CHAPITRE PREMIER
PREMIÈRE ANNÉE DE LA GUERRE (Av. J.-G. 58 " de R. 606}. Consuls : L. Calpurnius PisoD et A. Gabinius.
CoDscquences de la première campagne de Jules César en Gaule transalpine.
I/cntrée de Jules César sur le territoire de la Gaule celtique avait eu pour prétexte les dévastations commises par les Helvètes dans des propriétés d'Allobroges situées au-delà du Rhône, et dans des contrées de la rive gauche de la Saône appartenant aux Éduens et aux Ambarres^ frères et amis des Éduens. 11 la justifiait par les sollicita-
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lions spontanées ou habilement suggérées de ces peuples, et notamment par Tobligation de venir au secours des Éduens, plusieurs fois déclarés amis et alliés du peuple romain ^ .
Les Eduens formaient une cité considérable, placée alors sous les auspices et sous la conduite d'un personnage très-important, le druide Divitiac, à qui son double caractère religieux et politique avait créé et assurait une grande influence, non-seulement dans son propre pays, mais aussi dans les autres États de la Gaule. Ce personnage, qui était précédemment venu à Rome, que César connaissait depuis longtemps, et qu'il avait sans doute su captiver par des égards et des bienfaits, devait lui être d'un grand secours. Après le massacre des Helvètes et le refoulement de leurs débris derrière les monts Jura, Divitiac fut l'interprète des chefs du plus grand nombre des cités de la Gaule celtique, qui s'étaient réunis pour féliciter le guerrier romain et lui rendre grâce du service qu'ils croyaient lui devoir. Ce fut encore Divitiac qui, au nom de tous ces chefs gaulois, supplia César d'entreprendre la guerre qu'il fit bientôt après aux Germains commandés par Ârioviste ; et enfin, ce druide guida luimême les légions contre ces Germains dans le pays diffi-
* Nous prions de remarqutr ici, une fois pour [ouics, que désormais, en tcle de chaque page, les litres courants indiquent, au verso, le livre des Commentâmes de César dont il s'agit là; et, au recto, notre propre division du sujet par époques, chapitres et paragraphes. En sorte qu*il sera toujours facile de contrôler ce que nous dirons, en se reportant au livre des Commentaires correspondant.
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cile où ils se trouvaient en Gaulée César, du reste, ne cache pas que Divitiac possédait toute sa confiance.
De son côté aussi, le guerrier germain n'avait pénétré en Gaule que sur l'appel des Séquanes. Après les avoir aidés dans une guerre inégale qu'ils avaient à soutenir contre les Eduens et leurs clients^ il avait trouvé bon do s'installer en maître sur* le tiers de leur territoire.
César ne nous dit pas qui eut la première idée de la démarche tentée auprès de lui par l'organe de Divitiac avec de si vives instances; en tout cas, s'il n'en fut pas lui-même l'instigateur, du moins il en profita pour continuer de protéger les Gaulois ù la manière romaine. En effet, après que les Germains à leur tour eurent été vaincus et mis en fuite aussi facilement que les Helvètes par le glaive des légionnaires, et poursuivis jusqu'au-delà du Rhin, César, au lieu de reconduire son armée dans la Province romaine, lui fit prendre ses quartiers d'hiver chez les Séquanes, sous le commandement de son principal lieutenant, Labienus, qui se trouva ainsi substitué à Arioviste.
De sorte que, dès la fin de la première année de la
guerre, par suite des divisions intestines des Gaulois, et
. sans que César ait eu à combattre aucun autre peuple
que l'émigration des Helvètes et les Germains d'Ario-
' De iiello gallicoy l, xli. — Ces Germains se trouvaient alors entre Besançon et le Rhin, entre les Vosges et les monts Jura, dans le pays où sont «injotird*hni Bel fort et Montbéliard, et où Divitiac guida Tarmée de César, depuis Vesondo (Besançon), par des chemins découverts, en lui faisant prendre une voie très-détournée.
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viste, son autorité se trouvait reconnue et ses ordres étaient acceptés dans toute la partie orientale de la Gaule celtique, depuis le haut Rhône et le haut Rhin, jusqu'aux frontières des Arvernes, des Bituriges, des Carnutes et des Parisiens, même chez les Leuces de la Belgique*; et que dès lors il pouvait à son gré poursuivre sa marche au couchant ou au septentrion sans rencontrer ni de grandes montagnes, ni de grands cours d'eau à franchir, ni aucuns terrains difficiles où son armée pût se trouver compromise.