PRÉCISION DANS LES DETAILS
Mais il n'est pas besoin d'insister. Ceux pour qui il sera impossible de compulser les portefeuilles de dessins, n'auront qu'à se reporter à l'Atlas lithographie, qui contient une centaine des plus belles planches, ils se rendront un compte exact des qualités de composition et du souci d'exactitude de l'auteur.
Certes, bien souvent, le choix du sujet et du point de vue fut imposé par les circonstances; on se rappelle en effet dans quelles conditions beaucoup de ces dessins et aquarelles furent exécutés. C'était à la volée, sur le dos d'un cheval, dans une barque ballottée par les flots ou pendant une halte rapide, par le soleil le plus torride ou le froid le plus intense, pendant la marche de la caravane ou le stationnement de la mission dans une ville importante. 11 fallait agir très promptement, dompter sa fatigue, oublier la fièvre, maîtriser ses nerfs. Les plus mauvais jours, où la besogne quotidienne ne put être accomplie, furent relativement rares.
Outre les planches de grand format, Jules Laurens notait de nombreux croquis sur des carnets de poche, dont quelques feuillets ont été conservés. Ce sont plutôt des mouvements d'individus, des détails de costumes entrevus; à peine quelques aspects de rues et quelques sites. Pourtant plusieurs ont été, peut-être après coup, agrémentés de touches de couleurs.
En général, si l'ensemble se dégage avec netteté, si les valeurs sont observées, on constate une précision extrême dans les détails, surtout quand l'artiste dessina des monuments, des motifs de décoration, même des panoramas de villes. Lui-même se rendait compte que ces détails étaient quelquefois trop minutieusement rendus et il s'en excusait : « J'ai le malheur, disait-il, de voir trop clair, d'apercevoir trop nettement les objets éloignés comme si je les regardais dans un télescope. » Il raconta même plus tard dans la Légende des ateliers cette anecdocte assez caractéristique. Dessinant un jour une vue générale de Vals-les-Bains, il entendit venir derrière lui un curieux, qui s'arrêta à le voir travailler. Une demi-heure durant, il n'en perçut guère « dans le silence général des choses, des hommes et des bêtes, que son souffle d'autant plus oppressé