‹ Jules FerryChapitre 99 sur 99 · LETTRE INÉDITE · texte numérisé non relu

LETTRE INÉDITE

SUR l'élection de saint-dié (du 23 septembre 1889) (I).

A M. Billot, ministre de France à Lisbonne.

20 octobre 1889.

Je sais bien, mon cher ami, que vous êtes, de tous ceux qui in'aiment, celui qui a peut-être le plus souffert de ma mésaventure. Elle est paradoxale, assurément, et je ne cache pas qu'elle m'est cruelle. Le terrain était miné, sans que rien, jusqu'aux élections du conseil d'arrondissement, pût nous le faire soupçonner. Qui pouvait imaginer que les ouvriers révolutionnaires et socialistes porteraient leurs voix, non sur des radicaux, sur des boulangistes, mais sur un candidat orléaniste, clérical, réactiomiaire sans équivoque? Mais plus le cercle se resserre, plus les mobiles individuels

(1) Voir ci-dessus, p. 471-473.

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prennent d'importance. Le boulanjjisme a fait l'union des cléricaux et des démagogues. L'argent a payé le concours des comités ou fédérations d'ouvriers. Ceux-ci, toujours menés, toujours bernés, ont suivi comme un troupeau. Mon concurrent, qui n'a pas fait une réunion, même privée, a fait trois mille visites, laissant cinq ou dix francs dans toutes les maisons. Deux cents agents, richement entretenus, ont, pendant trois mois, évangélisé et saoulé les électeurs ouvriers. Pendant ce temps, je me dépensais en discours, tenant jusqu'à trois réunions publiques dans la même journée, applaudi, fêté, mais... lâché!

Mais c'est trop parler de moi. La Chambre nouvelle parait renfermer les éléments d'un gouvernement modéré. Mais encore faudra-t-H faire l'éducation de deux cents membres nouveaux, qui paraissent surtout préoccupés de garder leur indépendance. Qu'en feront-ils?...

FLN

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