INTRODUCTION XIII
que tout ce qui existe, des sentiments humains qui demandaient à devenir plus nobles?
Il faut aimer tous ceux qui ont su purifier quelque chose : et celui-ci vraiment purifia notre rire. N'est-ce rien que d'avoir su retourner ainsi le comique inhumain, et d'en avoir pu faire je ne sais quelle joie tendre et presque affligée qu'on pourrait appeler « le comique angélique »? Qu'avionsnous pour traduire le sourire grave de notre âme au milieu de ses larmes, et le rire de nos plaisanteries habituelles se rapporte-t-il à notre âme et s'allie-t-il à rien de ce que l'âme adore ? Mais voici qu'un enfant, de ces mille petites choses qui niaient jusqu'ici, nous a fait un poème qui vient nous affirmer aussi divinement que les plus grands poèmes la profondeur et la beauté de tout ce qui existe. Est-ce tout à fait sans raison que nous sommes quelques-uns à admirer celui qui fit tomber pour la première fois sur des terres maudites la plus pure rosée du sourire de Dieu ?
Et pour finir ceci, qui n'est que le Salve du seuil, je n'ai plus qu'un mot à vous dire. Un très sage critique affu'me quelque part que le seul juge de la valeur positive d'un poète est le peuple auquel ce poète appartient. « Nous autres Anglais, ajoute-t-il, qui ne comprenons pas Racine et goûtons peu Chateaubriand, nous devons cependant nous incliner et reconnaître qne Racine est l'un des plus purs poètes de la France, de même que Chateaubriand est un prosateur d'une puissance rare. Et d'un autre côté, les Français qui ne peuvent pas aimer notre Milton doivent néanmoins admettre que l'auteur du Paradis perdu o^sX le plus grand de nos auteurs après le divin Shakespeare. »
Il est juste qu'il en soit ainsi et que chacun chez soi demeure juge suprême de sa beauté. Mais ce qu'on dit ici des peuples, ne peut-on point le dire des générations ? Il semble que tous ceux qui précèdent un poète dans la vie n'aient jamais qualité pour apercevoir une beauté qui est plus jeune