J U L I A DE T U E C Œ L U
ronce, bien certainenienl ; au moins ([u'elle nous laisse vivre! Comment! lu ne pourrais pas disposer de loi sans lui demander la permission!' Alors, si lues son esclave, ma chère petite, mels-moi à la porte! tu ne saurais rien faire c|ui lui soit plus agréable, car elle ne peut pas me sentir, ta illle!... Et puis enfin, de bonne foi, qu'est-ce que ça peut lui faire que tu te remaries? Un beau-père n'est pas une belle-mère... c'est tout à fait diiférent. Eli! mon Dieu, son beau-père sera cliarniaiil pour elle... tous les hommes seront charmants pour elle... je lui prédis cela : elle peut être tranquille!... Enfin conviensen, c'est là ce qui t'arrête.'
— Je vous assure que non, ma mère, tlit Ciolilde.
— Je vousassure que si, ma fille. . . Eli bien, voyons, veu\-tu que je parle à Jului, moi, fpie j'essaxe de lui faire entendre raison!'... J "aimerais mieux lui donner le fouet, mais enfin ! . . .
- — Ma nauvro cliric ]ii;im;iii, rcpril Clolildc, faiil-il tiMil \ous ilire '}
Elle vint se inoHio à genoux devant la l)aronne.
— Cerlainenient , ma fillette, dis-moi lotil ... mais ne me fais pas pleurer, je t'en sup[)lie!... Est-ce très triste, ce que lu as à me dire .'
— Pas très gai.
— Mon Dieu!... Enlin, dis toujours.
— D'abord, ma mère, je vous avoue que je n'él)iouverais personnellement aucun scru])ule à me remarier...
— Je crois bien... (comment donc! Il ne iiiancpicrail plus que cela !
— Quant à Julia, que j'adore, qui m'aime bien et qui vous aime bien aussi, quoi que voiis en disiez...
— Persuadée du contraire, dit la baronne. N'importe. Poursuis.
— Quant à Julia, j'ai plus de confiance que vous dans son bon sens et dans son bon
cœur... nialmc la lendiossc oxallop qiiollo conserve pour son jièie, je snis sûre (jnClle comprendrait, quelle respcclerait ma détermination, et cju'elle ne m'en aimerait pas moins, surtout si son heau-père ne lui était pas personnellement antipathique; car vous connaissez la violence de ses sympathies et de ses anlipatliies...
— Si je la connais 1 dit amèrement la baronne. Eh bien, il faut lui donner une liste de ces messieurs, à cette chère petite, et elle fera elle-même ton choix.
■ — C'est inutile, ma bonne mère, dit Clotildc. Le choix est fait par la principale intéressée, et je suis certaine qu'il ne serait pas désagréable à .lulia.
— Eh bien, alors, ma mignonne, cela va tout seul !
— ilélas! non. Je vais vous dire une c]ios(> c[ui me couvre de confusion... i'armi tous les hommes (\ur nous coimaissons, le seul (pie... le seul (pii me plaise enfin, est aussi le seul
.IULI.V I)K TUKColiUU.
(jui n'ait jamais clé anionrcux de moi. — Alors, c'est un sauvage! ça ne peut être (|n'un sauvai^o!... Knlin, f|ui csl-ce?
— Je vous l'ai dit, ma pauvre mère, le seul de nos amis qui ne soit pas amoureux de moi...
— lialil (jui ça?... Ton cousin Pierre?
l8 JULIA DE TRÉCfCUR.
— Non... mais VOUS brûlez.
— M. (le Lucan! s'écria la baronne. Ça devait être! c'est la fleur des pois! Mon Dieu, ma chère petite, que nous avons donc les mêmes goûts toutes deux! Il est charmant, ton Lucan, il est charmant... Embrassemoi... Ne cherche plus, ne cherche plus; voilà notre aflaire positivement !
— Mais, ma mère, puisqu il ne veut pas
moi
de
— Bon! il ne veut pas de toi à présent... (Quelle histoire! qu'en sais-tu? Lui as-tu demandé? D'ailleurs, c'est impossible, ma chère petite... vous êtes faits l'un pour l'autre de toute éternité. Il est charmant . distingué, comme il faut, riche, spirituel, tout enfm, tout!
— Excepté amoureux, ma mère.
La baronne se récriant de nouveau contre une si forte invraisemblance, Clotilde lui mit sous les veux une série de faits et de détails qui ne laissait point de place aux illusions.
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L;i iiKTC coii.sI(M'ii('m' (lut se r(''sii;ii('r à celte coiniolioii doiiloiiieusc, (|ii'il se Irouxait. en eUct, dans le monde un lionnne d'assez mauvais goùl pour n'être pas amoureux de sa fille, et que cet homme était malheureusement M. de Lncan.
Elle regagna son hùtel en méditant sur ce mystère inouï, dont elle ne devait pas, du iTste, attendre loni^temps l'explic alion.
George-René de Lucan était intimement lié avec le comte Pierre de Moras, cousin de Clotilde. Tous deux étaient compagnons d'enfance, de jeunesse, de voyage et même de halaille: car, le hasard les ayant conduits aux Etats-Unis quand la guerre civile y éclata, ils avaient trouvé l'occasion bonne pour recevoir le baptême du feu. Leur amitié