LES ŒUVRES POSTHUMES DE M. ET M""' MICHELET
achevées viennent seulement d'être éditées par moi1, on verra avec quelle merveilleuse souplesse elle s'étail assimilé la manière de penser et de sentir de : Michelet,
la couleur et les formes de son imagination, le mouvement et le rythme de sou style. Son mari et elle s'amusaient et jouissaient de celte sorte de transmutation de leurs esprits. Quand Mme Michelet voulut raconter, pour faire suite aux Mémoires d'une enfant, I histoire de sa jeunesse jusqu'à son mariage, ce fut Michelet qui se mit à écrire le récit du voyage de Mlle Athénàïs Mialaret en Allemagne et de ses premières impressions à Vienne. Mme Michelet, de son côté, écrivait des souvenirs personnels de son mari antérieurs à leur mariage. Des détails de style permettent d'affirmer que nous n'avons pas sous les yeux des dictées faites par l'un des époux, mais bien une substitution volontaire de l'une <\(^ deux personnalités à l'autre. Même en 1871, relevant à peine d'une grave maladie, lorsque sa femme composait le livre intitulé Nature pour un éditeur d'Edimbourg, Michelet ne se contenta pas de corriger ça et là ses brouillons, il écrivit un chapitre entier sur les Maremmes toscanes, qui est un chef-d'œuvre.
Michelet mort, Mme Michelet s'oublia elle-même. oublia les livres qu'elle avait commencés, ses chers Chats que nous venons de ramener au jour, ses souvenirs d'adolescence et de jeunesse, dont nous ferons plus tard connaître quelques fragments exquis, pour se consacrer entièrement à l'œuvre de son mari et chercher dans ses papiers inédits ce qui pouvait servir
1 Les Chats, avec une introduction el des notes de Gabriel Monou, el des lettres inédites de J. Michelet, Michel Auari, Mariette, Ch. Darwin, (j. Pouchet. Paris, Flammarion, 1905.
4 JULlis MICHELET.
à compléter cette œuvre el à faire connaître la vie, la personne el l'âme de Michelet. Elle voulul faire pénétrer dans les écoles la pensée du maître, et, obligée
de reconnaître que le Précis (l'histoire moderne ne répondait pins aux nécessités actuelles de I enseignement, elle eut l'idée de lirerde Y Histoire de France el de Yllistoire de la Révolution trois volumes abrégés, el de composer avec le tableau de la France qui sert d'introductien an second tome de Y Histoire de France et avec des extraits inédits des journaux de voyages, nn volume intitulé: Notre France. Quelle que soit l'habileté extraordinaire avec laquelle Mme Michelet a accompli ce travail, l'entreprise n'eut pas le succès qu'elle attendait. Il ne pouvait en être autrement. On n'abrège pas Michelet, et Michelet a lui-même avoué pins d'une fois qu'il n'était pas doué pour créer ces livres de vulgarisation et d'éducation populaires qu'il avait cependant souvent réclamés et tenté d'écrire.
En même temps, Mme Michelet publiait une série d'œuvres inédites : les Soldats de la Révolution, le Banquet (ou Un hiver en Italie), Ma jeunesse, Mon journal, Rome, Sur les chemins de l'Europe, enfin la Correspondance inédite et le Journal de Michelet de 1848 et 1849, pendant la période de leurs fiançailles. Elle avait l'intention de publier encore un volume d'autobiographie sur la période de 1822 à 1838, un autre sur la période du Collège de France, un autre peutêtre encore sur les années du second mariage et une partie des journaux de voyage. Elle avait déjà extrait des journaux de voyage en France la valeur de tout un volume sur Y Architecture religieuse en France au moyen âge.
On s est souvent demandé dans quelle mesure