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SUR LE PAVÉ

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Le cloître , si doux , si précieux pour les âmes qui viennent s'y réfugier, dégoûtées du monde , usées par de violentes commotions , est souvent fatal aux êtres qui y apportent avec eux un amour profondement enraciné !

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Le couvent des Ursulines , loin de calmer les chagrins de Louise, avait redoublé l'effervescence de sa passion ; elle en était arrivée à la folie! ce n'était point une folie bruyante, dangereuse; c'était une rêverie morne, presque toujours silencieuse, mêlée parfois du nom de Jules, de ce cri de détresse : au secours ! le Loiret déborde, la rivière monte ! ! . . . et de regards de feu qui suivaient une ombre fugitive.

La supérieure des Ursulines avertit M. Delalour du scandale causé par l'aliénation mentale de si fille , et le malheureux père la reprit chez lua. Il l'entoura des soins les plus tendres, et confia sa guérison aux médecins d'Orléans, gens d'un grand mérite sans doute, mais qui ne réussirent pas plus à réorganiser le cerveau de la jeune fille, qu'ils n'ont réussi jusqu'à présent à enlever de des sus les épaules de la moitié des habitans du

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pays , certaine protubérance , caractère dislinclif de la localité: <t ||, Deialour désespéré, prit le parti d'aller soumettre la pauvre enfant MM lumières des médecins de la capitale.

A peine le notaire Orléanais fut-il arrivé à Paris, qu'il s'occupa du but de son voyage; et déjà il s'était présente cbez deux médecins célèbres, à l'heure où ils n'étaient point visibles, lorsque le hasard lui fit rencontrer M. Durosnel. Il reconnut aussitôt en lui le médecin de madame deChenevière, et, plein de confiance dans la réputation du jeune et brillant docteur, il n'hésita pas à le consulter sur la maladie de sa fille.

— Je vois ce que c'est , lui répondit M. Durosnel, il ne faut pas vous désoler; ce n'est pas là une maladie incurable ! Rapportezvous-en à moi.:... J'ai fait déjà dans ce genre plusieurs cures auxquelles tous nos habiles avaient renoncé !

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— Vingt mille francs ! monsieur, s'écria le père de Louise , dont le \isage rayonnait

de bonheur Vingt mille francs, si vous

rendez la raison à ma fille bien aimée !

— Nous réussirons J'ai une maison de

santé en bon air, avec un délicieux jardin , avec une société charmante où elle sera comme chez vous Donnez-moi votre fille, et je la

guérirai !

Et M. Delalour, dont les yeux étaient inondés de larmes de joie , après avoir promis au docteur de confier Louise à ses soins, ne manqua pas de demander à M. Durosnel des nouvelles de madame de Chenevière et de son neveu.

— Ma foi , mon cher monsieur, répondit le docteur à sa question , c'est moi qui vous en demanderais : il y a bientôt deux ans que je n'ai entendu parler ni de l'un , ni de l'autre, Tout ce que je sais, c'est que la mar-

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quisc est ruinée, que l'hôtel de Chenevicrc est vendu; mais vous savez cela, sans doute, aussi bien que moi?

— Mais non, reprit le notaire tout étourdi,

tout stupéfait Et mon neveu, est-ce

qu'il n'a pas épousé la marquise?

— Je suis dans une complète ignorance à cet égard....

— Mais je voudrais voir mon neveu

qui pourra me dire sa demeure?

— La préfecture de police , mon cher monsieur.

M. Delatour, après avoir pris congé du docleur en lui serrant affectueusement la main , alla aussitôt puiser à la source que M. Duros* nel lui avait indiquée , les renseignement qu'il désirait obtenir; et il apprit que son neveu , l'objet de tant d'affection , de tant d'espérances , vivait, rue Viviennc , avec une madame de Saint-Albin.

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Ah! malheureux! se dit-il à lui-même, c'est uu enfant perdu !... Au moins, la marquise, d'un caractère si noble, pouvait encore

le ramener au bien et à l'honneur ! mais

tout est fini plus de ressources pour lui ,

puisqu'il vit maintenant avec une de ces intrigantes de bas étage , qui exploitent les sots et les libertins !

Et le cœur navré de douleur, M. Delatour se rendit sur-le-champ chez madame de Saint- Albin. 11 sonne; il demande M. Jules Renaut , et il est introduit au salon ! Mais qui pourra décrire l'étonnement, la colère, l'indignation, tous les sentimens simultanés du respectable notaire, lorsqu'il se trouva vis-àvis de son neveu et de madame de Chenevière !...

— Malédiction ! s'écria-t-il , sur vous, Jules, et sur vous, madame, qui avez consenti à vous avilir, et à vous avilir avec lui ! Vous descen-

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duc si bas !... Oh ! je commence à croire que les bruits qui couraient sur la mort de votro mari ne sont que trop bien fondés !... C'est pour vivre librement avec le compagnon , le complice de vos désordres, que vous vous êtes débarrassée de l'homme qui vous gênait ! Et vous ne vous êtes pas arrêtés là ! Un faux a couronné vos débauches! Le voilà, monsieur, ce billet qui devait faire de vous un forçat ! il m'a été présenté; j'ai pensé qu'il était votre ouvrage, que vous seul pouviez avoir si complètement imité ma signature , et je l'ai payé!...

— Oh! mon oncle, que de grâces! dit Jules, en se précipitant aux pieds de M. Delatour.

— Ne me remerciez pas, monsieur ; ce que j'en ai fait , ce n'est pas pour vous , mais pour votre famille 1 Adieu, monsieur, vous n'êtes plus rien pour moi... Pas un mot de plus...

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je suis calme... cet arrêt est irrévocable!... Malédiction ! malédiction!!...

Et M. Delatour, dont la physionomie avait pris quelque chose de digne et de solennel , se retira en lançant à son neveu un regard dont il fut altéré.

Mais ce jour-là devait être tout-à-fait funeste au jeune Renaut; en se jetant précipitamment aux genoux de son oncle, il avait laissé tomber une lettre; madame de Saint-Albin la ramassa. C'était une tendre missive de Zoé,

la figurante du théâtre des Variétés! La

marquise y trouva la preuve la plus complète de la trahison de Jules. Saisie d'une indignation au moins égale à l'indignation du notaire Orléanais, elle jeta la lettre accusatrice au visage de son amant j et du ton d'une reine outragée, elle le chassa impitoyablement de chez elle.

Ce fut le coup de grâce pour Jules ! Aban-

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donné niôme de la femme dégradée dont il ne pouvait pas se venger; car l'accuser, c'était se perdre, et la corruption est lâche! que devint-il ? Nous l'ignorons : notre rôle d'obser- >ateur des mœurs contemporaines ne nous a pas conduit assez loin pour suivre le jeune Renaut dans cette fange sociale où le besoin, le découragement et la honte durent le pousser ! Peut-être se rangca-t-il parmi ces quatre vingt mille industriels sans patente, qui déjeunent et dînent, et qui, en se levant, ne savent comment ils arriveront à la conquête de leurs deux repas ; parmi ces hommes que tout remuement jette des estaminets sur les places publiques, comme l'orage fait sortir les reptiles de leurs abris, et qui, pour la plupart, accrédités dans les bureaux de la rue de Jérusalem , exercent les plus bas emplois de la police.

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