‹ Julia de TrécurChapitre 6 sur 8 · L L I A D f: t II k c oe l' n · texte numérisé non relu

L L I A D f: t II k c oe l' n

racoiilait ses voyages en parodiant d'une manière plaisante ses exaltations et la Iroideur relative de son niari de\ant les chefsd'œuvre de l'art antique. Elle illustrait ces souvenirs par des scènes de niiniicpie où elle (It'ploNait une adresse de fée, une \('r\e d altiste, cl paribis une drôlerie de rapin. Kn un tour de main, avec mie lleur, un cliillon, une feuille de papier, elle se faisait une coilTure napolilaine, romaine, sicilicime. Elle jouait des scènes de ballet ou d'opéra en repoussant la queue de sa rolie d'un coup de pied tragique, et en accenluanL lorlcment les exclamations banales du hrisme italien: — - O ciel! crniU'l .' jierjidd ! O ilio! jiirihnia ! l'uis, s'agenouillanl sur tm fauteuil, elle imitait la voix et les ^m'sIcs dun prédiciilcui' (|ii elle ;iv;iil entendu à ilonu', et (pii ne paraissait pas l'aNoir sufiisanmient édiiiée. Dans toutes ces iilliludes di\erses, elle ne pcrdail pas un atonie de sa grâce, et ses poses les plus comiques gardaient de l'élégance. A la suite de

et':; lolics. clic rc'[}rL'iiait <oii ;tir de reine ennuvcc.

Sous le cliiii'iiii' (lu moinemenl et des prcsliiies fie celle brillante iialiue, M. de f>ucan pardonnail volonliers à Jnlia les caprices et les siii^iilarilés dont elle élail jjrodii^nie, siirlonl à l'égard de son bean-père. Elle se montrait en général avec Ini ce quelle avait été dès le début, amicale et polie, avec une nuance d'ironie altière; mais elle avait de fortes inégalités. Lucan surprenait parfois son regard attaclié sur lui avec une expression pénible et comme raronclie. l n jour, elle repoussait avec vuie brustpie maussaderie la main qu'il lui olfrail pour l'aider à descendre de clieval ou à escalader une barrière. Elle semljlail fuir les occasions de se trouver seule avec lui, et, quand elle ne pouvait échappera quelques moments de tcte-à-tête, elle laissait voir tantôt un malaise irrité, tantôt une impertinence railleuse. Lucan pensait qu'elle se reprochait parfois de trop démentir ses an-

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ciens sonlimcnls, cl qu i-llc ciovail se dcNoir à elle-même de leur donner de temps en temps un gage de lidélitc. Il lui savait gré au surplus de réserver pour lui seul ces signes équivoques et de n'en pas troubler sa mère. En somme, il n'all;uliait à ces svmptômes qu'une faible importance. S'il v avait encore dans les dispositions alleclueuses de sa belle-nile un peu de liille et d'ellort, c'était de la part de ce caractère hautain un trait excusable, une dernière défense qu'il se flattait de faire bientôt disparaître en redoublant de délicates attentions.

Deux semaines einiron aj)rès l'arrixée de Julia, il V eut un bal chez la marquise de Boisfresnav, en son château de lîoisfresnav qui est situé à deux ou trois lieues de A astville. M. et madame de Lucan entretenaient des relations de voisinage avec la marquise. Ils allèrent h ce bal avec Julia et son mari, les hommes dans le coupé, les deux femmes, à cause de leur toilette, seules dans la calèche.

.IL LIA 1)1". rui:coi;LR.

\ eis mlmiil. Cldlildc pril son inaii à pail, cl, lui iiiDiitiaiil sa lillc (|iii valsait clans k' salon \oisin a\cc un ollicicr (k- niaiinc :

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— Cliut! mon ami, lui dil-elle ; j'ai une mii^raine aiïreusc, el Pierre s'ennuie à mourir; mais nous n'avons pas k^ courage d'emmener Juliadcsi bonne heure... Voulez-vous cire aimable'.' Vous la ramènerez, et nous

(,t'l .IL'LIV IJE TUECiajUn.

allons partir, Pierre el moi; nous vous laisserons la calèche.

— Très bien, ma clière, dit Luean, sauvez- \ous.

Clolilde et M. de \loras s CsfiiuNèieut aussi lof.

Un instant plus tard, Julia, Tendant dédaigneusement la foule qui s'écartait devant elle comme devant un antic de lumière, souleva son Iront superbe et lit un sii;ne à Lucan.

— Je ne vois plus ma mère.* lui dit-elle.

Lucan l'inCorma en deux nuils de la combinaison qui \enait d'être arrêtée, l n éclair soudain jaillit des veux de la jeune femme, SCS sourcils se plissèrent; elle haussa légèrement les épaules sans répondre, et rentra dans le bal en se fravant passage avec la même insolence tranquille. Elle s'abandonna de nouveau au bias d'un oITicier de marine, el parut prendre plaisir à tourbillonner ilans sa splendeiu'. Sa toilette de bal donnait, en ellel, à sa beauté un étrange éclat. Son sein

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cl sfs ('paulcs, soilaiil de son corsano a\('c une sorte d'insouciance cliaslo, gardaient dans l'animation de la danse la purelé froide et lustrée du marbre.

Lucan lui proposa de \alser avec elle; elle hésita, u)ais, avant consulté sa mémoire^ elle découvrit fpi'elle n'avait pas encore éj)uisé la liste des oUiciers de marine (pii s'étaient précij)ilés par escadres sur cette riche proie. Au honl d'une heure, elle se lassa d'être admirée, el demanda la voilure. Comme elle s'enveloppait de ses draperies dans le xeslilude, son beau-père lui offrit ses services.

Non! je vous en prie, dit-elle avec impalience; les honnnes ne savent pas... pas ilu tout!

Puis elle se jela dans la \oitine d im air enmné. dépendant, connue les chevaux se nieltaient en maiclie :

— Fumez, monsieur, reprit-elle avec plus de bonne grâce.

Lucan la remercia de la permission sans en

9<> Jir. lA DK TUKCOEin.

profiter; puis, tout on iaisaut ses petits arrangements tlo Yoisinaci:P :

— A ous étiez bien belle ce soir, nia chère enfant ! lui dit-il.

— Monsieur, dit .Iulia d'ini Ion nonclia- Jant mais affinnatif, je vous déiends de me trouver belle, et je vous défends de m'appeler « ma chère enfant » !

— Soit, dit Lucan. Eh bien, vous n'êtes pas belle, vous ne m'êtes pas chère, et vous n'êtes pas une enfant.

— Pour enfant! non, dit-elle énergicpiement.

Elle s'cncapurlionna de son voil(\ croisa les bras sur son sein, et s'accommoda dans son coin, où des clartés de lune \enaienl de temps à autre se jouer dans ses blanchems.

— Peut-on dormir!^ demanda-t-elle.

— Comment donc!... Très certainement...

Voulez-vous que je l'orme la glace.*

— S'il vous plait. Mes lleurs ne vous feront pas mal?

JUHA DE TUliCœUU. 07

— Pas du lout.

Apres un silence :

— Monsieur de Lucau? icpril .luiia.

Chère niadauio?

- Expliquez-moi donc les usages, car il v a des choses cpie je ne comprends pas bien... EsL-ce rpi'il est admis... est-ce qu'il est convenable qu'on laisse revenir du bal, eu tète à tète, à deux heures du matin, une lemme de mon âge et un mousieur du vôtre?

— Mais, dit Lucan non sans une certaine gravité, je ne suis pas un moiisicnr... je suis le mari de votre mère.

— Ah! sans doute, aous êtes le mari de ma mère! dit-elle en scandant ces mots d'une voix vibrante, qui fit craindre à Lucan qncbpie explosion.

Mais, paraissant (loniiiicr une violente émotion, elle poursuis it d un Ion prcsipie enjoué:

— Oui, vous êtes le mari de ma mère, et vous êtes même, sulsant mm. un très mauvais mari |ioiu- ma mère.

ijS J U H A U i: T K K C I JK U R .

— Suivantvous, dit hanquilleinont Liican. Et pourquoi cela.'

— Parce que vous ne lui couveucz pas du tout.

— A\ez-vous consulté votre nièie à ce sujet, ma chère dame? U me semble qu'elle en est meilleur juge que vous.

— ■ Je n'ai pas besoin de la consulter. 11 n'y a qu'à vous voir tous deux. Ma mère est une créature angélique.. . et vous, non.

— Qu'est-ce que je suis donc?

— Un romanesque, un tourmenté... tout le contraire enlin. — Un jour ou l'autre, vous la trahirez.

— Jamais, dit Lucan, avec un peu de sévérité.

— En ètes-vous bien sûr, monsieur? dit Julia en dirigeant son reirard sur lui du fond de sou capuchon.

— Chère madame, répondit M. de Lucan, vous me demandiez tout à l'heure de vouloir bien vous apprendre ce (pii est convenable et

ji I. lA i)K 'rMi:f:(*:CR.

ce qui ne \v<\ pns: cli liicn. il n'est jias cnrivenaljlc <|ih' non-- pirnions, mmis volro inôro, cl moi ma Icnnuo, jionr Icxlc dnnc ])laisanfcrie de ce genre, et, par consécincnl , il csl convenable de nous taire.

Elle se tnl, resta immohilc cl Icrnia les yeux. Après un moment, Lucan vit une larme se détacher de ses longs cils, et glisser sur sa joue.

— Mon Dieu, mon enfiint, dit-il. je vous ai blessée... je vous fais sincèrement mes excuses.

(îarde/ vos excuses! dit-elle dnne \oi\ sourde en ouvrant i)rus(piemenl ses grands veux. Je ne ncux pas plus de \os excuses ([ne de vos leçons!... Vos leçons! connnenl en ai-je mérité l'innuilialion?... Je ne comprends pas. (Juoi de plus innocent que mes paroles, et (pie voulez-vous donc que je vous dise? Kst-ce ma faute si je suis là seule avec vous... si je suis obligée de vous parler... si je ne sais que vous dire? Comment m'expose-

lOO .TU LIA DE TU ECOtUU.

t-on il celai' Pourquoi m'en demander plus que je n'en puis faire? On présume trop de jnes forces! C'est assez... c'est mille fois trop déjà de la comédie que je joue chaque jour... Dieu sait si j'en suis lasse!

Lucan eut peine à surmonter rélonnenienl douloureux qui l'avait saisi.

— Julia, dit-il enfin, vous avez bien voulu me dire que nous étions amis; je le crovais... Ce n'est donc pas vrai?

— \on.

Après avoir lancé ce mot avec une sombre énergie, elle s'enveloppa la tèle et le visage dans ses voiles, et demeura pendant le reste du chemin plongée dans un silence que M. de Lucan ne troubla pas.

1 1 I, I \ I) 1" r II i:r. ()i: un.

A[)iTs (jiiol(|iu's Ikmiios (l'un sommeil |i('nible, M. de lAicau se le\a le lendemain le IVonl eliargé de soucis. La reprise d'hostilités f|ni lui avait été si clairement signifiée présageait sûrement poiu* son repos de nouveaux troubles, pour le bonheur de Clotildc de nouveaux déchircmenls. Il allait donc rentrer dans ces odieuses agitations qui avaient si longtemps désolé sa vie, et, cette fois, sans aucune espérance d'en sortir. Comment, en elTet, ne pas désespérer à jamais de ce caractère indomptable que l'âge et la raison, c|ue tant d'égards et de tendresse avaient laissé impassible dans ses préventions et ses liaines? Comment comprendre et surtout comment vaincre lamais le sentiment chimérique ou plutôt la manie ([ui avait [)ris possession de cette âme

.IL LIA OF, Tni:cr»;uM.

conccnlréc, et qui s'v prrp(''lLi<'iit sourdement, toujours près d'éclater en violences fiuieuses!^

Clotilde et Julia n'avaient pas encore paru. Lucan alla faire un tour dans le jardin pour respirer encore vuie lois la pai\ de sa chère solitude, en attendant les orages prévus. A l'extrémité d'un berceau de cliarmille, il aperçut le comte de Moras, le bras aj)puvé sur le piédestal dune vieille statue et les yeux fixés sur le sol. M. de Moras n'avait jamais été un rêveur; mais, depuis son arrivée au cliàteau, il avait, dans [jlnstluiie occasion déjà, laissé voir à ]>ucan des dis[)ositions mélancoli([ues très éliangères à son naturel. I.ucan s'en in- (|iii(i;ill ; cepeiidaut, comme il ii aimait pas lui-même (pion forçât sa coiiiideiice. il s Ckiit abstenu de l'interroger.

Ils se prirent la main en sabordant.

— Vous êtes revenus tard cette iniiL' demanda le comte.

— Vers trois heures.

— Oh l povero ! . . . A propos, merci île votre

jui. i\ ut: ïkéc(*:lu.

io3

com[)laisan('o ])Oui- Julia... ComiiR'nl a-l-clle élc pour vousP

— Mais... bien, dit Lucaii. — Lu peu singulière, comme toujours.

— Oli 1 singulière. . . va de soi !

11 sourit assez Irislcment, prit le bras de Lucan, et, l'entrainant dans les dédales de la cliariuille :

— Voyons, mon cher, lui dit-il d'une voix contenue, entre nous deux, qu'est-ce que c'est que Julia?

— Comment, mon ami?

— Oui , quelle lemme est-ce que ma femme? Si vous le savez, je vous en prie, dites-lc-moi.*

Pardon... mais c'est à vous que je le demanderai.

— A moi? dit le comte; mais je l'ignore absolument. C'est une énigme dont le mot m'échappe. Elle me charme et m'épouvante. . . Elle est singulière, disiez-vous? Elle est plus que cela... elle est fantastique. Elle n'est pas de ce monde. -le ne sais ([ui j'ai épousé...

lo4 JULIA DE THECCCLn.

\ ous VOUS rappelez cette belle cl froide créature dos coules arabes qui se relevait la nuit pour aller l'aire des orgies dans les cimetières... C'est absurde, mais elle m'v fait songer?

L'œil troublé du comte, le rire contraint dont il accompagnait ses paroles, émurent vivement Lucan.

— Ainsi, lui dil-il. vous êtes mallieureux?

— On ne peut davantage, répondit le comte en lui serrant la main avec force. Je l'adore, et je suis jaloux... sans savoir de cpii ni de cpioi ! Elle ne m'aime pas... et cependant elle aime... elle doit aimer! Comment en douter".* Vous la vovez, c'est l'image même de la passion... le feu de la passion déborde dans ses paroles, dans ses regards, dans le sang de ses veines! El, près de moi, c'est la statue glacée d un tond)eau!

— Francliement, mon clier, dit Lucan, vous me senddez exagérer beaucoup vos désastres, i'.n réalité, ils me paraissent se réduire à très peu di' (luix-. Didjord vous êtes sérieuse-

.1 1 1.1 A DIv TU KCf»;! U. IiT

iiKMil Miiioureux pour la première fois de voire vie. je crois; vous aviez heaiicoiip entendu parler de l'amour, de la passion, el pent-èlre en altendiez-vous des ni(M\('illcs excessives. En second lieu, je vous ferai observer que les très jeunes femmes sont rarement très passionnées. L'espèce de froideur dont vous .semhlcz vous plaindre est donc très explicable sans l'intervention du surnaturel. Les jeunes femmes, je vous le répèle, sont en i^énéral idéalistes; leurs amours n'oiil pas de corps... Vous demandez de qui ou de quoi vous devez être jaloux? Sovez-le donc de tout ce romanesque vague qui lonrmenle les jeunes imaginations, du veiil, (le la [l'iuprlc. des plaines désertes, des i'alaises sauvages, de mon vieux manoir, de mes bois et de mes ruines, car .Iulia adore tout cela! Soyez-le surtout de ce culte ardent qu'elle conserve à la mémoire de son père, et qui absorbe encore — j'en ai la pi-euve récente — le plus vif de sa passion. — Vous me faites du bien, reprit Pierre de

Io6 JUMA DE TRKCCEUU.

Moras en rospiiaiil avec alli-aoïiienl, cl copciidant je m'étais d'il loiil cola... Mais, si elle n'aime pas... elle aimera... elle aimera un jour... et si ce n'était pas moi! Si elle donnait à un an Ire tout ce qu'elle me refuse!... Mon ami, ajouta le comte, dont les beaux traits pâlirent, — je la tuerais de ma main !

— Amoureux! dit Lucan ; et moi, je ne suis plus rien, alors?

— \'ous, mon ami ') dit Moras avec émotion... vous vovez ma coniiance! Je vous livre des faiblesses lioiiteuses. . . Ali! pourquoi ai-je jamais connu un autre sentiment (pie celui de l'ainilié! lOlle seule rend lout ce (pion lui donne, elle lo il i lie au lieu il énerver; c'est la seule passion cligne d un lioiimie... Ne m'abandonnez jamais, mon ami; \oiis me consolerez de tout.

La cloche (pii annonçait llieure du déjeuner les rappela au cliàleaii. .Iulia se disait fatiguée et soulïranle. A l'abri de ce prétexte, son liumeur silencieuse, ses réponses plus (pie sèches

jii. lA ni: Tiii;r. OELR. 107

aii\ (|ii('sli()iis [)(ili('s (le Liicai). passiMcnt d'abord sans cvcdk-i' rallciilioii de sa mcrc et do SOI) mari; mais, [H-iidaiiL le reste de la joiunée. et parmi les (li\ers incidents de la \ie de lamille, le ton agressif de Julia et ses façons maussades à l'égard de Lucan s'accentuèrent trop fortement pour n'être pas remarqués. Toulefois, connue Lucan a\ait la patience et le bon goût de ne pas sembler s'en apercevoir, cliacun garda pour soi ses impressions. Le dîner fut, ce jour-là, plus sérieux qu'à l'ordinaire. La conversation tomba vers la fin du repas sur un terrain brûlant, et ce fut Julia qui l'v amena, sans d'ailleurs penser à mal. Kl le épuisait sa verve railleuse sur un bambin de huit à dix ans, fds de la marquise de Boislresnav, lequel l'avait fort agacée la veille en promenant dans le bal sa suffisante petite personne, et en se lançant agréablement comme une toupie dans les jambes des danseurs et dans les robes des danseuses. La inarcpiise se pâmait de joie devant ces déli-

I08 JULIA DE TUÉCOEUR.

cieuses espiègleries. Clotilde la défendit doucement en alléguant que cet cnfanl était son fds unique.

— Ce n'est pas une raison pour faire cadeau à la société d'un drôle de pins, dit Lucan.

— Au reste, reprit Julia, qui s'empressa de n'être plus de son propre avis dès que son beau-père en était, il est parfaitement reconnu que les enfants gâtés sont ceux (jui tournent le mieux.

— Il y a bien au moins quelques exceptions, dit froidement Lucan.

— Je n'en connais pas, dit Julia.

— Mon Dieu, dit le comte de Moras sur un ton de conciliation, à tort ou à raison, c'est fort la mode aujourd'liui de gâter les enfants.

— C'est une mode criminelle, dit Lucan. Autrefois, on les fouettait, et on en faisait des liommes.

— Quand on a ces dispositions-là, dit Julia, on ne mérite pas d'avoir des enfants... et on n'en a pas! ajouta-l-elle a\ec un regard direct

JULEA DE TnK(:(*;UU. IO(j

(jiii ;nii;r;>\ail encore 1 iiilciilioii désobligeanlo ot même cruelle de ses paroles.

M. lie Lucan devint très pâle. Les \eu\ de (.liildde s (Miiijlirenl de larmes, .luiia, endjarrassée de son triomphe, sortit de la salle. Sa mère, après être restée quelques minutes le visaye caché dans ses mains, se leva et alla la rejoindre.

— Ah (^à ! mon cher, dit M. de Moras dès (|u'il se trouva seul avec Lucan, que s'est-il donc passé entre vous, la iniil dernière?... Vous m'aviez hien dit quckpie chose de cela tantôt... mais j'étais si absorbé dans mes préoccupations égoïstes, que je n'y ai pas pris pude... Enfui, que s"est-il ])assé!'

Kien de grave. Seulement, j'ai pu me convaincre ([u'ellc ne me pardonnait pas de tenir vme place (pii, suivant (die, n'aurait jamais dû être renq)lie.

- Oue me conseillez-vous, (îeorge? reprit M. de \loras. Je ferai ce que vous voudrez.

— Mon ami. dit Lucan en lui posant dou-

IIO JULIA DE TRECOEUR.

cernent les mains sur les épaules, ne vous olTcnsez pas, mais la vie comniimc dans ces conditions devient bien difficile. N'attendons pas quelque scène irréparable. A Paris, nous pourrons nous voir sans inconvénient. Je vous conseille de l'emmener.

— Si elle ne veut pas?

— Je parlerais ferme, dit Lucan en le regardant dans les yeux; — j'ai à travailler ce soir, cela se trouve bien. A bientôt, mon ami.

M. de Lucan s'enferma dans sa bibliothèque. Une liem-e plus tard, Clotilde \int l'y trouver. Il put voir (pi'elle avait beaucoup [)l('uré; mais elle lui lendit son front avec son plus doux sourire. Pendant qu'il l'embrassait, elle murmura simplement à voi.v basse :

— Pardon pour elle !

Et la charmante créature se relira à la Iiàle en dissimulant son émotion.

Le lendemain, M. de Lucan, levé connue de coutume d'assez urand matin, IraAaillait depuis quehpie temps près de la fenêtre de la

JLi. lA iJi; Tii i;(:»)i;uit. i

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leur sur lejaidin. Il ne iuL pas uiédiocicnieul surpris de voir apparaître le visage de sa belle-

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