‹ Jules LaurensChapitre 141 sur 230 · COLLABORATION AU SALON DE SARTORIUS · texte numérisé non relu

COLLABORATION AU SALON DE SARTORIUS

les planchfts se tiraient en l'imprimerie Lemercier et qui ])ortait ce titre : Le Salon. Collection de gravures, d'après MM. Muller, Trayon, R. Fleury, Delacroix, Couture, Hédouin,Diaz, R. Bonheur, Bonvin., etc., par MM. Hédouin, Chaplin, Leguay, Geoffroy, Carey, Masson, Jules Laurens, etc. Malgré la très modeste place donnée à J\iîes Laurens, cité le dernier (peut-être comme étant le plus jeune), c'est lui qui exécuta le plus grand nombre des lithographies : vingt-quatre sur les quarantequatre que contient le recueil complet (i). Elles sont d'après Troyon, J. Dupré, Diaz, Decamps, Rosa Bonheur, E. Delacroix, A. Desgoffe, A. de Curzon, etc. (2). 11 en est une cependant sur laquelle j'attirerai plus spécialement l'attention et qu'il exécuta avec une affection toute particulière, c'est le Crépuscule, d'après Victor Hugo, qui s'accompagnait de ces vers :

« Alors dans les jardins sous la brume enfouis,

Je m'enfonçai, rêvant aux jours évanouis.

Tandis (lue les rameaux s'emplissaient de mj'^stère. »

Et pour que nul n'ignorât ses relations avec le poète proscrit, Laurens redonna cette lithographie dans L'Artiste.

D'autres planches d'après Diaz qu'il signa parurent encore avec la firme de Sartorius et l'indication du Salon ; mais trop grandes pour entrer dans la collection dont je viens de parler, elles furent tirées à

(1) L'exemplaire que j'ai pu consulter à la Bibliothèque nationale, département des Estampes, est incomplet des n"* 42 et 43. Il est donc possible que Jules Laurens ait été aussi l'auteur de ces dernières lithographies.

{■1] Voici l'indication de toutes les lithographies dont Jules Laurens fut l'auteur dans cette collection : n° 3, T'acAes a' abreuvant à une rivière stir laquelle nagetit des canxirds, d'après Troyon; n" 4, Chines (entre un moulin à vent et une chaumière), d'après J. Dupré ; n° 5, Les Présents de VAmmir (femme debout entre deux amours qui lui offrent des fleurs), d'après Diaz ; n» 6, V Innocence en danger, d'après le même (publiée aussi dans U Artiste) : n" 8 Femme présentant une rose à V Amour, d'après le même ; n° 10, Une odalisque, d'après H. Baron ; n" 13, Le Fumeur, d'après Decamps ; n" 15, Souvenir d'Auvergiie, d'après Rosa Bonheur; rx" 17, Messe devant un malade (?), d'après R. Fleury; n» 18, La Paix (allégorie), d'après Louis Boulanger;

PREMIÈRES LITHOGRAPHIES SUR l'oRIENT 203

part. Comme elles sont fort belles, il faut en transcrire ici le titre. Ce sont : 1° Les Présents de V Amour, sujet difïérent de celui qui avait déjà été publié sous ce titre (cinq amours au lieu de deux); 2° Le Génie et les Grâces ; 3° U Amour défunt, et 4<^ La Fée aux joujoux. Ces sujets sont rendus avec une souplesse et une habileté qui commandent l'admiration. Ce «)Ont de véritables chefs-d'œuvre; on verra plus loin que ce ne sont pas les seuls que Diaz ait donné à notre artiste l'occasion de produire.

Tout en collaborant aussi activement aux Artistes contemporains, aux Artistes anciens et modernes, au Salon, Jules Laurens n'oubliait pas l'objectif qu'il s'était fixé après son voyage en Orient : la publication des dessins les plus beaux et des documents les plus importants rapportés de Turquie et de Perse.

Il en donna une première série en lithographie dans les atlas qui accompagnèrent la description de VAsie mineure, rédigée par le voyageur russe, P. do Tchihatchefî. Celui de la Géographie physique comparée, édité en 1853, contint, avec les planches d'Eugène Cicéri d'après Dorogofï, Tchihatchefî, etc., celles que Jules Laurens exécuta d'après ses propres croquis : Théâtre antique à Uskub (n^ 16), Héraclée (n^ 21),

n'^ 19, Sur la lisière d'un bois, d'après F. de Mercey; n° 21, CrépusciUe, d'après V. Hugo; n" 22, L'A mour regardant Vénus endormie ou le Rêve, d'après Diaz ; n° 24, Desdémone et Othello, d'après E. Delacroix ; n° 25, Chiens dans la forêt, d'après Diaz, lithographie exposée en 1857 ; n" 28, En Sologne, d'après Troyon ; n'^ 29, Une rue à Marlotte, d'après J. Didier ; n^ 30, Les Gorges d^ Apremont [forêt de Fontainebleau), d'après A. Desgoffe ; n'^ 32, Mendiants grecs (Morée), d'après A de Corzon; n" 33, Souvenir du lac de Nemi, d'après J. Cabat; n" 34, Méditation, d'après Alexandre Desgoffe, xme épreuve en figura au Salon de 1857; n" 36, Charles IX chez son armurier Ziem, d'après Eug. Isabey pièce exposée comme il a déjà été dit au Salon de 1859 ; n" 38, Pâturage en Normandie, d'après Troyon; n° 39, Animaux au repos, d'après Palizzi. Ces deux derniers tableaux et celui du n° 10 faisaient partie de la collection du baron Michel de Trétaigne.

Sinope (nO 22), Palais d'Onié (n» 23), Amassérah (n» 24). Rochers basaltiques de Tchaban-KaU (n^ 25), Trébizonde (x\^ 26). L'atlas de Botanique en eut une dernière (n*^ 44) : Platanus vallis BuyuMere, ou Platane de Godefroy de Bouillon.

J'imagine cependant que ce n'était pas sans quelque regret qu'il commençait ainsi à éparpiller ses dessins d'Orient. Son espoir était en effet que la relation du dernier voyage d'Hommaire de Hell serait publiée par le Gouvernement français aussi heureusement que le premier. Il savait que ses propres œuvres pouvaient rivaliser avantageusement avec celles que Flandin et Coste imprimaient depuis quelques années, précisément sur la Perse : elles n'auraient rien à souffrir de la comparaison.

Les événements politiques prolongèrent les négociations entamées dès son retour à Paris. A la fin cependant, en 1853, le principe fut admis. Une commission fut chargée de choisir dans les notes laissées par le malheureux Hommaire de Hell, celles qui seraient susceptibles d'accompagner le récit de son voyage, puis de trouver dans les dessins de Jules Laurens les éléments d'une centaine de planches : lui-même les reproduirait par le procédé lithographique en un album in-folio. On sait déjà tout cela en partie : il n'est donc pas besoin d'insister. Observons cependant que les décisions de la commission, en ce qui concerne les dessins de l'artiste, furent en général très judicieuses. Les planches publiées donnent l'impression de la variété des sujets traités ; il semble cependant que la préoccupation architecturale et archéologique y prédomine. A côté des vues générales des divers pays ou des sites les plus intéressants (cimetière des Juifs au-dessus du quartier d'Ai-Keuy à Constantinople, Fanaraky d'Europe, Côtes européennes de la mer Noire à Kidendéréh, Balitchik sur les côtes de Bulgarie, Chilly sur la mer Noire, Côte basaltique de Guzeldjah-Seraï sur la mer Noire, Amassérah, Sinope vue du port, Kerezoun, Pont sur l'Euphrate, Pays de Gharzen,l'Ark à Tauris, campagne de Téhéran, etc.), se trouvent en effeLdes jjlanches d'un caractèretout différent, plus scientifique. Une

éniimération écourtée en indiquera la portée : Anciennes murailles de Nicomédie,Pont romain près du lac de Sabandjah, Ancien caravansérail à Brousse, Crypte byzantine taillée dans la montagne à Midiah, avec détails de sculpture; Grande église grecque de San Giovanni à Messemvria, avec détails; Murailles, pont romain, théâtre antique et porte à Uscoup; Temple antique taillé dans le roc près d'Eunieh, Entrée principale d'Héraclée, Porte génoise de l'Acropole à Amassérah et ruines romaines, du bas-empire et du moyen âge; Porte turque à Hadjhi-vel-Oglou, Cheminée turque à Tcharchembeh, Cours de l'ancienne et de la grande mosquée à Sinope, Citadelle de Sinope, Palais turcs d'Eunieh et de Tireboli, avec détails; Sainte-Sophie de Trébizonde, avec détails; Murailles, grande tour, porte, cour de la grande mosquée à Diarbékir; Maison turque à Kady-Keuy, Maison chaldéenne à Diarbékir, avec détails: Poteries et verreries turques, kurdes et persanes; Chambre historique de Turkmantchay, Trône du Schah à Téhéran, Cours du palais de la mission française à Téhéran en 1848, Peintures indiennes et persanes à Téhéran, Coupes et divers systèmes de construction des voûtes persanes, etc.

Ensuite ce sont des détails de costumes, des portraits, mais groupés par séries sur une même planche : Types turcs et grecs de la Roumélie, Bulgares des environs de -Varna, Hal)itants turcs et grecs des côtes méridionales de la mer Noire, Types et costumes kurdes, le Beylerbey de Tauris et le patriarche de Babylone, Types arménien et musulman en Perse; Méhémet-Schah, mort en 1848, et son successeur Naschredin- Schah ou Nazzer-Eddin; Farrach-Bachi, prince, courrier, etc.; Mirza, eunuque, mollahs, juif et domestique; Louti afghan et soldat réformé; Dames persanes; Derviches nomades; Géorgienne et Arménienne; Mirza, femme guerrière, soldat et kurde de l'Astérabad. Puis des scènes de la vie publique : Tazieh à Tauris, Sacrifice du chameau, cérémonie religieuse à Téhéran; Improvisateurs sur une place, etc.

Jules Laurens avait, cela va sans dire, reçu la charge de reporter sur pierre ses propres dessins; il le fit avec toute l'exactitude dont

il était capable. Cependant il n'exécuta pas l'ensemble des planches, sans doute faute de temps. Il demanda à son ami Eugène Cicéri de l'aider pour quelques-unes (une douzaine), mais il se réserva toutes celles pour lesquelles il fallait observer le plus de précision (détails archéologiques, portraits) et laissa à son collaborateur de grands paysages. Il est d'ailleurs facile de distinguer le travail de l'un et de l'autre : le crayon de Cicéri est plus appuyé et un peu plus sec que celui de Jules Laurens : les deux écritures sont assez caractérisées pour ne pas être confondues.

On peut regretter que, pour la plupart de ces illustrations, il n'y soit fait que des allusions rapides dans le récit de M. Hommaire de Hell, que chacune d'elles n'ait pas fait l'objet d'un commentaire spécial. Il est probable que cette lacune est imputable aux conditions particuhères dans lesquelles la publication fut entreprise. On a bien essayé de la combler en partie et Jules Laurens fut sollicité de donner à la fin du t. IV du Voyage (p. 374 et suivantes) la k Description des planches de plans, coupes et détails divers, recueillis par feu Hommaire de Hell», d'après son journal de voyage. Mais ces notes n'ont trait qu'aux feuilles 13 à 24; elles auraient dû être continuées, si l'on avait voulu fournir des renseignements complets.

Les cent planches prévues dans le devis primitif (plusieurs se composent de deux parties distinctes, par conséquent le nombre des dessins publiés, sans parler des portraits, est plus grand), les cent planches dis-je, étaient terminées et tirées en 1856. La commission estima qu'il y avait lieu d'y ajouter cinq nouvelles feuilles d'inscriptions, les portraits de M. et Madame Hommaire de Hell dessinés par Jules Laurens (ce sont justement de ses meilleurs), neuf cartes pour servir à l'itinéraire des voyageurs, enfin trois dernières séries de relevés sur la géologie des côtes occidentales et méridionales de la mer Noire. U Atlas historique et scientifique ne parut ainsi, avec ses 119 planches, qu'à la date de 1859, tandis que l'achèvement du t. IV du Voyage en Turquie et en Perse était encore retardé d'un an.

NOUVELLES LITHOGRAPHIES ORIGINALES SUR l'oRIENT 207

L'Atlas n'utilisait donc que la plus petite partie des dessins de Jules Laurens. Celui-ci continua à puiser dans ses portefeuilles pour de nouvelles publications, isolées ou en collection. Parmi les premières, citons le portrait du Schah de Perse. Nazer-Eddin, qu'il donna dans un Annuaire de la Revue des Deux-Mondes sur la demande de Buloz, puis en chromolithographie, enfin en très grande planche lithographique aux deux crayons (1). Signalons aussi Constantinople et la Corne d'or, vue prise des hauteurs d'Eyoub (n^ 55 d'une collection); les Ruines de Césarée; les planches de motifs décoratifs qu'il intitula : A Constantinople, Sultanieh, Sinope, Hispahan; A Eunieh, Sinope, Trébizonde; A Messenivria, Trébizonde, Astérabad; Palais de France à Téhéran; Diarbékir, Téhéran: Asie mineure; Sainte-Sophie de Trébizonde ; A Diarbékir ; A Téhéran ; A Ispahan ; En Perse : etc. Malheureusement, ces dernières feuilles, que l'exactitude du dessin rend extrêmement précieuses pour les archéologues, sont difïiciles à trouver. Bien que quelques-unes aient déjà figuré dans V Atlas historique et scientifique , elles devaient faire partie d'une très importante publication comprenantles documents d'architecture et d'ornementation rapportés de Turquie et de Perse. L'éditeur Morel en avait pris l'initiative ; mais diverses circonstances vinrent entraver, puis empêcher l'édition projetée. Il n'y avait que ces quelques planches d'exécutées quand la mort de Morel mit un terme à la préparation : c'est vraiment dommage, car on aurait ainsi vulgarisé l'essentiel des dessins aujourd'hui conservés à l'École nationale des Beaux-Arts, alors que maintenant les exemplaires des feuilles tirées doivent être devenus extrêmement rares. Je n'en ai d'ailleurs trouvé qu'à la Bibliothèque de Carpentras, où ils ont été donnés par l'auteur.

Plus que toute autre chose cependant, l'Atlas du Voyage désignait

(1) « S. M. Nasser-el-Dine, empereur de Perse», à cheval, en grand uniforme, planche imprimée chez Lemercier et C''\ Dans la chromolithographie, le Schah est vu jusqu'à mi-jambes, la main droite appuyée sur une table.

208 ILLUSTRATIONS d'oUVR AGES SUR l'oRIENT

Jules Laurens comme spécialiste pour la reproduction sur pierre lithographique des sujets orientaux. Je ne parlerai pas ici des dessins qu'il donna au Tour du monde en 1860, pour l'illustration du Voyage en Perse, rédigé par le comte de Gobineau, premier secrétaire de l'ambassade française qui séjourna auprès du Schah de 1855 à 1858; car ils furent reproduits par un différent procédé de la lithographie. Mais il existe un certain nombre d'autres publications qu'il faut signaler ici.

Une des pi'eraières est Le Caucase pittoresque, dessiné d'après nature par le Prince Grégoire Gagarine, dont l'impression fut commencée en 1847 par la maison Pion frères. Les dessins et aquarelles du Prince Gagarine étaient, au dire de Jules Laurens, dignes des meilleurs professionnels: il n'était pas besoin de les corriger et de les mettre au point avant de les reporter. Leur interprétation fut surtout confiée à Eugène Cicéri, Mouilleron, Bayot, Leroux, etc. Quelques planches furent réservées cependant à J. Laurens et à son élève J. Didier. Le premier fit la XXXIV^ {Les Terrasses de Tiflis), une partie de la LXVl^ {Portrait de Hadji-Mourad) et la LXVIII^ {Montagne de Tilitl et village de Holotl. Sur le Koïssou d'Avarie).

Plus importante fut sa contribution à l'illustration du Voyage au Soudan oriental et dans V Afrique septentrionale, qui fut l'œuvre de Pierre Trémaux. Sur les cinquante-six planches, huit furent exécutées par lui, soit en noir ou aux deux crayons, soit en trois couleurs (1). Lorsqu'on publia, en 1864, la Mission de Phénicie dirigée par Ernest Renan, l'architecteThobois, chargé de toute la partie artistique, confia aussi à Laurens les planches II et III de l'Atlas (2).

(1) En voici les titres : PI. 1, Les bords du Nil en Êjypte ; pi. 8, Femmes de Lony {Hanl- Senna-), ret-nucs captives sur les barques de l'expédition égyptienne (pi. exécutée en collaboration avec E. David); pi. 11, Parallèle des palmiers qui se succè lent sur le cours du Ni/ ; pi. 18, Vue prise sur les hauteurs de Benichangorou en face du campement égyptien et du mont Fa-Doungo ; pi. 19, Vue intéricre d'une tannerie chez les nègres du Homotché ; pi. 22, Préliminaires cérémonieux de l'entreme d'un chef nègre avec un roi Sennarien ; ])1. 29, Types de figures de diverses contrées ; pi. 39, Femme du Sennar en tenue d'intérieur.

(2) Elles'oi.t tontes deux jmur titre Ruad. Elles sont d'après les dessin- d'E. Lockioy.

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Madame HOMMAIRE DE HELL.

Lithograpliie originale qui a paru dans l'Atlas du Voyage en Turquie et eti Perse.

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