‹ JulesChapitre 3 sur 31 · LE RÊVE · texte numérisé non relu

LE RÊVE

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Rentré chez lui , Jules apporta dans cette petite chambre, si calme, si froide, tout le tumulte d'une ame en proie à une passion profonde. 11 sentait que ce n'était pas un de ces amours qui vous arrivent par désœuvré-

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ment , par fnnlaisie , faute d'un autre , qui vous prennent quelques jours, quelques mois, et qui , en s'envolant , vous laissent , avec les mêmes idées , la môme manière de vivre ! 11 sentait que cet amour allait le jeter dans des voies qui lui étaient inconnues , qu'un orage allait bouleverser son existence jusque-là si monotone , si peu accidentée. Aussi le bonheur et l'effroi se heurtaient ils éncrgiqueinent dans le tourbillon de pensées qui surgissaient en lui , et qui, sans doute, le poursuifront dans son sommeil. Mais non , lorsque notre imagination est vivement saisie d'une pensée, nous avons loule la force nécessaire pour éloigner ce qui peut )a combattre; mais celte faculté de l'homme éveillé, il la perd lorsqu'il s'endort; alors il laisse son esprit ouvert à tout venant, et les choses du passé se hâtent d'y entrer comme des abeilles qui se pressent autour de l'ouverture d'une ruche.

En effet, Jules s'est assoupi, il a quitté Paris, il revoit le paya témoin de ses jeunes années, ces lieux marqués pour lui par des sensations premières que ne peuvent complètement détruire les nouvelles.

Il est au milieu de ces détours que trace capricieusement le Loiret, de cette multitude de délicieuses retraites qui se mirent dans ses eaux limpides et dormantes.

Là , c'est une maisonnette ayant vue sur un moulin, sa plus grande richesse, et qui baigne ses pieds dans l'eau de la rivière , comme une jeune iille qui se prépare pour la lète du village; ici c'est un petit castelqui se cache et s'abrite du soleil et des vents au fond d'une charmante vallée , et qui semble ù mille lieues de tout mouvement humain. Tantôt, c'est une maison élégante qui s'élève comme un ph aie sur le sommet d'un monticule, dont la pente douce et tapissée de

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gazon conduit au petit fleuve , au milieu de deux rangs de peupliers d'Italie qui se balancent et gémissent au souille de la brise; tantôt , c'est un magnifique palais, une villa de Naples ou de Florence, qui se développe majestueusement avec son labyrinthe , ses fa^ briques, ses ruisseaux sinueux, ses ponts sveltes , ses grottes moussues , ses arbres étrangers et ses chênes antiques. Puis aussi , au milieu de petites îles verdoyantes , se dessinent , comme un cétacée à Heur d'eau , de petits pavillons assiégés de temps à autre par les inondations du Loiret, qui , souvent , ne se borne pas à en couvrir les premières marches, surtout quand le printemps arrive sans transition après un hiver long et rigoureux ; car, alors, la Loire, ordinairement si nonchalante, si pacifique, se gonfle tout à coup de la ionte des neiges entassées sur les montagnes qui bordent sa source, rompt sa digue, déborde

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et refoule les eaux du Loiret, qui déborde comme elle, et ravage, en les inondant, ses bords , dont les encliantemens rivalisent avec les encliantemens des vallées d'Iïières et d'Argelès.

C'est dans un de ces pavillons que Jules est transporté par son rêve; il est seul à une fenêtre du premier étage , il voit accourir une jeune iille de quinze ans; âge heureux que MM. Théaulon et Planard ont l'habitude de célébrer dans leurs opéras-comiques; le premier , en faisant usage d'esprit; le second, en le mettant de côté, comme une chose tout à fait inutile.

Cette jeune fille, c'est Louise Delatour, la cousine de Jules; elle a de beaux yeux bleus que voile une grille de longs sourcils; un petit pied plein de grâce : sa taille, élancée et légère, est emprisonnée dans une robe de guingan ; ses beaux cheveux blonds, qui des-

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ccndcnl d'un large chapeau de paille suisse, tombent en boucles sur son épaule plus Manche que la neige, et ses doigts gracieux et polis semblent avoir été créés pour pincer les cordes mélodieuses d'une harpe, ou faire vibrer les touches sonores d'un piano.

Louise précipite ses pas , et une sorte d'instinct de terreur fait sortir Jules du pavillon, et le l'ait voler à sa rencontre. A peine a-t-il franchi les marches de la porte d'entrée, qu'il voit Louise poursuivie par le flot du Loiret, pareil à un lion qui accourt en rugisgissant et en soulevant sa fauve crinière.

Jules comprend le danger qui la menace, il l'emporte dans ses bras, la conduit au pavillon , et la dépose évanouie, presque mourante, sur le canapé du salon , tandis que le père de Louise, de l'autre côté de la rivière, fuit les eaux qui courent après lui , tandis que ga barque peinte , qu'il vient d'attacher uu

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rivage, violemment arrachée à son amarre, va s'égarer, se perdre au milieu de débris de toute sorte.

Louise, revenue ù elle, court à la fenêtre; elle appelle son père ; elle le voit sain et sauf, sur le coteau voisin, et l'entend avec joie lui crier : Ne craignez rien , mes enfans , je vais venir à votre secours; puis elle se jette dans les bras de son cousin pour le remercier de l'avoir enlevée à la mort. Mais bientôt le paysage tout entier n'est plus qu'un lac immense; les eaux montent le long des murs du pavillon avec une effrayante rapidité; elles atteignent la porte du salon! Louise pousse un cri de désespoir , serre plus fort et de plus près son jeune libérateur. Jules la place sur une espèce d'escalier mobile, qu'il accroche au plafond, dont la trappe se soulève ; il la soutient de ses bras qui l'enlacent: les voilà bientôt dans la partie supérieure du

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bâtiment, dans une petite pièce qui n'a pour ouverture qu'une lucarne, pour meubles que quelques planches, quelques bottes de foin , et pour habitans ordinaires que les chauvessouris et les phalènes qui s'y réfugient aux approches du soleil. L'eau infatigable monte toujours autour de Louise et de son cousin. Les arbustes disparaissent sous les ilôts jaunes du torrent mêlés de sable , et les hauts arbres ne montrent plus que leur cime comme un gros bouquet de verdure flottant sur l'eau. Soudain la trappe du grenier s'ébranle , s'entrouvre , et retombe ! . . . Les deux jeunes gens, d'un même mouvement se précipitent sur le rempart de leur asile; et Louise, avec cet accent d'inexprimable angoisse , qui n'appartient qu'à ceux à qui la vie est chère , et que menace uni: mort impitoyable : Mourir !... et mourir ainsi !... ohi c'est horrible!... Mais si nous prions Dieu , dit-elle avec un visage

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