MARCHAND DE JOUETS
Il va, par les chemins, errant et famélique, le pauvre marchand de jouets. Ses grossières pantoufles de sparterie découvrent ses pieds calleux, et sa mise est commune et fruste, comme ses sandales. Un capuchon de laide étoffe couvre sa tête, — car les longs soucis de la coiffure ne sont permis qu'aux riches, — et il vague par les routes, mélancolique amuseur, faisant rire des trémoussements de ses mannequins, les enfants rencontrés.
Et justement s'avance, sous les pêchers et les saules, sous les érables dont les feuilles sont pareilles à des empreintes de petites mains rouges, s'avance avec ses trois bambins, la dame opulente, dont la toilette somptueuse s'anime de coqs aux longs plumages verts dorés, et change, pâlit et se fond, par nuances insensibles, vers la traîne large, en une végétation trouble de fleurs indécises.
Le marchand a crié plus fort et ses pantins ont gambadé à casser leurs ficelles, devant les yeux étonnés et crédules des petits. Mais bientôt, détournée de ces joujoux de pauvre, leur attention distraite revient au gros crabe aux mouvements pénibles que l'un d'eux porte dans un filet, suit un papillon
écarlate que leur mère éloigne d'un balancement coquet de l'éventailj et s'en vaj avec lui; vers les lychnis et les glaïeuls.
Plus morne, l'ambulant amuseur soupire sous ce dédain, immobile, avant de reprendre, par les pays, la suite de ses désespoirs.