauf l'affreuse proposition, entraînant.

Comme aussi, dans ce discours, son véritable auteur, non moins profond politique que grand guerrier, n'était plus gêné par rien que les légionnaires eussent vu, nous devons naturellement nous attendre que Critognat va nous dire, entre autres choses, ce à quoi César tient que nous

d8 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

ajoutions foi entière. Probablement donc, Critognat va nous confirmer dans cette opinion que César nons a déjà plusieurs fois insinuée dans la pensée, à savoir que, iui César, a toffensive devant Alesia, que Verdngetarix s'y est réfugié pour son salut, et que les Gaulois y sont dans une grande terreur, — perierritisque kostiàus. — C'est effectivement ce mot que César nous a dit tout de suite à son arrivée devant Alesia; puis, il nous l'a fait répéter par Yercingetorix, à l'occasion du renvoi de la cavalerie gauloise; et il vient de le répéter encore lui-même, à l'occasion du perfectionnement de ses lignes de blocus. Mais ce n'est point encore assez, car nous savons que César attache la plus grande importance à nous bien inculquer cette pensée dans l'esprit.

En effet : « César ne voudrait pas, comme nous l'avons « appris de lui-même plus baut (voir notre 1. 11, p. 286), K que la renommée et l'histoire pussent aller publier & « Rome et dans tout l'univers, et dans toute la suite des « temps, que Yercingetorix avec ses Gaulois, un jeune « chef barbare avec de grossiers barbares, l'ont tenu « arrêté à Alesia, lui Jules César, né du sang des dieux, « lui le plus grand guerrier de Rome , à la tête de dix ' « légions de vétérans , et accompagné d'un corps auxi-* (c liaire de cette cavalerie germaine, si renommée. »

Nous trouvons effectivement dans ce discours que César prête à Critognat) plusieurs passages propres à maintenir

^ Nous aurons plus loin l'occasion de constater que César arait effectifement onze légions contre Vercingetoriz.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. d9

le lecteur des Commentaires dans l'illusion que nous venons de rappeler. En voici un premier : « Après qu'eurent été exposées les diverses opinions, dont une partie concluait de se rendre, » Ac tariis dictés sententiis quorum pars deditionem censebant. — En voici un second : « Considérons derrière nous toute la Gaule que nous avons soulevée pour venir à notre secours, » — Omnem GaUiam respiciamus quam ad nostrum auxilium condta^ vimus. — Un troisième : « Ces hommes qui, pour vous sauver, n'ont tenu aucun compte de leur propre péril, » — Hos guiy vestrœ salutis causa, suum periculum neglexe^ runt. — Un quatrième : « Faire ce que firent nos pères... qui, forcés de se réfugier dans les oppida et réduits à une disette semblable à la notre,.. » — Facere quodnosiri majores fecerunt... qui y in oppidis compulsi ac simili inopia coacH. . .

Comment ne pas croire ce qui est dit et répété tan\ de fois par César, par Vercingetorix et encore par Critognat?

Mais alors, comment Vercingetorix et ses Gaulois, s'ils étaient terrifiés, se sont-ils laissés bloquer par les Romains ? Pourquoi ne se sont-ils pas enfuis dès le premier jour, et ensuite pendant tant de jours encore, durant lesquels le blocus (nécessairement sur une aussi grande étendue) n'était point encore partout effectué? Pourquoi ne sont-ils point tous partis de l'oppidum avec la cava« lerie que Vercingetorix en a renvoyée? Et même, pourquoi l'armée gauloise s^est-elle arrêtée là, puisqu'elle avait toute une nuit d'avance sur l'armée romaine? 11 faut

100 JULES CÉSAR EN GAULE, Comiient. VU.

donc bien admettre que le défenseur de la Gaule a eu ici quelque motif de la nature de celui qui le porta à barrer le chemin déjà une première fois à Tarmée romaine ; et qu'il a eu assez de courage et de persévérance pour tenter ce coup hardi une seconde fois, malgré un premier insuccès.

Ainsi, on ne peut en réalité, expliquer la situation de Vercingetorix à Alesia que par un acte de résolution et de dévouement comparable à celui de Léonidas aux Thermopyles. Manque-t-il même le serment? Relisons le vote du conseil de guerre, assemblé pour décider du parti à prendre sous l'affreuse pression de la famine, ce Ils arrêtent, a dit César : que ceux qui par leur constitution ou leur « âge sont inutiles à la guerre sortiront de F oppidum; et « qu'on endurera tout... plutôt que de consentir à se rendre fi et à parler de paix. »

Voilà, on le voit, un vrai et terrible serment (même en laissant de côté l'horrible pensée que César prête à Critognat). A quoi ne sont pas déterminés des hommes qui en viennent à cette résolution déchirante d*expulsé^ les bouches inutiles, en face des meurtriers de la population d'Avaricum? Ici, Vercingetorix ne peut que détourner la tète, lui qui s'était laissé toucher de commisération, et qui même avait renoncé à un point essentiel de son plan de guerre contre les Romains, en considérant les dommages, les simples dommages matériels, que l'incendie d'Avaricum devait causer au pauvre peuple de la ville'. A

* Datur petentibus venia, dissuadenle primo Vercingeiorige, posi amcedente^ et precUnu iptorum et miserieordia vulçi (xv).

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, g iv. loi

Alesia ce même suprême et généreux chef de la Gaule ne peut céder en considération de maux bien autrement affreux pour la population du pays. 11 s'agit ici du salut de toute la Gaule, et il faut que tous se dévouent. Voilà donc bien un vrai et digne serment , un serment bien placé, un serment sans forfanterie dans une situation sans espoir. Telle est Taffreuse vérité signalée par les propres paroles de César.

Nous n'avons pas voulu interrompre ci-dessus l'examen de cette partie historique et si importante des Commentaires, pour attirer l'attention sur plusieurs données géographiques qui s'y rencontrent ; nous demandons la permission d'y revenir en quelques mots avant de passer outre. Car, au milieu des difficultés que présente la rédaction d'une géographie de l'ancienne Gaule, moyen de contrôle si précieux, même indispensable pour éclairer l'histoire de nos pères, on ne doit négliger aucune des indications que César nous fournit à ce sujet, si peu précises qu'elles puissent être.

r César était très-méthodique dans ses descriptions; il connaissait parfaitement toute la Gaule; on doit donc présumer que, dans la désignation successive des contingents des cités dont il a parlé plus haut, il a observé, outre l'ordre généralement décroissant du chiffre des divers contingents énumérés, un certain ordre naturel suivant lequel les nombreuses cités de la Gaule se présentaient à son esprit, chacune à sa place sur le territoire gaulois, c'est-à-dire qu'il a observé un certain ordre géo-

102 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

graphique. Or, nous prions de remarquer que la liste des contingents se termine par ceux des cités les plus lointaines, des cités du littoral de l'Océan; il y a donc présomption que le territoire du premier peuple désigné touchait à celui des Mandubiens. Mais, à ce point de vue comme le premier nom de la liste, celui des Ëduens, est un nom collectif, qui comprend, avec la cité patronale, les peuples clients énumérés ensuite et imposés collectivement avec elle à 35,000 hommes, il en résulte que dans Tordre du détail des peuples désignés» cité par cité, ce sont les Sébusiens.qui, dans la pensée de César énumérant les contingents des divers peuples de la Gaule appelée par Vercingetorix à venir couper les vivres aux Romains devant Alesia, se seraient trouvés les plus proches des Mandubiens. Or, le territoire d'Izernore fait partie du Bugey, pays des anciens Sébusiens (comme nous l'avons démontré dans notre notice géographique du tome premier de Jules César en Gaule). Ce qui conduit à penser que le pays des Mandubiens était ou tout au moins un pays limitrophe, ou peut-être une subdivisim, de celui des Sébusiens.

2*" Les contingents de toutes les cités de la Gaule destinés à composer l'armée auxiliaire, « étaient réunis et « passés en revue dans le pays des Éduens, » — Hssc in jEduorum finibus recensebantur. — De là, a ils partent pour Alesia, » — ad Alesiam profidscuntur. — Or, le verbe qui indique ici le départ, profidscuntur. César ne l'emploie que lorsque le but de la marche est notable-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI» § iv. 103

ment lointain, et c'est le vrai sens du mot. Ainsi l'oppidum d'Alesia était situé notablement loin du lieu de rendez-vous des contingents , et le lieu de rendez -vous était chez les Éduens. Sur quel point de leur territoire propre était ce lieu de rendez-vous? César ne le dit pas : mais^ selon toute probabilité, c'était au voisinage de Bibracte (d'Autun); car c'était là le centre gouvernemental de la cité chez laquelle les contingents devaient se réunir, et déjà tout récemment l'armée de Vercîngetorix s'était de même rassemblée chez les Éduens, aux environs d'Autun (lxiii et lxiv). Or l'oppidum d'Alise-Sainte- Reine est situé près d'Autun, l'oppidum d'Alaise en est assez éloigné, l'oppidum d'Izernore en est un peu plus éloigné; c'est donc à la situation de l'oppidum d'Izernore que l'induction géographique, signalée plus haut par le yerhe proficiscuntur, s'applique avec le plus de justesse. , 3^ Dans le discours que César prête à Critognat, on trouve ce passage ; « Considérez derrière vous cette Gaule <c limitrophe qui, réduite en province romaine... » — Itespicite fimtimam Galliam^ qtm, in provinçian redacta... — D'après tout ce que nous savons, la Gaule limitrophe dont il s'agit ici ne peut être que le pays des AUobroges à sa frontière sur le Haut-Rhône. Ainsi l'oppidum d'Alesia était situé chez un peuple celte limitrophe des Allobroges sur le Haut-Rhône, et il était, d'après ce tour de phrase de César, situé bien près de la frontière intermédiaire. Or le peuple celte, limitrophe des Allobroges sur cette frontière de la Gaule celtique, c'était, d'après

104 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

César lui-même^ le peuple Sébusien, — Sebustani: Hi sunt extra provinciam trans Rhodanum primi (I, x), — et précisément Toppidum d^Izeroore est situé dans le pays des anciens Sébusiens, dans le Bugey, et à trente-six kilomètres de la perte du Rhône, point frontière des anciens Allobroges.

Il y a même dans Torographie de l'oppidum d'Izernore quelque chose de plus particulier qui peut se rattacher au même texte. César (comme nous Tavons démontré dans la discussion de la première campagne) a envahi la Gaule celtique par les passages naturels de la perte du Rhône; et, pour atteindre les Helvètes dans la vallée de la Saône, il a suivi une voie qui, aujourd'hui encore aussi bien qu'à l'époque de Jules César, mènerait de Genève à Autun. Or, de l'endroit où cette voie franchit les collines occidentales de l'entourage d'Izernore, c'estrà-dire de la crête du mont de Bertian, près du village de Mornay, on découvre la chaîne des Alpes, et il est facile dy reconnaître à r œil nu le Mont-Blanc. Si donc, en passant à ce point culminant de la route qu'il suivait pour atteindre les Helvètes lors de l'invasion de la Gaule celtique, César a porté ses regards autour de lui, pour étudier ce pays, alors si peu connu des Romains et où il entrait lui-même pour la première fois, il a dû reconnaître le Mont-Blanc près duquel il avait franchi les Alpes. Et actuellement qu'il est dans ses lignes de blocus, passant à ce même point culminant , il doit apercevoir ce même Mont-Blanc du pays des AUobroges et reconnaître encore plus près de

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, g iv. i05

lui la crête du Jura oriental^ au pied duquel sur le bord du Rhône avait passé rémigration des Helvètes, en y ravageant les villages et les propriétés rurales que les AUobroges de la province romaine possédaient là au-delà du fleuve. Dès lors, si notre oppidum d'Izernore est véritablement l'oppidum d'Alesia, comme nous le pensons : quoi de plus naturel que César ait tiré parti de ce souvenir pour composer très-naturellement le discours qu'il prête à Critognat, bloqué dans cet oppidum d'Alesia?

Quoi de plus naturel surtout qu'il lui ait fait adresser ces paroles à ses collègues du conseil : « Retournez-vous pour voir celte Gaule limitrophe, laquelle, réduite en province romaine 9 ^.. » — Respiciie fimtimam GaUiam, çuœ, in Promnciam redacta... — Et par conséquent, cette indication géographique, que César nous donne par la bouche de Critognat, n'est-elle pas comme un témoignage personnel du célèbre guerrier écrivain, constatant que l'oppidum d'Alesia, dont il faisait le blocus, était situé sur l'emplacement même où nous voyons aujourd'hui l'oppidum d'Izernore?

* A cette occasion, et au moment où les fils de ces anciens AUobroges viennent de rentrer au sein de la mère-patrie, qu'il nous soit permis de saluer cordialement ce retour. Jamais , à travers toutes les vicissitudes des Ages, ni les pères, ni les fils n*ont démenti leur sang gaulois ; jamais les fils n'ont pu renier la patrie primitive, pas plus que leurs pères n'avaient pu consentir à devenir Romains de cœur; comme le constate cette ^ntencedu poêle favori d'Auguste :

Noxnaquê relttu infidêiit AUobrox.

Que ce retour au sein de la patrie gauloise soit donc définitif! C'est notre vœu. Et certes, si jamais l'annexion d'une nation à une autre fut naturelle et fondée sur l'idenlité des populations, c'est bien ici Je cas.

lOtf JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vtl.

$ V. — Arrivée tardive de rarmée auxiliaire. — ComlMt de cavalerie daot la plaine basse située devant Toppidum. — Attaque nocturne des lignes de blocus dans cette même plaine basse.

Interea, Comtnius et reliqui duces... « Sur ces entre- <c faites, Commius et les autres chefs à qui les Gaulois a avaient déféré le commandement, arrivent avec toutes «c leurs troupes auprès d'Âlesia, et prennent position « sur une colline extérieure, à tout au plus mille pas a (HSl"") des lignes romaines. Le lendemain, ils font tf sortir du camp leur cavalerie; ils en couvrent toute (c cette plaine que nous avons montrée s'étendant sur a trois mille pas de longueur; et ils rangent un peu à « ï écart leurs troupes d infanterie^ qu'ils cachent dans des te lieux supérieurs .

« De r oppidum cTAlesia la vue dominait la plaine. Dès ff que les Gaulois bloqués dans l'oppidum aperçoivent (f ces auxiliaires, ils accourent en foule, ils se félicitent « entre eux, la joie les ranime tous. En conséquence, ils <c font sortir leurs troupes et prennent position demnt cr t oppidum; ils recouvrent de fascines ou comblent d'un « remblai le fossé le plus rapproché; ils se tiennent prêts à « pousser une attaque et à exécuter tout ce que les cir- (c constances pourraient exiger d'eux.

a César dispose d'abord toute l'armée sur les retran- « chements pour faire face à Tennemi de part et d'autre, <c afin que, dans le cas où cela deviendrait nécessaire, ff chacun connût son poste et s'y tînt. Puis, il ordonne a de faire sortir la cavalerie et d'engager le combat.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, S v. 107

« De tous les camps placés à rentoxirsur les crêtes des « collines^ la vue dominait, et tous les soldats, l'esprit en a suspens, attendaient quelle serait l'issue du combat.

a Les Gaulois avaient entremêlé parmi leurs cavaliers un c( certain nombre d'archers et de soldats armés à la tf légère, qui pussent accourir pour leur prêter secours a sur les points où ils se trouveraient forcés de céder, a et pour arrêter l'élan de notre cavalerie. Nombre de (c nos cavaliers, blessés à l'improviste par ces archers, a sortaient de la mêlée. Comptant que les leurs remportf teraient la victoire, et voyant les nôtres accablés par le X nombre, les Gaulois, de toutes parts ^ et ceux qui étaient « bloqués dans toppidum, et ceux qui étaient arrivés à « leur secours, encourageaient les leurs par des clameurs a et des hurlements. Comme le combat avait lieu sous les 0 regards de tous, et qu'aucun acte de courage ou de lâ- « cheté ne pouvait être caché ni d'un côté ni de l'autre, «• et l'amour de la louange, et la crainte de l'ignominie cr excitaient au courage tous les combattants.

(( Déjà Pon se battait depuis midi, et le soleil allait « bientôt se coucher, sans que la victoire fût décidée, a quand sur un point les Germains, formés en masses « compactes, chargèrent les ennemis et les poussèrent « devant eux. La cavalerie gauloise ayant pris la fuite, a les archers furent entourés et tués. Pareillement de « tous les autres côtés, les ennemis abandonnèrent le teret rain et les nôtres les poursuivirent jusqu'à leur camp tt sans leur laisser la faculté de se rallier.

108 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. Vn.

« Quant a ceux qui étaient sortis dAlesia, tristes et « désespérant presque de la victoire, ils rentrèrent dans <c toppidum. »

Voici donc enfin l'armée auxiliaire qui arrive, avec Commius à sa tète; et ce nom placé là dans le récit montre, selon nous, toute la perfection et l'habileté de ce récit , quelque minime que paraisse la remarque. En effet, César vient de nous faire connaître avec queUe ardeur Commius a pris part à la formation de cette armée auxiliaire ; par conséquent, il doit avoir mis encore plus d'empressement à se rendre auprès d'Âlesia; et le lecteur, qui le voit arriver à la tète de cette armée auxiliaire et qui sait de plus qu'un autre chef de cette armée, Vei^asiU laune, est cousin de Vercingetorix, n'ira pas s'imaginer que les quatre chefs n'aient pas tous montré le même empressement : de sorte que toute idée d'un retard coupable se trouve tacitement repoussée. En eût-il été de même si le lecteur, qui sent bien dans sa conscience que ceUe armée arrive trop tard, l'eût vue arriver sous la conduite d'Eporedorix et de Virdumare, ces deux anciens affidés de César et traîtres à leur patrie ?

Examinons les détails du terrain d'Izernore, en regard de l'arrivée de cette armée auxiliaire et du récit de ce combat de cavalerie, récit dont nous avons souligné divers traits caractéristiques; et même examinons ce terrain d'une manière assez complète pour n'avoir plus besoin de nous y arrêter de nouveau. '

La colline extérieure sur laquelle l'armée auxiliaire

DEUXIÈME ÉPOQUE, Châp. VI, § v. 109

vient de se placer, — et colle exteriare occupato^ — est la seule qui soit restée libre sur le bord de la plaine; c'est la colline de Mulliat située au nord de la plaine, où elle fait face à l'éperon nord de l'oppidum. Les Romains se font également face réciproquement, de l'est à l'ouest, sur les collines de ^entourage, lesquelles dépassent l'éperon nord de la colline de l'oppidum et se prolongent de part et d'au* tre le long de la plaine. Ainsi, lorsque les lignes romaines, après avoir longé les flancs de l'oppidum par les versants accidentés des collines de son entourage, arrivent sur la plaine de l'un et de l'autre côté de son éperon nord, ces lignes s'infléchissent en convergeant de part et d'autre, et traversent la région méridionale de la plaine basse pour se réunir devant l'éperon nord de la colline centrale. Dans cette traversée de la plaine ces lignes doivent d'après leur description, occuper une zone d'au moins quatre cents mètres environ de largeur, tout compris, et la contre vallation et l'intervalle nécessaire entre les lignes et la circonvallation ; largeur à mesurer depuis le pied de la colline centrale de l'oppidum.

A l'est de la plaine, les collines de Tentourage se prolongent du côté du nord le long de l'Anconnans (rive droite), puis le long de l'Ognin. Toute cette partie des collines orientales présente des versants abrupts.

A l'ouest de la plaine, les collines de l'entourage se prolongent du côté du nord le long de l'Ognin (rive gauche) en une grande colline notablement plus élevée que toutes les autres ; c'est le mont de Changeât, dont le

110 JULES CÉSAR EN GAULE, Ck)lliiENT. Vil.

pied est baigné^ du côté de Touest, par l'Ain, et du coté de Test , par TOgnin , qui longe la plaine basse de trois mille pas environ de longueur, située devant l'oppidum d'Alesia-Izernore. A mi-côte de ce mont du côté de cette plaine, le terrain se relève sur plusieurs points tout le long du versant en une crête rocheuse très^étroiie, parallèle à la ligne de faîte du mont et au cours de TOgnin. Trois petits cols subdivisent cette longue crête du versant en quatre parties distinctes qui se suivent, et qui sont appelées du nord au sud : la crête de Jon (ou du boisdeJonjy la crête de Gimon, la crête de Bozon, et leTurle. La crête deJon, qui est la première, du côté du nord, et règne à l'occident de la plaine, se prolonge du côté du nord jusqu'au ver* sant de la vallée de l'Ain , où elle est coupée à pic et se termine en précipice. Nous trouverons plus loin dans le récit un passage qui nous a paru désigner ces diverses crêtes étroites.

La crête plus large et plus élevée qui forme le sommet du mont de Changeât est située au septentrion du point central de l'oppidum d*Izernore. Il en sera bientôt ques* tion, sous la désignation d'une grande colline qui était au septentrion d'Alesia. Aujourd'hui on y voit un signal tri^ gonométrique.

Un col très-prononcé^ où passe la route et où Ton voit aujourd'hui le village de Matafelon, sépare le mont de Changeât de la colline de Mulliat, c'est-à-dire pour nous dans l'application du texte, sépare la grande colline du septentrion de la colline extérieure occupée par l'armée

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § v. iil

gauloise auxiliaire , que nous venons de voir arriver du pays des Ëduens et prendre position sur cette colline extérieure.

A partir du col de Matafelon. la colline de Mulliatse prolonge le long de TOgnin (rive gauche) jusqu'à l'endroit où cette petite rivière se jette dans l'Ain; et là, cette colline est terminée en éperon à la jonction même des deux cours d'eau, où l'on voit un village appelé Coyselet. La colline de Mulliat est allongée en forme de fuseau, du sudsud-ouest au nord-nord-est, du col de Matafelon à Coyselet.

On a vu que l'Ognin et l'Ain en baignent le pied de part et d'autre. Au sommet, cette colline est rocheuse, accidentée : au versant du côté de la plaine , elle présente plusieurs petits vallons étroits, résultant de crêtes rocheuses qui se relèvent en divers points : lieux dits les Gambettes. La colline de Mulliat constitue donc une position très-vaste, très-forte, abondamment pourvue d'eau, adjacente à la plaine, et ainsi, parfaitement, située en vue et à portée soit de l'oppidum d'Alesia, soit des lignes de blocus.

L'infanterie de l'armée auxiliaire s'y trouve établie dans une position forte qui est naturellement indiquée, et dont on suivrait le périmètre de cette manière : A partir de Matafelon, descendre dans la direction du nord par la petite vallée où passe la route, jusqu'à ce qu'on arrive au bord de l'Ain; de là, remonter le long de cette rivière jusqu'à Coyselet; de là, remonter le long de l'Ognin (rive gauche) par le chemin qui conduit au hameau de Mul*

112 JULES CÉSAR EN GALLE, Comment. VII.

liât, et de ce hameau, revenir presque tout droit à Ma« tafelon.

La cavalerie gauloise dut être placée tout le long des bords de TAin, depuis Coyselet jusqu'en aval de Thoirette, sur les deux rives, le gué étant facile. De cette place, la cavalerie gauloise pouvait se rendre par deux voies dans la plaine basse située devant Toppidum, d*nn côté, par le chemin de Coyselet qui vient déboucher à MuUiat, et d'un autre côté, par la route traditionnelle qui monte de Thoirette à Matafelon.

On connaît, dans Tintervalle des lignes romaines, ces lieux convenables où durent être établis les vingt-trois camps flanqués de redoutes et en particulier les camps de la cavalerie. Cette cavalerie étant de deux sortes, la cavalerie légionnaire et la cavalerie germaine, César a dû les placer chacune séparément. On a déjà pu, en effet, remarquer dans le récit que ces deux sortes de cavalerie paraissent entrer en action comme si elles partaient de deux points séparés.

Enfin, pour compléter la reconnaissance des lieux, admettons que César en personne soit actuellement placé, par exemple, à l'est de la plaine, au contour même de ses lignes, sur le terre-plein de la redoute numéro 23 de notre carte. De ce point, son regard domine dans toutes les directions, il a tout sous les yeux : il peut voir tout ce qui se passe et dans la plaine basse, et sur l'éperon nord de la colline de l'oppidum, et sur le front du camp de l'armée auxiliaire, et dans ses propres lignes,

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. Vï, § v. 113

de part et d'autre. Rien ne peut donc échapper à sa Yue et il a bous la maio sa cavalerie germaine (laquelle à partir du Voërie a pu s'avancer jusque proche de lui, par un petit plateau intermédiaire , et se tenir là, sous le couvert des bois), pour être lancée au moment opportun .^

Maintenant qu'on a pu se former une idée claire de la configuration générale et de quelques détails du terrain d'Izernore, faisons l'application précise de toutes les particularités du combat dont il vient d'être question dans le récit des Commentaires.

« Les Gaulois auxiliaires^ ayant fait sortir du camp leur cavalerie, en couvrent touie la plaine *. » — C'està-dire que la cavalerie gauloise débouche dans la plaine par Mulliat et par Matafelon , « sur l'heure de midi, » conformément au texte. — Il lui a fallu en effet, franchir d'assez longs défilés, pour arriver là à partir du camp placé sur les bords de l'Ain . — « Cette cavalerie couvre toute cette plaine. » — La cavalerie des Gaulois comptait 8,000 hommes; or, notre plaine d'environ trois mille pas (4,500 mètres) de longueur est généralement étroite; ces 8,000 cavaliers gaulois devaient donc la couvrir. — a Et ils font ranger un peu à récart leurs troupes d'infanterie ca-^ chées dans des lieux supérieurs. » — Voilà l'indication précise des lieux dits les Cœnbettes {du mot celtique comb^ vallée, d'où Combettes^ petites vallées). Nous venons de

' Eguitalu ex ccutris educio, omnem eam planUUm,,, complent; pedestresgue copias, pauUum ab to iocoy abdUas in hcis superioribus consMuunt,

Page 1