LE MEDECIN
Le Médecin.
La situation de madame de Chenevière s'aggravait chaque jour depuis qu'elle habitait le château des Montées; le moment approchait où il lui deviendrait tout à l'ait impossihledc déguiser aux regards de son mari
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une grossesse dont l'air pur et vWifiant de la campagne semblait favoriser le développement. Qelle souffrait de la présence presque continuelle de son mari, dont le regard scrutateur la glaçait d'effroi ! de son mari! qu'elle avait pris en horreur, qu'un sentiment involontaire lui faisait regarder comme son ennemi mortel! Et Jules, qu'elle attend depuis près d'une semaine, et qui n'arrive pas ! dont elle ne reçoit pas de lettres. Au milieu de ses inquiétudes, de ses transes, de ses angoisses, elle vit entrer 'un matin dans sa chambre, qu'elle n'avait pas quittée depuis deux jours, le docteur Durosnel qu'elle n'attendait pas, et dont la visite, toutefois , était loin de lui être désagréable. Elle savait , comme nous l'avons dit, que c'était un homme d'une discrétion exemplaire et d'un génie fécond en ressources dans les circonstances épineuses. —Ah! c'est vous, docteur, balbutia laroar-
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quisel Oui vous amène dans nos parages? Qui donne à de pauvres exilés le plaisir de vous voir ?
— Je voyage, belle dame; et je viens en passant... C'est monseigneur l'évèquc qui m'a l'ait venir à Orléans pour donner des soins à sa nièce, dont l'état l'inquiète... Figurez-vous, belle dame, que depuis quatre ou cinq mois, celte pauvre jeune personne a pris un dégoût de toutes choses... elle n'a plus d'appétit... il lui prend souvent des défaillances... elle dort à peine... L'évèquc m'a demandé d'où pouvait venir cette indisposition à laquelle il ne comprend rien... Je le crois bien , le digne homme. .. Je ne lui en ai pas dit la cause, comme vous pensez bien , mais je l'ai assuré que dans peu de mois il ne resterait plus de traces de la maladie de sa nièce, qu'il a d'ailleurs bien voulu me con-
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fier, et que je vais conduire dans une maison de santé où elle attendra l'époque de sa guérison complète.
Le docteur rit beaucoup de son histoire! et la marquise elle-même s'efforça de l'imiter ; mais c'était du bout des lèvres et de si mauvaise grâce, que le jeuneetgracieux médecin ne pût s'empêcher d'en faire la remarque. — Est-ce que vous seriez de mauvaise humeur aujourd'hui, lui dit-il... Vousn'ètes pas dans votre état normal !.. A quoi cela tient-il ? (Il prit en même temps la main de madame de Chenevière, et y déposant un baiser !...) Ah! ah !.. mais c'est une maladie dont M. le marquis va bénir les suites... Ne m'avez-vous pas dit plusieurs fois que toute sa joie aurait été d'avoir un rejeton... Je vais m'empresser de lui annoncer cette bonne nouvelle...
— Grand Dieu!... Attendez... attendez....
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un m nmont... No lui dites rien... s'écria madame de Chencvi re en n-imant le docteur par le bras de toute sa force.
— Oh oui; à son âge , une joie si subite pourrait être dangereuse... Nous lui ménagerons la surprise... Heureusement, cette surprise là n'aura point pour lui les mûmes conséquences que pour un conseiller de la Cour royale do Montpellier.
— Comment !
— Vous ne savez pas l'anecdote? Elle court tout Paris... Mais il est possible que je sois venu ici plus vite qu'elle. La voici : Madame de C..., dans un petit voyage qu'elle fit à Paris, avec sa tente, tandis que son mari présidait, je crois, une Cour d'assises, devint éperduement amoureuse d'un écuyer de Franconi. Elle demanda à sa tante à prendre des leçons d'équitalion pour sa santé; sa tante, bonne vieille fille de province , lui per-
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mit de se livrer à cet exercice hygiénique. Après un assez bon nombre de leçons , madame de C... retourna au domicile conjugal... Elle eut d'abord de légers malaises. . . mais les symptômes prirent bientôt un caractère plus grave, plus alarmant, et elle se vit dans la nécessité d'avouer a son mari un bonheur dans lequel, vu l'absence, il n'était tout au plus que pour la pensée... Cet aveu amena,
dit-on, des scènes terribles Et un beau
matin, on entendit dire que le conseiller était mort empoisonné... Il y avait, à Montpellier, un traiteur qui venait de perdre un procès d'où dépendait une partie de sa fortune , et le conseiller, sans doute inspiré par la justice, avait contribué à l'arrêt de la Cour royale; mais le traiteur n'en avait pas moins juré hautement de se venger. Par une imprudence inconcevable , le conseiller, dont le cuisinier était probablement malade,
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commanda un grand dîner chez la victime de la cour d'appel , et , le lendemain , il était mort, après une nuit de souffrances horribles, d'atteintes de poison, comme le prouva l'autopsie de son corps. Un cri général s'éleva contre le traiteur ; il fut arrêté, jugé, condamné , et il allait être exécuté lorsque madame de Ci accoucha d'un gros garçon bien conditionné... On remarqua que l'époque de la conception remontait à son voyage de Paris, voyage qu'elle avait fait sans son mari j on parla de confidences du conseiller. La
veuve , soupçonnée, interrogée, se coupa
On trouva, dans la poche d'une de ses robes, un papier empreint de molécules d'arsenic... Le traiteur fut mis en liberté... Les juges, ne voulant pas sans doute faire couler le sang de la femme de celui qui les avait présidés , crurent devoir admettre l'aliénation mentale, présentée comme moyen de défense , par l'a-
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\ocat de madame de G..., qui expie aujourd'hui , dans une maison de fous , le caprice d'avoir voulu prendre des leçons d'équitation d'un premier sujet du Cirque-Olympique.
Je laisse à deviner au lecteur quelles durent être , pendant ce récit , les émotions de la marquise ; le docteur fut lui-même épouvanté de la manière dont elle écouta cette histoire , et comprenant fort bien que madame de Chenevière avait des raisons quelconques pour cacher son état à son mari, il baisa une seconde fois la main de la marquise, en lui disant :
— Ce n'est rien... presque rien... Point de chagrin, belle dame, point d'inquiétude... Lesanç vous tourmente, ehbien,nousaurons
d'abord recours aux bains de pieds aux
synapisines, à quelques sangsues locales
J'écrirai l'ordonnance... El si nousn'arirvions pas à un résultat satisfaisant , à une entière
lie Mrd'nn #M
guérison... il y aurait bien les drastiques
certaines herbes... quelques tisanes actives.. .
M;iis non quelque chose de mieux serait
d'aller prendre les eaux de Vichy avec
votre femme de chambre... avec moi... sans M. de Chenevière. Il tient essentiellement à la députation, n'est-ce pas? Nous l'enverrons passer cinq ou six mois à la Chambre. Justement, M. de B. .., le député élu il a quelques jours à Lizieux , vient de mourir en voulant sauver sa femme , qui se noyait aux bains do mer, à Trouville: il s'est noyé lui-même!... Pauvre homme!... c'est que personne n'avait eu la charité de lui raconter l'histoire du chat. L'année dernière, dans ce temps-ci , sa femme alla à Trouville sans lui. Un grand personnage , qui se trouvait aussi aux bains, donna un bal. Madame de B... y fut invitée... Elle y dansa plusieurs contredanses avec un beau jeune homme qui s'y était présenté sans
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invitation , et qui se retira avant la fin de la fête , sur une observation , dit-on , de celui qui en faisait les frais... Quelques instans après, le maître de l'hôtel où logeait madame de B..., ayant entendu du bruit dans la chambre qu'elle occupait , et pensant qu'un voleur y était entré, vint au bal lui demander sa clé. — Ne craignez rien , lui répondit-elle , c'est un chat angora que j'ai amené avec moi !... Et les mauvais plaisans ont prétendu depuis, que le chat était parti de Trouville, avant le jour, à franc étrier, sur un cheval de louage!... Mais revenons à notre affaire; si ce Muston, par des motifs que j'ignore, n'avait pas tout détruit après avoir tout arrangé, M. de Chenevière aurait été infailliblement nommé ici... Mais , heureusement, les électeurs de Lizicux sont fort embarrassés Ils
ne trouvent personne à élire dans leur arrondissement, et ce sera un véritable service à