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LA MAISON DE SANTÉ

La maison d* lanté.

Non loin de la montagne des Bons hommes, de ce coteau semé d'arbres rabougris qui devait porter le palais du fils de Napoléon , et dont la solitude aux heures de la nuit se prête si raerveilleu.sem.eiU aux promenades des

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amans et aux embuscades des voleurs, il existait , dans les dernières années du règne de Charles X, un établissement auquel la médisance aurait pu donner bien des noms , et qu'une planche peinte , attachée à la partie supérieure de la porte principale, qualifiait du litre présomptueux de maison de santé.

C'était une habitation élégante et spacieuse, dont le jardin , pittoresquement dessiné, s'étendait des hauteurs de Chaillot au bord de la Seine, avec ses chemins sablés, ses pins, ses mélèzes, son bassin d'eau vive, son jet d'eau, sa cascade , ses bosquets sombres , ses grottes mystérieuses et ses statues mythologiques ; c'était, comme les autres maisons de santé parisiennes, le rendez-vous de toutes les immoralités; un de ces foyers de corruption où l'argent, ce puissant auxiliaire de la débauche, aplanit tous les obstacles; une de ces écoles de vice où se prépare, où se consomme la

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honte, le déshonneur des familles ! Il se trouvait là , comme dans toutes les retraites de ce genre , des prisonniers de la dette et des gens condamnés correctionnellcmcnt, des usuriers, des escrocs, des diffamateurs, des écrivains séditieux, qui tous, au moyen de sacrifices pécuniaires, avaient obtenu la laveur d'une détention illusoire; puis des femmes entretenues, abandonnées par leurs amans, qui venaient là en chercher d'autres; des femmes mariées ou non , dont les maris occupaient des places importantes en province ; et des veuves de généraux, de colonels de l'empire! L'empire a fait tant de veuves !

Cet établissement était dirigé par une personne qui n'est pas étrangère à cette histoire, elle s'appelait madame Roberti ; à ce nom vous aurez peine à la reconnaître; mais dépossédez ce nom de la désinence italienne, et vous retrouverez en elle Eugénie Robert, cette

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nièce de l'évêque d'Orléans, qu'un oubli des préceptes du septième Commandement a rendue mère plus selon les lois de la nature que selon les lois de l'Église , qui est venue à Paris déposer le fruit de ses amours provinciaux , et qui a jugé convenable de ne pas retourner à Orléans s'exposer aux propos de ses habitans difformes et malicieux. Elle s'est liée de cœur et d'industrie avec un médecin que nous connaissons déjà , avec le docteur Durosnel, qui l'a mise à la tête de la maison où il l'avait d'abord placée comme pensionnaire.

11 y avait déjà plusieurs semaines que la pauvre Louise habitait cet honnête séjour, lorsque l'entretien suivant eut lieu entre madame Roberti et M. Durosnel.

— Oui , ma chère amie, disait le docteur à son associée, il ne faut rien négliger lorsqu'il s'agit de faire sa fortune j tout peut se vendre, et doit se vendre; vous ne portez pas

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assez liant les objets de luxe ou de santé... Reformons un peu vos articles... Portez lk2 francs pour les quatre bains de neige donnés à la fille du comte I

— Mais l'on ne paie que deux sous par bain à l'homme qui ramasse la neige dans le jardin.

— Qu'importe... Et si l'on fait quelque observation , vous direz qu'on a fait usage de neige vierge... Envoyez une note de 30 francs à la marquise de C. . , qui est venue quinze fois respirer le bon air du jardin pendant une heure. Vous avez toujours vos scrupules , vos petitesses d'un autre monde... Est-ce que je ne parviendrai pas à vous former, sous ce rapport seulement... car sous bien d'autres, ma chère amie, vous n'êtes pas restée en arrière...

— Méchant, reprit madame Roberti

Mais cette petite Louise... est-ce que vous ne songez pas à elle,.. Est-ce que nous ne la gué-

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rirons pas? Je le voudrais bien cependant....

Cela ferait du bruit cela achalanderait

grandement la maison...

— Ah! mademoiselle Delatour!... Ah! pour elle, il n'y a qu'un moyen... Il lui faudrait... il n'est pas besoin de prendre de biais avec vous , il lui faudrait un homme qui la traitât comme je vous traite , ou , pour mieux dire , comme je vous ai traitée dans les premiers temps de notre connaissance, dans notre lune de miel; sans cela pas de guérison possible!

— Et, sans doute, monsieur est tout prêt à se dévouer...

— Oui , par amour de l'art et de l'humanité.

Le jour même de celte conversation , de onze heures à minuit , Louise , endormie , se réveilla en sursaut sous un baiser voluptueux qui s'épandit sur ses lèvres!... Le nom de Jules frappa doucement son oreille ; et déchi-

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rant violemment sa camisole do mousseline, pressant contre son sein nu celui qu'elle croyait son amant :

— Jules! Jules! s'écria- 1 -elle avec un transport indicible; Jules! Jules! te voilà,

te voilà enfin ! 11 y avait bien long-temps

que je t'attendais! Pourquoi n'es-tu pas venu

plutôt ? C'est que je t'aime tant, mon

Jules ! Je suis à toi toute entière! Je

serai donc heureuse enfin!

Quand les premiers rayons du soleil vinrent éclairer sa chambre, Louise avait recouvré la raison; elle reconnut, dans l'homme à qui elle s'était donnée, Durosnel, et non celui qu'appelait son ardent amour; elle poussa un cri terrible, s'élança de son lit avec la rapidité de l'éclair; et lorsque le docteur, qui se précipita après elle, arriva à la fenêtre, il était trop tard ! la malheureuse jeune fille gisait mourante, la tête

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brisée sur le pavé sanglant de la cour.

L'insurrection de 1830 tira un instant le jeune Rennut de son obscurité; au premier signal donné par la lie de la population parisienne , occupé à boire du vin bleu dans un bouge de la barrière, avec des prostituées du dernier ordre, il se leva, monta sur une table jonchée de bouteilles vides, fit une harangue brûlante de patriotisme, et sortit aux applaudissemens de la canaille qui venait de l'écouter. Le 27 juillet, il afficha quelques placards incendiaires; le 28 il enfonça quelques boutiques d'armurier, et le 29, arrivé sur la rlacc de Grève, où il n'y avaitplus ni Suisses, ni Gardes royaux, il entra à l'Hôtel-dc Ville avec La Fayette, qui l'embrassa avec effusion ,

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l'admit au nombre de ses aides-de-camp, et le fit nommer membre de la commission des récompenses nationales.

Cependant, tout héros de juillet qu'il était, Jules n'obtint aucune faveur du nouveau gouvernement; il ne devint ni ministre, ni préfet, ni gouverneur du château royal, ni geôlier de citadelle, comme cela s'est vu pour des gens qui ne valaient pas mieux que lui.

Depuis les trois immortelles journées, on l'a vu sur la porte des marchands de vin du quartier du Palais-Royal , avec un ruban bleu bordé de rouge à la boutonnière, une pipe à la bouche , en compagnie de quelques individus à moustaches, à longues redingotes, à grosses cannes.

Quant à ceux qui voudraient avoir des renseignemens précis sur la naissance de Jules, ils n'ont qu'a ouvrir les registres de l'état civil d'Orléans, ils y liront : cejourd'hui

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vingt prairial an neuf de la liberté, nous, officier public , déclarons et certifions qu'il nous a été présenté , avec les prénoms de Jules-Honoré , un enfant du sexe masculin , né de Pierre Antoine Renaut, prêtre marié , et de Catherine Delatour, ex-religieuse bénédictine.

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