‹ Jules LaurensChapitre 222 sur 230 · LA «LÉGENDE DES ATELIERS · texte numérisé non relu

LA «LÉGENDE DES ATELIERS

Le Réveil artistique, L'Indicateur de Carpentras, U Alliance des arts, La Petite Reç>ue, L'Hérault, Le Patriote deVaucluse, L'Économie domestique, etc. Depuis 1882, pendant son séjour à Carpentras, il avait augmenté son dossier, il avait repris dans ses anciennes publications des réflexions, maximes, notes ou anecdotes, qu'il lui paraissait utile de faire mieux connaître, et il avait rédigé un volumineux manuscrit.

Le Journal des arts accepta d'en donner encore de nouveaux fragments, dès le début de 1898. Bien que plusieurs personnes lui aient parlé de cette publication, après l'avoir lue<( avec plaisir, tant à cause des faits et observations humoristiques qu'elle contient, qu'à cause du style personnellement original avec lequel elle est présentée », le directeur, M. Auguste Dalligny, interrompit la série au bout de plusieurs numéros. « Les avis ont été assez partagés parmi les lecteurs, donnait-il comme raison. Au premier moment, ces révélations par un témoin oculaire ont soulevé beaucoup d'intérêt et il n'y a pas jusqu'au caractère très personnel et inattendu du style qui ne leur ait donné une certaine saveur. Plus tard, on a trouvé que les articles devenaient bien nombreux pour un journal, que certains détails traînaient peut-être en longueur et que le choix entre les faits racontés était peut-être bien large... » Effectivement la place de la Légende des ateliers n'était pas dans un journal, où seulement pouvaient être admis des extraits fort courts.

Jules Laurens revint alors à son idée première. Encouragé par Madame Laurens, il se résolut à se faire lui-même l'éditeur de l'intégralité de son manuscrit et à en constituer un volume. J'ai dit que la correction des épreuves occupa l'activité dernière de l'auteur, et qu'il n'eut pas la joie de tenir son livre complètement imprimé.

Dans sa vie relativement longue, il avait eu affaire à de nombreux personnages dignes de la célébrité qui accompagnait leur nom; il avait même vécu dans l'intimité de quelques-uns; sur tous, il savait des faits qui méritaient d'être retenus, tant pour la biographie de ces personnalités que pour l'édification du monde intellectuel. Il pensait donc qu'il ne devait pas garder ces souvenirs pour lui seul, qu'il en était redevable au public :

telle est la raison qui l'a déterminé à écrire, puis à publier ses notes.

Il l'a fait, en y insérant de multiples observations personnelles, des réflexions sur l'art en général, sur la littérature, l'architecture, la musique, la sculpture et la peinture. De telle façon qu'il s'est mis lui-même dans son livre : ce qui en augmente d'ailleurs l'intérêt.

Il poussa le scrupule d'exactitude jusque dans les plus petits détails : s'il n'a pas été toujours le spectateur ou l'auditeur, les personnes qui l'ont renseigné vivaient avec lui sur un tel pied de familiarité et d'intimité qu'il pouvait adopter comme siens leurs récits. C'était principalement son frère Bonaventure qui l'avait documenté avec toute la sincérité voulue, car, disait-il, « lorsqu'une chose s'imprime et devient ainsi un monument historique, il faut, autant que possible, dire la vérité et toute la vérité ». Il est d'ailleurs facile de reconnaître dans la Légende ce qui est particuher à Jules Laurens et ce qu'il a emprunté à d'autres, car presque constamment il cite son auteur, ou bien il se met en scène et rapporte ce qu'il dit avoir vu ou entendu.

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L'abondance des matières contenues dans ce volume de plus de sept cents pages, publié deux années seulement après Une Vie artistique, était loin d'avoir épuisé les richesses de l'auteur. Il avait tellement écrit, surtout pendant les dernières années de sa vie ! « Vieillard, disait-il, il faut s'empresser de consigner ce que l'on croit avoir à rappeler, car, d'un moment à l'autre, la mémoire peut faibhr, la main se glacer, la pensée et la volonté se paralyser, et le tout sans rémission. »

Maintes fois déjà il a été ici question des carnets qu'il avait inaugurés pendant son voyage en Orient et qu'il continua jusqu'à la fm de sa carrière. Comme on le sait, il y consignait ses souvenirs, mais surtout ses observations sur la nature, l'art et la société, ses réflexions philosophiques et morales; plusieurs même avaient été consacrés à des pensées

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