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Tomâ dfoiu réttrvh
PRÉFACE
Le moment est-il venu, non pas d'écrire une histoire définitive de Jules Ferry, mais, tout au moins, de tenter Tébauche d'une telle histoire?
Sans doute, il se passera du temps avant qu'on soit en possession de tous les documents propres à faire la lumière sur tous les points. Pour la politique étrang^ère et coloniale, les pièces publiées ne livrent pas tous les secrets diplomatiques; les plus véhéments discours à la tribune, les plus violents articles de journal ne trahissent pas tous les secrets des partis. Peut-être s'est-il écrit, peut-être s'écrit-il en ce moment des Mémoires ou des Souvenirs qui nous expliqueraient les intentions des principaux acteurs de la politique, mais qui ne sont pas destinés à une publicité prochaine.
Celles, il vaudrait mieux ^^lV puiser à pleines
mains dans les corresponda ^es diplomatiques; mais déjà les matériaux ne nous font pas entièrement défaut : les Livres jaunes contiennent de très nombreux documents sur tous les incidents de notre activité diplomatique : affaires de Grèce, du Monténégro, d'Egypte; affaires du Congo, de Tunisie, de Madagascar, d'Indo- Chine, de Chine. A supposer que ces recueils présentent des lacunes, on peut être assuré que, d'une part, en France
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même, T ardeur des partis ; d'autre part, les Livres multicolores des autres puissances engagées dans les mêmes complications auraient depuis longtemps dénoncé ou comblé toutes les lacunes un peu sérieuses.
A plus forte raison, en ce qui concerne nos affaires intérieures, la vivacité des compétitions pour le pouvoir, les interpellations portées à la tribune, les innombrables discours qui y furent prononcés, la multitude des journaux représentant toutes les nuances de l'opinion, Facjiarnement des polémiques, constituent une permanente enquête, toujours en éveil, en défiance, en action, et qui projette dans tous les coins et recoins de la vie publique une lumière un peu fumeuse, parfois décevante, mais d'une assez grande puissance de pénétration.
S'il subsiste parfois une obscurité, c'est plutôt sur le fond des intentions, sur les arrière-pensées des personnages en vue; elle tient sans doute à la quantité d'inconscience qui règne dans les intelligences les plus lucides et les volontés les plus fermes, à la pression qu'exerce sur les personnalités les plus vigoureuses la succession trop rapide et tumultuaire des événements. N'en a-t-il pas été ainsi pour tous les siècles? Est-ce que les souverains et les ministres les plus illustres des périodes les mieux é^/çliées ne nous restent pas en grande partie inconnus? li faut donc nous résigner à ce que nos propres contemporains nous restent un peu obscurs, un peu énigmatiques, puisqu'ils restent peutêtre impénétrables à eux-mêmes. Au surplus, aucun personnage historique n'offrit moins de complications ou d'incertitude que Jules Ferry, soit dans son caractère, soit dans sa doctrine et dans son programme de gouvernement.
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Nous avons Finteation, aussi souvent qu'il sera possible, de le laisser s exposer et s'expliquer lui-même, dans ses discours, dans ses lettres.
Il fut bien autre cbose qu'un orateur; il fut, suivant les cas, un homme d'État, un publiciste et un polémiste, un éducateur, un jurisconsulte, un administrateur, un financier, un diplomate et, en telles occasions, presque un stratège. Mais enfin, comme les adversaires qu'il eut directement à combattre occupaient le champ clos des Chambres, c'est à la tribune surtout qu'il a livrç ses batailles, qu'il a conquis la Tunisie et le Toukin, qu'il a dompté la Chine, qu'il a éprouvé la bonne et la mauvaise fortune, qu'il a vaillamment lutté, qu'il a reçu telle blessure ensuite reconnue mortelle ; car la balle du combat de Ki-lua, qui n'avait que blessé le général de Négrier, ricocha sur Jules Ferry et tua son gouvernement. On peut dire qu elle le tua lui-même.
La parole, pour Jules Ferry, c'est son arme : d'offensive aussi bien que de défense. D'un succès ou d'une défaite oratoire dépendirent les destinées de pays plus étendus que la France et les destinées mêmes de la France. C'est à la Chambre des députés, et non sur les champs de bataille du Tonkin, qu'il fut décidé, le 30 mars 1885, que la campagne de Lang-Son, un de nos plus brillants succès coloniaux, avait été un désastre.
C'est donc à la tribune que nous le retrouverons le plus souvent ; ce sont ses discours, hachés par les interruptions, lacérés comme parla mitraille un drapeau, qui formeront en partie la trame de cette histoire. Nous avons procédé par larges emprunts à ses discours ; le livre et le lecteur ne pourront qu'y gagner ; car si l'éloquence de Jules Ferry a parfois quelque chose de rude,
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de heurté, d'orageux, elle est toujours lumineuse, originale et puissante. Elle est vivante comme le cœur et le cerveau dont elle sortait. Elle est décisive comme des actes. Jules Ferry homme d'Etat présenté par Jules Ferry orateur, ce sera le meilleur du présent ouvrage.
Ses lettres sont parfois le commentaire énergique de ses discours ; parfois elles en sont la première ébauche, la première étincelle ; elles nous font pénétrer plus avant dans le travail de sa pensée. Les unes respirent l'ardeur de la lutte, l'énergie de la conviction. Dans d'autres se rencontrent de merveilleuses délicatesses d'expression pour nous initier, par exemple, aux charmes de l'Itahe, à la beauté du ciel de l'Espagne, à cette lumière de la Hellade où semblent encore transparaître les dieux et les déesses. Non moins que ses discours, les lettres de Jules Ferry sont d'une langue très personnelle, originale et forte.
J'ai la bonne fortune d'avoir pu consulter et d'avoir été autorisé à publier un certain nombre de ses lettres complètement inédites : à M. Charles Ferry, qui a bien voulu m'en communiquer de si intéressantes et de si précieuses, comme à tous les amis du grand homme d'Etat qui ont usé à mon égard de la même libéralité, j'adresse ici mon premier remerciement.
Je dois ensuite rendre hommage à l'œuvre si utile accomplie par M. Charles Robiquet qui a réuni en sept volumes in-octavo les « Discours et opinions de Jules Ferry (1) » et qui, par avance, a grandement facilité ma tâche (2).
(1) Paris, Armand Colin, 1893-1898.
(2) Je tiens à citer deux autres ouvrages qui m'ont également été fort ytiles : d'une part, VUistoire de la troisième République, de mon ami et
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Les périodes antérieures de notre histoire abondent en Mémoires et Souvenirs, infiniment instructifs et qui, parfois, furent en même temps de belles œuvres littéraires. Le dix-neuvième siècle semble, en ses dernières années, avoir été beaucoup moins riche en productions de ce genre ; à moins qu'il ne s'en révèle toute une bibliothèque, on serait autorisé à penser qu'il ne s'est pas jugé lui-même matière à histoire, ni estimé digne d'être raconté ; ou bien que la vie politique et sociale, chaque jour plus complexe, n'a laissé aux acteurs du drame politique ni le temps de se souvenir, ni celui d écrire ; ou, enfin, que la masse énorme de papier imprimé dont nous sommes submergés leur a paru enlever aux Mémoires leur raison d'être et leur utilité. Nos contemporains préfèrent s'expliquer dans un article de journal, ou dans une courte brochure, ou dans un rapide interview, et autant en emporte le vent. Les Mémoires ont pourtant cet avantage, tout en restant le plus souvent œuvres de parti, d'être plus réfléchis que les improvisations de la presse quotidienne. Il y a là, de la part de l'écrivain, un effort pour rendre intelligibles à la postérité sa personne et son temps. Aussi convient-il de saluer, si rares qu'ils soient, les Mémoires que nous a laissés le siècle finissant, ceux des adversaires comme ceux des amis (1).
ancien camarade Edcard ZiivonT, présentement recteur de l'Académie de Caen; c'est un ouvrage consciencieux et indépendant; il comprend actuellement quatre volumes, correspondant aux ([uatrc présidences de Tliiers, du Maréchal, de Jules Grévy, de Carnot (in-8", Paris, Alcan); — d'autre part, l'Année politique d'A5DnÉ Daxikl, qui est comme une première mise en ceuvre de» documents parlementaires et de la quotidienne chronique politique (cette collection remonte à 1873; éditée d'ahord chez Charpentier et successeurs; aujourd'hui à la I.ihrairie académique l'errin).
(1) A noter : Darimou, Histoire de douze ans et CAffonie de iErnpire. — Tiiiehs, Xotes et Souvenirs. — Jclk» Simon, Souvenirs du Quatre-Septenthre
VI PREFACE
A la rareté des Mémoires proprement dits peuvent suppléer les Enquêtes ordonnées par l'Assemblée nationale, tant sur les actes du gouvernement du Qiiatre- Septembre que sur le Dix-Huit Mars (2), et qui ont amené tant d'hommes politiques et d*autres témoins oculaires à préciser leurs souvenirs. A certains égards, ces deux Enquêtes sont une véritable collection de Mémoires, qui nous présentent la garantie d'un double contrôle, celui des enquêteurs, celui des témoins et lecteurs de l'Enquête et de tous les intéressés.
En somme, notre histoire tout à fait contemporaine a été au moins autant parlée c^ écrite; ses principales sources sont oratoires ; aussi rien ne pourrait remplacer, pour qui veut l'étudier, les Discours dont a retenti la tribune des deux Chambres.
Pour se risquer dans un essai d'histoire si contemporaine, il ne suffit peut-être pas d'avoir sous la main une masse d'informations : il faut être, jusqu'à un certain
et Gouvernement de M. Tfiiers. — Jules Favre, le Gouvernement de la Défense nationale. — Général Tnocuu, le Siège de Paris et la politique. — Général Ducrot, la Défense de Paris. — Général Vinoy, Campagne de 1870- 1871 : Varmistice et la Commune;
Un Bourgeois de Paris, Journal du Siège. — Jules de Marthold, Mémorandum du Siège. — Molinari, les Clubs rouges pendant le Siège. — Maxime DU Camp, les Convulsions de Paris. — Fr. Damé, la Bésistance (des maires au Comité central, du 18 au 26 mars 1871) ;
De MARCÈRE,/e Seize-Mai et la fin du Septennat ; — Entretiens et Souvenirs^ politiques. — Aisdrieux, Souvenirs d'un préfet de police et la Bevision, — EuG. Spuller, Figures disparues (chapitres sur Jules Ferry). — D'autre* souvenirs sont épars dans les journaux et revues (A ntomx Proust, de Kératrv, E. Lamy, Adalbeut Philis), etc., etc.
(2) V Enquête sur le Quatre-Septembre comprend les tomes XIX à XXIX bis des Impressions de l'Assemblée nationale. Les tomes XIX à XXIV renferment les rapports, XXV les téléf[rammes, XXVI à XXIX bis les dépositions. — L'Enquête sur le Dix-Huit Mars comprend trois volumes des Impressions.
Le Matin vient de commencer (septembre 1903) la publication de Procèsverbaux du gouvernement de la Défense nationale, rédigés par le secrétaire Dréo, gendre de Garnier- Pages.