‹ Jules FerryChapitre 35 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

jusqu'aux élections de 1863

Jules Ferry naquit à Saint-Dié (Vosges), le 5 avril 1832.

\m Son père (l), Charles-Edouard Ferry, fut un des avocats les plus distingués du barreau de cette ville. Il avait épousé, en 1825, Mlle Adélaïde Jamelet, Hlle unique du président du tribunal de Vouziers. Resté veuf prématurément, il cessa de

m plaider et se consacra tout entier à l'éducation de ses deux fils, Jules et Charles. En 1840, il s'étaljlil à Strasbourg pour leur permettre d'y suivre les cours du collège royal. Jules Ferry en fut un des plus brillants élèves. Bachelier à seize ans, il commença aussitôt ses études de droit. Il vint les achever à Paris, où il s'attacha tout particulièrement au

1) Le grand-p«;re, fabricant «le tuiles (la tuilerie existe encore), fut maire de Saint-Dic sous le Consulat et l'Empire. L'aîné de ses fils, oncle de Jules Ferry, combattit comme sous-lieutenant à Waterloo, quitta le service à la Restauration, et avec le général de Ligniville fonda la papeterie du Souche d'Auould.

Si on veut remonter un peu plus loin dans le passé, les ancêtres avaient été fondeurs de cloches et échevins de In ville. La famille est donc issue de la bonne bourgeoisie vosgienne.

savant professeur Valette, représentant du Jura à la Constituante, puis à la Législative, bientôt un des proscrits du 2 décembre, et qui répondit aux policiers du coup d'Etat: « J'ai deux titres à être arrêté aujourd'hui : je suis représentant du peuple et professeur de droit (1). » C'est le 20 décembre 1851 que Jules Ferry se fit inscrire au barreau de Paris.

De ces premières années à Paris il avait gardé un tragique souvenir. Trente-six ans après, le 27 septembre 1887, dans une conférence au cercle ouvrier de Saint-Dié, en présence d'un nouveau péri^ césarien, il disait : « Mes amis, les hommes de mon âge ont vu des choses terribles. J'ai vu, quand j'étais très jeune, au sortir du collège, j'ai vu le Deux-Décembre ! J'ai vu des soldats égarés, soudoyés peut-être, fusiller sur les boulevards les républicains et jusqu'aux passants inoffensifs. J'ai vu des ouvriers, aveuglés ou inconscients, ricaner sur le passage de l'Assemblée nationale qu'on menait à Mazas. »

11 avait reçu dans la famille, puisé dans la tradition du père et de l'aïeul, une éducation toute libérale, presque républicaine. La leçon des événements acheva de le tremper. Ses débuts dans la vie se produisaient juste au moment où la chute de la République lui fermait toute autre carrière que celle du barreau, encore que son père eût rêvé pour lui l'audilorat au Conseil d'État. Il lui restait à traverser vingt ans d'un régime que ses convictions l'obligeaient à combattre. Lui qui, plus tard, devait être par excellence un homme d'autorité, un homme d'État, se trouva lancé dans une opposition sans trêve. Or, l'opposition n'est pas toujours une bonne école politique, et nombre de républicains en sont sortis incapables de concevoir l'idée de gouvernement.

Secrétaire de la Conférence des avocats en 1854, il fut chargé par l'illustre bâtonnier Berryer de prononcer le discours de rentrée. Il prit pour sujet : De ï influence des idées

(1) A la mémoire de M. Valette (1805-1878), Éloge par « un Ami de la famille » , suivi des discours prononcés sur la tombe. Quand on apprit à Valette la dissolution de l'Assemblée, son premier mot fut celui d'un jurisconsulte : « L'acte est nul de plein droit, ipso jure. »

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