Jules de La Madelène (1820-1859)
Nadar, parlant des liltérateurs, amis et compagnons de sa jeunesse., qui se rattachaient ù ce « type représentatif » que l'on appelle Henri Murger, range, avec admiration, parmi eux « notre plus que parfait Jules de la Madelène qui écrivit pour la revue de Buloz le Marquis des Sa //'ras » (1).
Qu'était ce Jules de la Madelène d'une si surprenante perfection ? C'est ce que les documents réunis ici vont nous apprendre en partie.
Jules-François-Elzéar Collet de la Madelène, connu en littérature sous le nom de Jules de la Madelène, naquit, le 1 1 janvier 1820, à Versailles, où son père, le baron Collet de la Madelène, commandait le 22* régiment de ligne.
(1) Nadar, Charles Baudelaire intime, Paris, Hlaizot, 1911, p. fi8.
La famille de la Madelène était originaire de Carpentras. Le baron de la Madelène, après la révolution de 1830, resta dans l'armée, où il continua ses fonctions de colonel ; mais, au sortir du métier des armes, il vint habiter son pays d'origine. Oflicier de la Légion d'honneur, très en vue, naturellement, par le prestige qui s'attachait alors à tout ce qui était mililaire, il fut tout d'abord conseiller municipal de Carpentras et conseiller darrondissoment pour le canton de Mormoiron (1). l ne ordonnance royale, en date du 18 août I8i2, le nomma maire de Carpentras. Il fut installé le 29 août suivant, et le sous-préfet, en lui donnant l'investiture, lui rappelait le zèle avec lequel il s'était mis au service de ses concitoyens : c Tout couvert encore de la gloire de nos armées et des distinctions qu'il doit à sa valeur, M. le colonel de la Madelène est venu s'associer à nos travaux ; il est venu, appelé par l'élection populaire, discuter les intérêts de sa ville natale et ceux de l'arrondissement. » M. de la Madelène occupa les fonctions de maire de Carpentras jusqu'en 1848.
Son iils aîné Jules de la .Madelène lit ses éludes en partie au collège de Versailles, en partie au collège de
(1) Mormoiron, chef-lieu de caiilon, arrondisscmpnl i-l A 11 kiloini'- Irt-s de Corpciilrns (Vnuclusc), niijourd'liui 1.31.S bal>i(iii)ls. sur une petite riniiiencf calcaire dominant une plaine traversée par le Saint-Lourent, aflluent de l'Auzon. On y voit des tours ruinées, restes présumés d'une conimanderie dft templiers et, dans l'église, une curieuse fenêtre byzantine. C'est la patrie de l'érudit baron (îuillauine de Sainte-Croix. — Cf. Gaston Heauvais, Provence (collection de» guides Juannc,, Purii, Hachette. 1U14, p. 7ti.
Carpentras. Lorsqu'on parle de Carpentras, les Français qui sont, évidemment, le peuple le plus spirituel du monde, se mettent à rire. Ils rienl de la même fai^^on aussi formidablement intelligente quand il s'agit de Landerneau ou quand on parle de Pontoise. « C'est bien injustement, dit Elisée Reclus, que le seul nom de Carpentras, passé on proverbe, éveille l'idée d'une petite ville de province, peuplée de bourgeois vaniteux et médisants ; il se trouve précisément que, toute [iroportion gardée, Carpentras est, parmi les villes de faible population, une de celles qui se distinguent le plus par l'industrie, le travail intelligent, l'amour de la science et des arts. Elle a bibliothèque et musée, et forme ellemême une sorte de musée par ses monuments, depuis l'arc de triomphe romain de l'ancienne Carpentoracte ( 1), aux puissants bas-reliefs représentant des guerriers, jusqu'à son bel hôtel de ville du xviu^ siècle et à ses grands aqueducs (2). » A Carpentras se rattache
(1) Sur Car penlor acte, cf. Walckenaer, Géographie des Gaules, Paris. 1839, t. II, p. 182 ; d'Anville, Xotice de l'ancienne Gaule, Paris, 1760, p. 203; Adrien de Valois, Nolitia Gallianun, Paris, 1676, p. 129 ; Pline l'ancien. Histoire naturelle, lib. III, ijS p.l60, col. 1 de l'édition Liltré, Paris, Dubochel, 1851, t. I) : Giraull de Saint-Fargeau, Dictionnaire de la France, Paris, Firniin-Didot, 1844, t. 1, p. 472.
2 lîlisée lieclus, ÎS'ouuelle géographie uniutrselle, Paris, Hachette, 1877, 1 II, La France, p 327. Sur Carpentras, vo\ez encore J. Liabastrcs, Histoire de Carpentras, Carpentras, Barrior, 18!ll, in 8" ; L. Loubel, Carpentras et le Comtat Venaissin aaant et ajircs l'annexion, Carpentras, Barrier, 1891, in-16 ; Marseille et la Provence, publié par le Sjndical d'initiative de Provence bulletin trimestriel, 12^ année. 30 juin 1914 . p 96-98 ; A. Giraull de Saint-Fargeau. Dictionnaire de la France. Paris, Didot, 1844, t. I. p. 471 ; ce qu'en dit Jules de la Madelène lui même dans les ailles de France, par Aristide Guilbert, Paris, Fume. 1843, in-4", t. IV, p. 112 et suiv. On peut aussi consulter le livre très passioané et très lyrique d'Audré Godard, Les madones comta-
le souvenir de I opiscopat de Sadolet et de celui d'Inffuimbert, qui fil don à sa vil'e natale de la magnifique collection littéraire qu'il avait formée par l'acquisition des livres de Peiresc et des Thomassin de Mazaugues et par ses propres acquisitions.
L'intelligence de Jules devait se développer et son goût se former dans ce pays éminemment artistique du Comtat, dont on a pu dire que c'était comme un morceau détaché des régions transalpines, dont les papes, à ce qu'il semble, ont voulu, en y important le sens de la beauté, se refaire comme une nouvelle Italie qui leur resta dévouée (1 ).
Dans ce collège de Carpcntras i2) avait professé le
dines, Paris, Pcrrin, 1910, donl, pour nous, la première qualité cerloine esl une haine faroudie du jansénisme.
(1; Elle semblait vraiment un coin d'Italie, celle colonie pontificale si joliment évoquée par Alphonse Daudet : « C'était, du malin au soir, lies processions, des pélerinjiges, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lisses, des arrivages de cardinaux par le Hhoiie, bannières au vent, galères pavoisées. C'était le tic- lac des métiers à dentelles, le vaet-vient des navettes tissant l'or des chasubles, par là-dessus le bruit lies cloches, el toujours (|uelques tambourins qu'on entendait ronfler du c«>tc du pont. Car, chez nous, quand le peuple est content, il faut qu il danse .. La dernière manifeslalion politi<|ue du Comial en faveur de ses anciens gouvernants sera l'ofTre du palais des Papes faite h Pie IX par le conseil municipal d'Avignon, quand les Iroupes de Viclori-^mmanuel eurent envahi les Ktats de l'Eglise. » (André (lodard, Ltt nuidoneM comtadiiiri, Paris, Perrin, 1910, j». llfi et l'J9.)
[2 En 1K40 le collège de Corpentras était ainsi composé : M. l'abbé Laurans. principal ; ,M. N'crnay, professeur de |)hilosopbie et de rhétorique ; Hichaud, seconde et troisième ; Karrès, «pinlrième el cinquième; .Malosse, sixième ctseptiémc ; Dcgncs, huitième ; (iacon, muitre d'éludet (.4finrififrr stalnliniir rt adminislralif du dfjinririiiriil de Viiiicliisr pour ISiO. .Avignon, lS4(t. p. 'MV.i — \.'Anniinirr df Vaticliiiif i>oiir Ut anttée» lHhl et iiik'2(M vend A Avignon au bureau des Archives de la préfec-
fameux chimiste Franc^ois Raspail (1 et, à l'époque même où Jules de la Madelène y était encore élève ou venait d'en sortir, celui qu'on a appelé « le Virgile des insectes », « le glorieux entomologiste de Sérignan ». J.-H. Fabre, y dirigeait l'école primaire annexée et, alors plus connu dans la petite ville comme littérateur et comme poète que comme savant, déversait dans un journal local, ÏEcho du Ventoux, ses compositions et ses conlidences poétiques (2), en attendant de sortir de ce qu'il appelait dans une lettre à son frère du 3 septembre 1848, « cette maudite bicoque de Carpentras ».
ture cl chez les principaux Iibr;iires du département donnait, p. 525, les renseignements suivants sur le collège de Carpentras : Bureau d'administration : MM. de (îerente. sous-préfet, président; Alhenosj', maire; Morel, juge ; Bernard, conseiller d'arrondissement, médecin ; Forlunet aîné. — Dotation 7.350 francs. — Béiribution : '2.537 francs. Nombre des élèves: pensionnaires : 60; externes : 50 ; total :110. Principal, M l'abbé Laurans, oilicier de l'L'niversité ; aumônier, l'abbé \'ignonnet; philosophie et rhétorique, Vernay; mathématiques, Eysseric ; seconde et troisième, Bichard ; troisième et quatrième. Barres; sixième et septième. Ducros ; huitième .. ; niaiires d'étude, Baly et Volpellière ; maître de dessin, Bonnet; école supérieure annexée au collège, directeur, .M Louis Vignonnet ; rhétorique française, Vernay, chargé ; histoire et géographie, Bichaud, chargé.
(1) Eugène de Mirecourt, Raspail, dans les Contemporains, n" 62, Paris, 1869. p. 6-12.
(2 Ces premières poésies de J.-H. Fabre (|ue l'on trouvera, par exemple, dans l'Echo du Ventoiix du 25 janvier 1844, du 2 novembre de la même année et du 20 septembre 1845, paraissent inconnues de son biographe, le D'' G. \'. Legros, La Vie de J. H. Fabre naturaliste, Paris, Dclagrave. s. d., in 12. Pierre Herbert, professeur au lycée du Puy, dans son livre sur l'Inscription de l'arc de triomphe d'Oraiiçfe qui parut à Paris, en 1862, chez De/obry, Tandon et C'*. p. 75. parle de « M. le docteur Fabre, professeur de physique au lycée d'Avignon qui cultive avec un égal succès les lettres et les sciences », et parait s'être documenté auprès de Fabre sur cette inscription. — Cf. sur F'abre au collège de Car|>cntras, ses Souvenirs enlomoloyi(fues, Paris, Delagrave, 1879. 1" série, cbap. XX, p. 275, et 9''série. chap. xiii, p. 172 ; Legros, libr. cit., p. 11-24.
C'est là qu'au milieu des labeurs ingrats de la classe et de la préparation personnelle, il trouvait le moyen de chanter les formes changeantes des nuages et la beauté des fleurs :
Quel est donc ce compas qui traça vos ovales ? Quelle main décrivit vos contours gracieux ? Quel pinceau délicat enrichit vos pétales Des suaves couleurs de l'Iris dans les cieux ?
C'est la main qui conduit dans ces routes profondes Laconit'teefl'rayant les peuples éperdus ; C'est la main de celui qui façonna les mondes, Qui sur trois doigts les pèse et les tient suspendus.
C'est la main qui des cieux sut déployer les voiles, C est le divin compas qui, de ses branches d'or, Décrivit leur orbite à toutes les étoiles, - Le jour que dans l'espace elles prirent l'essor.
Jules de la Madelènc termina ses études à Avignon. Il dut faire, dans ce milieu artistique, poétique, vibrant qu'est celte vallée du Rhône, de bonnes éludes et y prendre le goût passionné des choses de l'cspril. Kn iSlO. très probablement fort peu après sa sortie du Collège, il fonda avec 1 un de ses anciens maîtres. M. Louis Hichaud (1 i. la Rrviic fin Comtat^ dans laquelle
'1>« M. G.Tipnrd-Louis Hichniid, ne à Avignon lo 19 jnnvier lf<l.">, d'aliorcJ riSgcnl de .')« el 4* nu coll«''ge do Perliiis, puis de 2' cl de 3* A celui de Carpc-nlrn<i, a conipo»^ un grand nombr«' de poi'-^ies estiniccs, insérées dans le \ïfs%ager de Vaiu-hise, le M('in<>rial de Vnuclute, l'/ic/io
il publia diverses études, entre autres, le ÛO février 18i2, une étude sur le sculpteur Jacques Bernus (1) où il protestait avec vivacité contre le vandalisme de la
de Vaiicluse, VAlbum d'Orange, VEcho du Ventoux, et notamment dans la Revue du Comtat, journal hebdomadaire dont il a été un des fondateurs et le principal rédacteur et qui, après avoir été publié d'abord en 13 numéros iCarpentras, Devillario, 4 pages petit iu-f'ol du 9 décembre 1838 au 10 mars 1839, a reparu dans le môme format et chez le même imprimeur depuis le 9 janvier 1842 Ces divers journaux renferment aussi de M. Hichaud quelques articles en prose, signés, comme ses poésies, par les initiales L. R. On peut citer entre autres son Hiitoire d e S. Siffrein, évc(juc. de Carpentras dans VFcIio de Vaucliixe des 3, 10 et 17 juin et 8 juillet 1841 . et celle qu'il a écrite sur Saint Veran, cvêque de Cauaillon (dans le Measager de Vaucluse. 12 janvier, 27 février, etc., 1840, et dans l'Annuaire de Vaucluse pouv les années 1841 et 1842, p. 54-71). » ïii\riave\. Dictionnaire historique, biographi<juc et bibliographique du département de Vaucluse, Carpentras, Devillario, 1841, p. 323.) Eu 1851, M. L. l-lichaud licencié es lettres, agrégé de lUniversilé. était censeur des éludes au lycée d'Avignon- Il donnait cette même année Oedipe roi, tragédie de Sophocle, traduction en vers français, à Avignon, chez Fr. Seguin, éditeur. Un professeur du collège de Carpentras, M. G. Barrés, rendant compte de cette traduction dans VEcho du Ventou.v du 28 septembre 1851, écrivait : « . . M. Hichaud est depuis longtemps connu de nos lecteurs. Ils se rappellent tous ses poésies fugitives publiées dans V Echo de Vaucluse et surtout dans la Revue du (jonilat où la grâce et la naïveté le disputaient à la délicatesse des idées et à la fraîcheur des sentiments. Quelle douceur dans ces tendres accents, quelle facilité dans ces inspirations poétiques qui ont tant d'affinité avec la muse élégante et chaste du chantre d'Kloa et de l'auteur de Marie. Ame jeune, enthousiaste, sensible, pleine de nuances charmantes et dune mélancolie qui parfois vous touche jusqu'aux larmes, le poète en a répandu tous les trésors sur ses gracieuses créations. Qui a oublié ces articles en prose où le culte de la forme était poussé si loin '/ Certes, ce n'est pas là un petit mérite à une époque où tant de getis traitent si cavalièrement la langue de notre patrie. » C'est sans doute à cause de toutes ces qualités que M Louis Richaud parait avoir exercé sur .Iules de la Madeléne une particulière influence.
(Il Cf. Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, Carpentras, Devillario, 1S41. p. 184 et suiv ; l'abbé Hequin, Jncqiu^s Rernus, sa vie, son œuvre (1()5U 1728), Avigtion, Séguin, 188(î, in-8". On trouve des œuvres de .lacques Hernus un peu partout en Provence, à Carpentras, en particulier, au musée, h la cathédrale où l'on voit de lui une statue del'évéciue Laurent Huttii, mort en 1710, et une gloire en bois sculpté et doré en 1694,
Révolution et se promettait de contribuer à taire revivre les gloires de la Provence :
... Le nom de Bernus n'est pas le seul oublié. Il en est encore, et d'aussi beaux, dans les lettres, les sciences, partout où s'étend le domaine de l'intelligence. Comme Atbènes, la Provence est lanière des arts ; mais, comme Athènes, elle est oublieuse. Nous nous ferons un devoir de lui rappeler ces pauvres gloires méconnues jusqu'à ce qu'elle leur ait fait justice; et, comme ce vieux presbytérien d'Ecosse qui s'en allait dans les cimetières, arrachant de ses mains la mousse et les pierres qui couvraient les tombeaux de ses frères morts à la bataille, nous irons fouiller pieusement dans le passé de la province, cet autre cimetière où dorment tant de glorieux souvenirs. S'il ne nous est pas donné de relever les statues, nousauronsau moins redressé quelques inscriptions.
Le baron Collet de la Madelène était sans doute dans les mômes sentiments que son fils, puisque nous le voyons, en mars 1812, faire partie de la commission nommée pour élever un monument à l'évoque Inguimbert, biblioj)hilc et charitable (1).
Le 2<» juin suivant, Jules de la Madelène donnait une étude sur Jacijiies Sadolet à la Hrvur du Corntat où il publia encore le commencement d'une llisiitire des recteurs du Corntat Venaissin d'aprrs /rs notes recueillies jKir Cil. Cottier. M. Louis lUchaud avait écrit l'introduction de cette Histoire qui devait paraître en volume.
(1) CeUr statue ne fut innujçun'T qu'on 18.VS. Cf. Imnigiiralion de la xlnliie de Mgr d'Inguinibert, ét'éi^iie de (larptnlrai, extrait du • Conoiliuteur (le \'auclusc, du 22 mai, Cnrpentras, L. Devillario (1858), in-8" Hibl. nal.. LK 7. \(m).
à Carpentras, chez Devillario ; mais il ne réussit pas à l'achever, et elle ne parut pas (1).
Ainsi Jules de la Madelène écrivait. Il composait quelques articles destinés à célébrer les gloires du passé. Il fournit même d'après Barjavel, qui dès 1841 mettait ce jeune homme de vingt ans dans sa Biographie vauclusicnne, quelques articles à la Quotidieiine, à la Revue de France. L'exemple de se livrer à de pareils travaux lui venait de son ancien maître Louis Richaud, à la fois érudit et lettré, d'un autre professeur encore de son ancien collège, le professeur de troisième et de quatrième, M. G.Barrès, qui de 18iOà IS.i.j donna souvent aux journaux locaux, et en particulier à CEcho du Ventoux, de solides études critiques. Dans ceux qu'il consacra à Roumanille et à son poème Li Caplaii, ce critique de province se trouvait plus informé et en avance sur la critique parisienne (2).
Comme Joseph-Henri Fabre, la Madelène aimait aussi manier le vers et enfermer ses sentiments dans des formes poétiques, dans des pièces dont il confiait l'impression aux journaux de sa province. ISous avons retrouvé l'une de ces pièces, dédiée précisément à Louis Richaud, dans YEchode Vauciuse du 26 mai 1844.
(1) Les Scabieuses qui parurent dans les numéros du 16 et du 23 octobre 1842 de la Hevuc du Comtat, sous la signature de Georges Serval, doivont «Hre de Jules de la Madelène.
(2) Li Cuplùnde Roumanille, dansVEcho du Ventoux du 24 août 1851; sur Roumanille, dans les numéros du même journal du 16 moi et du 26 septembre 1852.
Vers la Pàque, trois jours avant son agonie,
Traversant le désert en l'eu, Jésus était venu d'Ephreni à Béthanie
Dire aux siens le dernier adieu.
Lazare - qui connaît les secrets de la tombe — L'attendait au dehors ; et le Christ qui succombe De tati{j;ue et d'angoisse, au seuil s'était assis ; El Marthe répandait l'amphore des arômes Et de ses cheveux blonds séchait les pieds meurtris Du plus beau des enfants des hommes.
Alors Judas, celui qui devait le trahir :
— A quoi bon ces parfums ainsi perdus, ô femme Vendus trois deniers d'or, ils soulageaient ton àme Nous avons parmi nous des pauvres à nourrir.
Mais Jésus souriant de son divin sourire Mélancolique et doux :
— Vous ne comprenez pas la pitié qui l'inspire,
Disciple, taisez-vous.
Kt de nos jours encore, quand viennent les pot'^tes Hépandre h'urs parfums au milieu de nos IV-tes — A quoi cela sert-il ? leur disent les rhéleiirs, Kt ceux qui vendent Dieu, les sophistes menteurs.
A quoi servent les pleurs des mères, Et le sourire des enfantfe ; Et les extases solitaires Des artistes et des amants ?
Dans les vieux créneaux des tourelles, A quoi servent les hirondelles, Ces messagères des beaux jours ; Et les colombes tant Hdèles Oui portent sous leurs blanches ailes Les doux symboles des amours?
El rhumble fleur de la bruyère Dans la vallée hospitalière.
Et l'encens pur de la prière Dans le sanctuaire embaumé, Et la blanche épine fleurie Dont l'oratoire de Marie Se couronne au retour de mai ?
A quoi sert Tonde qui murmure Dans un paysage isolé ; EJ ce concert de la nature, Grave, mystérieux, voilé.
Où toute voix triste ou joyeuse Comme une note harmonieuse Vibre sous le ciel étoile ?
A quoi bon ces lueurs sereines Qui se répandent sur les plaines, Ainsi que des joyaux de reines En longs reflets harmonieux ;
Ces étincelantes corolles,
Ces radieuses auréoles,
Ces fugitives banderoles
Qui flottent aux voûtes des cieux ?
A quoi bon les mélodies Qu'au printemps dans les prairies Avril sème avec les Heurs Auprès des claires fontaines ; Et les douces cantilènes Que les mésanges des plaines Chantent au merle railleur?
Le cri plaintif des mouettes.
Le chant hardi du bouvreuil Et des vives alouettes?
A quoi servent les poètes ?
Et les sages ainsi parlent dans leur orgueil
A quoi bon les parfums ? — 0 Judas, ta parole Dans notre siècle encor retentit tous lesjoqrs. Devons-nous renier notre pieux symbole 7 Devons-nous profaner nos mysti(jues amours ?
Faut-il, ami, briser la lyre Qui tressaille sous notre main ; Faut-il repousser et maudire La Muse au céleste sourire Qui tour à tour chante et soupire, Comme une sœur, sur notre sein ?
Non ! tant qu'il restera des douleurs sur la terre,
Des veuvages à consoler, Des tristesses sans cause à bercer de mystère,
Des vœux immenses à combler,
Tant que l'âme ouvrira son aile
Aux champs d'espérance immortelle,
Aux nids d'immortelles amours,
Toujours il faut chanter ; toujours
Il faut chanter à la patrie,
A la famille, à la cité,
A la gloire, à la liberté,
A toutes choses encor chéries
Des purs amants de la beauté ;
A toutes choses, hélas ! flétries
Par l'orgueil et l'impiété !
Que cette voix religieuse Eclate en tout temps, en tous lieux ; C'est le Verbe éternel, charme mystérieux. Qui rattache la terre aux cieux.
C'est toujours la source bénie De splendeur et de vérité.
Où, dans ses heures d'agonie, Se retrempe l'humanité ; Toujours la terre est rajeunie Lorsqu'un hymne saint, inspiré, Parfum d'inelTable harmonie, S'exhale d'un cœur consacré.
Ami, gardez toujours vos naïves croyances ; Dans le temple sacré de votre cœur, toujours Orne/, ornez lautel des divines amours, Des souvenirs pieux, des saintes espérances.