ACQUEREUR DU CABINET LITTERAIRE
Collection universelle des meilleurs Romans modernes. Rue Saint-Jacques, 08.
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Nous étions au mois do jnnvirr 182Î5, Charles X régnait; les uns croyaient à la Charte, les autres à la royauté. Il y avait alors une foi politique!.... chose rare datte les mauvais jours où nous sommes , il existait aussi, à cette époque, une autre foi non moins précieuse à nos yeux que la foi politique;
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c'était la foi littéraire ! Quand on pense que le public allait à l'Odéon !
Odéon ! Odéon ! temple vide maintenant, que de fois la foule impatiente s'est pressée dans tes escaliers , dans tes corridors ! Que de fois des bravos innombrables et mérités ont retenti dans ton enceinte ! que de gloires s'y sont élevées ! hélas ! et tu n'es plus qu'un tombeau silencieux, qu'une demeure abandonnée , comme cette église souillée , comme ce monument révolutionnaire , ton voisin , le Panthéon !
Vers le soir, la foule encombrait toute la place et débordait tumultueusement aux diverses avenues du théâtre. Il se faisait d'ailleurs un bruit de voitures et de voix humaines , comme cela n'arrivait que bien rarement ; les vendeurs de billets , les limonadiers, les restaurateurs du quartier et le
diiecleur de l'Odéon , étaient les hommes les
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plus heureux dé tniit Paris. La solitude du Luxembourg était même troublée de ce qui se passait près d'elle : les promeneurs qui venaient habituellement s'y délasser de leur inaction, et les fongueux étudians qui s'amusent à tendre leurs lacs d'amour aux beautés du pays latin , se trouvaient surpris de porter fréquemment leurs regards du côté du théâtre. Quelques-uns, que les journaux du malin avaient instruits , se sentaient d'immenses regrets de ne pouvoir contribuer, pour leur part, à cette fête du faubourg Saint-Germain, de ne pouvoir assister à la 2e représentation du Robin des bois. Ceux qui allaient être spectateurs, se rappelaient les éloges du Corsaire, les critiques du Figaro, et chacun, d'après son journal, émettait consciencieusement son opinion. Tous avaient une anecdote à raconter sur les événemens de la première représentation. La seconde, qui allait ouvrir pour
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eux les peines émotions , les mêmes importances, faisait battre leur cœur; ils songeaient qu'ils allaient être appelés à fixer le sort d'une œuvre qui , par sa chute à la première épreuve, avait eu unjretentissement dont beaucoup de succès s'accommoderaient bien.
La musique savante et originale n'est jamais comprise du premier jour, se disaientils, et tous se promettaient bien de la cornprendre. Malgré toute la réputation dontWeber était précédé en France , il n'était pas assez connu pour qu'on osât sans mûres réflexions infirmer ou ratifier le premier jugement du public; aussi venait-on à cette rcprésensentation comme viennent à l'audience les magistrats intègres , qui se trouvent par-ci , par-l;«, dans notre débordement de vénalité et de corruption ,
Assis devant une table du café Voltaire, et lisant profondément les dissertations meta-
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physiques et doctrinaires du Globe, un jeune homme de vingt-demi à vingt-trois ans, dont les cheveux blonds avaient des reilets capricieux de couleur rouge , alongea la tête pour se rendre compte du mouvement extérieur dont il ignorait la cause. Curieux de savoir ce qui peut amener cetîe foule sur une place ordinairement si déserte , il fait signe au garçon de café de venir prendre l'argent que lui coûtait le petit excès qu'il venait de se permettre 5 excès bien pardonnable , sans doute, car il consistait en une demi-tasse de cette liqueur noire, si impudemment appelée moka , et qu'il n'avait pas même accompagnée du petit verre d'eau-de-vie, comme aurait l'ait sans doute un épicier, un marchand de bonnets de coton, ou tout autre de ces honnêtes industriels qui complètent, par une faillite lucrative, les petites fraudes quotidiennes de leur commerce.