‹ Jules DestréeChapitre 3 sur 15 · OFFRANDE · texte numérisé non relu

OFFRANDE

Au puissant seigneur, fièrement drapé dans la prodigieuse opulence de ses robes de soie, où la fleur de kiri aux sept branches alterne avec le chrysanthème aux seize pétales : armoiries souveraines, au casque de bronze orné d'un dragon d'or et tout hérissé de pointes comme du fer qui flamberait, étrangement grimé : livide et bleu, aux yeux noirs et absolus,

qui se silhouette ainsi sur la mer coupée de l'éclat d'acier de son sabre droit, la mer lointaine .où des vaisseaux petits voint en Hottille guerrière, avec des banderoles cramoisies sur l'eau couleur de ciel,

un bourreau de plèbe vile, courbé et d'effroi frissonnant, sordide devant ce soleil, avec d!u sang rouge frais, collant aux pieds, aux genoux, ruisselant jusqu'à ses coudes,

présente respectueusement, sans même oser le regarder, la tête pâle de l'ennemi, la pitoyable tête blêmie, aux yeux clos d'éternel sommeil, à la bouche crispée de suprême souffrance, et dont le cou pleure encore entre les mains du tueur, des gouttes vermeilles qui vont s'écraser sur le sable en petites étoiles rouges.

— Et le puissant seigneur livide, en sa splendeur, sans un signe, impassible, contemple longtemps de ses yeux absolus les petites étoiles roviges...

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