‹ Jules César en GauleChapitre 23 sur 34 · MACHINES A LANCER DES PIERRES, DES PIEUX, DES TRAITS · texte numérisé non relu

MACHINES A LANCER DES PIERRES, DES PIEUX, DES TRAITS

( TORMKNTA.)

ORGANISATION, PORC B NUMÉRIQUE, MATÉRIEL DES LEGIONS DE CÉSAR EN GAULE.

Ad hæu tuiiineoda magno usui fuisse tormeula.

J. Cessa *,

§ I. — Armes de batterie.

Les machines de guerre dont nous voulons parler maintenant sont les holistes , les catapultes (ou onagres), les scorpions (ou nianuhalistes) , les arcubulistes, les fustibales, etc. Voici leur définition sommaire, que nous trouvons dans Yégècc.

« La balisle a pour ressort des cordes de boyau (et % même de simples cordes). Plus elle a les bras longs, » c’est-à-dire plus elle est grande, plus loin elle lance les « traits. Si elle est combinée suivant l'art de la mccani- « que, et dirigée par des hommes exercés, qui aient d’at vance étudié sa portée, ses traits pénètrent dans tout « ce qu’ils frappent.

« Quant à l’onat/re, il lance des pierres*; mais, suivant

(1) Parole» de Julea César, au aujet d'une attaque de son camp par les Gaulois, devant Gergovia,

(2) César, ainsi que les auteurs grecs, appelle catapulte une machine

MOYENS MILITAIRES

Ht

* lu grosseur et la grandeur des cordes de boyau, il peut

< jeter des masses de roche; car, plus il est grand, plus t grosses sont les roches qu’il lance comme la foudre.

« On ne connaît aucune machine de guerre plus puis- « santé que ces deux espèces-là.

« Ce qu’on appelle aujourd’hui manubalistes était « appelé jadis scorpions. On leur a donné ce nom parce « qu’ils portent la mort au moyen de petits dards très-

* perçants.

« Il me paraît superflu de décrire les fuslibales , les

< arcubalistcset les frondes , que chaque jour nous voyons « employer. Mais disons que les plus lourdes roches

* lancées par l’onagre , non-seulement broient les che- « vaux et les hommes, mais encore brisent les ma- « chines des ennemis *. »

Les scorpions ou manubalislcs paraissent , d’après ce dernier nom, avoir été des batistes à main, c’est-à-dire

qui servait aussi à lancer les pierres, et il ne parle point de Y onagre ; or, comme Vegèce, de son côté, ne parle point de la catapulte , cela fait penser que, sous ces deux noms, il s’agit de la môme machine.

(!) Balista funibus nervinis { chordisque ) tenditur; quæ quanto prolixiora brachiola hahuerit, hoc est, quanto major fuerit, tanto spicula longius emittit ; quæ si juxta artem mechanicam temperelur, et ah exercitatis hominibus, qui mensuram ejus ante collegerint, dingatur, pénétrât quodeumque percusserit . Onager autem dirigit lapides; sed, pru nervorum crassitudine et magnitudine , saxorum pondéra jamlatur . Nam quanto amptior fuerit, tanto majora saxa fulminis more contorquet , His duohus generibus nulla tormentorum xpecies vehementior moem'fur. Scorpiones dicebant quas nunc manubalixtax vocant , ideo sic nuncupati , quod parvis subtilibusque spiculis inférant mortem. Fustibalos, arcubalistas et fundas describere superfluum puto, qu,r præsens usas agnoscit. Saris tamen yraviorïbus per onagrum destinatis , non solum equi eliduntur et homines , sed etiam hostium machinamenta franguntur. Yêgkck, De re militari, IV, xxtr.

MOYENS MILITAIRES. M5

portatives et dont un homme seul pouvait faire usage ; tandis que les grandes balistes nécessitaient, comme nous le verrons plus loin, des attelages pour les transporter, et des hommes nombreux pour les servir.

Les fustibales étaient sans doute, comme leur nom l’indique, des bdlons destinés à lancer des pierres ou des balles de plomb, de même qu’avec une fronde. Pour avoir un instrument de ce genre, il suffit d’adapter au petit bout d’un bâton un godet de cuir, comme on le voit au bâton qui sert au jeu du volant. Voici, du reste, un texte du même auteur qui montre l’emploi du fustibale sur le champ de bataille. « En effet, dit-il, • contre des guerriers munis de casques, de cottes de t mailles, de cuirasses, souvent d’assez petites pierres, « lancées à la fronde ou au fustibale, produisent plus « d’effet que toutes les flèches*. »

Dans les arcubalisles , on reconnaît facilement nos arbalètes , dont les dimensions peuvent varier de grandeur.

Citons encore ce que dit ailleurs Végèce d’une autre arme de jet très-remarquable, qu’on doit retrouver, suivant nous, sous un autre nom, à la main des légionnaires de César dans leurs retranchements devant Alesia, et dont personne, que nous sachions , n’a pu jusqu’à ce jour donner une explication satisfaisante. C’é-

(1) Sæpe emm , adversum bellatores caxsidib vx, calaphraclis loricisque n»wnxtos , teretes lapide de funda v*l fuxtxbalo dextinati , sagittix tunt omnibuf graviores. (t, xvi.)

tait une arme des légionnaires, gravis armatura, une arme réglementaire, lancée simplement à la main comme le pilum, mais portant plus loin et frappant avec beaucoup de force. Ce ne peut être que des bâtons flexibles, plombés au gros bout, qu'on saisissait par le petit bout et qu’on lançait à tour de bras. On les appelait, en effet, plumbatœ. Voici ce qu’en dit Végèce : « 11 faut aussi dé- « montrer aux jeunes solduts l’exercice des plumbatœ « (qu’on appelle martiobarbuli ’). Car autrefois, en 11- « lyrie, il y eut deux légions de six mille hommes qui « furent appelés les Martiobarbuli , parce qu'ils se ser- « vaient adroitement et vaillamment de cette sorte de

* traits. Il est certain que pendant longtemps ils ont « très-vivement mené à fin toutes les guerres ; à ce point « que Dioclétien et Maximien, après être arrivés à l’em- « pire , pour récompenser la vaillance de ces Martiobar- « buli , leur firent donner le nom de Joviani et de Her- « culiani (l) 2 * * , et qu’ils les préférèrent, nous dit-on, à toutes « les autres légions. Or la coutume est de porter cinq « martiobarbuli insérés au bouclier; et lorsque, le mo- ' ment venu, les soldats en font usage , on voit ces sol- « dats, munis de boucliers 5 , faire presque l’office d'archers.

* Car on peut ainsi blesser grièvement les ennemis et les

* chevaux, non-seulement avant d’être assez près pour

(l) Barbus, barbeau : \fartio-barbuli , barbillons de Mars. Sans doute

parce que la queue du bitton plombé oscille dans l’air comme celle du

poisson dans l’eau.

(î) Fils de Jupiter, fils d'Hcrcule. — '3' C ’est-à-dire pesamment armés.

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1 fi

* en Tenir aux mains, mais encore avant d’être arrivé « à portée des javelots 1 .

Toutes ces machines de guerre des anciens, qu’on croit généralement aujourd’hui être tombées en désuétude, surtout depuis l’invention de la foudre, se sont cependant conservées traditionnellement parmi les jeux de l’enfance, dans nos provinces voisines de l’Italie*.

§ II.— Organisation des légions.

Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur Y ensemble des moyens militaires d'une armée, romaine, en hommes et

(1) Plumbatarum quoque exereilatio {quoi martiobarbulos vocant ) ira*denda est junioribus. Nam in Illyrico dudum duæ legiones fuerunt , quæ sena milita militum habuerunt : qum, quod his te Us scienter utebantur et fortiter, Martiobarbuli uoca&anfur. Per hos longo tempore strenuissime constat omnia bella confecta : usque eo , ut Diocletianus et Maximianus, quumad imperium pervenissent, pro merito virtutis hos Martiobarbulos Jovianos atque Herculianos censuerint appellandos, eosque cunctis legionibvs prsetulisse doceantur . Qtitnos autem martiobarbulos insertos scutis portare consueveruut : quos si opportune milites jaciunt , prope sagittariorum scutati mutuari videntur offi cium. Nam hostes equosque consauciant , priusquam non modo ad manum, sed ad ictum missilium potuent perveniri. (I, XVlt.)

(3) Ces jeux-là sont peut-être inconnus aux enfants élevés à Paris et que déjà La Bruyère admirait comme nous ; enfants qu’on entoure de tant de soins et qu'on garde , pour ainsi dire, à vue. Mais ceux qui sont élevés en plein air et en liberté dans les contrées désignées ci-dessus, connaissent parfaitement, sous des noms quelconques, les balistes. les onagre» t les scorpions, les fuslibales , les plumbatæ, aussi bien que les arbalètes, les arcs et les frondes. C’est un charme pour eux, une passion, que de construire et de faire jouer toutes ces petites machines, non parfois sans quelque danger pour les vitres des environs ou pour les yeux des passants. Nous-même qui avons eu cette heureuse enfance, nous ne serions nullement embarrassé aujourd’hui de reproduire, peut-être sans exception, et de faire jouer toutes ces machines des anciens, dont les savants, même Juste Lipse, n’ont pas toujours pu devinerle mécanisme d'après les textes seuls.

en matériel, à une époque ancienne, relativement à celle où Végèce écrivait *.

Une armée romaine se composait de légions, gravis armatura , d’auxiliaires, auxilia, levis armatura, et de vétérans rappelés, evocati, Iriarii. L’unité de force d’une armée était la légion, qu’il importe de considérer en détail pour apprécier toute guerre des Romains.

Le plus petit groupe de légionnaires, mililes , combattant régulièrement ensemble, était de 10 soldats, qui constituaient un manipule, manipulas, avec un chef, decanus, le dizenier ; en tout, 1 1 hommes.

Dix manipules constituaient une centurie, cenluria, de i 10 hommes, avec un chef, le centurion, cenlurio; en tout, 111 hommes, avec un signe de ralliement particulier, vexillum.

Cinq centuries constituaient une cohorte, cohors, de 535 hommes; dirigés par un chef, le tribuu, tribunus , ou le préposé, prœposilus; sous un étendard particulier, signum.

La première cohorte, cohors prima , milliaria , faisait exception. Elle était composée de soldats d’élite et en nombre double, comparativement aux autres cohortes :

fl) L’exposé sommaire qu’on va lire a été extrait par nous du traité de Végèce, livre II, aussi fidèlement qu'il nous a été possible de le faire, on y apportant la plus grande attention. Mais, à ce sujet, le texte de Végèce présente de l’obscurité sur plusieurs points, de l’aveu même de ses commentateurs, chez lesquels du reste on chereher.iit vainement plus de clarté.

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d’où son nom de milliaire, cohorte des mille. De plus, ces mille liommes d’élite étaient répartis en cinq compagnies ou ordres, compris éh semble sous la dénomination de premiers ordres , primi ordines , ou ordres supérieurs, superiores ordines; mais qui étaient distincts entre eux, soit par le rang hiérarchique, soit par le nombre d’hommes de chaque ordre, soit par le chef particulier qui le dirigeait, qui ordinem ducebat. Le premier ordre était composé de quatre centuries, A tO hommes, ayant à leur tête le centurion primipile, centurio primipili ou primipilus; le second était composé de deux centuries, 220 hommes, dirigés par le premier hastaire, primvs hastatus; le troisième était d’une centurie et demie, 165 hommes, sous la conduite du premier prince, princt'ps prior; le quatrième d’autant, 165 hommes, sous le second hastaire, secundus hastatus; le quatrième ne présentait qu'une centurie, 110 hommes, sous la direction du premier triaire, triarius prior. La première cohorte comprenait donc en tout 1 105 hommes d’élite. Elle était toujours commandée par un tribun, tribunus mililum. C’était elle qui portait l’aigle , aquila legionis, que toute la légion devait suivre.

La cavalerie d’une légion était constituée par turmes, lurmœ equitum legionariorum. Une turme, ou décurie, se composait de 32 cavaliers, ayant à leur tête le décurion, decurio; en tout, 33 cavaliers; se guidant sur un signe de ralliement particulier, vexUlum. C’était donc un groupe analogue à la centurie.

La première cohorte d’une légion était accompagnée de quatre formes (132 cavaliers). Chacune des autres cohortes était accompagnée de deux formes (GG cavaliers) . Les cavaliers légionnaires étaient cuirassés, loricati.

Une légion romaine présentait donc sous les armes 6 100 hommes d’infanterie et 726 hommes de cavalerie; en tout, 6 826 combattants. Toute légion complète, legio plcna, devait présenter, dit Yégèce, au moins ce nombre d’hommes sous les armes; assez souvent elle était plus lorte, quand on donnait l’ordre d’y porter plusieurs co* hortes à 1 000 hommes. On devait toujours remplir les vides sans aucun retard *.

Telle était l’organisation d’une légion. Pour en apprécier les avantages, considérons la légion en ligne de bataille avec ses accessoires.

Dans une bataille régulière, les légions se rangeaient sur la ligne générale, chacune séparément, avec des intervalles entre deux légions voisines, entre les cohortes d’une légion et entre les centuries d’une cohorte : c’est par ces intervalles qu’agissaient les autres troupes, levis armatura, auxilia; elles sortaient en avant pour combattre ou poursuivre les ennemis ; elles rentraient par le même chemin pour se réfugier derrière la légion. La légion dans le combat devait rester ferme comme un mur de fer , dit Végèce, sans jamais

(l) L'activité de Ct'sar touchant ce point est remarquable dans la. guerre de Gaule.

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ni fuir ni poursuivre, nec fugere, nec sequi. L’ordre de combat était le même dans toutes les légions d’une armée romaine en bataille et dans toutes les batailles; il était réglementaire. 11 nous suffit donc de l’indiquer dans une seule légion, pour qu'il soit connu dans toutes les batailles où le récit n’indique rien de particulier.

La cavalerie de la légion se massait aux deux ailes.

Sur la première ligne d’infanterie, la première cohorte, avec l’aigle, prenait position à droite : la seconde cohorte se plaçait à gauche de la première : la troisième à gauche de la seconde : et ainsi de suite jusqu’à la cinquième cohorte, qui se trouvait à l’extrême gauche de cette première ligne de bataille.

Sur la seconde ligne, la sixième cohorte prenait place à droite derrière la première cohorte : la septième à gauche de la sixième : et ainsi de suite jusqu’à la dixième cohorte, qui se trouvait derrière la cinquième, et qui devait toujours être à l’extrême gauche de* la seconde ligne de bataille, dit Végèce.

Les troisième, cinquième, sixième, huitième et dixième cohortes, qui constituaient avec la première les ailes et le centre de chaque ligne de la légion ainsi rangée, devaient être composées d’hommes de choix. Tous les légionnaires étaient munis du casque, de la cuirasse, de jambarts, du fort bouclier, du gladius, de cinq plumbntœ placées au bouclier et qu’ils lançaient au début du combat. Jls avaient de plus deux pila qui, bien lancés, pouvaient percer un fantassin à travers son bouclier, un cavalier à

travers sa cuirasse. Les légionnaires de la première ligne de bataille étaient appelés les princes, principes, et ceux de la seconde ligne, les hastaires, liastati.

Derrière ces deux lignes de légionnaires étaient placés les auxiliaires, avec le bouclier, les plumbalœ , le gladius et les pila. 11 s’y trouvait ertcore des archers munis du casque, de la cuirasse, du gladius , de traits et d’arcs. Il s’y trouvait des frondeurs qui lançaient des pierres à la fronde et au fustibale. Il s’y trouvait des tragularix, qui tiraient des traits avec la nianubaliste ou l’arcubaliste.

Derrière toutes les lignes de troupes ainsi rangées venaient les triaires : lesquels, armés comme les légionnaires et les genoux à terre 1 2 3 , se tenaient prêts, au cas où la première ligne serait vaincue, à rétablir le combat et à faire un nouvel effort pour saisir la victoire.

Dans le combat, c’étaient les tribuns qui dirigeaient les cohortes, ou la légion *.

On voit César mettre scs lieutenants à la tête des légions, pour les conduire et les commander dans leurs quartiers d’hiver ou dans une expédition, ou bien encore pour y être témoins de la bravoure de chacun dans une bataille s .

Telles étaient l'organisation et la force numérique des légions romaines, à une époque déjà ancienne du temps

(1) Probablement afin d’être ainsi, derrière leurs boucliers, tout à /ait à couvert des projectiles.

(2) De bello Gallico, VII , lui, — De bello Civil». , III, xcv.

(3) De bello Gallico, 1 , lu.

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de Y égèce ; et toutes les indications qu’on trouve à ce sujet dans les Commentaires , notamment dans le cinquième livre sur la guerre de Gaule, induisent à penser que telles étaient l’organisation et la force numérique des légions de César dans cette guerre. 11 importe de constater leur force numérique d’une manière positive.

§ III. Force numérique des légions de César en Gaule.

La force numérique des légions de César, en Gaule, est la seule base sur laquelle repose l’évaluation des forces contre lesquelles nos aïeux eurent à se défendre ; à cet égard, nous avons le regret d’être en désaccord, du simple au double, avec l’éminent auteur de YÊlude d’une campagne de César en Gaule 1 ; et l’autorité qui s’attache si justement à son œuvre, non moins que l’intérêt de ce point historique, nous imposent l’obligation de parvenir à l’évidence et de présenter ici les textes mêmes de César.

Le texte fondamental est un passage où César dit qu'il avait dans son camp à peine sept mille hommes * ; la question est de savoir s’il avait avec lui deux légions, ou une seule? Nous disons une seule .

Pour le constater, remontons un peu plus haut dans le récit, et suivons la série des indications qui se succèdent 1 2 3 . Au second retour de Bretagne (Angleterre), César

(1) Revue des Deux Mondes, livraison du 1" mai IS58, p. 69 et suivantes.

(2) Vix hominum millium vu. De bello Gallico, V, xlvii.

(3) Ibid., V. xxiv, et seq.

sc rend k Samarobriva (Amiens), d’où il envoie ses légions s’établir dans leurs quartiers d'hiver. Il a huit légions et cinq cohortes. Fabius va, avec une légion, s’établir chez les Morins (au sud et près de Saint-Omer) ; Crassus va, avec une seconde légion, chez les Bellovaques (au nord et près de Beauvais) ; Labiénus, avec une troisième, va chez les Rlièmes, aux confins desTrévirs (région de Mézières) : ces trois légions sont celles qui s’éloignent le moins de Samarobriva. Q. Cicéron (frère del’orateur) se rend, avec une quatrième légion, chez les Nerviens (à l’ouest et non loin de Namur) ; Roscius, avec une cinquième, va chez les Essui (au voisinage de l'Armorique) ; Munatius Plancus, avec une sixième, et Tribonius, avec une septième, vont chez les Belges ' ; Sabinus et Cotta, avec une huitième légion et, de plus, cinq cohortes, vont chez les Éburons (près de Liège et, semblerait-il, entre la Meuse et le Rhin) . César reste à Samarobriva, avec de la cavalerie (probablement ses quatre cents Germains 1 ) qu’il établit dans le voisinage.

Quinze jours environ après que les légions furent parvenues dans leurs quartiers respectifs, Ambiorix et Cativulcus, chefs des Eburons, font appel aux armes, attaquent Sabinus et Cotta dans leur camp, les induisent par de fausses nouvelles à en sortir, les surprennent dans les bois, au fond d’une vallée, et les entourent. Les Gaulois

(1) Sur quels pojnU? César De le dit pas. - (2) Germanos iquitei circiter CD, quoi ab initia ireum habtre inilitnernt. De bello Gallico, VII, XIII.

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harcèlent les Romains, sans jamais tenir contre eux de pied ferme; ils les accablent de traits et de pierres; les quinze cohortes périssent entièrement, chefs et soldats, sauf quelques fugitifs qui, se dirigeant comme ils peuvent et à la faveur des bois, parviennent auprès de Labiénus. Ensuite Ambiorix pousse les Atuatiqucs et les Nerviens à se joindre aux Eburons; tous ensemble vont assaillir Q. Cicéron dans son camp. Us tâchent, par la môme ruse, de l’en faire sortir comme ses collègues ; mais Q. Cicéron, plus circonspect, ne sort point du camp, s’y défend avec courage, et trouve, à prix d’or, le moyen de faire parvenir une lettre à César.

Au reçu de cette lettre, César envoie l’ordre à Crassus d'accourir avec sa légion à Samarobriva et à Fabius d’amener la sienne dans le pays d’Arras, surun point de la route où il sait qu’il doit lui-même passer. 11 mande par lettre à Labiénusde se rendre avec sa légion chez les Nerviens: toutefois, il le laisse juge de ce qu’il a de mieux à faire. Pensant que les autres légions étaient trop éloignées pour qu’il pût les attendre, César rassemble environ quatre cents cavaliers, tirés des quartiers du voisinage ; et, à la troisième heure environ (neuf heures du njatin), les premiers coureurs étant venus lui annoncer que Crassus arrive à Samarobriva, lui-même part et fait vingt milles ce jour-là; a après avoir laissé à Crassus l’ordre « de prendre le commandement de Samarobriva et d'y « rester avec sa légion — Crassum Samarobriva : prœficit ; « legionenu/ue ci atlribuit , — attendu qu’il y laissait les

« bagages de l’armée, les otages des cites, les papiers « publics; et toute la provision de blé amassée pour « l’hiver *. » 11 rencontre Fabius au point du rendez-vous désigné. Labiénus, dans une lettre, où il l’informe en détail de tout ce qui s’est passé chez les Kburons, lui représente qu’il ne pourrait faire sortir sa légion des quartiers d'hiver sans l’exposer au plus grand péril ; il lui apprend que toutes les troupes des Trévirs (Trêves), infanterie et cavalerie, sont campées à trois milles de lui.

César approuve la prudence de son lieutenant ; « et « bien que, de trois légions dont il comptait disposer, * il fût réduit à deux seulement — etsi opinione J / / les gionum ad 11 redieral *. — Néanmoins, ne voyant aucune chance de salut commun que dans la célérité, il se rend à marches forcées dans le pays des Nervicns. Là, pour tromper les Gaulois sur la force numérique de son petit corps d’armée et les attirer au combat, dans une position désavantageuse pour eux, il fait resserrer son camp le plus possible, « bien qu’il ne fût déjà point nécessaire « de le faire bien grand, dit-il, pour à peine sept mille « hommes , et même sans aucuns bagages — etsi erantexi- « gua per se vix hominum millium Vil , prœserlim nullis « cum impedimenlis 3 . »

Du rapprochement et de l’accord de toutes ces indications, il résulte clairement : que César avait envoyé des ordres à trois légions, dont il comptait pouvoir disposer ;

(1) De bello Oallico, V, xlv. — (2} Ibid., V,xlVI. — (3) Ibid., V, xlvu.

mais que, celle de Labiénus ayant dû rester dans ses quartiers d’hiver, César s'est trouvé réduit à ne disposer que de deux légions ; qu’il a disposé de celle de Crassus pour garder Samarobriva, où se trouvait le matériel de son armée, et de celle de Fabius pour aller au secours de Q. Cicéron chez les Nerviens. Ici, donc, César n’avait dans son camp qu’une seule légion, celle de Fabius, et, par conséquent, la force numérique de cette légion était de presque six mille six cents hommes: car il faut tenir compte des quatre cents cavaliers qui sont partis de Samarobriva avec César 1 .

Ainsi, la force numérique d’une légion de César; dans la guerre de Gaule, était de presque 6 600 hommes, d’après lui-mêine. Or, les indications détaillées de Végèce nous conduisent à admettre une force numérique de 6 826 hommes.

Nous en pouvons conclure que nos deux auteurs militaires s’accordent parfaitement; — car, remarquons-le bien, cette légion dont César nous a fait connaître la force numérique, venait de faire campagne pendant la

(1). Tout ce que nous venons de déduire de ces divers passages des Commentaire* est d'ailleurs justifié plus loin (VI, i), où César nous dit que : « Avant latin du même hiver, ses lieutenants lui amenèrent d'Iv talie trots nouvelles légions. » A notre compte, il devait lui en rester sept des anciennes ; et par conséquent, après ce renfort, son armée dut être compost e de du légions. Or, il est facile de le constater dans plus d'une occasion, notamment (VII, xxxtti) lorsque, à Deeetia (Decize sur Loire), César divise son armée en deux corps : l'un, de quatre légions, qu'il confie à Labiénus, pour une expédition au nord, du côté de I.utèce; l’autre, de iu légions, qu'il conduit lui-même au sud, du cété de Gergovia des Arvernes.

belle saison ; elle était partie de ses quartiers d’hiver en toute hâte; d’où évidemment avait dû résulter une diminution de son effectif. Cette diminution, un trentième , dans de telles circonstances, nous parait même assez faible, pour permettre de penser que les légions de César présentaient peut-être (comme on le voyait assez souvent dans les légions romaines, d’après Végèce), plus d'une cohorte portée à mille hommes, et que déjà ce grand capitaine avait confiance dans les gros bataillons. C’est aux militaires qu’il appartient d’en juger.

On a invoqué un autre texte où César indique le nombre de cohortes et le nombre d’hommes qui combattaient à Pharsale, de part et d’autre*. Pompée avait en ligne

000 légionnaires fantassins *, constituant 1 10 cohortes; et César, 22 000 légionnaires, en 80 cohortes. Ainsi, une légion de Pompée présentait , en moyenne, 4 090 hommes d’infanterie, et, une légion de César, 2 750.

Mais, à ce sujet, quand on examine avec soin l’en* Semble des indications que nous fournit le récit de cette guerre civile des Romains dont la Grèce fut le théâtre, on voit clairement que, si l’on acceptait le chiffre cidessus comme étant l’expression de la force numérique des légions de César en Gaule, on tomberait dans l’erreur de plus de moitié en moins.

En effet : 1° Déjà au départ d’Italie les légions de Cé*

< (l) De bello Ctcili, III, lxxxxiii et LXXXI1. — ;î' Il est question à part de le cavalerie. Ibid., 111, i.xxxviu et xcni.

sar étaietit bien loin de présenter un effectif complet. Il le dit lui-même 1 ; Labiénus le répète à Phamilc * ; l’un et l’autre énumèrent les causes qui ont éclairci leurs rangs. Ce sont : 1 • les derniers combats de Gaule ; les fatigues excessives de l’expédition d’Espagne; la rentrée d’une partie des légionnaires dans leurs foyers ; un automne malsain , qui a rendu malade toute l’armée aux environs de Brindes, en sorte que, outre les morts , il a fallu, au moment de l’embarquement, laisser a terre beaücoup de malades; 2" depuis le départ d’Italie jusqu’à la bataille de Pharsale, les légions des deux armées avaient fait de grandes pertes, non-seulement dans les combats acharnés qui eurent lieu près de Dyrrachium, mais encore dans le camp de César par la famine, dans celui de Pompée par les maladies ; et ces pertes n’avaient pu être réparées, ni d’un côté, ni de l’autre, attendu que Pompée, étant maître de la mer, et César, maître de l’Italie, ni l’un ni l’autre n’avaient pu en tirer de recrues ; 3* Malgré ces pertes, du côté de Pompée, une légion présentait encore 4 090 fantassins ; 4° César lui- même nous dit que « ses deux légions « de l’aile gauche, réunies ensemble, présentaient à peine « l’effectif d’une seule — ut pene unam ex duabus effi- « ceret *. » Prenons le double du chiffre moyen 2 750 :

(I) Debello Civili, HT, it. — (2) Ibid., III, lxxivii. — (3) Ibid., III, lx xxix. Remarquons, en passant, l'habileté politique de César, qui conservait tous les grades dans son armée, bien qu’il y manquât la moitié des soldats. La solde l'inquiétait peu : il savait se procurer de l'or ,* et d'ailleurs, il aimait fe être le débiteur des tribuns et des centurions, pour un motif qu'il nous fera connaître dans une circonstance grave.

c’est 5 500. Ainsi, d’après César lui-même, la force numérique de l'infanterie d’une légion romaine excédait , de * son temps, 5 500 hommes ; et Végèce, qui écrivait d’après d'anciens auteurs, la porte exactement à 6 100 hommes. Nos deux auteurs militaires sont donc de même ici trèsapproximativement d’accord. Du reste, dans toute cette appréciation comparative des forces de son rival et des siennes, César n’a-t-il absolument rien exagéré dans l’intérêt de sa propre gloire ?

Nous nous croyons donc autorisé è admettre définitivement que, dans la guerre de Gaule, la force numérique d'une légion de César, en cours de campagne, était approximativement et en nombre rond, de sia» mille hommes, tout compris, infanterie, cavalerie et vétérans rappelés ou volontaires * 1 .

$ tV. — Matériel des légions de César en Gaule.

t Mais la force de la légion, dit Végèce, ne consiste « pas seulement dans ses hommes ; elle consiste encore « dans son armement de moyens de toute sorte. ■* Avant toute autre chose , on la munit de traits « auxquels ni cuirasse ni bouclier ne peuvent résister. • C’est pourquoi il est d’habitude que dans une légion s chaque centurie ait sa carrobaliste 5 , traînée par des a mulets, et servie par un manipule à tour de rôle, non-

(1) Noua voyons une centurie de vétérans volontaires (au nombre de rsni vingt Jiommr») signalée pour sa bravoure à Pharsale. Os bello Civil», III, SCI.

(1) CarrobaUtta. carrut balieta, char-baliste, batiste sur roues.

MOYENS MILITAIRES

t seulement pour la défense du camp, mais encore sur le « champ de bataille, où sa place est derrière les troupes « pesamment armées, et où ses coups transpercent les ca- , « valiers avec leur cuirasse, les fantassins avec leurs bou- « cliers. Or, dans une légion, on a d’habitude cinquante-

• cinq carrobalistes 1 . On a de plus dix onagres, c’est-à-dire

* un onagre par cohorte, sur un chariot traîné par des « bœufs, afin que, si les ennemis se hasardent à venir atta- « quer le camp, on puisse le défendre à coups de traits et « de blocs de pierre. La légion porte aussi avec elle des « bateaux pour passer les fleuves, des harpons, desgrap- « pins et de très-longues cordes. Elle a, pour faire les « travaux des fossés, des hoyaux, des houes, des pics,

« des leviers, des râteaux, des civières, des paniers pour

* porter la terre. Elle a des dolabres, des haches, des

• doloires, des scies, pour couper et scier le bois et les « pieux. Elle a en outre des ouvriers avec toutes sor-

• tes d’objets de fer, pour attaquer les places des en- « nemis, établir les tortues, les muscules, les béliers, les « vignes (comme on les appelle), et aussi les tours ambu- « latoires. En un mot, tout ce qu’on croit pouvoir être

* nécessaire dans une guerre de quelque nature qu’elle « soit, une légion doit l’emporter partout avec elle,

« afin de pouvoir, où qu’elle établisse son camp , y « constituer une cité armée, armatam civilatem *. »

(1) La première cohorte, qui était d'un nombre d'hommes double, avait sans doute dix carrobalistes.

(2) Vàoàcx, II, xxv.

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