ACTE V, SCÈNE I. nZ OCTAVE
C'est pourquoi je le brave:
Je ne périrai pas sous vos coups.
BROTUS.
Jeune Octave, Cette mort, plus qu'aucune, illustrerait ton nom.
GASfilUft.
C'est trop d'honneur pour lui, ce digne compagnon D*un farceur débauché.
AKTOIKë.
\iGUL^ Cassius, boi^ ï>age.
OCTAVE
Antoine, éloignons-nous. — Je vous jette au visage Le défi des combats, traîtres. Au champ d honneur Osez venir. . • on bien quand vous aurez du cœur.
(Antoine et OclaTe sortent melsBr afOilB.) CASSIUS.
Allons, vents et marée, entiez- vous de colère.
La tempête mugit... Et vogue la galère I Tout est au gi*é des tlots,..
BRUTUS
Lucilius, ici.
LUCIUUS.
Oui, seigneur.
(BratttS et Lucilius s'eo^ticnaent à part.)
324 JULES GËSAR.
GASSIUS.
Messala.
MESSALA
Général, me voici.
CASSIUS
Ce jour eât, Messala, le triste anniversaire Du jour où je suis né. — Ta main, que je la serre 1 Sois témoin que j'agis contre mes volontés, En livrant aux hasards toutes nos libertés, Gomme le fit Pompée en cette conjoncture.
Tu sais combien iiayuèœ aux dogmes d'Épicure^ Mon àme appartenait. Maintenant mes esprits Aux présages d'en haut accordent quelque prix. Je ne suis plus moi-môme. — Or, en venant de Sarde, Au sommet du drapeau que portait Favant-garde, Hier, nous avons vu deux aigles des plus grands S'abattre. Ainsi placés en téta de nos rangs, Gomme deux vaillants chefs conservant leur posture. Tandis que nos soldats leur doimaient la pâture. Ils ont accompagné nos pas jusqu'en ces lieux ; Ce matin ils oui pris leur essor dans les cieux. Depuis lors, de corbeaux, de vautours un nuage Semble planer sur nous comme sur un carnage ; lis convoitent d'en haut la pix>ie à dévorer Qui, sous ce dais fotal, semble près d'expirer.
MESSALA
Ne croyez point cela.
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ACTË V, SCÈiNË 1. 225 CASSIUS.
J*y crois avec réserve ; Car je sens mes esprits pleins d'ardeur et de verve
Pour braver tout péril.
BRUTUS, à part, à Lueiliut.
Fais bien, Lucilius,
Tout ce que je t'ai dit.
CASSIUS
Maintenant, cher Brutus, Les dieux ont rétabli notre heureuse harmonie. Qu'elle enchaîne nos cœurs jusqu'au soir de la vie 1 Mais, puisqu'en chose humaine il n'est rien de certain. Il faut en nos calculs mettre au pis le destin. Si donc cette bataille après tout est perdue, C est alors entre nous la dernière entrevue.
Quefei*ez-yous?
BRUTUS
Eh bien ! Je réglerai mou sort Par Tesprit qui me fit à Gaton donner tort
De s'être ôté la vie. — A mes yeux, il est lâche,
Il est vil de partir sans achever sa tâche>
Et (le ne pas laisser sa carrière liiiir
Par la crainte des maux qui peuvent survenir.
Ainsi donc, tout mon cœur s'armera de constance,
£t, calme, il attendra la suprême sentence
Des pouvoirs qui de nous disposent ici-bas.
226 lUUS CfiSAB.
CÀSSID8.
Ainsi^ Bratus trahi par le sort des combats.
Se laissera conduire en triomphe dans Rome.
BaUTUS.
Oh î non, digne Romain : Brutus n'est pas un homme Que le joug d'un vainqueur ait pouvoir d'enchaîner ; n porte un cœur trop ^and. — Ce jour doit terminer L'œuvre aux ides de mars entreprise. — J'ignore Si dans ce monde, ami, nous nous verrons encore* Je vous tais mes adieux à touL t \ énement. — Adieu donc pour j amais. — Pour nos cœurs quel moment. Si nous nous revoyous I... Si la mort nous sépare» Qu'à ce cruel destin cet adieu nous prëpai'e.
CASSIU&,
Adieu donc, à Bmtus I Quand nous nous reprenons.
Nos cœurs seront joyeux. Si nous nous séparons Pour jamais, cet adieu nous prépare sans doute A ce triste destin, Brutus.
fiRUTUS,
Allons, en route?
Que ne peut-on savoir quelle issue obtiendra Ce jour ! — Nous lo saurcms, car ce jour finira.
ACT£ V, SCÈK£ 111. 227