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Jules Marcou [microforme]

Jamais les littérateurs de mon espèce ne sentent mieux l’exiguité de leur envergure, qu’au contact des savants d’un mérite réel. Au banquet intellectuel que ceux-ci défraient de ses plals les plus résistants, c’ést à peine si nous apportons, nous autres, un petit masse. pain de dessert. Prenant les choses de haut, les amuselles plus ou moins poétiques sur lesquelles se concentre notre vie, se lrouvent, à titre de détails, englobées aussi dans leurs grands aperçus généralisateurs. Ils sont plus ou moins au courant de tous nos faits et gestes, qu’ils apprécient même, à leurs moments de repos, avec une candeur toute naïve et bienveillante, landis que nous n’avons guère à leur offrir en retour, que l’aveu de notre insuffisance.

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: Celle constatation à tout moment renouvelée n’empêche pas l'attraction, d'eux à nous, de produire son effet. On ouvre le livre avec défiance. On parcourt les premières pages, en souriant à l’idée de la supériorité que doit infalliblement nous conserver notre culte de la forme ; puis, insensiblement notre curiosité s’éveille, comme quand on gravit une grande cime, et, malgré les nuages dela technologie, nous finissons par trévoir, du moins pour un moment, l’immensité de l’horizon qui nous entoure.

C’est aussi ce qui m'est arrivé, à moi profane, en parcourant les livres de notre géologue salinois M. Jules Marcou. Sans préparation aucune pour déguster et contrôler la partie scientifique de ces livres, je me sens du moins pris de sympathie involontaire pour l'auteur, au ton chaleureux de son exposition, et surtout à la conformité de la méthode qu’il préconise, avec celle dont je fais ma règle propre, dans un ordre d’idées bien différent.

A cet intérêt, pour moi purement littéraire, de ses livres, s’est ajouté celui d’une conversation narralive des plus pittoresques. Voilà comment j'en suis venu à ambitionner l'honneur de faire connaître un peu en lui, l’homme et l’existence personnelle, plutôt que la valeur scientifique, et c’est dans ce but que je recueille ici, comme pour mémoire , les renseignements ciaprès :

M. Jules Marcou est né à Salins le 20 avril 1824. Après avoir commencé ses éludes au collége de Salins

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et au lycée de Besançon, il alla au ccllége St-Louis à Paris, où une trop grandé application aux mathéma tiques, qui avaient toujours été sa partie favorite, l'obligea bientôt à venir rétablir au pays natal sa santé gravement allérée. C'était au printemps 1844. Là, de nombreuses excursions éveillérent en lui un vif désir de conniître les roches qui forment une si bélle cein=” lure autour de Salins, et deux Voyages qu'il fil en Suisse, déterminèrent en lui un véritable enthousiasme pour l'étude de la nature. Il recueilli alurs une quan tité de roches et de fossiles, mais n’ayant à sa disposition qu’un traité de géologie des plus élémentaires, et n'ayant jamais assisté 4 une seule leçon de géologie, il ne Savail trop comment arriver à comprendre la composition si comnliquée des montagnes du Jura, loré-*

qu’il eut le bonheur de faire, à Salins même, la connaissance du docteur Germain, qui, depuis plusieurs années, recueillait des fossiles, et était initié à quelques notions de géologie pratique (1). Dès sa première excursion avec le docteur Germain, Marcou comprit la mé-

gue de Genève, Gette collection ux travaux de M. Marcou. Il est très

thode d'observation, et, avee autant d’ardeur que d'activité, il se. mit à étudier, dans les plus minutieux détails, toutes les pentes des environs de Salins. Pendant liver même, la neige ne lui était. pas un, obstacle: il la creusait avec son marteau, pour atteindre les roches, partout où al avait quelque doute à éclaircir sur cerlaines -superposilions. Toute Pannée de 1:45 fut consacrée à ces études qu’il élendit aux environs de Besançon, Poligny et Lons-le-Saunier. Vers l'automne de is: même année. Marcou reçut la visile de-Thurwanun, venu exprès de Berne pour faire sa cunnaissance. Une très-grande intimité s'établit entre eux et dura jusqu'à la mort de ce célèbre géologue, qui mourut à Porrentruy en juillet 4855. Thurmann, qui résumait en lui: presque toutes les connaissances alors acquises sur la géologie des sonlagnes du Jura, encouragea beaucoup Marcou dans la voie qu’il s'était en quelque sorte créée à lui-même. En. octobre 1815 Marcou rendit à Thurmann sa visile , à Porrentruy, et, dans sa co.npagnie, étudia la géologie du Mont-Terrible, puis il revint par Neuchâtel, où il eut l’immense ‘avantage de faire la connaissance d’Agassiz, qui spprè- “ait alors son départ pour l’Amérique.

Fortément encouragé par ‘Thurmann et Agassiz à écrire-ses observations sur la géologie d’une partie du département du Jura, Marcou se mit à l’œuvre en ne- “yembre 1845, el, au mois d’avril suivant, il communi- ‘quait à la société géologique de France à Paris ses Recherches géologiques sur le Jura Salinois. En

même temps, un résumé qu’il avait envoyé en décem: bre à Agassis était publié par celui-ci dans les Mémotres de la société d'histoire naturelle de Neuchâtel. Ce travail fut jugé digne d’être publié in extenso, avecin carte géologique et les coupes, dans les Mémoires de la société géologique de France. L'été.et l'automne de 1846 furent consacrés à étudier la vallée de Nozeroy et de Censeau, et un travail fut ajouté à sa description des environs de Salins.

En novembre 1#46, Marcou fut nommé préparateur du professeur de minéralogie à la Sorbonne, et en janvier 1847, il entrait au Jardin dés Plantes, chargé d'y classer la collection paléontologique des coquilles ét des polypiers fossiles. Dans les vastes galeries du Jardin des Plantes, où la science a accumulé tant de mas tériaux depuis l’époque de Buffon, une classification n’est pas une mince besogne ; mais, habilaé à lutter avec les difficultés géologiques sans nombre qui environnent Salins, Marcou se mit bravement à l’œuvre, Douze mois lui suffirent pour classser et dénommeér les deux liers des fossiles de la galerie géologique, et

Son travail fut si bien goûté, que l’autre tiers fut achevé

sur le plan adopté par lui: seulement, ses continuateurs, bien qu’ils fussent deux, mirent trois ans; à parachever sa besogne. Ce travail a été jugé si satisfaisant, qu’on n’y a rien retouché depuis, si ce n’est pour y faire quelques additions. Le directenr du Jardin des Plantes, qui était alors le célèbre de Jussieu, frappé de l’activité et des connaissances de Marcou , lui offrit Ja

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place de géologue-voyageur du Muséum, devenue va- ‘cante. par la mort de d’Osery, assassiné au Pérou, pendant le voyage de Castelneau dans l'Amérique du Sud. ‘Quoique irès-recherchées par les jeunes naiuralistes, -ces places sont loin d’être des sinécures. Qui n’a lu les lettres de Victor Jacquemont, et connu les tribulations et les dangers courus par ce célèbre voyageur dans l’Inde anglaise ? Or, les mêmes difficultés attendént:tous ces pionniers de la science. La piupart d’entre eux meurent à la tâche ; les pays malsains, les fatigues, les assassinats même, par des peuplades sauvages ou à demi-barbares, voilà les périls qui les attendent ; aussi, pour un de ces voyageurs du Muséum qui nous revient sain et sauf, y en a-t-il trois qui payent de leur vie leur dévouement à l’histoire naturelle.

-. Enchanté d’obtenir si rapidement ce que d’autres attendent souvent quatre ou cinq années, Marcou accepta avec enthousiasme, et recevait, en janvier 1848, sa nomination de voyageur du Jardin des Plantes. Un choix important lui restait à faire, à savoir quelle partie du globe il irait explorer. Le professeur de géologie du Jardin des Plantes, feu Cordier, qui avait une grande affection pour Marcou, aurait voulu qu’il se dirigeàt vers l'Orient, pour y étudier l’Oural et la Sibérie, mais la présence du professeur Agassiz aux Etals-Unis, et ses relations des plus amicales avec ce savant qui, en quittant Paris en 1846, lui avait confié la publication “de travaux importants, lui fit tourner ses regards vers

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l'hémisphère occidental, et il choisit pour champ d’exploration la géologie des Etats-Unis, du Canada et autres possessions anglaises de l’Amérique du Nord, en se dirigeant loujours vers l’occident, pour atteindre l'Orégon et la Californie. 11 s’agissait donc d'une traversée complèle de toute l'Amérique du Nord dans sa plus grande largeur. Ce projet, qu’il ne devait réaliser que six années plus tard sous d’autres auspices, comportait des difficultés de toute sorte, et sa réussite était des plus problématiques.

Pendant son séjour au Jardin des Plantes, Marcou s’élait lié avec presque tous les géologues de la capitale, et aussi avec un bon nombre de géologues étrangers. Trois d'entre ces derniers étaient même venus habiter la même maison que lui, ce qui faisait de sa chambre un centre commun où se réunissaient habituellement une dizaine des géologues les plus jeunes et les plus enthousiastes d’alors. L'un de ces trois étrangers était le minéralogiste Quintino Sella, aujourd’hui ministre‘ des finances d’ltalie ; le second, était le professeur Gaslaldi, de Turin, un des plus savants gévlogues de l’autre côté des Alpes, et le troisième, Oscar Frass, de Stuttgard.

Oscar Fraas, tout fraîchement sorti de l’université de Tubingue, où il avait étudié la géologie avec le professeur Quenstedt; depuis, est devenu directeur du Musée royal d'histoire naturelle de Stuttgart ; ses travaux géologiques sur la Souabe, l’ont rendu célèbre en Allemagne, et dernièrement encore, il étudiait, pour le

eomple de son gouveraement, le bassin du Nil et la: Palestine. En compagnie de Fraas, dont je fis moi-

même là connaissance à Salins, Marcou explora géologiquement la Bourgogne et le Morvan ( avril 1847 }, puis, en aoû! et seplembre de la même année, ils visi.… tèrent er détail les montagnes de FAlbe du Wurtemberg, depuis le Randen près Schaïfhouse, jusqu’à Esslingen et Stuttgart.

La révolation de février 1848 retarda d’un mois je départ de Marcou pour l’Amérique. Enfin, le 2 avril, il s’embaïqua au Havre, et débarqua à New-York le 8 mai suivant. Voilà donc sur !c sui américain notre géologue salinois, âgé seulement de 24 ans, entrain de réaliser cetle colossale entreprise d'étudier le géologie de tont un continent. Ses ress vurces étaient alors des plus modestes, vu surtout qu’il ne savait encore pas le moindre mot des langues anglaises et espagnoles , les seules en usage dans le Nouveau Monde. A Boston, il rencontra le professeur Agassiz, établi depuis dtx-huit mois en Amérique , où il s’élait déjà conquis une telle réputalion, qu’on venait de créer pour lui une chaire spéciale à l’Université de Cambrige. Agassiz reçut Marcou à bras ouverts, et il fut aussitôt conveno qu'après quelques explorations des environs, on se dirigerait vers les Grands Lacs, pour atteindre le Lac Supérieur. L'expédition , composée d’Agassis, Marcou et une di-zaine d’étudiants de l’Université de Cambrige, explora tout le pourtour du Lac Supérieur, véritable mer d’eau

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douce de #50 lieues de circonférence. £e voyage se fait dans des canots en écorce de bouleau, de 30 à 34 pieds de long, et qui sont bien connus de tous les lecteurs des romans de Cesper. Ces canots sont conduits par des voyageurs Canadiens, ou des Bois-brulés, descendants de pères canadiens et de mères indiennes, des tribus des Hurons et des Chiprewais. Jamais réunion pareille n'avait traversé ces solitudes. Tous les soirs, après une dure journée d'exploration, autour de grands feux de bivac, qui se reflétaient dans les eaux bleues et profondes du Lac Supérieur, chacun racontait cé qu’il avait trouvé de nouveau en géologie et en z00logie, et souvent Agassiz lerminait par une ce ces adinirables improvisations, sur les grandes classifications et la philosophie de l’histoire naturelle. qui l’ont rendu célèbre parmi les plus illustres naturalistes de notre siècle.

Marcou quilta M. Agassiz pour rester plus longtemps dans les célèbres mines de cuivre natif de Ja Pointe Kievenav, où il fit une.très grande et précieuse collection de minéraux, et ne rentra à Cambrige qu’aux premiers jours d'octobre. Pendant cette exploration de quatre mois , Marcou ne s’éiait pas borné au Lac Supérieur, Il avait aussi étudié, en y recueillant de nombreux fossiles, les bords et îles du Lac Huron , le Niagara, el plusieurs localités de l'Etat de New-York. Après avoir mis en ordre et expédié à Paris ses collections, Marcou se rendit à Philadelphie, en janvier 1849, et explora la géologie des Etats du Nouveau Jersey et

de la Pensylvanie, puis il passa avril et mai aux en: virons de Richmond, et de Petersburg, en Viginie, pour en explorer ies mines de houille et d’or. En juin,:il franchit les Monts Allegahanys, courut pendant six semaines les environs de Pittsburg, Cincinnati, Madisson, Louisville, et visila les célèbres cavernes de Mamouth, dans le centre du Kentucky. Enfin les chaleurs tropicales de juillet et le choléra qui sévissait alors dans tout le bassin du Mississipi l’obligent à partir vers le Nord, dans les provinces anglaises du Nouveau Brunswick, de la Nouvelle-Ecusse et de l’ile du cap Breton, à l'embouchure du golfe St-Laurent. En septembre, nous le retrouvons au Canada, à Québec et à Montréal , aux lacs Champlain, Ontario et Erié. Marcou ne rentra à Cambrige, auprès de son ami Agassiz, qu’au mois de novembre, lorsqu’il n’était plus possible de tenir la campagne pour des explorations gévlogiques. L'hiver de 1849-50 se passa à mettre en ordre les nombreuses collections qu’il avait recueillies et expédiées au fur et à mesure à Cambrige, son quartier général. Les fatigues de ces deux années commençaient à.se faire sentir. Au milieu de l’hiver, Marcou fut atteint d’une fièvre typhoïde, dont il ne se débarrassa qu'en avril. Par suite des troubles politiques de la France, ses appointements n’arrivaient pas, et se trouvérent même une fois en retard de dix inois. Ces con tre-temps, son élat de santé, et enfin son mariage à Boston, le 1°° juin 1850, iui firent ajourner ses projets de voyage en Californie, à travers le continent, et il se

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décida à rentrer en France, pour s'y rétablir; en mémé

temps qu’il donnait sa démission de voyageur naturés liste du Jardin des Plantes. Après un séjour de ‘hüit mois en France et en Suisse, il relourna en Amérique en avril 1851. Là il s’occupa jusqu’au printemps 1883 à parcourir la Nouvelle Angleterre, et à rédiger, sur la géologie de l’Amérique du Nord, un grand travail, où il réunit dans un ensembie général tous les travaux disséminés des géolugues locaux, en y ajoutant-un grand nombre de ses propres observations. Ce travail, qui n’avail pas encore été entrepris avant ini, fut pus blié en 1853, en langue anglaise, à Boston. Entré temps. Marcon avait fait en 1852, une nouvelle Dr en France où il ne resta que cinq mois.

+ Au printemps 1853, le gouvernement américain or« donna trois grandes expéditions scientifiques chargées d'explorer les Montagnes Rocheuses et les déserts dé la Caïifornie. On offrit à Marcou d’en faire partie coma me géologue et ingénieur des mines, et l’on tenait tels lement à son acteptation, qu’on le laissa libre de choisir celle de ces trois expéditions qui lui conviendrait le mieux. Marcou donna la préférence à celle qui se dirigeait le plus au Sud, et qui avait ordre de pareowrir et faire le relevé de tout le pays situé entre le Missis: sipi et l'Océan pacifique, en se tenant toujours dans ré voisinage du 35° degré de latitude.

Parti de Boston le 2 juin 1853, Marcou rejoignit | le corps expéditionnaire à Napoléon , pelite ville sur le Mississipi, à l’embouchure de la rivière Arkansas:

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Beris ces solitudes désertes du Nouveau-Monde, ce n'est pas petite affaire qu’un pareil voyage de 1000 lieues, à travers des tribus d’indiens nomades , aussi cruels que braves. L'expédition avait pour.chéf un ca- Pllaine d'ingénieurs géographes de l’armée américaine, nommé Whipple, tué en 4863 dans une des grandes batailles de la guerre civile en Virginie. Puis venait un médecin, un botaniste, un zoologiste, un dessinateur, une escorte de trente hommes d'infanterie et vingtsix d’arlillerie ; une trentaine de voituriers et domes:: tiques, et enfin, un vieux trappeur canadien qui avait passé quarante ans de sa vie dans les Montagnes Ro chenses, et servait de guide ; en tout, 107 personnes, Ajoutez à ce personnel quinze gros fourgons attelés dé six muléts chacun, une voiture suspendue, un ponton pour traverser les rivières, un troupeau de 70 bœufs et plus de 800 moutons ; le tout formant une caravane susceplible de se suffire à elle-même pendant huit mois. | | Ge grand voyage d'exploration que Marcou avait rêvé élait donc sur le point de s’accomplir, dans les meilleures et lés seules conditions possibles de succès, ce qu’il n’eut jamais oblenu comme voyageur du Jardin des Plantes, faute des éléments de sécurité et des moyens de locomotion indispensables dans une pa: reille entreprise. Géographiquement, un bon tiers de la route était complètement inconnu :et laissé en blanc sur les meilleures cartes des Etats-Unis. Géciogiques: ment, tout était inconnu d’un bout à l’autre. Par un

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ns inappréciable privilége, Marcou était donc lé premié? géologue qui abordät celle terra incognita de là science. On peut juger de sa joie! N'oublions pas ces || pendant les nombreuses difficultés À surmonter: &t |

juillet et août, les chaleurs tropicales des prairies de ‘1

Texas; en décembre ét janvier, les froidures glaciatés des Montagnes Rocheuses, où le trermométre descéns dait toutes les nuits à 25 degrés au-dessous dé téro'; la crainte continuellé des Indiéns Comanches, Apaclies

et Navajos, les plus férores et les plus rusés des In |

diens d'Amérique, et dont on traversa tout le terris toire: Cette crainte permanente obligeait la caravane à resier toujours comme en faisceau, afin de se défendre plus sûrement contré toute attaque. La preuve que ces précaulions n'étaient point superflues, c’est là mortde dix membres d’une des deux autres expéditions qui, s’étant imprudemment isolés, furen(surpris, fusillés et scalpés par une bande de sauvages. Les découvertes de Marcou furent nombreuses et d’un si haut intérêt que l’Académie des sciences de l'Institut de France leur consacra un rapport spécial dans ses Comptes= Rendus. La plus remarquable, et celle qui fit le plus de sensation dans le monde savant, fut sa découverte du terrain jurassique, qui, jusqu'alors, n’avait jamais été reconnu dans le Nouveau-Monde. C'était là unejuste

récompense de ses travaux géologiques sur notre Jura: :

Après avoir. éludié dans tous leurs détails lès roches des environs de Salins, de ‘ ”apet, de la Dôle, du Sua chet, du Ment-Terrible, il était réservé à notre com+

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patriote salinois de retrouver des rochers de la mème époque géologique au célèbre Llano Estacado du Nouveau-Mexique, sur les pentes des Montagnes Rocheuses et de la Sierra Madre. L'identité est si complète, que le jour où, du haut de son cheval, il fit cette découverte, à la base du Mont Tucumcari, Marcou, en LE mettant pied à terre, se crut dans les ravins des carrières de gypse de Boisset près Salins. C’étaient les mêmes plâtres, les mêmes bandes de marnes rouges, vertes, blondes, les mêmes argiles bleues remplies de ces gryphées dont quelques espèces sont , chez nous, si communes, qu’elles remplissent tous les pavés de la ville de Salins.

Quelle joie pour notre trappeur-géologue de retrouver, à plus de deux mille lieues, au milieu des sohtudes des prairies américaines, les rochers à lui si bien connus de nos montagnes !

L'expédition se termina heureusement. Un seul domestique fut tué par les Indiens. On fut bien obligé d'abandonner en route tous les fourgons et voitures ; quelques malles et ballots chavirèrent bien dans le grand Rio Colorado de la Californie, mais on sauva {outes les notes, collections et instruments, et le 25 mars, on atteignait la plage du vaste Océan Pacifique. Aussitôt arrivé à San Francisco, Marcou se dirigea - vers les célèbres mines d’or, en remontant le Rio Sacramento, et la description qu’il en fit donna, pour la première fois l’idée exacte de la nature des gisements de l'or ; aussi cette description, qui parut d’abord à Gc-

nève, dans la Bibliothèque Universelle, fut-elle reproduite par le Moniteur de Paris, et par presque tous les journaux de la France et de l’étrançer. La Californié était alors dans toute l’effervescene: dé la grande émigration aurifère. Les chercheurs d’or arrivaient de toutes les parties du monde. Des aventuriers mécontents suivaient le comte Raousset Boulbon et Walker; dans leurs expéditions de flibustiers, tronvant plus facile de s’enrichir les armes à la main, qu’en lavant les sables et alluvions de l'Edorado. Peu s’en fallut que la fièvre californienne ne s’emparât aussi de notre géologue, et ce ne furent ni les tentations ni les occasions qui lui manquèrent ; mais, fidéle à son mandat de savant, après quelques jours de repos, Marcou s’embarqua à bord des steamers qui font le service de San Francisco à New-York, en traversant l’isthme de Panama, et, le 28 mai 1854, il rentrait dans sa famnille à Boston, après une absence d’une année moins deux jours. Aussitôt rentré à Boston, Marcou s’occupa activement de la rédaction de la géologie de son grand voyage. Malheureusement une grave maladie, dont il avait contracié le germe en passant à Panama, le condamna à une inaction presque complète pendant l’été de 1854, et finalement le força à revenir en Europe, en quête d’un meilleur clime*. Un malen'endu de l'officier qui avait commandé l’expédition, priva Marcou de la satisfaction de publier lui-même officicllement le résultat de ses recherches. Le ministre de la guerre des Etats- Unis, qui était alors Jefferson Davis, devenu depuis si

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