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Jules Michelet

Pendant les vingt-cinq années de son veuvage, Mme Jules Michelet a vécu absorbée dans le culte de la mémoire de son mari, et uniquement occupée de la publication de ses œuvres posthumes. Elle avait entre les mains plusieurs cartonniers pleins de manuscrits accumulés, pendant toute une vie de travail acharné, par un homme qui non seulement avait soigneusement conservé et classé toutes les notes prises en vue de ses ouvrages, mais qui de plus avait toujours inscrit jour I).)]- jour tous les incidents de son existence. Impressions de voyages, événements de sa vie intime, sentiments, idées, projets, visites faites et rendues, lettres écrites et reçues, détails de santé, Michelet avait le besoin de ne rien laisser perdre; de ce qu'il avait fait, vu, pensé, éprouvé. Il se vantail, dans son journal, d'avoir osé parler de lui-même el de sa vie conjugale avec une sincérité qui dépassait de beaucoup celle de Rousseau, et il aurait voulu donnerai! monde l'exemple de celle sincérité, ^-i le inonde avait élé assez pur

pour la comprendre.

Bien que .Michelet eût à plusieurs reprises, en parti-

culier en IN.V2 el en 1863, procédé à de larges des tructions de manuscrits, il [aissail encore à sa veuve d'énormes dossiers : manuscrits de ses ouvrages, ébauches el projets de livres, noies de ses cours du Collège de France, journaux de voyages, journal intime, analyses «le livres, correspondances, tout ce qu'il appelai! « son âme de papier ». Il autorisail Mme Michélet à faire <1<' ces dossiers l'usage qu'elle voudrait. Il la considérait comme nue collaboratrice qui s'était tellement identifiée avec lui qu'elle était devenue comme un autre lui-même. « Elle est plus moi que moi-même », écrivait-il dans son journal, el, nous avons des preuves significatives de celle pénétration des deux esprits. Mme Michèle! avait étépour son mari beaucoup plus qu'une conseillère et une inspiratrice dans la composition de ses livres d'histoire naturelle : ['Oiseau, Ylnsecle, la Mer el la Montagne. Elle àvail été la collaboratrice la plus active. Non seulement elle recueillait les matériaux, mais elle écrivait des chapitres entiers, que Michélet reprenait, corrigeait, sur lesquels il jetait, comme elle disait, « sa poudre d'or », mais dont il laissait bien des pages intactes. Il serait difficile aujourd'hui de distinguer dans ces œuvres la part de chacun des deux auteurs. Quand, après la mort de Michélet, son gendre contestaà Mme Michélet ses droits de collaboratrice, le tribunal, après avoir eu les manuscrits sous les yeux, dut reconnaître que sa part était au moins égale à celle de son mari. Si l'on compare le journal de voyage en Belgique, écrit par Mme Michélet en 1844, avec les Mémoires d'une enfant parus en 1866, ou avec les Chats, cette œuvre si émue, si spirituelle et si originale, préparée par elle avec amour pendant dix ans et dont les parties

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